‹ Les psaumes, étudiés en vue de la prédicationChapitre 14 sur 26 · LE 0!EU FAIT HOMME · texte numérisé non relu

LE 0!EU FAIT HOMME

Il est bien peu de Psaumes qui ne projettent sur la divine physionomie du Verbe incarné quelques rayons de leur prophétique lumière, un assez grand nombre répandent cette lumière à torrents, mais de celui que nous commentons, du Psaume CIX, nous pouvons bien dire qu'il est comme la lumière même, l'astre dans sa plénitude, le soleil dans son complet rayonnement. Aucun autre Psaume n'est aussi profond dans ses sens, aussi vaste dans ses révélations, aussi plein dans les notions qu'il nous donne de ce qu'est éternellement et do ce que sera dans le temps l'Homme-Dieu Notre-Seigneur. Dans ce Psaume David a scruté le mystère de l'Incarnation et de la P^édemption dans ses dernières profondeurs.

Il a vu le Verbe dans le sein du Père, « Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. » Jésus- Christ est Dieu, il est le Fils éternel etconsubstanticldu Père. Lui-même, durant les jours de sa vie mortelle, en appela à ce Psaume pour établir sa divinité 2, montrant comment Dieu et avec lui la terre et le ciel y affirment à l'envi qu'il était plus qu'un homme, qu'il était le Fils de Dieu et le Dieu des hommes. David reconnaît son empire en l'appelant son Seigneur: Le Seigneur a dit à mon Seigneur <. Dieu l'appelle « son Fils » engendré

iPsal.CIX. — ' MalUi. XXII-

avant Vaurorc de son sein. C'est là, dès les premiers mots et en germe, le mystère de l'Incarnation.

Mais une nouvelle révélation se fait jour dans la suite du Psaume. Cet Homme-Dieu est prêtre, le seul vrai et unique Prêtre, le Prêtre «pour l'éternité. » Sa vie entière est l'accomplissement d'un sublime sacerdoce; sa mort, l'oblation d'un holocauste divin ; son éternité, le prolongement et la perpétuité de ses fonctions sacerdotales, et parmi ces fonctions, de celle qui surpasse toutes les autres : l'offrande du sacrifice. Vous êtes prêtre. « Cet empire de Jésus-Christ est sacré, c'est un sacerdoce. Le sacerdoce de Jésus-Christ est éternel ^ Il y aura sous vous des sacrificateurs et des prêtres, mais qui seront vos vicaires et non point vos successeurs. Vous célébrez pour nous un office et une fête éternellement, à la droite de votre Père; vous lui montrez sans cesse les cicatrices des plaies qui l'apaisent et nous sauvent ; vous lui offrez nos prières; vous intercédez pour nos fautes; vous nous bénissez ; vous nous consacrez ; du plus haut des cieux vous baptisez vos enfants ; vous changez des dons terrestres en votre corps et en votre sang; vous remettez les péchés; vous envoyez votre Saint-E?prit ; vous consacrez vos ministres; vous faites tout ce qu'ils font en votre nom;quand nous naissons, vous nous lavez d'une eau céleste; quand nous mourons, vous nous soutenez par votre onction confortative ; nos maux deviennent des remèdes et notre mort un passage à la véritable vie. 0 Dieu ! ô Roi ! ô Pontife ! je m'unis à vous en toutes ces augustes qualités; je me soumets à votre divinité, à votre empire, à votre sacerdoce que j'honorerai humblement et avec foi dans la personne

* Epist. ad Hebr.

de cc'.x par q-ii il vous plaît de l'exercer sur la terre *. »

A son sacerdoce, Jésus-Christ joint la royauté, c'c? t un PonLife-Roi. Le Psalmiste ne sépare point ces dnix qualités du Veibe incarné sur la terre et résidant au mili3u des hommes. Ayant dit: Vous êtes Prêtre^ il lo place sur un trône à côté de Dieu : Sedc a clcxtris mcis^. « Il est Roi : je le vois en esprit assis dans un trône. Où e.st ce trône ? A la droite de Dieu. Le pouvait-on placer en plus haut lieu ? Tout relève de ce trône: tout ce qui relève de Dieu et de l'empire du ciel y est soumis : voilà son empire. »

Or cette puissance royéile en renferme une autre aussi nécessai.'S, aussi inviolable, aussi sacrée, la puissance judiciaire: Il sera juge parmi les nations ^. «C'est précisément ce que nous disons tous les jours dans le Symboie: il est assis à la droite de Dieu, d'où il viendra juger les vivants et les morts. » Alors donc il en sortira pour les venir j iger. En attendant, il ne laissera pas d'exercer son empire sur la terre : il brisera la tête des rois. Tremblez donc, ô rois ennemis de son Église! Mais vous, «petit troupeau, ne craignez rien: » votre Roi mettra à ses pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puissants de tous les rois »

Jésus-Christ est donc Cieu, il est Pontife, il est Roi, il est Juge, il est environné de toutes les puissances et couronné de toutes les splendeurs. Mais est-ce tout? Est-ce bien là la physionomie du Verbe incarné au milieu de nous? Non, toute autre est cette physionomie. // est pauvre et dans le travail dès les jours de sa jeunesse '';

» nossuet, Mdclil. — « Psal. CIX. — s Psal. CIX. — *rsal. LXXXVir.

LE FIi.S DE DiEU 237

les douleurs Vaccahknt de toutes parts '. C'est un ver de terre et ce n'est plus un liomme^, le voilà chassé jusque dans la poussière de la mort ^- Tel est le ChrJt:t, c'est r« Homme de douleur, » « connaissant i'InHrmité ; > l'homme « éprouvé en toutes sortes d'épreuves. » Il est donc comme nous voyageur dans la « vallée des larmes, > il boit comme nous, durant le chemin, à l'amer torrent des infortunes humaines. C'est aussi ce qu'a vu le Psalmiste, il contemple cet lïomme-Iiie\i,buvant en chemin de l'eau du torrent -*, abreuvé d'amertumes, rassasié d'opprobres, assailli et submergé dans les eaux de la douleur. Mais, suivant le profond conseil de son Père, c'est du sein même de ces eaux où il a été englouti qu'il surgira plein de gloire et de force : son anéantissement l'exalte, sa défaite assure son triomphe, sa mort est pleine de vie et d'immortalité. // boira en chemin de l'eau du torrent et voilà pourquoi il lèvera la tête^.

Tel est, en résumé et sans entrer encore dans aucun détail, ce magnifique Psaume CIX. C'est Dieu même qui y parle et nous instruit du grand mystère; la scène se passe dans les cieux : tout y est céleste et divin.

I. — Le ciel se découvre à nous, au moment où le Verbe incarné y fait son entrée et en conquiert la royauté et les gloires. Tout l'y montre Dieu : le langage tenu, la place occupée, la révélation divine : troi.s magnifiques et irréfragables preuves. Le Seigneur a dit à mon Seigneur c. C'est un Dieu qui parle à un Dieu. Quel est ce Seigneur de David? On savait que de David

» Psal. XVII. ~ « Psal. XXI. — ' Psal. XXI. - i Psal. CIX. - 5 Pâal. CIX. - c Psjil. C.X.

naîtrait un fils à <i«i appartiendrait le rogne promiM«r Dieu dans le.iucl se concentreraient toutes les beneJu,uôns'p™.'i.e aux patriarches et se réaliseraient toutes rprophéties et les ligures, danslequel encore . toutes es nations seraient bénies., et qu. deviendrait u- Smela bénédiction commune de tous les sjecles et e "us L peuples. On attendait .un fils de Dav, -^ voici plus qu'un fils, voici un .Seigneur... David s in I"nc Davkl adore. Devant qui s'incliner sinon devant , it' -rand que soi ? Qui adorer sinon son . b .- ' em-:. un Seigneur plus élevé que toutes les majestés de la erre un Seigneur pins grand que les cieux? Si le C 1 ist n'es qu'un homme, le simple fils de Dav.d, <.o,un en Davidl'appelle-t-il son Scujnew ? .Quevous semble- "i irt le Christ ? De qui est-il flls? Les Jnifs rc-poi dient De David. Jésus leurdit: Comment alors David, Isrins, ira on du Saint-Esprit ,'appelle-t-il Seigneur, ZmTsci'jncra dU à mon Scioncx^r: asseyions a

Tvsvcds* S\ David l'appelle son Seigneur, connmcnt

Tn ^tre son flls' - Et personne ne pouvait lu, re-

" ; e un n^ ■ - Qnelle est la réponse que ne Irou-

valent pus ou piuiut ut. vu orrlama-

. .r. tmic les siècles catholiques saluent des acclama et que tous leb tsici^i^-^ ^ D eu

, f • ^1- rir> ipiir amour.' «ucsi ce quu ui^.^

fui clirétiennc. Le (-liubC cht 1 Psal. CIX. - - l'^^i"- '•

parfait ; Dieu parfait: fils de David selon sa nature humaine et sa naissance terrestre, fils de Dieu et Seigneur de David et du inonde par sa génération éternelle du Père et sa Divinité ^. Ainsi, dès les premiers mots du Psaume, il nous est aisé de conclure à la divinité du Christ Médiateur et Rédempteur. II est Seigneur^ il est plus grand que toutes les grandeurs humaines, même les plus hautes et les plus excellentes ; il domine les saints, il est le maître des rois ; les plus sublimes personnages de l'Ancienne Alliance, un Abraham, un Moïse, un David, s'inclinent devant lui et l'appellent leur Seigneur; toute la terre, par ses mandataires et ses représentants,lui voue ses hommages, reconnaît son règne et adore sa majesté 2.

Poursuivons : le texte s'élève, la révélation de la divinité du Christ devient plus manifeste encore. Le Seigneur a dit à mon Seigneur: siégez à ma droite ''^. Qui des êtres créés siège à la droite de Dieu ?qui se place à ses côtés sur sontrône ? La plus parfaite et la plus belle des créatures, celle en laquelle Dieu s'était peint de la manière la plus excellente, conçut un jour ce dessein de s'élever jusqu'au trône du Très-Haut, et porta ses prétentions

1 « Quia didicimus, dicimus : « In principio erat Verbum, cl Verbum erat apud Deutn, et Deus erat Verbum : omnia por ipsum facta sunt.» Ecce Dominus David. Sed nos propter iiilirnaitatem uoslram quia caro desperata jacebamus, «Verbum caro iactus es, ut habilares in nobis. » Ecce lilius David. Certe tu tt cura in forma Dei esses, non rapinam arbitratus es esso cciiualis Dco;» ideo Dominus David. Sed « teaietipsum exinauisti formam servi accipiens. » Inde iilius David.... « Quoinodo Cliristus et tilius sit David, et Dominus sit David, Psalinista isleinlimabil. » (S. AugasUii. Lx'jiosilio in Pnulni. CIX.) — ^ Vid. llcbr., cap. m, 1-7. — '■^ Psal. CIX.

2i0 LE FILS DE DIEU

insensées autant que sacrilèges jusqu'à siéger « à la droite de la Majesté dans lescieux. » Qu'arriva-t-il? Dieu l'arracha de cette place usurpée, la foudroya, et d'un coup de son tonnerre la précipita dans un abîme éternel. «< Ton orgueil a été traîné jusqu'aux enfers. Ton cadavre est tombé, les vers te serviront de lit, l'infection sera ta couverture. Comment es-tu tombé du ciel, Lucifer ? Toi, si brillant dès le point du jour? Comment as-tu été renversé sur la terre ? Toi qui frappais les multitudes, toi qui disais dans ton cœur : Je m'élèverai dans les cieux, j'établirai mon trône au-dessus des astres de Dieu : je siégerai sur la montagne du Testament, aux côtés de l'aquilon, je m'élèverai par-dessus la hauteur des nuées, je deviendrai l'égal du Très-Haut. Et tu as été précipité dans l'enfer, tu es tombé jusqu'au fond de l'abîme ^ » Tel est l'effroyable sort d'une créature qui voulut, dans un jour d'orgueil, usurper le trône de Dieu. Dieu s'irrite : Dieu parle. «Ma gloire, je ne la donnerai ■ pas à un autre! » « Et quand tu te serais élevé comme l'aigle, et quand tuaurais placé ton nid parmi lesastres, je t'arracherais de là, dit leSeigneur^l » —Maintenant regardez le Christ, et voyez ce que Dieu fait pour lui. Lui-même l'appelle à lui, le fait monter jusqu'à son trône, lui parle comme à un « Seigneur : » le Seigneur a dit à mon Seigneur: siégez à ma droite ^. Voilà le Christ dépassant, à des distances infinies, les places marquées dans l'économie divine et le gouvernement des mondes pour tous les êtres créés, pénétrant dans le ciel des cieux, laissant infiniment derrièrclui lesplussublimes et les plus parfaites des créatures, et nes'arrétant danscct essor uniciue que par venu au trône même do la Divinité.

» Is;xi XIV. -- 2 Abdiœ. - 3 l'sJ. CIX,

LE l'ILS DE COU 241

« Voici ce qu'a opéré dans le Christ la force de la puissance divine, quand Dieu l'a ressuscité d'entre les morts et l'a constitué à sa droite dans les cieux, au-dessus de toute Principauté et de toute Puissance et de toute Vertu et de toute Domination et de tout nom qui est nommé non-seulement dans ce temps actuel, mais encore dans le temps avenir. Et il a tout rais sous ses pieds. » « Tout lui a été soumis, ajoute l'Apôtre dans un autre endroit, tout, sauf Dieu même qui lui a donné cette plénitude do domination. » Cette place unique, cette distinction ab- ::)0lument refusée à toute pure créature tranche invinciblement la p;rande question de la divinité de Jésus- Christ *. Le même sublime apôtre poursuit ainsi la chaîne de sa victorieuse argumentation : « Auquel des anges Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui? Et encore: Je lui serai un père, et il me sera un fils ? Et quand de nouveau il montre son Fils unique à l'univers, il dit : Que tous les anges de Dieu l'adorent. Des anges il est dit: Dieu fait de ses anges des souffles impétueux, de ses ministres il fait des flammes ardentes. Mais à son Fils Dieu tient ce langage : ton trône, ô Dieu, est au siècle des siècles ; le sceptre de l'équité sera le sceptre de ton règne.... Auquel dos anges Dieu a-t-il dit jamais : SiedS'toi à ma droite jus-

1 « Dixit Dominus Domino meo. » Vidisti œqualitatem liotiorl3?Ubi est thronus, ibi est signum regni : ubi autera thronus iiiius, est ejusdem regni honoris sequalilas. Quocirca Paulus quoque dicebat : « Ad Filium autem : thronus tuus, Deus, in saDculum saîculi. » Ita etiam Daniel videt universam creaturam assislentera et Angelos et Archangelos, Filium autem homiuis vcnientcm in nubibus et porvcnientem usque ad Auli quuin dicrum. » (S. Chrysost. Exposil. in l'mi. CIX.)

qu'à ce que de tes ennemis je fasse l'escabeau de tes pieds?» Donc, conclut rApôLrc,cctte différence si absolue de nom, de lieu, de procédé, de langage, d'investiture et d'honneurs, sépare Jésus-Christ du plus élevé des anges de toute la distance de la terre auxcieux. «Jésus- Christ est autant plus élevé que les anges que le nom dont il a hérité l'emporte sur le nom dont les anges sont dotés. » Si, en plein cœur de la cité éternelle, au milieu des splendeurs angéliques, Jésus-Christ domine et dé- I)asse de sa divine hauteur les élévations les plus sublimes, combien plus dominera-t-il toutes les grandeurs de la terre, et sa divine figure se détachera-t-elle de tout ce que la terre peut montrer. Qu'il en est bien ainsi I Un propiiète a dit une grande parole sur cette question qui nous occupe. Parlant du Christ qui devait être donné à la terre: « La mort, dit-il, sera chassée devant lai. Il s'est tenu debout, il a mesuré la terre, il a regardé et il a dissous les peuples, les montagnes du siècle ont été broyées, les collines se sont inclinées sous le char de son éternité. •> Ces magnifiques expressions reviennent toutes à l'affirmation suivante: Tout meurt, sauf Jésus- Christ, Et comme la perpétuité, l'éternité de la vie n'est l'apanage de nul autre que de Dieu, dire de Jésus- Christ « qu'il est vivant toujours, semper vivais \ c'est affirmer, sans autre besoin de preuves, qu'il est Dieu. Ce classement entre ce qui meurt et qui est créature, et ce qui toujours vit « et qui est Dieu, est sans répliciuc possible, sans ombre, sans incertitude, sans hésitation. Tu meurs, donc tu n'es pas Dieu. David place Jésus-Christ sur le trône de Dieu. Assurément c'est (pieJésus-Clirist est Dieu. 11 ajoute : lûii ly6ac,u Dieu, csl au slcck des sic-

1 Hebr.

cle.s, permanent, impérissable, éternel! 0 Christ «toujours vivant, » donc tu es Dieu ! Eux 'périront : toi tu demeures le même toujours '.Le sépulcre est le sceau le plus vrai, la plus infaillible marque, pour discerner l'humain du divin. Sans doute il y a de la divinité de Jésus-Christ mille autres preuves : celle-ci a une telle force et est en même temps si accessible à toutes sortes de regards, qu'il nous faut la garder et la scruter précieusement. Ipsi peribunt : tu autem permanebis. Embrassons d'un coup d'œil le cours entier des siècles : des élévations s'y montrent, des grandeurs s'y dressent superbement.A''oici de vastes puissances, de merveilleux génies, des hommes qui ont suspendu des multitudes à leurs lèvres d'or, qui ont rempli leur siècle du bruit de leur gloire, dont lesouvenir a traversé les âges et dont les œuvres nous imposent encore le tribut de l'admiration. Tous ces grands hommes vivent-ils ? Un Platon, un Socrate, un Alexandre, un Scipion, un César, vivent-ils ? Non. Leur souvenir erre dans les horizons de notre mémoire comme un fantôme vide; leur gloire n'a plus dans la suite des générations que des échos perdus, leur nom est inscrit sur la terre, mais c'est un nom sans chaleur et sans vie. A ce nom, quand il est prononcé, rien ne vibre, rien ne se remue. Parmi lesmillemilJionsd'hommes qui peuplent la terre, y a-t-il un seul cœur qui batte d'amour pour Alexandre ou César ? Ces illustrations suscitent-elles jamais un dévouement? Qui se ferait tuer pour l'amour de Platon ou de Socrate ? Non, tous ces grands hommes sont morts : ipsi peribunt 2, et leur souvenir n'est plusque la lettre froide et morne sur lapierre d'un tombeau. A côté d'eux, voyez Jésus-Christ. Après

iPsal. CI.— 2 Psal. CI.

Z'iî LE FILS DE DIEU

dix-linit siècles, Jésus-Christ est plus vivant mille fois qu'aux jours de son existence mortelle. Sa vie est plus étendue, plus puissante, plus féconde. Cette vie remue plus le monde, remplit plus efficacement les âmes, fonde plus d'œuvres, suscite plus de dévouements, entraîne à plus de martyres. Et, à l'heure qu'il est, dans ce dix-neuvième siècle qui devait si bien assister aux funérailles de l'Homme-Dieu et l'ensevelir pour toujours dans le linceul de l'oubli, à l'heure qu'il est Jésus-Christ est vivant comme il ne l'a jamais été. Tous les bruits qu'élève le monde le regardent, tous les efforts l'ont pour objet, tous les blasphèmes l'atteignent, tous les cris d'amour sont à lui : ennemis comme amis, adversaires furieux comme défenseurs enflammés, tous étreignent le Christ, soit dans la haine, soit dans l'amour. Prodigieuse chose ! Les vastes ébranlements des peuples, les guerres qui se montrent à l'horizon, les effroyables chocs qui se préparent, n'ont plus d'autre but que la destruction ou la conquête du Christ. Nonseulement Jésus-Christ, vivant au milieu de chaque nation de l'Europe, y règne, y domine, y plie les âmes à ses volontés souveraines, y captive les intelligences, y entraîne les cœurs, y dévoue les existences, y crée à profusion 1er, œuvres les plus puissantes, y fonde les plus vastes institutions, mais dans l'ensemble même des peuples, de l'occident à l'orient, c'est lui qui est l'enjeu d'une lutte gigantesque, lui que des millions d'hommes ou combattent ou défendent, ou veulent renverser ou gardent d'une volonté invincible et au prix des plus sanglants héroïsmes. Il y a entre Jésus-Christ et les grands hommes toute la différence qui sépare la vie de la mort, une éternelle vie d'une éternelle et définitive mort: eux meurent, lui est toujours et invinciblement

vivant : ipsi pcribunt, tu autcm permancs ', SE^IPER VI VENS 2. Or où est l'éternelle vie, là est plus que l'homme, là est Dieu. « Notre âge s'ouvrit par un homme qui surpassa tous ses contemporains, et que nous, venus après, nous n'avonspoint égalé. Conquérant, législateur, fondateur d'empire, il eut un nom et une pensée qui sont encore présents partout. AprJs avoir accompli l'œuvre de Dieu sans y croire, il disparut, cette œuvre achevée, et se coucha comme un astre éteint dans les eaux profondes de l'océan Atlantique, Là, sur un rocher, il aimait à ramener devant lui-môme sa propre vie, et de lui remontant à d'autres auxquels il avait le droit de se comparer, il ne put éviter, sur ce théâtre illustre dont il faisait partie, d'entrevoir une figure plus grande que la sienne. Il la regarda souvent: le malheur ouvre l'àme à des lumières que la prospérité ne discerne pas. La figure revenait toujours; il fallut la juger. Un des soirs de ce long exil qui expiait les fautes du passé et éclairait la route de l'avenir, le conquérant tombé s'enquit d'un des rares compagnons de sa captivité, s'il pourrait bien lui dire ce que c'était que Jésus- Christ, Le soldat s'excusa; il avait eu trop à faire depuis qu'il était au monde pour s'occuper de cette question. «Quoi! reprit douloureusement l'interlocuteur, tu as été baptisé dans l'Église catholique, et tu ne peux pas me dire, à moi, sur ce rocher qui nous dévore, ce que c'était que Jésus-Christ! Eh bien! c'est moi qui vais te le dire. » Et alors, ouvrant l'Évangile, non pas de la main, mais d'un cœur qui en était rempli, il se mit à comparer Jésus-Christ avec lui-même et tous les plus grands hommes de l'Iiistoire ; il releva les diirérenccs

» Psal, CI. - 2 llcbr.

210 LE FILS nR niETJ

caractéristiques qui mettent Jésus-Christ à part detoutc riuimanitc, et, a]n'ès un torrent d'éloquence qu'aucun Père de l'Église n'aurait désavouée, il ternaina par cq mot : « Enfin je me connais en homme et je te dis que Jésus-Chrlf.t n'était pas un homme ^ ! »

Ces premiers mots du Psaume : Siège à ma droite, adressés par Dieu à Jésus-Clirist, ce trône partagé, cette place identique, cette élévation par-dessus les cieux, cxceîsior cœlis factits, marquent déjà invinciblement la divinité de Jésus-Christ. Mais cette révélation atteint dans un verset qui suit ses sublimités dernières. C'est toujours Dieu qui parle, s'adressant toujours à Jésus-Christ. De mon sein, des avant l'aurore, je Vai engendré^. Ces paroles qui formulent la génération étern-elle du Verbe, sa consubstantialité, son éternité, sa perfection, par suite son égalité absolue avec le Dieu qui l'engendre, ces paroles ineffables établissent plus magnifiquement encore que toutes les autres la divinité de Jésus-Christ. Quand Dieu créa le monde, il le fit d'un geste et d'un mot : il a dit et tout a été fait; les cieux sont l'œuvre de sa main. Quand Dieu crée une âme, le mystère se fait plus profond, la création plus intime, l'être tiré du néant touche à Dieu de plus près. L'âme est le souffle de sa bouche, elle est comme sa respiration, elle sort de lui-même comme l'air qui s'échappe de nos poitrines, elle jaillit toute chaude des ardeurs de sa dilcction, elle se rapproche de lui autant que le peut faire l'être créé, mais elle n'est point lui, elle a pu toucher sa substance, elle ne la partage point, elle n'en est point une émanation et un prolongement. Elle est par Lui, mais elle n'est point de Lui. Jésus«Christ seul,

* .Lacordainî, Confcr. — ^ Psal. CIX<

cnmmo Diou et dans sa pjcnération éternelle, est de Dieu, de la substance de son Père, engendré du sein de ce Père dès avant l'aurore, éternellement ^. « Tout ce qu'^

1 « Quod Patres omnes, nullo penitus excepto, de Christo ejusque divino atque immortali ortu praedicant, et ad convincendos non solum Judseos verum etiam hsereticos afferunt, id novitii interprètes sic exponunt, sic vertunt, et latine et vernacule, ut non modo in expositione, verum etiam in versione ipsa, nec Chrislus appareat, nec quidquam Christo congruum, Quod autem Hebrœum sic statuant, tanquam a christiana interpréta-. tione diversum, falsum id quidcm est. Primum enim illud ex utero, ex vulva, ante luciferum, sive ab aurora (condita) habont non modo Septuaginta, sed etiam Aquila, Symmachus, alii apud Epiplianium et cœteros, certa est interpretatio : tum in Hebrteo îal id est ros, ipso fatente Grotio, eleganti translatione, seinen signilicat : ea similitudine, qua etiam per aquam designatur : Prov. V, IG : « Deriventur fontes tui foras, et in plateis aquas tuas divide. » Quo etiam spectat illud Isa. xxvi, 19 : « Pios lucis » (sive vitse), ros tuus. » Hebr. « Ros olerura, ros tuus, » nos secundum semen tuum, atque olerum rore infuso succrescentium esse solel : qua phrasi Propheta significat incrementa antea extenuatfe gentis, lune autem uberrime succrescentis ac velut reviviscentis, ut ipse contextus docet. Ros ergo facile ad fecunditatem refertur seminis -, praesertim cum accedunt eodcm trahentcs, velut cogeratae voces, ut in nostro versiculo, illud ex idero, ac postea ros nalivilatis tuœ. Nam illud jaldutecha quod tam varie vertunt, cum optimis interpretibus nativo sensu vertas : naiivitalis tiiœ ducta origine ab « Jalad, » quod est « genuil; » unde « Jullad, » natus est, Isa. ix, G, loco notissimo : « parvulus natus est nobis. » Ex qua versione in sensus existât ex idero (ab intimis) ante luciferum (ante sascula, ante crcaluram omnem) seu mavis : a (creato) lucifero, a (condita) aurora, tibi ros nalivitatis tuse : hoc est tibi (progerando) ortum est, olTusum semen ex quo es natus. Quod cum essct obscurius, ul sulout prophetica, Septuaginta in i'î :er::ut, ut vulgaiù ac uoLa

nous devions à Jcsns-Cliri?t nous est montre^ dans ce Psaume. Nous le voyons premièrement comme Dieu, et nous disons : « C'est ici notre Dieu et il n'y eij a

voce gifjnendi uterenlur, Deuraque ipsum toto Psalmo loquentom ad Ghristum, hic quoqueinducerunt : ante lucifenim ego te genui. quo signilicarctur Ghristum non esse recens aliquid.aut noviler ortum, vel genitum ; sed quemadmodum Michaeas quoque prodidil, egressnm ejusesse « ab inilio, a diebus œlernitatis. » (Mich.v,2.)

« Cum ergo et Patres consentiant, et Hebraeus, si verborura vim , ac spiritum penitus assequere, cum Vulgata in eumdem sensum tam facile coalescat, mirum est Ghrislianos nunc omnia malle invûlvere, quara eo ire quo verba ipsa ferrent, et quo Septuaginta Interprètes longe ante Ghristum natum, non contentionis studio, cujus causae longe aberanl, sed nativo sensu deductisunt.

a Id autem eo magis fieri debuisse dixerira quod aliae interprc tationes, vel in nostram incidant, vel nihil habeant sani sensus. Ccrte quod Hieronymus ex Hebrfeo vertit : quasi de vulva orielur tibi ros adolescentise lux, jam diximus eo redigi, ut ros adolesccnlia3 sit idem quod ros nativitatis, ex quo adultusnalusvesitfilius; ex paterno semine, non decisa substantia, sed tota, ut modo rotulimus; quare ipse Hieronymus, haud minus quam CtCteri Patres, ex hoc loco infert aeternam ox paterna substantia Filii nativitatem. Neque multum ab Hieronymi interpretatione defleclit Aquila, cum, teste Epiphanio, Hser. LXV, vertit : a vulva, ex aiirora, tibi ros pueritix lux : nullo sensu, nisi eo quo in pucritia indicari solet ipse ortus, ipsa nativitas, veluti recens éditai soboiis, cujus signilicationis exempla passim invenias : tan(iu:im diceret : « ab ipsa aurora condita, o puer a Deo nate, effuso ab interioribus semine ortus es; »quo vera generalio designatur.

« Hue accedit quod eam interpretationum omnes Patres, universaque Ecclesia christiana est amplexa, pênes quara ut vera) fidei de Christo ita verarum interpretationem atque expositionum de valiciniis Ghristum spectantibus, repositum est promptuarium; nec fas ab eo sensu aberrare quemquam qui sacrum iliinl depositum custoditum vclit. » (Dossuet, lixposit. in Psalin. CIX.)

point d'autre. » Car s'il est engendré, il est Fils; s'il est Fils, il est de même nature que son Père; s'il est de même nature, il est Dieu, et un seul Dieu avec son Père, car rien n'est plus de la nature de Dieu que son unité. » — Ainsi Jésus-Christ est Dieu et homme tout ensemble. En lui Dieu et l'homme s'unissent sans se confondre, se mêlent sans s'anéantir, forment sans division une seule et unique Personne divine, un seul et même Jésus-Christ, « fils de l'homme, » « fils de Dieu, » fils de David selon la chair, et « montré aussi fils de Dieu, » Car, « alors qu'il était dans la forme d'un Dieu.... il prit la forme de l'esclave. » Et comment ce f,rand et ineffable mystère s'est-il accompli ? « Le Verbe a été fait chair. » La Divinité s'est répandue sur la nature humaine, l'a pénétrée, l'a embaumée, l'a transfigurée, lui a transmis toutes les puissances de l'Être divin, l'a faite Personne divine : union ineffable, mélange si parfait, transformation si complète, qu'en face de la Personne sacrée de Jésus-Christ, nous disons tout ensemble : « Dieu s'est fait homme, » « l'homme a été fait Dieu, » et,tombant aux pieds de « cet Homme, » « où la plénitude de la Divinité habite corporellement, » nous lui adressons ces mots d'un apôtre : Mon Seigneur et mon Dieu * ! Encore un coup, comment cela s'est-il fait? David chante : 0 Christ Jésus, la grâce a été répandue sur vos lèvres... Dieu vous a oint d'une huile de joie par-dessus tous vos semblables '^. Les autres hommes recevront quelques gouttes, et ces gouttes leur couleront « de votre plénitude, » ils auront de vous la grâce « de participer à la nature divine ; » vous, ô Christ Jésus, vous serez cette nature même, vous serez Dieu, toute

»JoaD XX. — 2 Psal. XLIV.

l'huile de la Divinité s'épanchera en votre humanité pour la diviniser tout entière. Les autres hommes seront faits divins : vous êtes Dieu,

II. — Vous êtes donc Roi, le seul, l'unique, le vrai Roi du monde, dont tous les autres ne sont que les ministres et les représentants, « ministres de Dieu pour notre bien, » comme dit l'Apôtre. A eux la délégation du pouvoir : à Vous le pouvoir dans sa source, sa substance, sa plénitude. La même parole qui en Jésus- Christ nous révèle un Dieu, nous montre un roi : Siège à ma droite^, cWtDleM à son Fils : de cette parole ce divin Fils conclut : Moi donc j'ai été constitué Roi \ Qui n'a pas entendu cette parole, qui ne connaît pas co mystère de la royauté du Christ Fils de Dieu dans le monde, celui-là ne peut plus jeter sur la trame de l'histoire un œil intelligent ; les événements dont le monde entier est depuis dix-huit cents ans le théâtre demeurent pour lui de désespérantes énigmes, les faits prennent pour lui les formes du chaos, et sa logique se brise à des obstacles invincibles autant qu'inattendus. A l'aspect de l'immense révolution chrétienne qui changead'un coup la physionomie du monde,déconcerta toute la suite logique des faits,intcrrompit brusquement le cours des siècles, et fit prendre tout à coup à l'humanité une nouvelle et inconcevable direction, à la vue de l'Homme qui maniait ainsi l'univers comme l'enfant manie une flexible verge, Thumanité dut bien s'approcher, considérer, s'expliquer ces prodiges, vcmam r.t vidcbovisionem hanc magnam; elle posa donc a Jesus-

1 Psal. CIX. — 2 rsal. II.

Christ, elle lui pose tous les jours encore sa grande question, à laquelle Jésus-Christ répond toujours: TU ES DONC ROI? - TU L'AS DIT: JE SUIS ROP.

Quelle est cette royauté de Jésus-Christ? Scrutons les paroles du Psaume, une vaste réponse en jaillit. Le Seigneur a dit à mon Seigneur : sicds-toi à ma droite^ jusqu'à ce que de tes ennemis je te fasse un marchepied -. Voici deux époques clairement insinuées, et le même règne de Jésus-Christ doit successivement parcourir deux phases, l'une d'ébauche et de préparation, l'autre d'achèvement et de perfection. La première se développe dans le temps, la seconde inaugure et remplit l'éternité. Dès sa première venue dans le monde, Jésus- Christ est roi. II le déclare au plus fort de ses humiliations et de ses souffrances, il l'affirme devant le délégué de la superbe Rome, en face de la croix où il va mourir, au milieu d'une populace en délire qui hurle : iXolumus hune regnare super nos ! Un mot du Christ tranche la question :« Tu Tas dit, oui, JE SUIS ROI ^. » Quand il ajoute : « Mon royaume n'est pas de ce monde, » il n'anéantit pas son affirmation précédente, il ne brise pas le sceptre dominateur qu'il tient de l'expresse volonté de son Père, il entend seulement que cette suzeraineté ne détruira pas la puissance civile, que cette royauté a une origine, des moyens, des effets, des œuvres spéciales, surnaturelles, divines, hors de la portée des oppositions et des oppressions terrestres. Loin de nier sa royauté sur le monde, durant le cours des siècles, Jésus-Christ en montre là, au contraire, i'eflicacité absolue, la vigueur invincible, en en mon-

1 Joan. xvni, 37. — - Psal. CIX. — 3 Joan,

trant Ka divine naissance et la source infinie. Mais bien que, durant le temps, Jésus-Clirist « régisse les peuples ^, » et, du haut du ciel, où « il siège à la droite » du Père, « il fasse la loi aux rois et leur donne, quand il lui plaît, de grandes et de terribles leçons, « néanmoins ce n'est qu'au dernier jour, lors de son second avènement, que son règne doit acquérir une entière plénitude, ses conquêtes leur dernière étendue, et ses victoires leur suprême puissance. Jésus-Christ aura donc comme deux règnes différents, l'un incomplet, durant le cours des siècles, l'autre parfait et absolu, dans son second Avènement 2.

1. Quel est ce règne de Jésus-Christ durant le cours des âges ^? Où réside sa puissance ? Dans quel milieu s'exerce-t-elle ? Quelle est-elle?

Où elle réside? Dans une société spirituelle, dans un empire des âmes, dans une Église, où il vit, où il s'incarne, pour ainsi parler, depuis la naissance des siècles, où il ne cessera d'agir, de triompher, de régner jusqu'à leur dernière consommation. Cest du milieu de Sionque le Seigneur fera jaillir le sceptre de votre puis-

1 Psal. II. — 2 Vid. I Corinth., II Thessal. — » « Ilunc vorsum non recle intelligimus, si nonfieri jam videmuâ. Sodé crgo a dextris Dei, doiiecimpleanlur tempora gentium. Mode, « in mcdio inimicorumluorum, » nunc in isto transita sseculorum, in ista propagatione et successione morLalitatis huiuan.T!, riunc dum toirens temporura pra)lerlabitur, ad hoc directa est virya viituLis ex Sion, ut doraineris in modio iniraicorum luoï^um. Dominare in uiedio paganorum, judasorum, liœreticoruui, lalsomin Iralruia... Dicta est virtusejus qua subjecit génies ugo suo, ([ua stravit populos, non ferro sed ligrio, etsi in carao, etsi ia imiuiliLaic. v (S. Augusiiu, Ex[>osiUo in l'sulm. CIX.)

sance. Ne demandons pas comme ces incrédules, ces insensés et ces aveugles : « Et où donc est- il votre Dieu ? » Il est dans la vraie Église, ce Dieu caché en sa personne, manifeste et étincelant dans ses œuvres et les effets quotidiens de sa puissance. Comme sa puissance elle-même, son Église s'est accrue, développée, étendue, perfectionnée. Longtemps elle fut Sion, l'Église dans sa forme figurative et provisoire; maintenant, depuis « la plénitude des temps ' » et la venue sur la terre du désiré des nations, la Sion véritable, c'est l'Église catholique. C'est là que l'Homme-Dieu a renfermé ses pouvoirs, et qu'il continue les œuvres de son apostolat divin et de sa royauté éternelle. C'est là qu'il parle, qu'il enseigne, qu'il purifie, qu'il guérit, qu'il transfigure les âmes et les divinise. C'est de là qu'il fait sentir au monde des influences qui l'épurent et le vivifient, et aussi parfois que jaillissent des tonnerres formidables qui l'épouvantent et le brisent.

Qui n'a pas compris qu'un sceptre divin, une miraculeuse et surhumaine puissance est cachée dans l'Église, ne peut plus rien s'expliquer de son existence et de ses œuvres, et, faute d'accepter une vérité grandiose, la raison humaine doit accepter une série d'énigmes sans solution et d'absurdités désespérantes.. Le divin déborde de l'Église catholique, toute son existence contredit les lois ordinaires et remonte le courant des choses : elle vit sans que rien la fasse vivre et quand tout l'oblige à mourir ; elle triomphe quand tout triomphe d'elle ; elle écrase ses ennemis au moment même où elle en est écrasée ; elle fait des conquêtes quand la force humaine l'a tout entière envahie et

1 Galat.

T. ir. 8

dépouillée. Là où les plus imposantes forces humaines échouent, elle, non-seulement sans ces forces, mais enveloppée de toutes les faiblesses et de tous les néants, triomphe, impose des volontés absolues, brise les plus impérieuses résistances, reste maîtresse et dresse le trône le plus haut et le plus ferme que les siècles aient jamais vu. L'Église ne vit que par Jésus- Christ, « le Fils du Dieu vivant, » « vivant lui-même toujours ', » cause de toute vie, principe de toute force, source intarissable d'immortalité. Aussi l'Apôtre, parlant au nom de cette Église, disait-il : « A Dieu ne ])laise que nous parlions d'oeuvres que n'aurait pas opérées en nous le Christ Jésus. » Et encore : « Cherchez-vous à expérimenter la force du Christ qui parle en nous, de ce Christ qui n'est pas faible, mais qui au contraire est tout-puissant au milieu de vous ? Car encore qu'il ait été crucifié dans la faiblesse, il vit de toute la force d'un Dieu : nous de même, nous sommes en lui pleins de faiblesse, et avec lui nous vivons de toute la puissance de Dieu au milieu de vous 2.» Voilà le sceptre de Dieu en Sion. Or comme ce « sceptre, » cette force royale, cette divine domination se dissimule sous d'apparentes faiblesses, l'Église aussi cache obstinément sa force, l'Eglise ne cesse pas depuis dix-huit siècles d'apparaître au monde, comme son chef, la couronne d'épines sur le front, la pourpre ensanglantée sur l'épaule; la scène du prétoire est une scène éternelle, chaque pouvoir persécuteur qui se lève, se saisit de l'Église, la fait fouetter, lui met à la main un roseau dérisoire, la jette en pâture aux sifflets et aux liuines de la foule : « Voilà l'homme ! > Il se dit Dieu, elle se

1 IJcbr, — - II Corinth.

prétend divine, mais « je vais la faire fouetter. » Et les soldais la meurtrissent et le prétoire est plein de son sang. Puis le prétoire croule, Pilate disparait, Rome ellemême s'évanouit, l'Eglise est reine, le monde ne reconnaît plus qu'un sceptre, le sceptre qui sort de Sion.

Les mots qui suivent dans le Psaume achèvent de nous révéler ce divin phénomène de la puissance et de la vie miraculeuses de l'Eglise et de Jésus-Christ dans l'Eglise. Dieu dit encore à son Verbe incarné : Règne au milieu même de tes ennemis. Le miracle atteint ici sa dernière puissance. Que Dieu ait fait de son Eglise une barque désemparée, sans force, sans résistance, sans voiles, ni mâts, ni gouvernail; qu'il y ait fait monter ses fils et ait lancé cette suprême faiblesse dans l'immensité d'un océan; que cette barque ainsi impuissante traverse cette immensité, franchisse cet océan des temps et des choses, vogue sans danger vers l'éternel rivage : voilà déjà l'œuvre d'un Dieu, a Domino fac~ tiim est istud. Mais que de perpétuelles tempêtes surgissent ; que des flots gigantesques s'amoncellent ; que l'océan tout entier se rue contre l'esquif, le recouvre, l'accable, le brise.... et que l'océan soit vaincu : voilà le triomphe le plus extraordinaire du Fils de Dieu ; voilà par excellence l'œuvre « de la droite du Tout- Puissant. » Dominare in medio inimicorum tuoruniK Dieu pouvait séparer son Église, lui tracer une inviolable enceinte, écarter d'elle les flots menaçants de ses ennemis. Tout au contraire, il la mêle à leurs bandes furieuses, il la laisse en plein cœur d'une épouvantable mêlée. Dans chaque cité, dans chaque royaume, les enfants de Dieu formeront « un petit troupeau, » n'of-

1 Psal. GIX.

2i)6 LE FILS DE DIEU

<'riront que l'aspect d'une « brebis » inofTensive; les fureurs « des loups >• les environneront, les oppressions tyranniques, les ruses et les perfidies, parfois les agcessions sauvages feront de leur vie entière un perpétuel martyre. Dans chaque mauvais instinct, dans chaque passion, dans chaque orgueil delà nature humaine, dans les calculs de l'intérêt, daïis les rêves de l'ambition, dans les ivresses du pouvoir souverain, Jésus-Christ trouvera des ennemis implacables, mais toujours au milieu de ses ennemis il dominera^. Saint Jean Chrysostome nous arrête sur ce mot dominarc, « domine. » Là se cache un nouveau prodige de la puissance du Christ dans l'Église. Dieu ne dit pas même à son Fils: Pv,ésiste, combats, taille en pièces tes ennemis, scrute leurs voies, étudie leur trame, saisis leurs complots, disperse leurs bandes : il dit de suite, sans acheminement, sans gradation, le mot suprême : Domine au milieu de tes ennemis ^.

Et en effet, aucune parole ne peint mieux l'exercice du pouvoir souverain de Jésus-Christ au milieu du monde. La puissance humaine pour réduire des oppositions, assurer son empire au milieu d'un pays ennemi et soulevé, déploie d'imposantes forces ou bien use de toute la puissance d'une diplomatie raffinée. Jésus- Christ, sans cilort, sans préparation, sans moyens

1 «lia eiiini jjlanlattc surit Ecclesiee in mediis urbibus; ita vicerunt et suijcriorus evas(;ruiit. Hoc est praîclarae viclorias argumcnlum, (luod in mediis hoslibus altaria erexerint; quod lanciuam oves essent in medio ferarum, et agni in medio luijoruiii... Et non dixil : « vince » in medio inimicorum, scd dnutinare, ni ostenderet non in se lia})entes, oinnia l'acientes lamjuam ex luijjurio. » (S. CïnYSObl. Exposil. l/i Pial. CIX.) — - Psal.CIX.

d'aucune sorte, domine^ il imposa au cœur sa volonté, il captive l'intelligence, il manie Pâme et la façonne h son gré. il choisit ses disciples, il fixe ses conquêtes, il place là où il lui plaît le sceau et l'étendard de sa domination ; une conversion s'opère, une œuvre chrétienne s'organise, une nation défend sa cause, une autre acharnée à perdre son îlglise voit écliouer ses entreprises*, tous ces effets s'opèrent sans cause visible, sans force apparente, c'est toujours la même parole créatrice, qui a retenti à la naissance des choses, et dont l'écho se prolonge tout le long des temps. Il dit et tout est fait, il donne ses ordres et tout s'exécuteK Ainsi Jésus-Christ domine au milieu de ses ennemis. Si les gouvernements et les hommes d'Etat avaient bien médité ce mot révélateur, ils s'épargneraient bien des faux pas et souvent bien des chutes, des brisements et des ruines. Ils n'en arriveraient pas si souvent, pour avoir méconnu cette inévitable et invincible domination de Dieu dans son Eglise, à se voir foudroyés par cette autre parole : alors Dieu leur parlera dans sa colère, et dans sa fureur il les livrera aux bouleversements 2. Une autre expression du Psaume que nous commentons achève de nous dépeindre la puissance de Jésus-Christ. Tecum principium, dit encore Dieu à son Fils, « la domination est en toi. » I^a source de ton pouvoir, c'est toi-même, ta force, ta victoire, ta royauté, c'est toi. Quant aux puissances de ce monde, elles sont tributaires de mille secours extérieure : ce n'est pas en elles que résident la force et la vie, elles l3S empruntent aux circonstances du dehors, aux agents étrangers ; si cette source, qui ne jaillit pas d'clles-m." :ucs et dont elles ne sont jamais les maîtresses assurées,

«Psal. XXXn. - '- Pial. U.

lear fait défaut, leur trône chancelle, leur pourpre se déchire et leur sceptre vole en éclats. Les péripéties de l'histoire ont rendu célèbre ce proverbe des cours : « il n'y a pas loin du Capitole à la roche Tarpéienne. » Et pourquoi n'y a-t-il pas loin? Pourquoi le même prince, qu'hier la foule portait au Capitole, sera-t-il demain traîné aux gémonies ? Parce que pour gravir les marches du Capitole il eut besoin d'une force qui n'était pas lui. Les pouvoirs humains sont à la merci de tous les événements qui ondulent si capricieusement la surface de l'histoire. Des secours étrangers les élèvent et les maintiennent un instant, un souffle venu on ne sait d'où, des circonsto nées inattendues, des changements bizarres les renversent: dans aucun de ces deux cas, la vie n'était en eux-mêmes*: leur fortune était d'emprunt; la même main qui l'avait prêtée la reprend. Un conquérant s'élève, grandit, triomphe; tout lui cède, tout recule, tout s'évanouit devant sa terrible épée. Qui l'a fait naître et qui le maintient? Un ensemble de circonstances étrangères dont son génie a su profiter, mais qui ne sont pas à lui et dont il n'est pas le maître. Ébloui par son propre éclat, trompé par une trop longue fortune, il crie : non movebor! il a foi en un lendemain éternel... Un lendemain!

Demain, ù conquérant, c'est Moscou qui s'allume,

La nuit, comme un flambeau ; C'est notre vieillft garde au loin jonchant la plaine. Demain^ c'est Waterloo! demain, c'est Sainte-Hélène!

Demain, c'est le tombeau !

Pour Jésus-Christ seul il n'y a point de demain, car pour régner, pour s'assurer une domination qu'aucune

iPsal.CIX.

borne n'arrête et que les siècles ne font qu'afifermir, Jésus-Christ ne demande à la terre quoi que ce soit ; bien plus, son intention est manifeste de renvoyer tous les auxiliaires, d'écarter tous les secours, de répudier toutes les forces, et de prendre au contraire pour appui tout ce qui est faiblesse, mépris, dérision, néant. Saint Paul montrait ces néants pour faire briller davantage la puissance tout intime de Jésus-Christ et de son Eglise : « Voyez, mes frères, la réunion de ceux qui ont été appelés : peu de sages selon la chair, peu de puissants, peu de nobles; mais ce qui est insensé aux yeux du monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages; ce qui est faible selon le monde. Dieu l'a choisi pour confondre les forts; ce qui est méprisé du monde, objet des dédains du monde. Dieu l'a choisi, il a choisi le néant pour détruire ce qui est^. » Et comment avec « le néant » Jésus-Christ renverse-t-il les colossales forces de « ce qui est >, c'est-à-dire les forces de tout un monde? C'est qu'en Jésus-Christ est une puissance supérieure 4ui ne tient rien de la terre et émane tout entière de lui. « Tecum principatus. Son règne ne repose pas sur des appuis étrangers, ce règne est en lui, il lui est essen» lie], il est inaliénable, inamissible,.' éternel. Les princes le ce monde perdent souvent leur trône; en tout cas, la mort les en précipite. Bien plus, même au temps de leur grandeur le règne ne leur appartient pas, il est tributaire des armées, du budget, des sentinelles qui v'eillent, des gardes qui environnent, des forteresses qui ibritent. En Dieu, le règne c'est lui-même; la puissance, c'est son être même, éternelle, inébranlable comme lui. l'i lui est aussi impossible d'être privé de son règne,

1 I Coriath.

260 LE f;ls de dieu

que de perdre sa substance. Le règne est en toi au jour de ta puissance '. « Jésus-Christ a deux jours •^ de sa puissance, » le jour actuel, le jour futur. Dans chacun d'eux éclate une merveilleuse force. Quelle force quand par la mort la mort était vaincue et anéantie, les « portes d'airain brisées, » le péché détruit, la malédiction enlevée de dessus le monde, tous les antiques désastres réparés, tous les biens nouveaux obtenus! Quelle puissance comparer à cette puissance, soit que l'on considère les miracles, soit que l'on considère les œuvres opérées? Les morts étaient rappelés à la vie, les lépreux à la santé, les démons étaient mis en fuite, l'océan refrénait ses fureurs, les péchés étaient remis, les paralytiques reprenaient leur vigueur, le paradis s'ouvrait à l'homme, les rochers se brisaient, le voile du temple se déchirait de part en part, le soleil détournait sa lumière, et l'obscurité pesait sur le monde, les corps des saints endormis sortaient de leurs sépulcres, le larron retrouvait sa patrie perdue, les profondeurs du ciel s'ouvraient à la nature humaine, et cette nature humaine, broyée sous toutes les douleurs, prenait son essor et traversait le ciel des cieux, et, ce qui dépasse tout le reste, prenait place sur un trône, où les anges et les autres princes de la céleste cour la servaient. En mêir.e temps tous les vices étaient chassés, les vertus de nouveau introduites, la grâce de l'Esprit-Saint répandue; des pêcheurs, des publicains, des faiseurs de tentes fermaient la bouche aux sages, désespéraient l'éloquence des orateurs, renversaient toute la puissance de l'enfer; dans le monde entier, les autels païens, les temples, les fêtes, les assemblées publiques, les sacrifices avec leur

» Psal. GIX.

LE FILS Dl' DIEU 261

■fumée immonde et leurs jeux sacrilèges, les devins, les raafçiciens, les augures, toutes les inventions, toutes les œuvres de l'enfer disparaissent d'un coup. Sur toute la surface de la terre les Églises germaient, les vierges se réunissaient en chastes troupes, avec les ordres variés des religieux et des moines; le désert comme la cité se remplissaient des fleurs et des parfums de la vie pieuse, les voix de la terre répondaient aux concerts célestes, les chœurs des saints alternaient avec les chœurs des anges, partout surgissaient les armées de martyrs, les troupes des confesseurs, les vertus croissaient avec une force et une facilité merveilleuses, les peuples barbares s'élevaient aux sublimités de la foi, ces hommes, dont la férocité dépassait celle de la bête fauve, luttaient de sainteté avec les anges; autant le soleil éclaire de contrées diverses, autant, après la mort du Christ et sa résurrection, la foi chrétienne illumina de régions et de peuples. Voilà l'immensité des œuvres divines qu'envisageait le Psalmiste quand il chantait : A toi le règne au jour de ta puissance '. »

2. « Voulez- vous aussi vous rendre compte du jour futur de la puissance du Christ, et comment aussi ce jour manifestera sa force toute divine? Contemplez en vous-même ce grand spectacle : le ciel emporté dans un immense tourbillon, toute la nature gâtée par la déchéance qui ressuscite à sa vie d'immortalité, toutes les générations qui, à un signe, se présentent devant le Christ, les démons chargés d'ignominies et de hontes, dans l'attitude de la frayeur et du désespoir, les justes dans l'ivresse du triomph-î, tous les hommes rendant

» S. Ghrysoàl. Exposilio in Psal. CIX.

■2G2 le fils de dieu

compte des actes de leur vie entière, ou bien condamnés pour leurs crimes, ou bien couronnés pour leurs vertus. Le temps a cessé, l'éternité commence, plus de morts, plus de maladie, plus d'impuissantes vieillesses, plus do pauvreté, plus de ruines, plus d'attaques ni d'embûches, plus de demeures ni de cités, plus rien" de ce qui constitue notre besogneuse existence, ni métiers, ni arts, ni navigations lointaines, ni vivres et vêtements, lits de repos et vacillantes lumières ^...» Tout est splendide, tout est immortel, tout est divin; le ciel étend à l'infini devant les élus ses splendeurs et ses richesses, l'abîme a pour jamais refermé sur les réprouvés ses gouffres sans fond. Désormais les misérables ennemis du Christ, réduits à une éternelle obéissance, écrasés sous une inexpiable défaite, lui sellent de marchepied^ Dieu seul est roi dans un empire que ne trouble plus la révolte, où ne s'entendent plus « ni cris de douleurs » ni cris séditieux. Les bons jouissent d'un triomphe sans mélange, les méchants, en» fermés dans les cachots de la justice, réduits aune éternelle impuissance, n'entreprennent plus rien ni contre Dieu, ni contre son Christ,'et l'Église, dans sa cité triom- ])hale, est pour jamais à l'abri de leurs coups. La parole divine est accomplie tout entière, le règne du Verbe in» carné est complet, son œuvre est parfaite, le Christ est dominateur, il est vainqueur, il est Roi. « Au Roi immortel et invisible des siècles, au seul vrai Dieu, honneur efc gloire dans toute la suite de l'éternité : Amen 2. »

IIL — Le Seigneur en a fait le serment, jamais il ne s'en repentira : tu es Prêtre selon l'ordre de Mclchiscdich.

»S. Clirysost. Exposil. in Ps':l. GlKy — - Rom.

Quel texte à la fois grandiose, profond, mystérieux! Un Dieu qui affirme avec serment, qui jure pour l'éternitc, qui constitue un suprême et définitif sacerdoce, un Dieu qui sacre Prêtre éternel un Dieu ! Jamais il ne s'en repentira '. Dieu s'est donc parfois repenti? C'est-à-dire, car l'Esprit-Saint s'accommode ici manifestement à nos manières d'exprimer, il imite les vicissitudes de notre nature mobile et changeante, c'est-à-dire que plusieurs institutions précédentes trop imparfaites pour remplir l'infini des désirs et des volontés de Dieu n'ont pu exciter en lui que le dégoût et provoquer le repentir. Il est écrit de l'homme prévaricateur que Dieu « se repentit de l'avoir créé. » Plus tard, quand, pour arrêter l'humanité sur sa pente de dégradation et de raine, Dieu lui donne une loi figurative qui le devait éclairer et retenir, cette loi par la malice du péché « tourne à la mort, faite qu'elle était pour la vie » et le salut. Dieu eut à se repentir encore. Quand à la loi de Moïse Dieu ajoute le sacerdoce d'Aaron, de ces holocaustes grossiers, quels honneurs dignes de sa majesté pure lui pouvaient revenir? Quels sentiments provoq,uaient-ils en lui que le mépris et le dégoût? Les holocaustes pour le péché n'ont pu vous plaire-. Rien de terrestre, rien de fini, rien surtout de souillé n'est digne de Dieu, ne peut approcher de son trône, montera son autel, faire l'objet de son culte, lui rendre les honneurs que réclame sa majesté infinie. Dieu rejettera donc l'homme comme son prêtre : pour prêtre il ne lui faut rien moins qu'un Dieu. De tout ce qu'il lui a fallu constituer de terrestre et de provisoire, en attendant « la plénitude des temps, -> Dieu se repentira : mais dès que, pour Prêtre éternel il

i Psal. CIX. - 2 Psal. XXXIX.

264 LE FILS DK m EU

aura constitué son Verbe incarne, dès qu'il aura dit à ce Fils : tu es Prêtre pour rèlcrniU selon l'ordre de Melchisédech., les exigences infinies de sa gloire seront infiniment remplies, le Psalmiste pourra l'affirmer sans crainte : // ne se repentira pas à jamais K

I/apparition dans le lointain des âges de ce sacerdoce du Fils de Dieu emprunte de l'Écriture une merveilleuse grandeur. Tu es Prêtre selon l'ordre de Melchisêdech. Ce Melchisédech apparaît une fois dans l'Écriture. D'où il vient, quelle est sa généalogie, quels sont ses ancêtres, nul n'en sait rien. Quand disparaît-il? Morne silence de l'Écriture, Melchisédech semble n'emprunter à la terre que le lieu où il ofiTre son mystérieux sacrifice et cette vie visible qui lui permet de l'offrir parmi les hommes : du reste on le dirait un Pontife éternel, « sans commencement comme sans lin à ses jours. » Dès qu'il se montre, tout ce que la terre compte d'illustre et de vénérable s'incline et reconnaît son pouvoir. Il bénit, il consacre une grande victoire, il offre le sacrifice tout nouveau et tout spécial à lui d'un peu de pain et d'un peu de vin. Qui ne reconnaît dans le Melchisédech des anciens âges le Pontife-Dieu auquel il est dit dès les siècles de l'éternité : le Seigneur en a fait serment, il ne s'en repentira pas : tu es Prêtre selon l'ordre de Melchisédech^. Ce que l'Écriture insinue en figure

1 « Reprobatio quidera fit prcecedentis mandati proptcr infirmitatem ejus et inutilitatem; nihil cnim ad perfoctnm adduxir lex : introduciio vero melioris spei, per quam proximamu.s ad

Deum Et alii quidem plurcs facli sunt sarcrdotos, idcirco

quod morte protiibcrentur permanere : IJic autem eo quod maneat in aetei-nura, sempilernuni lial)et sacordotium » (ilol)r. vu.) — spsal. GIX.

Jésus-Christ l'accomplit dans la plus divine vérité. Pontife éternel, il n'apparaît qu'une fois au milieu des temps, il n'offre qu'un seul sacrifice, il bénit des vainqueurs, il se charp;e des tributs de la terre et des dépouilles de l'ennemi. Nul ne connaît sa génération : gcnerationem ejus quis enarrabit ? il n'y a « ni commencement ni fin à ses jours. » Quel est son sacrifice? « Or Jésus prit du pain et le bénit, le rompit et le donna à ses disciples en disant : Prenez et mangez, ceci est mon corps. Et prenant le calice, il rendit grâces, et le leur donna en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang du Testament nouveau qui sera versé pour un grand nombre en rémission des péchés *. » Tel est l'ordre do Melchisédech : du pain, du vin offerts à Dieu et constituant le grand et unique sacrifice, celui qui remplace les grossières victimes et les holocaustes répudiés, et qui, éternel comme le Pontife qui l'offre, sauve « en une seule fois » l'humanité pécheresse, donne à Dieu une gloire infinie, remplit le ciel et la terre, résume et consomme toutes les œuvres divines, remplit le temps et l'éternité de son unité mystérieuse ^ : una oblatione consummavit in sempiternum'^.

Tout ne nous est pas dit encore des mystères « do l'ordre de Melchisédech. » Le sublime Apôtre nous en complète ainsi la révélation : « Ce Melchisédech, roi de

* « Hic unam pro peccatis ofTerens hostiam, in sempilernum sedet in dextera Dei ; de ceetero expectans donec ponanlur inimici ejus scabellum pedum ejus. Una oblatione consummavit in sempilernum sanctificatos. » (Ilebr. x.) — - Pour pénétrer dans toute la sublimité de ces mystères, il est indispensable d'éLudiiMà fond TEpître aux Hébreux, en s'appesantissant sur les chapilrus VII, VIII, ix.x. — 3 Hebr.. x, 14.

Jériipalem, prètro du Dieu Ti'ès-IIaut, que nous voyons venir au-devant d'Abraham de retour de la défaite et du carnage des rois, ce pontife qui bénit Abraham et auquel Abraham distribue la dime de toutes ses dépouilles, est une figure dont voici l'explication. Son nom signifie « roi de justice; puis ensuite il est roi de Jérusalem, c'est-à-dire « roi de paix; » sans père, sans mère, sans commencement, sans fin à ses jours : figure du Fils de Dieu, il est prêtre pour l'éternité. » En Melchisédech tout était figuratif; en Jésus-Christ tout est réalité. Jésus-Christ « est Prêtre du Dieu Très-Haut. » << Il ofïre le pain et le vin. » Il bénit de son sublime autel l'illustre victoire du bien sur le péché et l'enfer. La terre entière lui apporte l'hommage de son adoration et les prémices de tous ses biens. Jésus-Christ est le « Roi de justice, » c'est de lui que la justice émane, de lui que jaillit la grâce, de lui que les vertus s'échap- ])ent dans le monde comme de vivifiants parfums, bonus odor Chrisli^. C'est Jésus-Christ encore qui est « Roi de Jérusalem, » de la Jérusalem terrestre qui est l'Kglise, de l'éternelle Jérusalem qui est le ciel. « Roi de paix. » « Lui-môme est notre Paix, » lui «qui a tout pacifié par l'effusion de son sang, » qui a réconcilié le ciel à la terre, les hommes à Dieu, « qui a fait cesser toute division, » « qui a renversé le mur qui nous séparait. » Pontife éternel dont la prière en apaisant le ciel ne cesse d'entretenir cette céleste paix, « vivant toujours pour toujours intercéder. » Appréciions donc, conclut l'Apôtre, du trône de miséricorde, pour obtenir les secours au temps où nous en avons besoin »

« IICoriQth.

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IV. — Tient une heure où il est trop tard. Jésus- Christ, Pontife de bénédiction pour ceux qui aiment la bénédiction, est aussi, quand la mesure est comble et le crime obstiné, un Juge sans miséricorde et un vengeur sans merci. Le Psaume s'assombrit, les révélations deviennent formidables, un dernier jour nous apparaît dans le lointain de l'avenir, jour terrible, où le Crucifié d'hier devient le Triomphateur d'aujourd'hui. «■ Jour de colère ce jour-là! » le Seigneur est à votre droite, au jour de sa colère il brise les rois. Il jugera les nations ;il remplira tout de ruines ; il brisera sur la terre la tête d'un grand nombre d' ennemis '. Ce n'est plus alors « l'Agneau de Dieu, » « la brebis muette devant ceux qui la tondent, » le tendre et compatissant Sauveur supportant les outrages pour mieux attendre et mieux provoquer le repentir, c'est la Justice outrée, c'est la Majesté vengeresse, c'est l'Amour exaspéré et implacable : Il rem~ plira tout de ruines, car c'est alors le jour de son courroux 2,

Sans doute ce « jour » de la suprême colère et de l'implacable vengeance est le jour du jugement dernier; néanmoins Jésus-Christ prélude pendant le temps à ces effroyables représailles de l'éternité. Que de fois, dans le cours des âges, Jésus-Christ a son jour! Qae de fois au jour de sa colère ilbrise les rois et remplit tout de j^uines^l « Quand l'empereur Julien s'attaquait au christianisme par cette ruse de guerre et de violence qui porte son nom, et qu'absent de l'empire il était allé chercher dans les batailles la consécration d'un pouvoir et d'une popularité qui devaient, dans sa pensée, achever la ruine de Jésus-Christ, un de ses familiers, le rhéteur Libanius,

* Psal. CIX. — « Psal, CIX. - "> Psal. CIX.

rencontrant un clirétien, lui demanda, par dérision et avec l'insulte d'un succès déjà sûr, ce que faisait le Galiléen; le chrétien répondit : « Il fait un cercueil. » Quelque temps après, Libanius prononçait l'oraison funèbre de Julien devant son corps meurtri et sa puissance évanouie. Ce que faisait le Galiléen, il le fait toujours, quels que soient l'arme et l'orgueil qu'on oppose à sa croix. Il serait long d'en déduire tous les fameux exemples; mais nous en avons qui nous touchent de près, et par où Jésus-Christ, à l'extrémité des âges, nous a confirmé le néant de ses ennemis. Ainsi, quand Voltaire se frottait de joie les mains, vers la fin de sa vie en disant à ses fidèles : «^ Dans vingt ans Dieu verra beau jeu, » le Galiléen faisait un cercueil : c'était le cercueil de la monarchie française. Ainsi, quand une puissance d'an autre ordre, mais issue de la sienne à quelque degré, tenait le souverain Pontife dans une captivité qui présageait la chute au moins territoriale du Vicaire de Jésus-Christ, le Galiléen faisait un cercueil : c'était le cercueil de Sainte -Hélène. Et aujourd'hui, en regardant l'Allemagne agitée par les convulsions d'une science qui n'a plus de rives et dont vous venez de voir un si lamentable travail, nous pouvons dire avec autant de certitude que d'espérance : le Galiléen fait un cercueil, et c'est le cercueil du rationalisme. Et vous tous, enfants de ce siècle, mal instruits par les misères des erreurs passées, et qui cherchez hors de Jésus-Christ la voie, la vérité, la vie, le Galiléen fait un cercueil contre vous, et c'est le cercueil de toutes vos conceptions les plus chères. Et toujours en sera-t-il ainsi, le Galiléen ne faisant jamais que deux choses : vivre de sa personne, puis, soit avec du sang, soit avec

de ToLibli, soit avec de la honte, mettre au tombeau tout ce qui n'est pas lui ^ »

V. — Depuis dix-huit siècles Jésus-Christ toujours faible, toujours vaincu, toujours mis en croix et bafoué par des ennemis victorieux, a mis néanmoins au tombeau tout ce qui lui a résisté et l'a combattu. Et, chose étrange ! jamais cet enseignement séculaire n'a dessillé les yeux des puissants. Tous les gouvernements persécuteurs qui se sont succédé depuis dix-huit cents ans, tous les princes de la science, tous les dictateurs de génie, tous les rois de l'éloquence, ont cru chose facile et rapide de jeter bas le calvaire et de faire crouler l'autel. A mesure que les uns succombaient à la besogne, les autres reprenaient la pioche, pour tomber et périr à leur tour. D'où vient cette aberration étonnante des ennemis du Christ à travers tous les âges"'' De leur ignorance du grand mystère d'un Dieu descendu dans la chair de l'homme, d'un Dieu « anéanti ; » devenu « Homme de douleurs, » « dissimulé sous la forme de l'esclave 2. » Le monde ne voit en Jésus-Christ qu'infirmité et impuissance, il n'aperçoit que la moitié du mystère, il ne sait pas, ou plutôt il ne veut pas savoir « que si le Christ a été crucifié dans la faiblesse, il vit dans toute la force d'un Dieu -K »

Le Psalmiste termine son cantique par cette grande révélation. A sa prophétique lumière Jésus-Christ apparaît fort parce qu'il a été faible, victorieux et invincible parce qu'il a paru succomber, immortel et impérissable parce qu'il est mort. U boira en chemin ih-

1 Lacordaire, Confér. — - Pbilipp. — » II Corinlh.

l'eau du torrent, et voilà pourquoi il relèvera sa iclc^. Ce fut là le grand et mystérieux dessein de Dieu, enfermer, pour ainsi parler, la divinité du Verbe dans l'étroite enceinte de la chair de l'homme, faire, par le plus étonnant prodige, qu'un Dieu pût descendre, pût s'humilier, pût s'anéantir, qu'un Dieu pût pleurer, pût prier, pût souffrir, pût mourir ; que la même personne fût homme pour agir. Dieu pour donner à toutes ses actions une valeur infinie, homme pour expier. Dieu pour que cette expiation revêtît une valeur sans limite, homme pour mourir. Dieu pour ressusciter, en un mot, selon l'expression même du Psalmiste, homme pour boire en chemin au torrent des infortunes humaines. Dieu pour relever après magnifiquement la tête^.

1 Psal. CIX. —2 Nous ne résistons pas au plaisir de citer la belle et profonde exposition que, dans un autre Psaume, saint Auprustin fait de celte doctrine, qui est la doctrine de notre Rédemption. « Accedet IJomo ad cor altvm, et exallabilur Deus. Accessit Homo ad ipsa consilia, passus est se teneri ut Homo. Non enim tenerelur nisi homo, aut videretur nisi homo, aut cœderetur nisi homo, aut cruciligeretur, aut morerctur nisi homo. Accessit ergo homo ad illas omnes passiones, quœ in illo iiiliil valerint nisi esset homo. Sed si ille non esset homo, non liberaretur homu. Accessil homo ad cor allinn, id estcorsecretum ; objiciens aspectibus humanis hominem , servans intus Deura; celans formam Del, in qua aequalis est Patri, et olfcrens. formam servi quaminor est Pâtre. Occiditur homo, et exaltatur Deus. Quod enim occisus est ex inflrmitale humana fuit : quod resurrexit et. ascendit ex potestate divina. Accessit homo. Et quia Deus erat, et quia passurus erat volens, et quia prœbiturus exemplum inlirmis, et quia nihil ei facturi erant qui saeviebant tanquam passuro Deo sed in homine. sed in carne, quid sequitur? sar/il(x in,"a})lium factx sunt plar/w conim. » (S. August. Expoait. in Psal. LXllI.)

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fSi Jésus-Christ n'était pas homme, l'homme ne serait pas racheté, » Parole de l'admirable saint Augustin et qui reste le plus juste est le plus profond commentaire du dernier verset de notre Psaume : Il boira en chemin de l'eau du torrent, et à cause de cela il relèvera la tête. « Relever la tête » est ici ce que dans le Psaume LXIII David exprime par cette autre formule: Dieu sera exalté. Exalté, glorifié dans toutes ses per» fections, exalté dans les honneurs infinis que lui rend la rédemption, exalté dans le salut du monde que cette rédemption opère si magnifiquement. Grâce au torrent d'amertume où le rédempteur s'abreuve en passant, tout relève la tcte, tout est exalté, Dieu, l'homme, Jésus- Christ; « le grand mystère de la réconciliation s'opère, l'humanité coupable est tirée de son abîme, « de son sépulcre, » Dieu, en goûtant au calice de notre mort, » nous mérite les gloires et les joies de l'immortalité. Tel est l'ensemble de ce dogme merveilleux de la résurrection du monde dan?, la mort du Fils de Dieu. Les détails sont aussi beaux que magnifique est cet ensemble.

Le monde coupable a besoin d'une rédemption triple : rédemption de sa faute, de ses douleurs, de ses impuissances. Le monde est à la fois abîmé dans ses crimes, dans ses misères, dans son néant. Le Fils de Dieu vient le sauver. Comment? En expiant son péché, en partageant ses souffrances, en se faisant, durant le chemin de la vie, son modèle et son appui. Voilà comment il a hu en chemin rcau du torrent. Eau amère ! flots effroyables du crime et de la malédiction qui passaient Sur lui en l'ensevelissant et en l'écrasant ! Quand l'Ilomme-Dieu dut boire à ce torrent*, il permit à sa

» Psal. CIX.

sainte âme nn instant d'épouvante, de dégoût, d'iiorreur, il jeta un grand cri, « il versa des torrents do larmes, » « une sueur de sang » inonda sur ses membres brisés : « Père ! faites que ce calice séloignc de moi ! » — Mais il savait que pour sauver le monde, il fallait vider ce calice et boire à ce torrent, il but cette épouvantable amertume, il épuisa la malédiction prononcée contre les pécheurs; ils boiront tous, les pécheurs de la terre ! il épuisa la coupe des divines vengeances et nous fûmes sauvés. Mais expier n'était pas toute l'œuvre du Verbe Incarné : il avait résolu de rester auprès do l'homme malade et attristé, victime meurtrie de tous les chocs des choses humaines, écrasée sous le fardeau de sa mortalité, en proie à toutes les détresses et à tous les besoins. Après s'être fait rédempteur, le « Dieu bon » voulait être consolateur et ami, et devenir pour l'homme « un Pontife compatissant, » « apte à consoler » la souffrance et à soutenir ceux « qu'il ne rougit pas de nommer ses frères < «dans leurs innombrables extrémités. Et comment se rendra-t-il « apte à nous consoler ? » En partageant avec nous nos douleurs, en nous montrant des larmes dans ses yeux, des tristesses et des désolations dans son cœur, des plaies sur sa chair, des trous sanglants à ses pieds et à ses mains, en nous faisant entendre sur ses lèvres divines nos propres gémissements, et en nous faisant contempler dans toute sa ])crsonne sacrée la représentation vive de toutes nos douleurs réunies : tentntuinper omnia.On voitunetendrc mère à la couche de son fils malade essayer elle-même des potions rebutantes afin de. vaincre les dégoûts et les résistai es de l'enfant : ainsi fit pour nous Celui qui

1 Uebr.

nous fut la plus tendre des mères, il but sur le chemin de Veau du torrent*. Enfin l'Horame-Dieu rédempteur et consolateur devait se faire notre guide et notre exemple. Cet exemple devait être extraordinaire pour vaincre à la fois la force de notre orgueil, la ténacité de nos convoitises, l'enchantement de nos voluptés, l'ivresse de nos plaisirs, notre dissipation éternelle, notre incurable légèreté. Un spectacle inouï, une vision saisissante devait se dresser devant l'humanité affairée et fugitive, arrêter ses pas, forcer son attention, captiver son regard : vacate et videte ! Ce spectacle, un Dieu le donne au bord du torrent. Il est étranger, il est voyageur, il est pauvre, il se hâte, vado ad Patrem, dit-il, « Il n'a pas où reposer sa tête, » il j n'est pas de ce monde, » et pourtant il est « la vie de ce monde, «car il en est » la lumière,» «< il est la voie, la vérité et la vie. » Il boit en chemin de Peau du torrent, l'eau de l'iiumilité, de la pauvreté, de la souffrance, de toutes les vertus, de tousles héroïsmes, detous les martyres. Ainsi est-il notre modèle, et « illumine-t-il notre vie. » Puis, nous aj-ant montré comment il nous faut « boire au torrent » des vertus amères et douloureuses, il nous enseigne en sa personne comment ce torrent d'amertume, qu'on boit « dans le chemin » devient dans la patrie le torrent des voluptés, « l'eau vive qui jaillit jusqu'à la vie éternelle -. » A cause de cela, parce qu'il a bu intrépidement de l'eau du torrent, il relève la tête. Après « s'être anéanti. » Après s'être « rendu obéissant jusqu'à la mort et la mort de la croix, à cause de cela Dieu l'a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom, de sorte qu'à ce nom de Jésus tout fléchit le genou au ciel, sur

' Psal. CIX — -'Joan.

la terre et dans les enfers. » Nous de même. « si nous soutirons avec Jésus, avec Jésus nous serons glorifiés ^ »

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