‹ Les psaumes, étudiés en vue de la prédicationChapitre 18 sur 26 · LE ROYAUME DE L'UOMME-DIEU · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DE L'UOMME-DIEU

Par ses anéantissements et ses souffrances, l'Hommc- Uieu conquérait l'Église. Saint Paul est formel : « Le Christ a aimé l'Eglise et s'est, pour elle, livré lui-même à la mort, afin de la sanctifier en la purifiant dans le Daptème de l'eau et la parole de vie, afin de se donner une Église touVe glorieuse, toute immaculée, sans ride, sans laideur d'aucune sorte, mais sainte et pure. » Ailleurs le sublime Apôtre dit de la même Église ç[aelle est « son corps. >» Lui-même est donc 1' « àme » ie l'Église, il l'anime, il la vivifie, il en fait mouvoir tout l'organisme, il en dirige tout le fonctionnement. Par lui elle est divine, elle participe de ses excellences, ille partage sa royauté, elle est en lui et par lui la vie iu monde, «« la joie de la terre, » « la lumière éclairant tout homme qui vient en ce monde '. » L'Église est reine comme il est roi, indéfectible comme il est immortel, toute-puissante comme il est lui-même tout-puissant. Quand Jésus-Christ vint sur la terre, il y a dixhuit siècles, c'était, dit l'Apôtre, tm Dieu agissant corpo' rellcment ^; il avait pris la chair de l'homme, et par cet organe sensible, l'invisible Divinité opérait visiblement

i Joan. — - Cûloss. ii

au iiiilieu fki monde. Après sa résurrection, quand s n ciiaïup d'aclioii n'est plus 1 étroite Judée, mais l'immeusité du monde, pour organe, il prend une société tout entière, dont il fait « son corps, » qux est corpus ejus \ par laquelle il se met en communication avec tous les peuples jusqu'aux extrémités de la terre. Et telle est l'Église catholique, la personnification visible de rilomme-Dieu sur la terre.

J.e Psalmiste, inondé, comme nous l'avons vu, de lumière sur l'œuvre entière de l'Incarnation, ne pouvait ignorer la continuation de cette œuvre dans l'Église. Il a vu cette Église. Après Jésus-Christ, c'est elle peutcti'e qui se montre le plus souvent dans ses visions et ses extases, elle qu'il chante le plus continuellement dans ses divins cantiques. Il en a connu la naissance ; il en a suivi les développements rapides ; il en a contemplé les œuvres; il en a admiré les puissances; il en a énuméré les bienfaits ; il en a, dans le plus minutieux détail et la plus exacte vérité, tracé la physionomie, analysé l'organisme, signalé les traits et les caractères. Puis, après avoir répandu dans de nombreux Psaumes, des révélations de détail, dans un Psaume entier, l'un des plus brillants et des plus enflammés, il célébra dans un tableau d'ensemble l'histoire complète de cette Église à travers tous les siècles, depuis les jours de l'Éden où elle prend naissance, jusqu'aux jours de la consomma^ tion de sa gloire dans l'éternité.

1. —Si, comme nous le disions plus haut, l'Eglise, royaume de Jésus-Christ sur la terre, est en même

i Eph:i.

LE FILS DE DIEU ^d^D

tc^mpsla continuatio:i, l'extension et, pour ainsi parler, l'incarnution de l'Homme-Dieu, elle doit revêtir ses traits, et, à ceux qui la cherchent, offrir les mêmes divins caractères. Comme elle seule contient la vérité, renferme la grâce, conduit l'homme, à travers les périls du temps, aux gloires de l'éternité, il est manifeste que découvrir cette cité sainte et y entrer, est pour l'homme le plus essentiel des devoirs et le plus précieux des biens. Sera-t-elle diflicile à découvrir ? dérobera-t-elle son enceinte bénie dans un lointain impossible à atteindre? ou bien, de funestes similitudes avec les cités de ce monde nous exposeront-elles à des méprises et à des erreurs? Non assurément. De même que Jésus- Christ versait à flots la lumière qui le montrait à tous les regards Dieu et Fils éternel de Dieu ; de même qu'il fut toujours absolument impossible de confondre Jésus- Christ avec n'importe lequel des grands hommes de ce monde, de même il doit être impossible de confondre l'Église avec n'importe laquelle des sociétés religieuses qui la contrefont, et sous le masque d'une vérité divine n'enseignent que l'erreur. Dieu a dû donner à son Église de tels dehors, une si divine ressemblance avec son Verbe incarné, que quiconque voit l'un reconnaît l'autre. Et telle est en effet l'Église catholique. A trois traits le monde, sans danger d'aucune méprise, la reconnaîtra toujours et de suite pour la seule véritable et divine Église. Comme le Dieu dont elle émane et qu'elle personnifie, l'Église donne de sa divinité une triple preuve dans la triple puissance dont elle est investie : puissance d'élévation ; puissance de transformation; puissance d'extension.

Qui confondra jamais avec les humbles collines qui ondulent la plaine, quoique géant des i'yivnéos ou des

Alpes? Moins encore peut-on confondre Ti^^i^lise catholique avec les élévations de ce monde. David chante : La montagne du Seigneur est la riche montagne; la montagne qui réunit tous les biens; la montagne riche par excellence^. Quoi ! vous la pourriez confondre avec les montagnes arides et dénudées de ce monde? Pourquoi regarder ainsi les montagnes ? La montagne, la seule unique montagne est celle oii Dieu met ses coynplaisanccs ; la montagne où il habite, la montagne où il habitera pour toujours. Telle est l'élévation de l'Église catholique qu'où Icschoses humaines les plus hautes et les plus excellentes ont leur sommet, l'Église a ses fondements; où tout ce qui n'est pas elle finit, elle commence; devant elle tout est étroit et imparfait; devant sa révélation toute sagesse humaine est le faible bégayement de la première enfance ; devant sa morale la morale des sages les plus illustres n'est que le code de l'impuissance, et souvent la législation de l'erreur; devant ses œuvres prodigieuses les œuvres de la terre ne semblent plus que des travaux d'enfants ; devant sa perpétuité les jours de l'homme mesurent à peino un imperceptible moment; devant sa vie toute autre vie n'en est que l'ombre [impuissante et l'éphémère représentation. Tes fondements reposent sur les montagnes, ô Cité sainte; Dieu chérit tes portes, Sion, plus que tous les pavillons de Jacob. Quelles merveilles sont racontées de toi, ô Cité de Dieu- l

Ilecon naissons encore l'Llglise à sa puissance de transformation. En Jésus-Christ, cette puissance était irrésistible. La nature entière se transfigVirait devant Jésus- Christ. La tempête changeait ses fureurs en un calma profond, le désert aride nourrissait les multitudes du

1 Psal. LXVir. - 2 Pâal. LXXXVI.

.plus pur et du plus savoureux froment, le soleil se changeait en ténèbres, les rochers perdaient, pour tùmoipçner leur douleur, la dureté naturelle, et se faisaient, en se déchirant, plus sensibles que le cœur de l'homme. Mais non, ce cœur lui-même subissait toute la puissance de l'Homme-Dieu. La Samaritaine se laissait vaincre et captiver par la grâce, Marie-Madeleine, de pécheresse devenait la plus tendre et la plus passionnée des disciples; d'un mot, l'usurier et le concussionnaire Matthieu se transfigurait en apôtre et en pauvre de Jésus- Christ; l'opulent Zachée quittait son sycomore, et recevait plus encore dans son âme que dans sa demeure le Sauveur qui d'une parole l'avait vaincu. Au seul aspect de l'Honmie- Dieu, tout changeait de face, tout dépouillait la lugubre livrée de la douleur pour revêtir les splendeurs de la joie; la veuve de Naïm, de désolée devenait radieuse; le tombeau de Lazare se remplissait des gloires et des joies de la résurrection. La mort était chassée par la vie, le péché effaçait ses souillures, le démon s'enfuyait tremblant des corps qu'il possé- .dait insolemment comme sa conquête et son domaine. En un mot, la création entière, horriblement défigurée par le péché de l'homme, reprenait £ous la parole de Jésus-Christ sa beauté native et sa vigueur d'autrefois.

Or tel fut Jésus-Christ, telle est l'Église. Sa force la plus essentielle est une force de transformation. Elle pénétra dans le monde comme on pénètre dans un sépulcre, où tout est rempli de pourriture et d'ossements de mort : à 1er société antique pourrie de vices ot pcrdu'i d'impiété, « morte dans ses crimes, » disait saint Paul, elle se présenta la parole de vie sur les lèvres et dans sa main, divine tous les pouvoirs de la résurrection.

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I.nrnrc, veni foras* ! A ce mot, le Lazare dpj"' on pntrèîaction et qui exhalait au dehors la fétide odoar de sa pourriture, le monde ancien enfoui dans le sépulcre de toutes les corruptions, sortit de ce sépulcre plein de force et de vie. Rome purifiée de ses séculaires souillures, commanda à un monde neuf et vigoureux. En moins de trois siècles, l'Eglise avait transfiguré le monde, abattu toute une société gangrenée d'erreurs et de vices, cons-. truit une autre pleine de vertus et raj'^onnante de vérité. Car, remarquons-le bien, le prodige est double : pour transfigurer, l'Eglise doit tout d'abord détruire. Elle foudroie des ruines pour avoir le terrain libre et élever ses édifices divins. Comme Jésus-Christ, qui abat Saul de son cheval et le renverse par terre pour le relever Paul, l'Apôtre, le docteur, le thaumaturge, l'hôte du troisième ciel, ainsi l'Eglise de. sa voix foudroyante commença par renverser le vieux monde au milieu d'ébranlements et de convulsions effroyables. V Océan se soulève et frémit , ses flots immenses ont ébranlé les montagnes; les nations sont pleines de trouble, les royaumes chancellent, le Seigneur a fait entendre sa voix: la terre a tremblé^. C'est la première phase : l'Église ébranle, bouleverse, dévaste le monde; elle détruit pour rebâtir. Maintenant regardez : l'œuvre est faite ! Venez, et contemplez les œuvres de V Éternel^. Des nations vieillies l'i'^glisea fait des peuples neufs. Venez donc, vous tous,peuples de la terre! Dieu s'élève au bruit des acclamations, le Seigneur s'élève au son de la trompette. Chantez notre Dieu; chantez, célébrez le Seigneur; célébrez notre Roi; parce que Dieu est le roi de la terre; chantez, comprenez sej merveilles ; Dieu règne sur les nations; il est assis sur

* Joan. — s Psul XLV. — » Psal. XLVI.

te trône de sa sainteté; les princes des peuples se sont itiiis au Dieu d'Abraham, parce que Dieu est le bnurlirr de la terre et qu'il réside par-delà les cieux^ ! 0 traiisformation inerveillease ! Si nous jetons les yeux sut- le monde au moment de ses plus brillantes civilisations, en plein règne d'Auguste, au sein de sa pléiade de génies illustres, et de grands hommes, nous sommes épouvantés des monstrueuses aberrations qui couvrent ce' te société païenne, des fanges qui la souillent, des crimes qui la déshonorent. Revenons-nous à ces ruines à peine deux ou trois siècles plus tard, rien ne reste plus de ces folies et de ces crimes; la vérité brille sur 'les intelligences comme la vertu règne sur les cœurs. L'homme qui se courbait en adorant devant l'image de la brute, s'élève, dans le pkis sublime des essors, jusqu'à la connaissance du vrai Dieu, Dieu est connu dans ces demeures^. L'humanité entière gémissait sans espoir sous la tyrannie de toutes les douleurs : un fleuve de joie inonde la cité de Dieu ^. Depuis le divorce de l'Éden, Dieu, renié et repoussé par l'homme, s'était retiré Iti laissant à sa misère et à son impuissance ; maintenant ce Dieu, rentré dans son héritage, au milieu des siens, règne glorieusement dans cette Église qu'il inspire et qu'il vivifie : Dieu est au milieu de la cité sainte : elle ne sera pas ébranlée, le SeignexLV la protège dis le lever de l'auroreK Un immense cri d'espérance traverse la terre; au morne désespoir des jours anciens succèdent les élans d'une divine joie. Le Seigneur est grand; que la cité de notre Dieu, que la montagne sainte retentissent de ses louanges. L'Église est bâtie sur la joie, la joie de toute la terre! Naguère le monde entier attaquait la vérité de

» Psal. XLYI.-sPsal. XLVII.-3Psal.XLV. - ^Psal. XLV.

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Dieu, « la tenait iniquement captive, » comme disait l'Apôtre; maintenant cette vérité victorieuse défie les plus furieux et les plus universels assauts de ses ennemis. L'Église était chétive dans un coin de la terre, il:; n'étaient qiCun petit nombre, traînés captifs de peuple en peuple; maintenant les adorateurs de Dieu, les fils de l'Église couvrent le monde, et brisent contre l{ij.ir invincible puissance l'effort des peuples et des rois. Le Seigneurest grand! Que la cité de notreDieii, que la monlagnc sainte retentissent de ses louanges. Qu'elle est belle sur ses fondements la montagne de Sion ! La voici devenue la joie de toute la terre. Elle s'élève du côté de raquilon, la cité du grand Roi; Dieu réside en ses palais ; il est connu dans ses demeures. Voilà que les rois se sont réunis, ils ont marche ensemble^ ils ont attaqué l'Église, ils en ont fait le siège, ils la voulaient forcer, ils espéraient l'asservir : qu'cstil advenu toujours? Quelle merveille sillonne les siècles? Les puissances de ce monde ont reculé, ont chancelé, ont été défaites et brisées; les rois n'ont retiré de leurs attaques furieuses contre l'Église, que la honte et le brisement de la défaite; ils ont vu, ils sont restés stupéfaits, l'effroi les a saisis, ils ont hâté leur fuite. La terreur pèse sur eux; ils sont saisis comme des douleurs de l'enfantement. Ainsi lèvent d'Orient brise les vaisseaux de Tharsis. Ce qui nous avait été annoncé, nous le voyons dans la cité du Dieu des armées, dans la cité de notre Dieu, le Seigneur la rendra inébranlable à jamais ^. Le mot qu'ajoute le Psalmiste, nous ouvre sur le grand mystère des transfigurations par l'Église, tout un infini horizon. Grand Dieu, nous avons senti votre miséricorde au milieu de vjlrc temple 3, de votre cité sainte, de votre Eglise.

* Psal. XLVI. - 2 Psai. XLVI. — ' Psal. XLVI.

-Partout ailleurs on ressent deux choses, la jierversité de l'homme et la justice de Dieu. De la Gentilité, saint Paul écrit « que la colère divine pèse sur ces hommes. » Le peuple juif est unpeuplede mercenaires et d'esclaves, sa loi est la « loi de crainte. » Il tremble de mourir « parce qu'il a vu Dieu. » Il ne connaît pas la miséricorde, il chante avec son prophète : in flagella paratus sum, « je suis préparé au fouet. » Jésus-Christ seul pouvait clore l'ère de la terreur et ouvrir celle de la miséricorde. Avec lui et pz^v lui, selon la gracieuse expression du Psaume, la miséricorde et la vérité sont allées à la rencontre l'une de Vautre, la justice et la paix se sont embrassées K Seigneur, vous avez béni votre terre; vous avez ramené Jacob de l'esclavage, vous avez pardonné les crimes de votre peuple, vous avez couvert ses iniquités ; vous avez apaisé votre indignation; vous avez calmé l'ardeur de votre colère. La miséricorde et la vérité sont allées à la rencontre Vune de Vautre; la justice et la paix se sont embrassées; la vérité est sortie du sein de la terre; la justice nous a regardés du haut des deux. Le Seigneur répandra ses bénédictions et la terre donnera SON FRUIT. La justice marchera devant LUI; elle posera son pied sur nos chemins ^. Telle est l'ÉgUse transfigurant le monde ; à ses ténèbres opposant son inextinguible lumière; couvrant ses crimes sous la royale pourpre de sa miséricorde; élevant son néant jusqu'aux plus hauts sommets de la grandeur. 0 Dieu, nous avons ressenti votre miséricorde au milieu de votre temple. La montagne de Sion sera dans la joie ; les filles de Juda dans l'allégresse à la vue de vos jugements. Resavdez rÉglise : scrutez ses richesses de grâces et de gloires, comptez les innom

' P*al. LXXXIV. - 2 Piol. LXXXIV.

br;il)lcs biens qui en jaillissent sur le monde. Faite's le tour de Sion, examinez son enceinte, comptez ses forteresses, attachez-vous à sa puissance, jetez les yeux sur ses palais... Allez, racontez ces merveilles aux générations futures. Voilà notre Dieu; notre Dieu pour toujours, c'est lui qui nous régira à jamais*.

Image et continuation de Jésus-Clirist dans ses deux premières prérogatives, l'élévation et la transfiguration, l'Eglise l'est aussi dans la troisième, l'extension. Il est dit de Jésus-Christ qu'il est « le Pontife universel, » calhoUc m q- emdam Pontificcm^. Telle est aussi l'Église. C'est d'elb que jaillit la louange universelle, en elle que le nom de Dieu est admirable par toute la terre^, par elle que « s'offre en tous lieux l'oblation pure. » Jésus-Christ, dans le Psaume XXI, annonce ainsi cette première universalité de l'Église catholique, l'universalité du culte et de la louange : 0 Dieu, je raconterai votre nom à mes frères, je publierai vos louanges au milieu de leur assemblée, — de leur immense assemblée^, dit le Psaume, quelques versets plus bas, de leur immense Église. Quelle est cette Église, quels éléments la composent? A elle encore l'universalité du nombre ; tous les peuples du monde, li terre entière y entre, les nations en deviennent les enfants et les sujets. Les peuples les plus reculés se souviendront du Seigneur et se tourneront vos lui, toutes les nations se prosterneront devant lui. A lui appartient l'empire, il régnera sur tous les. peuples^'. Pv,oi de tous les peuples, maître du monde, Jésus-Christ associe l'Eglise à son universelle domina-

> Psal. XLVI. — * Tci tuHiea. — » Psal. VHI. — * Psal. XXT, — » Ps.il XXl

tion, la Reine se tient à ses cotes. Gomme Jcsus-Christ et par une puissance qu'il communique à sa sainte Epouse, l'Eglise possède tous les peuples, tous forment son domaine et doivent tour à tour devenir sa conquête. Comme Jésus-Christ encore, l'Église catholique jouit d'une troisième universnlité, celle de la doctrine et de la science. Si Jé.sus-Christ « éclaire tout homme venant en ce monde, « l'Église monte à l'horizon des -*^mcs comme un astre dont aucun obstacle n'arrêtera l'universel rayonnement, dont aucun lointain ne vaincra la puissance ; semblable à un nouvel époux qui sort de sa couche nuptiale, cet astre s'élance comme un géant dans su carrière; il part des extrémités de l'aurore et il s'abaisse aux bornes du couchant ; rien ne se dérobe à la chaleur de ses rayons K Isaïe nous représente la terre entière, toutes les familles des peuples, toutes les nations accourant à la sainte Montagne, à la cité de Dieu, à l'Église : c'est cette même universalité que sans cesse chantent les Psaumes. Jéliovah a manifesté son salut, il a révélé sa justice aux yeux des peuples; les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu. Que toute la terre retentisse du nom du Seigneur^.

Ses fondements sont placés sur le haut des montagnes, Dieu aime Sien plus que tous les pavillons de Jacob. Quelles glorieuses choses sont racontées de toi, ô cité de Dieu ! Je me ressouviendrai de Bahab et de Babylone ; ils méconnaîtront. Voici venir les étrangers ; et Tyr et les peuples d'Ethiopie, eux aussi, sont entrés dans cette Église. Est-ce qu'on ne dira pas de Sion : la multitude des peuples est née dans ton sein. C'est le Très-Haut lui-même qui l'a fondée. Quand le Seigneur comptera les peuples, quand il écrira

1 Psal. XVIII. — ^ Psul. XCVII.

leurs ticiViS, il dira : Ceux-là saut nés cnSion, 0 Sion, Ins murs sont le séjour de tous ceux qui posscdciH la joie ',

II. — Dans une grandiose image, le propliète ITaliacuo nous représente le passage de l'Eglise à travers les siècles et le monde : Dieu dans l'Eglise et l'Église dans le monde. « 11 s'est tenu debout et il a mesuré la terre. Il a regardé et il a dissous les peuples; les montagnes du siècle ont été broyées, les collines de la terre se sont inclinées sur le passage de son Éternité. 0 Dieu ! vous irritez-vous contre les fleuves? Votre colère veut-elle s'abattre sur eux? ou votre indignation plane-t-clle sur les mers? Vous monterez sur vos coursiers, vos chars apportent le salut à la terre. Vous traverserez les neuves; les montagnes ont gémi; vous avez franchi les abîmes des grandes eaux. Dans un frémissement terrible vous foulerez la terre ; dans votre fureur vous épouvanterez les peuples. Vous êtes sorti, ô Dieu, sorti pour le salut de votre peuple, le salut que vous accordez par votre Christ. » Tel est dans le prophète le passage de Dieu à travers tous les temps. Un magnifique Psaume, le LXVII développe cette pensée et étend cette image. Deux objets le remplissent et en consacrent les splendeurs : Dieu résidant au sein de l'Église : l'Église j'ésidant au milieu du monde, passant au milieu des générations, traversant tous les âges, multipliant les merveilles, tantôt suaves, tantôt terribles, toujours miséricordieuses, toujours opérées pour le salut des justes et la punition des pécheurs endurcis et obstinés. Dans des tableaux et des scènes d'une incomparal)!c beauté,

» Fsal. LXXXVI.

LE FfLS DE DIEU 'îiS

tonte l'histoire do l'Église est retracée, depuis l'Édcn jusqu'à la consommation des siècles ; c'est comme un vaste drame où se déroulent tour à tour les prodiges do ca naissance, de ses développements, de ses lottes, de ses détresses, de ses triomphes, de ses bienfaits ',

* Pour embrasser puissamment l'ensemble de ce magnifirfu^ Psaume, et saisir ses sens parfois si mystérieux et si difficiles, quatre remarques préliminaires sont indispensables. 1° Dans l'extase prophétique, dans les divins transports de l'inspiration, au £ein dj la vive lumière qui inonde l'unie du projjhète, les diverses notions des choses ne lui viennent pas péniblementlentement, successivement, ainsi que la science nous les donne dans l'ordre naturel et ordinaire. Dans un vaste tableau, sous les feux d'une immense illumination, tout apparaît, tout se découvre à la fois aux yeux du prophète. De là ces brusques passages d'un objet à un autre, ces associations d'idées instantanées et inattendues, ce mélange, et pour amsi parler cette confusion des choses, qui nous rendent parfois si ardues l'intelligence et l'explication des Psaumes et des prophéties. Nous n'avons pas le temps de tourner vers ces scènes diverses un regard Kng et alourdi, que déjà le prophète a tout vu, tou épuisé, tout décrit. 2° L'Église une, perpétuelle, universelle, embrasse tous les temps et renferme dans sa puissante unité les siècles et les situations diverses qu'a parcourus l'humanité. Et, cette perpétuité de l'Lglise se développe en deux périodes succès- ; ives. De l'Éden à Jésus-Christ, l'Église est figurative, Dieu y r;:race en tableaux et comme en peinture les futures réalités. C'est l'ébauche de ce qui plus tard doit être le chef-d'œuvre. Cote remarque est essentielle, elle seule ouvre l'intelligence d une f ule de passages des Psaumes et des prophètes. C'est la même Église que conduit Mo'ise et que régit l'Ilomme-Dieu dont Mo'ise n'était que la ligure; la même Église aux gloires formidables du Sina'ï et aux splendeurs sereines de l'Ascension ; la i..ême Église aux prises avec les Pharaons et les peuples de Chanaan; puis, « dans la plénitude dos tomps o et la perfeclioudo

^*6 I.E FJLS DE DIEU

Que de manifestaliony, que d'oj)érntions diverse?? de Dieu dans l'Église ! Le Psaliniste voit Dieu tour à tour, triomphateur magniliquo, s'élever dans les cicux, ou bien, guide, lumière et soutien, marcher à la tête de son peuple, ou bien, dans d'ineffables œuvres, dans des miséricordes sans nombre, former peu à peu le royaume des âmes, en y appelant toutes les infortunes : « Venez tous à moi ! » y verser à flots* ses bénédictions, y faire retentir sa parole, s'y entourer de majesté et de magnificence, sauver cette Église de toutes ses défaillances', la purifier de toutes ses souillures; tels sont les tableaux grandioses qui passent tour â tour sous le regard inspiré du Psalmiste.

1. Que Dieu se lève, que ses ennemis soient dissipés, que ceux qui le haïssent fuient devant sa fa^e! Comme

sa force assaillie par le monde entier ; la même sous les biens liyuratifs de la manne et des eaux du rocher miraculeux, quo sous les richesses plus divines de la grâce de Jésus-GhrisL. Celte unité fait comprendre comment notre Psaume LXVII pourra, sans transition, passer des merveilles antiques aux œuvres des derniers jours, confondre dans les mêmes essors lyriques l'iîglise judaïque et l'Église chrétienne. 3o II importe aussi grandement de fixer les objets multiples dont ce Psaume estrempli. David décrit une solennité: ce point est manifeste, et peu nous importe de lixer au juste quelle est cette pomj,c triomphale ; les auteurs se partagent, mais la diversité de leurs ■ opinions ne saurait gêner et embrouiller l'explication de l'ensemble. La description de cette solennité ne sert au Prophète que de cadre pour des développements plus sublimes et des révélations plus grandioses. C'est l'Église dont il voit la marche à travers le monde, c'est l'Église dont il esquisse à grands traits l'histoire. Les souvenirs du passé se pressent sous sm regard, et les prophéties de l'avenir ouvrent devant lui leurs Immenses

s'évanouit la fumée, comme la cire fonddevant la flamme, que les impies disparaissent devant le Seigneur! Que les justes se rassasient, qu'ils tressaillent de la présence du Seigneur, qu'ils soient dans la joie, qu'ils s'enivrent de délices ! Chantez Dieu, chantez vos Psaumes en son nom. Préparez les voies à Celui qui s'avance vers le couchant. Le Seigneur est son nom^. C'est l'arche antique qui se lève ; » mais gardons-nous de nous arrêter à ce sens s restreint et si peu digne de Dieu. L'arche d'alliance était la figure d'une autre arche, toute céleste, toute divine, Tliumanité sainte du Verbe incarné, et avec Jésus-Christ l'Église catholique, « qui est son corps »

perspectives. L'Arche sainte se lève et se met en marche, au milieu d'une foule ivre de joie qui l'accompagne et l'acclame, laimêdiatement la pensée du Prophète recule dans les siècles écoulés et s'arrête aux antiques triomphes, aux pompes sacrées. dans lesquels Dieu manifestait autrefois sa gloire dans les œuvres de son Église : la sortie victorieuse de l'Egypte, la marche du désert, la nuée conductrice, le Sinaï frémissant et enllammé. Mais bientôt le passé s'efface et l'avenir apparaît avec ses réalités bien autrement splendides. L'avenir, c'est cette Église catholique, soi tantdes tyrannies du monde, émerveillant de ses prodiges le grand désert des siècles, c'est Jésus-Christ triomphant, c'est l'Ascension victorieuse, ce sont les luttes gigantesques, les victoires sanglantes, tout un monde subjugué ; l'avenir enfin, c'est l'Église catholiijue traversant tous les âges, acclamée par toute la terre, suivie de tous les peuples, répandant ses bienfaits sur ceux qui lui restent lidèles, écrasant ceux qui la trahissent et la persécutent. 4° Remarquons enfin qu'interpréter le Psaume LXVII avec cette largeur de vues n'est nullement une témérité arbitraire ; l'apôtre saint Paul, dans son Épitre aux Éphésiens, nous donne lui-même la clef de cette interprétation, i Psal. JXVII.

et dont il est « le Clief. » Aux jours de l'Incarnation, le « Sei.i^neur se lève ; il s'avance, il marche triomphalement au travers du désert de ce monde; et devant ce Dieu qui, éternel, parcourt le temps, impassible, suit le chemin des douleurs humaines, infini, et inaccessible s'est fait voir et se laisse toucher, devant ce Dieu trois grands effets se produisent dans le monde. La défaite de l'empire du mal. Que le Seigneur se lève et que ses ennemis soient dissipés «. Ils le sont tous. Le péché est ciïacé, le démon vaincu doit céder la place, la mort rend les armes et livre ses victimes, l'idolâtrie recule et se retire devant la prédication de l'Évangile, les empires persécuteurs s'écroulent, et laissent à peine voir d'eux-mêmes d'impuissantes ruines, les vices disparaissent, les souillures de la terre ne sont plus, tout « s'est évanoui. » Voyez la puissance du Christ, quand il se lève et marche dans sa création ; ce n'est pas ici une victoire incertaine et péniblement remportée : Comme la fumée s'évanouit, comme la cire se fond dans la flamme, ainsi les impies disparaissent devant lui 2. Devant lui Jérusalem déicide a disparu ; Rome a croulé ; les nuées des harbares se sont évanouies « comme la fumée, » la l'hilosophie superbe, l'astucieuse hérésie, les brutalités de la force, les ruses de la diplomatie, les complots des rois, les fureurs de la plèbe, tout fond comm.e la cire, tout s'évanouit comme la fumée. Tel est le premier et formidable eiïet de la venue triomphale du Fils de Dieu sur la terre. Voici le second. Que les justes se rassasient de la présence du Seigneur: quHls s'abreuvent de ses joies, qu'ils s'enivrent de ses délices ^^ Dominateurs terribles, vainqueurs impitoyables des rebelles, Jésus-Christ et

• Psai. f.xvii. — ap^ai T-xvn. — apsai. f,xvrr.

LE riLS DE Dinu 4i9

rtglisG sont la douce Providence des justes, le refuge aissuré, la fortune divine des humbles et des bons. Que les justes se rassossient de la présence du Seigneur. Ce n'est que par Jésus-Christ et l'Église que les âmes ont connu le délicieux rassasiement de la joie. En dehors de l'Église qu'y a-t-il pour l'intelligence que doutes, incertitudes, illusions, erreurs; pour le cœur que troubles, déceptions, amertumes; pour les œuvres que stérilité ; pour la vie entière que souffrances; pour l'avenir que menaces et terreurs? La seule joie de la terre c'est l'Église. Le Psaume que nous commentions plus haut disait cette magnifique parole : fundatur exultatione universœ terrœ mous Sion, c la montagne de Sion, » l'Église, « est le fondement de la joie universelle. «< Enfin, à la défaite de l'empire du mal, à l'épanouissement de la joie des justes, le Psalmiste ajoute la splendeur du cortège qui précède la venue de THomme-Dieu, et la nuée de témoins et de hérauts qui marchent devant l'Église. Préparez la voie à Celui qui s'avance vers le couchant '. Le cortège apparut dans le monde quatre mille ans avant l'apparition du grand Roi. Durant quatre mille ans, les Saints de l'ancienne alliance, les Prophètes, les personnages figuratifs, la loi préparatoire, les grands empires et leurs révolutions gigantesques, des hérauts de toute sorte, des précurseurs de tout nom, précédèrent. \jOi-[r disposer lesvoies, le char triomphal de l'Homme-Dieu et de son Église. Et ce plan divin n'a plus changé. Tout se travaille, tout se remue pour l'Église ; les péripéties de l'histoire humaine, la naissance et la mort des empires, les événements divers qui signalent leur existence, tout se fait pour l'Eglise, tout .s'accomplit pour disposer

1 Psal.

ses voies, pour rendre sa marche victorieuse, pour nplini: les difficultés et briser les obstacles de son chemin.

2. Avec le Psalmiste, assistons maintenant à la formation de cette Église. Voici à l'œuvre ce Dieu descendu du ciel et conversant sur la terre, le voici à l'œuvre au milieu du monde, formant son Église,* la soutenant, l'enrichissant de ses dons, la rcmj^lissant de ses miséricordes.' Qu'y est-il? un Père. Le Père de tous les abandonnés, Patris orphanontm *. Il y est le défenseur de tous les opprimes : judicis viduarum. Il y est la paix, la douceur, la charité, l'union. « C'est lui qui est notre paix. » Pacificateur, unificateur universel, c'est grâce à Jésus-Christ, grâce à son action dans l'Eglise que nous tous, devenus des frères, fondus en un, rapprochés en dépit de tous les obstacles , nous formons un seul royaume, une cité unique, la famille des enfants de Dieu . Tresmillez d^alUgrcsse à sa vue : il est le Père des orphrUns et le Défenseur des veuves: Dieu est ici dans son sanctuaire. C'est liti qui nous fait tous habiter en commun, lui qui rappelle les exilés dans leur patrie, qui ramène les captifs pour les conduire dans les plus riches contrées, lui qui fait sortir de leur sépulcre ses ennemis qui exaspèrent le pins sa bonté 2. Ainsi s'est formée l'Église par une suite magnifique d'amnisties et de miséricordes. Dieu y fit entrer tout ce qui souffrait, tout ce qui s'était souillé, tout ce qui gémissait dans l'expiation, tout ce qui gisait dans les sépulcres. Il forma son Église de trois su[)rèmcs misères : des captifs, des ennemis acharnés des cadavres gisant dans la mort. Vinctos, similiter eos qui exaspérant, qui habitant in scpulci'is ^.

t Psal. LXVII. — « I\vil. LXVn. - » Psal. LXVIl.

3. Voyant de si ''pauvres éléments , trouvant une É.trlisc si humble et si chétive, nous attendons-no i s à des faiblesses sans espérance, à un néant sans force et sans vie? Ah! détrompons-nous : le Psaume s'élève, l'inspiration grandit, le Prophète voit se dérouler les triomphes de cette Église et il les chante. 0 Dieu! quand tu sortis à la tête de ton peuple, quand tu t'avanças dans le désert, la terre fut émue, les cieux versèrent des torrents d'eau, le Sinaï trembla à l'aspect du Seigneur, à la vue du Dieu dlsra'él. 0 Dieu! tu réservas une rosée miraculeuse 'jH^ur fortifier ton peuple épuisé de travaux, les oiseaux du ciel envoyés par tes mains habitèrent au milieu de leurs tentes; ta bonté les préparait pour tes enfants dans leur défaillance. Dieu donne à ses hérauts une voix éclatante, une irrésistible force; le Roi des armées, le Bien-Aimé du Bien-Aimé triomphe : aux femmes d'Israël à partager les dépouilles. Quand vous vous reposez dans votre héritage, vous êtes comme la colombe aux ailes argentées, dont les plumes réfléchissent l'éclat de for. Le Tout-Puissant a dissipé les rois armés contre elle; elle est devenue plus blanche que la neige du Selmon. La montagne du Seigneur est la riche montagne, montagne opulente, amas de biens infinis : Que faites-vous ainsi à contempler les collines ? Voici la montagne où, Dieu met ses complaisances, où il habite, où il habitera pour toujours. Des millions d'esprits célestes' environnent son char de triomphe : le Seigneur est au milieu d'eux, Dieu au Sinaï, Dieu au sanctuaire. 0 Seigneur, vous vous êtes élevé au plus haut des cieux, traînant après vous des captifs par milliers ; vous avez reçu des dons pour les hommes, même pour ces rebelles qui se refusaient à croire qu'un Dieu piU habiter parmi nous K

1 Psal.LXVII.

4j2 le fîls de dieu

Telle est l'Eglipc habitée, soutenue, vivifiée par le Dieu qui y réside et, pour ainsi parler, s'y incarne ])Our ne plus faire avec elle qu'une seule divine chose. IjCS dons dans l'Eglise, les richesses surnaturelles, les trésors divins sontà ce point innombrables, qu'ils ne peuvent être représentés que sous l'image d'une pluie, pliiviam voluntariam scgrcgabis; pluie « spontanée, » pluie exquise, que Dieu tire de sa propre substance et verse sur l'humanité pour la déifier, facti consortcs divlnx naturœ. Autre grâce insigne^ l'Eglise, dans l'élément humain qui la compose, est faible, infirme, défait lante : infirmala est; mais Dieu guérit ses infirmités, répare ses défaillances, la rend plus puissante que les puissances de ce monde, et l'élève aux plus hauts sommets de l'héroïsme et de la perfection : tu vcro pcrfc cisti eam. Jésus-Christ soupirait un jour douloureusement sur l'humanité, qu'il voyait errer « comme un troupeau sans pasteur, » égaré dans les solitudes du mal, mourant de faim et de misère. Emu de pitié, à ce troupeau il prépare une demeure : à cette faim qui le dévore

il prépare une nourriture : habilabunt parasfi in

dulcedine tua pauperi, Deus. Mais quelle est la faim la plus terrible, la détresse la plus désastreuse ? Aii ! sans doute la faim de la vérité, la détresse qui suit la so::straction de la parole de Dieu : « L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole sortie de la bouche de Dieu. » Dès lors que fait Dieu dans l'Eglise et par l'Église? Dieu, perpétuellement et dans la plus large mesure, distribue au monde le pain de la vérité. A ceux qui évangélisent Dieu donne la parole avec une puissance invincible. Ici le Psaume s'élève, les figures plus grandioses nous initient d'une manière plus complète et plus frappante aux forces, aux triomphes, aux

richesses inépuisables de l'Eglise : l'Eglise est un camp victorieux. La bataille a été livrée, les ennemis sont en fuite, le vainqueur est maître des richesses accumulées qu'abandonnent les vaincus. Quel est le vainqueur ? Le roi des vertus, qui est aussi le Bien-Aimè,le Bien-Aimé du Bien-Aimé, dit le texte, Fils bien-aimé du Dieu chéri des mondes, » Dieu de Dieu, » « lumière de lumière, >» « vrai Dieu de vrai Dieu. » Et quand ce Bien-aimé est vainqueur, qui partage les dépouilles ? Qui s'enrichit des trésors abandonnés par l'ennemi? la « Beauté, » la reine de toute beauté, l'Église, l'Église charme et délice de la maison de Dieu : speciei doraiis dividere spolia. De quelles dépouilles hérita l'Église ? La Synagogue lui donna le magnifique dépôt des vérités saintes ; la Gentilité lui donna le monde; l'Enfer lui rendit ses victimes; la Mort lui restitua la vie. Mais quelle est la richesse par excellence de l'Église ? Sa sainteté. L'Église est la colombe aux ailes argentées, reflétant l'éclat de l'or-: virginale blancheur de l'argent, somptueux éclat de l'or : telle est dans l'Église son innocence, telle est sa charité . L'Église est pure, innocente, immaculée, blanche '< comme la neige qui couvre le Selmon. Qu'est encore, qu'est surtout l'Église ? Elle est la montagne. La puissance aussi se fait montagne, l'orgueil de l'homme s'élève comme la montagne ; le génie, l'autorité, la fortune, la renommée, autant d'orgueilleuses montagnes. Mais plus haute, plus riche, plus inébranlable, plus fameuse, est la divine montagne, l'Église. Hommes insensés ! pourquoi diriger vos regards, vos désirs, vos espérances vers les humaines montagnes ? Voici la montagne du Seigneur, voici l'ÉgUse, réunion de tous les biens, amas de toutes les richesses, Dieu y a sa demeure, et avec Dieu y sont accumulés tous les trésors.

Cette image évoque deux sublimes souvenirs. Deux montagnes ont tour à tour consacré les splendeurs de l'Eglise : la montagne de Sinaï; la montagne plus niagniliquj encore de l'Ascension. Voici la montagne oib Dieu met ses complaisances, où il habite, où il habitera pour toujours. Des milliers d'esprits célestes environnent son char de triomphe. Le Seigneur est au milieu, d'eux, Dieu est au Sinaï, Dieu est au sanctuaire. 0 Seigneur, vous vous êtes élevé au plus haut des deux, traînant après vous des captifs innomhrablesl

Dans un autre l'saume David contemplait cette même scène de l'Ascension, et il chantait: Quel est ce roi de gloire? C'est le Dieu fort, c'est le Dieu puissant dans les batailles. Telle est ia seconde manifestation de Jésus- Christ dans l'Église : la défaite de ses ennemis. C'est par où huit le Psaume LXII ; c'est aussi par où nous-mêmes, résumant les grandes œuvres du Christ, sa puissance, sa mission, son règne, sa domination invincible au milieu du monde, nous terminerons notre étude d'après les Psaumes sur le Fils de Dieu. Que le Seigneur soit béni chaque jour. Grâce à lui nous aurons toujours un chemin prospère, grâce au Dieu de notre salut. Notre Dieu, c'est le Dieu qui sauve, les sorties du Seigneur répandent la mort. Dieu brisera la tête de ses ennemis, il écrasera le front superbe de ceux qui marchent dans l'iniquité. Le Seigneur a dit: je ramènerai mon peuple de Basan ; je le ramènerai des profondeurs de l'abhne. Tes pieds, ô mon peuple, seront teints de sang ; lalangue de tes chiens s'abreuvera du sang de tes ennemis. 0 Dieu, ton peuple a vu ta marche, il a vu la marche de mon Dieu et de mon Roi vers son sanctuaire, ô Dieu confie ton (vuvre à tu puissance ; achève, ô Dieu, les merveilles inau(iurces au milieu île nous\ Que ton temple s'élève, que

les rois de la terre y apporlent leurs tributs. Épouvante ta bt'te des roseaux, la multitude des taureaux furieux au milieu du troupeau de tes peuples, qui veulent chasser ceux que tu as éprouvés; écarte les nations qui veulent la guerre. Rois de la terre, chantez le Seigneur, célébrez en chœur rÈternel, chantez celui qui s'avance dans le ciel des deux, à l'Orient. Voilà que Dieu fait entendre sa voix, voix de 2)uissance ; peuples, rendez gloire au Dieu qui brille sur Israël et dont la splendeur éclate dans les deux.

Admirable est Dieu dans ses saints. A son peuple le Dicit d'Israël donne la force et le courage. Que Dieu soU à jamais béni!

Appendice S *

L'immortalité de Tàrae est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu'il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l'indiffcrence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes, scion qu'il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu'il; est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu'en la réglant par la vue de ce point qui doit être notre dernier objet.

Ainsi notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclairer sur ce sujet, d'où dépend toute notre conduite. Et c'est pourquoi, entre ceux qui n'en =ont pas persuadés, je fais une extrême ditTérence de ceuxqui travaillent de toutes leurs forces à s'en instruire, à ceux qui vivent sans s'en mettre en peine et sans y penser.

Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui, n'épargnant rien

* Pour la page 3.

433 APPcNDICES

P'jur en sortir, font de cette recherche leur principale et leur plus sérieuse occupation.

Mais pour ceux ({ui passent leur vie sans penser à cette dernière lin de la vie et qui, par cette seule raison qu'ils ne trouvent pas en eux-mêmes les lumières qui les persuadent, négligent de les chercher ailleurs et d'examiner à fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité crédule, ou decelles qui, quoique obscures d'elles-mêmes, ont néanmoins un fondement très-solide et inébranlable ; je les considère d'une manière toute différente.

Cette négligence en une affaire oîi il s'agit d'euxmêmes, de leur éternité, de leur tout, m'irrite plus qu'elle ne m'attendrit; elle m'étonne et m'épouvante : c'est un monstre pour moi. Je ne dis pas ceci par le zèle pieux d'une dévotion spirituelle. J'entends au contraire qu'on doit avoir ce sentiment par un principe d'intérêt humain, et par un intérêt d'amour-propre: il ne faut pour cela que voir ce que voient les personnes les moins éclairées.

Il ne faut pas avoié" l'àme fort élevée pour comprendre qu'il n'y a point ici de satisfaction véritable et solide; que tous nos plaisirs ne sont que vanité; que nos maux sont infinis, et qu'enfin la mort qui nous menace à chaque instant, doit infailliblement nous mettre dans peu d'années dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéantis ou malheureux.

Kntre nous et l'enfer ou le ciel, il n'y a que la vie entre deux, qui est la chose la plus fragile.

Il n'y a l'icn do plus réel que cela ni de plus terrible. Faisons lant que nous voudrons les braves : voilà la fin (pii attend la plus belle vie du monde.

(^u'on fasse réllexion là-dessus et qu'on dise cnsLiite

APPENDICE I 'iSO

s'il n'est pas indubitable qu'il n'y a de bien en cette vie qu'on respérnnce d'une autre vie; qu'on n'est heureux qu'à mesure qu'on s'en approche; et que. comme il n'y aura plus de malheurs pour ceux qui avaient une entière assurance de l'éternité, il n'y a point aussi de bonheur pour ceux qui n'en ont aucune lumière.

Que l'on juge donc là-dessus de ceux qui vivent sans songer à cette dernière fin de la vie, qui, se laissant conduire à leurs inclinations et à leurs plaisirs sans réil 'xions et sans inquiétude et comme s'ils pouvaient anéantir l'éternité en en détournant leur pensée, ne pensent à se rendre heureux que dans cet instant seulemsut.

Cependant cette éternité subsiste (malgré eux elle s'avance), et la mort qui la doit ouvrir et qui les menace à toute heure, les doit mettre infailliblement dans peu de temps dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéantis ou malheureux, sans qu'ils sachent laquelle de ces éternités leur est à jamais préparée.

Voilà un doute d'ime terrible conséquence !

Ilien n'est si important que cela et on ne néglige que c.lu.

lis sont dans le péril de l'éternité de misères; et sur cela, comme si la chose n'en valait pas la peine, ils négligent d'examiner si c'est de ces opinions que le peuple reçoit avec une facilité trop crédule, ou de celles qui, étant obscures d'elles-mêmes, ont un fondement très-solide quoique caché.

Ainsi, ils ne savent s'il y a vérité ou fausseté dans la chose, ni s'il y a force ou faiblesse dans les preuves. Ils les ont devant les yeux ; ils refusent d'y regarder, et dans cette ignorance ils prennent le parti de faire tout ce qu'il faut pour tomber dans ce malheur au cas qu'il

soit, d'attendre h en faire répreuve h la mort, d'âtrn cependant fort satisfaits en cet état, d'en faire profession, et enfin d'en faire vanité.

C'est donc assurément un grand mal que d'être dans ce doute; mais c'est au moins un devoir indispensable de chercher quand on est dans ce doute, et ainsi, celui qui doute et qui ne cherche pas est tout ensemble et bien malheureux et bien injuste. Que s'il est avec cela tranquille et satisfait, qu'il en fasse profession, et enfin qu'il en fasse vanité, et que ce soit de cet état même qu'il fasse lesujet de sa joie et de sa vanité, je n'ai point de terme pour qualifier une si extravagante créature.

Ce repos dans cette ignorance est une chose monstrueuse et dont il faut faire sentir l'extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en la leur représentant à eux-mêmes pour les confondre par la vue de leur folie; car voici comment raisonnent les hommes quand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de co qu'ils sont et sans rechercher d'éclaircissement.

« Je ne sais qui m'a mis au monde, ni ce que c'est que le monde, ni que moi-même. Je suis dans une ignorance terrible de toutes choses. Je ne sais ce que c'est que mon corps, que mes sens, que mon âme et cette partie même de moi qui pense ce que je dis, qui fait réllexion sur tout et sur elle-même, et ne se connaît non plus que le reste. Je vois ces efifroyables espaces de l'univers qui m'enferment, et je me trouve attaché à un coin de cette vaste étendue, sans que je sache pourquoi je suis plutôt placé en ce lieu qu'en un autre, ni pourquoi ce peu de temps qui m'est donné à vivre m'est assigné à ce point plutôt qu'à un .autre de toute l'éternité qui m'a précédé et de toute celle qui me suit. « Je ne vois que des infinités de toutes parts, qui

n'enrertncntCGa'ime ui: atome et comme une ombre qui ne dr.re qu'an instant sans retour.

« Tout ce que je connais, est que je dois bientôt mourir ; mais ce que j'ignore le plus est cette mort même que je ne saurais éviter.

« (""onune je ne sais d'où je viens, aussi je ne sais où je vais; et je sais seulement qu'en sortant de ce monde, je tombe pour jamais, ou dans le néant ou dans les mains d'un Dieu irrité, sans savoir à laquelle de ces deux conditions je dois être éternellement en partage.

" Voilà mon état, plein de misère, de faiblesse d'obscurité. Et de tout cela je conclus que je dois donc passer tous les jours de ma vie sans songer à chercher ce qui doit m'arriver. Peut-être que je pourrais trouver quelque éclaircissement dans mes doutes; mais je n'en veux pas prendre la peine, ni faire un pas pour le chercher; et après, en traitant avec mépris ceux qui se travailleront à ce soin, je veux aller sans prévoyance et sans crainte tenter un si grand événement, et me lais-er mollement conduire à la mort, dans l'incertitude de l'éternité de ma condition future. »

Qui souhaiterait avoir pour ami un homme qui disf.ourt de cette manière ? qui le choisirait entre les autres pour lui communiquer ses affaires? qui aurait recours ù lui dans ses afflictions ?

Et enfin, à quel usage de la vie le pourrait-on desti:ier?

En vérité, il est glorieux à la religion d'avoir pour ennemis des hommes si déraisonnables; et leur opposition lui est si peu dangereuse, qu'elle sert au contraire à l'établissement de ses principales vérités. Car la loi chrétienne ne va principalement qu'à établir ces doux choses : la corruption de la nature et la rédemption de

40*2 APPENDICRS

Ji'isiis-Christ. Or, s'ils iio servent pas à monl ver la vôrilô do la rédemption ]iar la sainteté de leurs nia-urs, ils servent au moins admirablement à montrer la oorriiption de la nature par des sentiments si dénatu rés.

Pvien n'est si important à l'homme que son état, rien ne lui est si redoutal)lc que l'éternité, Et ainsi, qu'il se trouve des hommes indifférents à la perte de leui- être et au péril d'une éternité de misères, cela n'est point naturel. Ils sont tout autres à l'égard des autres choses : ils craignent jusqu'aux plus légères, ils les prévoient, ils les sentent ; et ce même homme qui passe tant de jours et de nuits dans la rage et dans le désespoir pour la perte d'une charge, ou pour quelque offense imaginaire à son honneur, c'est celui-là même qui sait qu'il va tout perdre par la mort et qui demeure pourtant sans inquiétude, sans trouble et sans émotion.

C'est une chose monstrueuse de voir dans un même cœur et en même temps cette sensibilité pour les moindres choses et cette étrange insensibilité pour le.5 plus grandes.

C'est un enchantement incompréhensible et un assoupissement surnaturel qui marque une force toute-puissante qui le cause.

Un homme dans un cachot, ne sachant si son ari'ct est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre cette heure suffisant, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre la naturequ'il emploie cotte heure-là, non à s'informer si cet arrêt est donné, mais à jouer au piquet.

C'est un appesantissement de la main de Dieu.

Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous emoêcher de le voir.

Ainsi, non-sculemcnt le zèle de ceux qui le cherchent prouve Dieu, mais l'aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas.

Il faut qu'il y ait un étrange renversement dans la nature de l'homme pour faire gloire d'être dans cet état dans lequel il semble incroyable qu'une seule personne puisse être.

Cependant il est certain que l'homme est si dénaturé, qu'il y a dans son cœur une semence de joie en cela.

L'expérience m'en fait voir un si grand nombre, que cela serait surprenant, si nous ne savions que la plupart de ceux qui s'en mêlent se contrefont et ne sont pas tels en efi'et. Ce sont des gens qui ont ouï dire que les belles manières du monde consistent à faire ainsi l'emporté.

C'est ce qu'ils appellent avoir secoué le joug, et qu'ils essayent d'imiter.

Mais il ne serait pas difficile de leur faire entendre combien ils s'abusent en cherchant par là de l'estime. Ce n'est pas le moyen d'en acquérir, je dis même parmi les personnes du monde qui jugent sainement des choses, et qui savent que la seule voie d'y réussir est de se faire paraître honnête, fidèle, judicieux et capable de servir utilement son ami; parce que les hommes n'aiment naturellement que ce qui leur peut être utile. Or quel avantage y a-t-il pour nous à ouïr dire à un homme qu'il a donc secoué le joug, qu'il no croit pas qu'il y ait un Dieu qui veille sur ses actions ; qu'il se considère comme seul maître de sa conduite et qu'il ne pense en rendre compte qu'à soi-même? Pense-t-il nous avoir portés par là à avoir désormais bien de la confiance en lui, et à en attendre des consolations, des conseils et des

4Gt APPENDICES

secours dans tous les besoins de la vie? Prétendent-ils nous avoir bien réjouis, de nous dire qu'ils tiennent que notre âme n'est qu'un peu de vent et de fumée, et encore de nous le dire d'un ton de voix fier et content? Est-ce donc une chose à dire gaiement ? et n'est-ce pas une chose à dire tristement, au contraire, comme la chose du monde la plus triste ?

Le beau sujet de se réjouir et de se vanter, la tète levée, en cette sorte ; Donc réjouissons-nous; vivons sans crainte et sans inquiétude, et attendons le reste puisqu'il est incertain, et nous verrons alors ce qui arrivera de nous.

S'ils y pensaient sérieusement, ils verraient que cela est si mal pris, si contraire au bon sens, si opposé à riionnétctô et si éloigné en toute manière de ce bon air qu'ils cherchent, qu'ils seraient plutôt capables de redresser que de corrompre ceux qui auraient C£uelque inclination à les suivre. Et, en effet, faites-leur rendre compte de leurs sentiments et des raisons qu'ils ont de douter de la religion; ils diront des choses si faibles et si basses, qu'ils vous persuaderont du contraire. C'était ce que leur disait un jour fort à propos une personne : Si vous continuez à discourir de la sorte, leur disait-il, en vérité vous me convertirez. Et il avait raison ; car qui n'aurait horreur de se voir dans des sentiments oiî l'on a pour compagnons des personnes si méprisables ?

Ainsi, ceux qui ne font que feindre ces sentiments seraient bien malheureux de contraindre leur naturel pour se rendre les plus impertinents des honmies. S'ils sonc fâchés dans le fond de leur cœur de n'avoir pas plus de lumière, qu'ils ne le dissimulent pas : cette déclaration ne sera point honteuse. Il n'y a de honte (ju'à n'en point avoii'. Rien n'accuse davan-

APPENDrrE I 4G5

tage une extrême faiblesse d'esprit que de ne pas connaître quel est le malheur d'un homme sans Dieu. Rien ne marque davantage une mauvaise disposition du cœur que de ne pas souhaiter la vérité des promesses éternelles. Rien n'est plus lâche que de faire le brave contre Dieu. (Pascal, Pensées.)

Appendice II '

L'enfant se développe, il grandit, il devient homme, il entre dans la vie sociale, et là que voit-il?

Il voit un immense scandale.

Les biens et les maux de cette vie répartis indifféremment sur les bons et sur les méchants.

Que dis-je? Souvent les succès et les jouissances couronnant l'iniquité, les revers et les douleurs humiliant la vertu; plus encore: le pécheur arrivant à ses fins par son péché même ; et le juste succombant dans ses projets par sa fidélité à la justice! C'est-à-dire que ce qui est bon périt précisément à cause de sa bonté, et que ce qui est mal réussit précisément à cause de sa malice. Voilà donc le crime dans l'opulence et la prospérité, à côté de l'innocence dans la misère de la défaveur!

N'est-ce pas là un grand, profond et douloureux mystère !

Nous demandons à l'impiété de nous dire pourquoi il en est ainsi. Elle qui, sous le nom trompeur de philosophie, prétend se substituer à toutes les révélations

* Pour la page 32.

snrnatnrelles, usurper le sceptre du monde, et taîi'o de nouveau, n'importe sous quelle forme, asseoir la dcosse rÎH'son pur les autels du Dieu vivant, elle doit bien au moins, avant tout, nous expliquer ces fréquentes et révoltantes injustices du sort.

Hélas ! elle ne le peut, elle ne l'a jamais pu, et, quand on la contraint de donner une solution, elle arrive à cette horrible extrémité de dire qu'il n'y a ni vice ni vertu, ni bien ni mal moral, que toutes les actions humaines sont indifférentes et que le hasard préside à toutes nos destinées.

C'est-à-dire, que pour expliquer un désordre, elle y met le comble, et qu'au lieu de dissiper les nuap;es, elle nous jette dans la nuit la plus affreuse et la plus dégradante.

Levez-vous, sainte lumière de l'Évangile, vous qui vous êtes levée sur tant de nations assises à l'ombre de la mort ; dissipez ces ténèbres qui nous offusquent et confondez ceux qui voudraient les rendre encore plus épaisse-.

Non, non, la vertu n'est pas un vain mot : la conscience du genre humain proteste unanimement contre cet odieux blasphème, et les voix qui osent le prononcer, resteront toujours isolées et maudites. Mais est-ce que l'Évangile promet à la vertu toute sa récompense icibas? Est-ce qu'au contraire il ne lui défend pas formellement de l'y cherciier?

A quoi donc le livre divin compare-t-il les sociétés humaines? A un champ où croît l'ivraie à côté du bon grain, recevant l'un et l'autre la rosée du ciel, exposés l'un et l'autre aux fureurs de l'orage, sous lequel c'est toujours le bon grain qui souffre le plus.

Mais nue dit le Maître? Laissez croître l'un et l'autre

jusqu'au temps de la moisson, et alors jo dirai aux moissonneurs de jeter l'ivraie au feu et de placer le bon grain au faite de ma maison.

Est-ce que la question n'est pas là tout entière? Estce que le ni.ystère qui nous occupe n'est pas éclairci par cette simple parabole ? Et pour généraliser la. thèse, est-ce que la vie présente peut s'expliquer toute seule? Est-ce qu'elle n'a pas besoin d'être complétée par la vie future? Qui donc nous l'enseignera, si ce n'est Celui qui seul en a le secret.

Aussi qu'est-ce que Notre Seigneur Jésus-Christ a prêché partout, toujours, à tous? Le royaume des cieux! Est-ce que ce n'était pas l'objet continuel de ses paraboles, le fond unique de tous ses enseignements ? Estce que ce ne fut pas une de ses dernières paroles sur la croix? Enlin, n'est-ce pas uniquement le royaume des cieux que ce divin Rédempteur était venu nous rapprendre et nous rouvrir.

Mais le royaume des cieux, on ne l'obtient que par la conquête, c'est-à-dire par le combat ; le royaume des cieux souffre violence et ceux-là seuls y entreront qui se seront vaincus. Le royaume des cieux, on n'y va qu'à la suite du Qtief des prédestinés et en portant sa croix avec lui... Et qu'est-ce donc que la douleur pour le juste, sinon précisément cette croix salutaire qui est la clef du royaume des cieux ?

En effet, quel est pour notre nature sensuelle le grand obstacle à la vie pure et sainte qui seule conduit au ciel? N'est-ce pas surtout l'attachement aux biens et aux jouissances delà terre? Que fait la douleur? Est-ce que précisément elle n'en détache pas?

De quelque côté qu'elle vienne, c'est la douleur qui nous apprend le mieux uuetout est fraulle et tromnpni^

4G8 APPl-NDICcS

dans ces prétendus biens ; et, comme nous avons tous soif du vrai bonheur, elle nous fait porter nos pensées, nos désirs et nos efforts vers des biens qui ne périssent et ne changent jamais.

D'un autre côté, quel est le titre le plus puissant aux récompenses éternelles? N'est-ce pas le sacrifice, uni au grand sacrifice du Calvaire, qui seul a sauvé le monde?

Mais le sacrifice répugne à notre délicatesse. Souvent nous le repousserions ou nous ne le ferions pas tel que le Seigneur notre Dieu l'attend de nous.

Que fait la douleur? Elle nous l'impose, et comme il ne vient pas de notre choix, nous sommes sûrs qu'il est bien tel que Dieu nous le veut: sacrifice de notre volonté, de notre amour-propre, de nos aises, hélas ! quelquefois de nos affections les plus légitimes et les plus chères.

Oh! nous ne prétendons pas que ces sacrifices ne soient quelquefois bien durs ; nous dirons tout à l'heure comment on les adoucit. Nous en sommes seulement à montrer comment on les explique et comment, dans les vues de Dieu, ils ont un but utile, important et sacré.

Bien plus, nous affirmons et nous enseignons aA-ec l'Apôtre, que la douleur, quelle qu'elle soit ici-bas, est Ltjujours au-dessous du bonheur qui doit en être la récompense, par celte raison concluante que la douleur, n'est que temporaire, et, qu'une fois passée, il n'en reste plus rien qu'un souvenir très-doux, tandis que larécom pense est éternelle, parfaite, infinie : aussi saint Paul appelle-t-il toutes les douleurs légères à ce point de vue. Ici cnhn quod in prxscntl est tribulationis noslvée rwvxenlancum et /eue, œlcnium fjloriœ pondits operatur in nobis.

APPENDICE lî -'69

Et certes saint Paul n'en parlait pas sans les avoir personnellement connues : tortures du corps par les prisons, les flagellations et les naufrages ; tortures du cœur par les calomnies, les injustices, les trahisons : il avait tout éprouvé, et cependant il s'écrie : Non, non, ces souffrances passagères ne sont rien comparées à la gloire future qu'elles nous font conquérir. Non sunt condig}hv.

Ici, nous nous apercevons très-bien que nous vous exposons des vérités qui vous sont connuiss à tous, mais, tout élémentaires qu'elles soient, comme elles sont lumineuses ! comme elles rendent raison de tout ! comme elles peuvent satisfaire les esprits, même les plus curieux et les plus difficiles !

N'est-ce pas la gloire incomparable de notre sainte religion d'avoir rendu simples et familières des notions tout à la fois sî hautes et si douces, si resplendissantes et si pures ?

Et maintenant, qu'ils viennent donc, les impies avec leur doctrine de néant, qu'ils viennent et qu'à leur tour ils nous expliquent la douleur, la douleur des hommes les plus intègres, des familles les plus vertueuses, des âmes les plus dignes d'être heureuses parce qu'elles ne pensent qu'au bonheur des autres: qu'ils nous donnent, à leur manière, raison de cet étrange phénomène moral, capable par lui-même de décourager la vertu.

Non, ils ne répondront pas à cet appel, ou, s'ils répondent, ils diront qu'ils n'en savent rien; et ils diront vrai, car il n'y a rien en dehors de ce que nous venons d'exposer.

Mais s'ils ne savent rien, qu'ils soient donc modestes et qu'ils ne s'érigent pas en docteurs des peuples ; et, s'ils ne savent rien, qu'ils respectent C3qu3 nous savons^ I. II. 14

Oui, nous savons et nous croyons, mon Dieu, que vous faites tout avec une infinie sagesse, et que vous jugerez tovit avec une infaillible justice.

Nous savons et nous croyons que la douleur et la mort sont entrées dans le monde par le péché, et (qu'elles en sont le châtiment.

Maintenant, comment cette douleur, qui est un mal, peut-elle en nous devenir un bien ? Comment ? C'e^t encore le secret de vos opérations intimes, ô mon Dieu, c'est le mystère de votre grâce agissant en nous et avec nous.

Il nous suffit de savoir qu'il en est ainsi; et par votre miséricorde nous le savons. Oui, nous savons encore et nous croyons que pour vos élus les croix sont des faveurs qui les honorent et les perfectionnent : elles les honorent puisqu'ils ont été trouvés dignes de devenir semblables au divin modèle ; elles les perfectionnent puisque la vertu n'est bien connue que par l'épreuve, et que les croix sont le creuset où elle s'épure.

Oh ! que ces vérités sont belles et que ces lumières sont vraies! Comme elles répondent aux besoins intimes de nos âmes, et comme, dans ces désordres apparents qui nous blessent, elles nous font voir l'harmonie de la sagesse, de la justice et de la bonté divines !

L'impiété est donc incapable d'expliquer la douleur, elle n'est pas moins incapable d(! la soulager.

(Msr Parisis, Mandements.)

Appendice III ^

Le dessein d'un établissement catholique dans le monde n'a pas été seulement celui de Dieu. Il y a bien longtemps, même sans remonter jusqu'à Nemrod,Ninus et Sésostris, que les rois caressent cette pensée, et qu'à l'exemple de Nabuchodonosor, ils assemblent leurs grands et leurs généraux dans la soiitude de leur cabinet pour leur déclarer qu'ils ont l'intention de soumettre l'univers à leur domination. Il y a bien longtemps aussi que ces rêves de géant s'évanouissent au réveil de la réalité. Car, dès que l'homme veut s'étendre, dès qu'il s'adresse à l'espace, il rencontre dans la nature même matérielle un obstacle invincible à son ambition. Les anciens disaient très-spirituellement que la nature a horreur du vide, ils eussent pu dire encore mieux qu'elle a horreur de l'universalité, j'entends de l'universalité factice par où nous voudrions la soumettre au même sceptre et à la même main. L'espace est admirable sous ce rapport. Dieu lui a fait trois genres de barrières contre l'ardeur de no> envahissements politiques et religieux. Le premier, t'ost la distcince. A mesure que le rayon s'éloigne du centre, sa dépendance fléchit; on obéit à cent lieues ; à mille, on n'obéitguère; à trois mille, on n'obéit plus ; tous les liens se relâchent et se brisent par le seul effet du chemin. Si quelque unité momentanée subsiste entre la métropole et la colonie, le temps ne tarde pas à sonner l'heure do l'affranchissement. L'histoire est pleine de ces avertissements que la distance ne cesse de donner à notre orgueil.

1 Pûui- la page 35G.

Mais la distance n'est pas le seul rempart dont la nature ait arme l'espace contre nos entreprises d'universalité. Si la distance est l'épée de Tespace, la configuration en est le bouclier.

Et quel bouclier fondu et ciselé de main de maître ! Suivez de l'œil ces chaînes de montagnes si artistement disposées pour créer des frontières inexpugnables ; ces sables brûlants que le dromadaire et le chameau franchissent à peine, et que les vents protègent encore contre la marche du voyageur et du conquérant ; cey steppes arides et inhabitées où le despotisme n'a plus de points cardinaux pour ^e retrouver ; ces marais pestilentiels ; ces îles perdues au sein des mers et gardées par des récifs ; ces glaces des pôles, ces tempêtes de l'Océan ; tous ces mille obstacles distribués avec tant d'art, et que soixante siècles d'efforts et d'exploration n'ont pas surmontés.

Ce n'était point assez. Le climat est venu se joindre à la distance et à la configuration pour faire du globe entier un défi à notre impuissance. Le soleil a choisi une route qui nous apporte sa chaleur avec une avarice et une prodigalité calculées ; quelques jours de marche, quelques degrés de latitude franchis, et cet homme puissant, Cyrus, Cambyse, qui vous voudrez, le voilà qui ne peut plus porter son casque, et qui désarme sa poitrine! Encore un jour, encore un pas au-devant du £oleil, et cette armée florissante, qui se promettait l'empire du monde, la voilà qui se pâme sous la pression invisible de l'atmosphère, le cavalier descend à l'ombre de son cheval, le fantassin se couche parterre; ils sont comme un enfant qui s'est promené une heure de trop, et qui se pend à la robe de sa nourrice ! Nous touchons aux rivages fortunés de l'Italie, il senable que

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son ciel et le nôtre sont deux frères nés à une seule année d'intervalle ; mais qui n'a vu la douleur de quelque enfant de l'Italie transporté par l'exil sous les nuages de France qui nous plaisent tant ? En vain le pauvre proscrit se réchauffe-t-il aux rayons de notre liberté ; sa tète se penche par le poids du souvenir et du regret, comme une fleur qui a été transportée d'une terre lointaine sur un sol qu'elle ignorait, et qui s'y consume sans joie et sans parfum parce qu'elle est privée du soleil, des ombres et des vents de sa patrie.

Ainsi résiste l'espace à nos songes d'universalité, et tous les conquérants, l'un après l'autre, sont venus s'y briser. Quand ce jeune Macédonien, après Granique, Issus et Arbelles, eut touché les bords de l'Indus, et que son cœur impatient le portait plus loin, jusqu'à ce qu'il eût gravé son nom à la limite même de l'univers, son armée l'arrêta. En vain se cacha -t-il sous sa tente, armé de la bouderie de toute sa gloire, il fallut céder, et qu'il s'en allât mourir àBabylone dans un festm, ne sachant plus que faire de sa puissance et de son ambition. Les Romains, cette race si patiente à préparer ses conquêtes, si âpre à les étendre, et qui savait si bien fondre la solidité dans l'étendue, les Romains connurent le même écueil. Parvenus au Rhin et à l'Euphrate, ils eurent là une barrière que les conseils de leur sénat et les agitations de leur forum ne purent soulever. Audelà du Rhin, Yarus laissait les ossements de ses légions, et par-delà l'Euphrate, Crassus payait de sa vie et de sa renommée la témérité qu'il avait eue de le franchir. Les exemples ne tariraient pas et notre siècle même on a vu le fantastique retour. Longtemps le dernier dos capitaines avait rivé le sort à sa volonté ; les Alpes et les Pyrénées avaient tremblé sous lui ; l'Europe en

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silence écoutait le bruit de sa pensée, lorsque, las de ce domaine où la gloire avait épuisé toutes ses ressources pour lui complaire, il se précipita jusqu'aux confins de l'Asie. Là son regard se troubla, et ses aigles tournèrent la tête pour la première fois. Qa'avait-il donc rencontré? Était-ce un général plus habile que lui ? Non. Une armée qu'il n'eût pas encore vaincue? Non. Ou bien était-ce l'âge qui refroidissait déjà son génie? Non. Qu'avait-il donc rencontré ? Il avait rencontré le protecteur des faibles, l'asile des peuples opprimés, le grand défenseur des libertés humaines, il avait rencontré l'espace, et toute sa puissance avait failli sous ses pieds. Car si Dieu a créé de telles barrières au sein de la nature, c'est qu'il a eu pitié de nous. Il savait tout ce que l'unité violente renferme de despotisme et de malheur pour la race humaine, et il nous a préparé dans les montagnes et les déserts des retraites inabordables ; il a creusé la roche de saint Antoine et de saint Paul, premier ermite ; il a tressé avec la paille des nids où l'aigle ne viendra pas ravir les petits de la colombe. 0 montagnes inaccessibles, neiges éternelles, sables brûlants, marais empestés, climats destructeurs, nous vous rendons grâces pour le passé, et nous espérons en vous pour l'avenir ! Oui, vous nous conserverez de libres oasis, des thébaïdes solitaires, des sentiers perdus ; vous ne cesserez de nous protéger contre les forts de ce monde, vous ne permettrez pas à la chimie de prévaloir contre la nature, et de faire du globe, si bien pétri par la main de Dieu, une espèce d'horrible et étroit cachot où l'on ne respirera plus librement que la vapeur, et où le fer et le feu seront les premiers officiers d'une impitoyable autocratie!

Mais ;icut-êlro que ce que les conquérants n'ont pas pu,

le.'^ doctrines l'auront fait? Pas davantage, et il suffira d'un mot pour vous le montrer. Parmi les doctrines, celle dont le mouvement expansif a été le plus reraar^ qaable et qui a le moins mal imité les procédés du christianisme, c'est incontestablement le bouddhisme indien car le mahométisme ne saurait lui être mis en parallèle, puisqu'il n'a jamais été qu une conquête violente et qu'il rentre ainsi dans les observations que nous'présentions tout à l'heure sur les conquérants. Le bouddhisme indien a eu, au contraire, une propagation pacifique et étendue qui attire à bon droit l'attention, quand il s'agit de l'expansion comparée des doctrines. Toutefois son procès est facile, et son nom même d'indien en décide la question. Pourquoi le bouddhisme a-t-il limité -on prosélytisme et ses progrès aux deux presqu'îles de l'Inde, au Thibet, à la Tartarie, à la Chine et au Japon? Ces régions, il est vrai, sont considérables; mais quelle faiblesse dans une doctrine qui va si loin dans des contrées contiguës et analogues, et qui, une fois ce développement acquis, s'y enterre toute vive, sans faire un pas de plus ni par terre ni par mer ! Nous avons en France la liberté des cultes : pourquoi le grand lama du Thibet ne nous envoie-t-il pas des missionnaires? Qu'a-t-il à craindre ? Depuis six ceats ans qu'il a vu nos religieux et qu'il parodie notre culte, qu. rempêche de s'en montrer reconnaissant et de nous initier aux idées de Bouddha.? Remarquez que je ne narle que des idées, lorsqu'il s'agit aussi d'action hiérarchique, législative, judiciaire et administrative. Mais ce serait trop demander au bouddhisme que de chercher qui obéit sur la terre au grand lama, et de quelle société organique il est vraiment le centre et l'unité. Bornons-nous aux idées, et par cet effort si va,n du

bouddhisme, si étroit, et qui est pourtant la plus vaste tentative d'unité doctrinale en dehors du christianisme, jugez du miracle de la catholicité. Jugez-en par l'espace si restreint où se meurent toutes les autres sociétcs organiques qui peuplent l'univers. Qu'est-ce que le plus grand empire du monde sur une carte de géographie ' Qu'était-ce que cette fameuse monarchie des Espagnes et des Indes sur laquelle le soleil ne se couchait pas? Quelques degrés de longitude et de latitude ont raison de tout le pouvoir humain, et c'est une maxime que l'étendue dévore l'unité.

La société catholique a seule échappé à cette loi des choses finies. A peine arrosée du sang tombé de la croix, à peine animée du souffle de la Pentecôte, elle a franchi l'Euphrate et le Rhin, elle a visité la Scylhie, l'Inde, l'Ethiopie, et pendant que l'Empire se partageait entre des maîtres, ou cédait de sa terre aux Barbares dont il était assiégé, elle répandait sur la surface multiple du sol romain, son unité doctrinale, hiérarchique, législative, judiciaire et administrative, resserrant et fortifiant son organisme social à mesure que l'ancien monde voyait périr le sien. L'Angleterre, l'Hibernie, la Germanie, toutes les plages du septentrion lui ouvrirent, chacune en son temps, leur territoire plus neuf. Elle passa le cap de Bonne-Espérance avec Vasco de Garaa, elle descendit en Amérique avec Christophe Colomb, . elle suivit, la croix à la main, tous les aventuriers du xv« et du xvie siècle, élevant à côté de leurs noms les noms de Las-Casas, de saint Louis Bertrand, de saint François Xavier, fondant des chrétientés à l'abri des comptoirs, poursuivant et charmant les sauvages jusque dans leurs! forêts les plus secrètes ! Où n'est-ellc pas aujourd'hui ? Où n'cst-elle pas avec son unité tout

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entière ? Voici qu'elle s'éparpille, sans se diviser, dans toutes les baies de l'Océanie. Du haut de sa cliaire une et immuable, le père de cent cinquante millions d'hommes dispersés par toute la terre, élève la voix qui enseigne, il est cru; il nomme des évêques, on les reçoit; il promulgue une loi, on la vénère ; il prononce un jugement, on s'y soumet ; il règle les cérémonies, on les pratique. La distance, la configuration, le climat, rien n'altère la majesté qui commande et l'obéissance qui accomplit; ou. si quelque différence se remarque entre le respect qui est proche et celui qui est lointain, elle est toute en faveur du pouvoir à mesure qu'il est plus désarmé. (Laoordaire, Conférences.)

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