‹ Les psaumes, étudiés en vue de la prédicationChapitre 7 sur 26 · LA JUSTICE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA JUSTICE DE DIEU

L'opprimé succombe, il périt sous l'effort de ses persécuteurs. « Dieu oublie, dit le méchant en lui-même, Dieu détourne son visaf/e pour ne rien voir jamais. » Seigneur, lève-toi! étends ton bras, li'oublie pas le faible. Faut-il donc que Vimpie perde Dieu de son souvenir? Il a dit dans son cœïir : « Dieu ne s'informe de rien. » Tu regardes pourtant! Tu observes la malice et la violence pour les livrer à ta justice... Dieu régne éternellement. 0 peuples^ vous périrez! vous serez chassés de son empire * !

C'est là le cri de la conscience humaine, c'est l'appel à la justice et au droit, c'est la seule solution qui repose le cœur, apaise l'intelligence et éclaire le chaos d'icibas. « Voici ce que j'ai vu sous le soleil : à la place du jugement l'impiété, l'iniquité à la place de la justice. Et j'ai dit dans mon cœur : Dieu jugera le juste et l'impie, et ce sera alors le temps de chaque chose -. »

Ce sera à la fois « le temps •• de Dieu, et « le temps » des hommes. Quelle raison ne se révolte pas à l'idée

iPs.il. IX. — 5 Ecoles, ni. JG.

<iuc Dien, la Majesté et la Domination supi'(?me, soit vaincu par l'hotnine, sa chûtive créature ? Comment se persuader que Dieu se laisse insulter par l'homme, sans que jamais aucune justice ne saisisse le coupable, sans qu'aucun châtiment ne venge une Majesté si haute et si indignement outragée? Ou il faut à ce point contrefaire et dénaturer l'idée divine, et par conséquent l'anéantir, ou il faut admettre qu'après les délais de la justice, la longue et patiente attente de la miséricorde, vient enfin « le temps de chaque chose, » le temps où tout rentre dans l'ordre, le temps où Dieu, dans un immense et univers(îl triomphe, tire une suprême vengeance de ses ennemis. Que Dieu se lève et que ses ennemis soient confondus M Et ce jour est celui de l'homme comme celui de Dieu. Le juste a été opprimé par le pécheur, l'innocent a payé presque constamment pour le coupable, le faible a subi la sanglante tyrannie du sort, le monde a présenté le spectacle du désordre: « on a vu sous le soleil l'iniquité » qui insulte Dieu, « à la place du jugement, '> de la raison, de l'équité qui lui rend de légitimes hommages, » qui rend à Dieu ce qui est à Dieu ; » on a vu aussi, à la place de la justice qui protège les droits de l'homme, l'iniquité qui les viole et les outrage : il faut « un jour » où tout rentre dans la justice, où tout subisse la règle, où toute vertu reçoive sa récompense, où toute humilité « soit exaltée, » où le crime subisse le châtiment auquel il a échappé sur la terre, où l'orgueil soit confondu, et l'impiété écrasée à jamais sous la gloire victorieuse de Dieu et son triomphe invincible.

Mais que sera « ce jour du Seigneur 2, » « co grand

1 Psul. LXVir. — 2 Sophoa. J.

jour, » comme l'appellent les prophètes ?« Voici le jour du Seigneur, son grand jour, le voici, il s'avance rapidement; bien amèreest la voix de ce jour du Seigneur ! Le fort y sera jeté dans l'angoisse. Jour de colère, ce jour-là ! jour de tribulation et de terreur, jour de calamité et de misère, jour de ténèbres et de nuit obscure, jour de nuages et de tourbillons ■• ! » C'est la partie sombre de ce grand drame de l'avenir : en voici la partie riante et lumineuse. En même temps qu'il précipite les méchants des douceurs et des assurances de l'impunité dans les horreurs d'une expiation éternelle, ce « jour du Seigneur » exalte les justes, couronne leurs vertus ignorées, présente aux acclamations du ciel et de la terre leur vie demeurée dans l'ombre et leurs hauts faits méconnus. « Ce sera donc alors le temps de chaque chose, » le temps de Dieu et des hommes, le temps du crime et de la vertu. 0 vous qui aimes le Seigneur, haïssez le mal ; Dieu garde l'dme de SCS saints, il les délivrera des mains des pécheurs; ta lumière s'est levée pour le juste, la joie pour ceux dont le cœur est droit. 0 justes, réjouissez-vous dans le Seigneur -, parce cju il vient juger la terre; le Seigneur jugera la terre dans féquité, et dans sa vérité il jugera tous les peuples 3.

Toute l'Écriture est remplie de cette formidable annonce du dernier jour. Les premières lueurs s'en font apercevoir dès l'Eden, quand Dieu affirme le complet écrasement du démon et de son empire. Moïse mêlait aux prophéties de la destruction future du peuple juif les traits plus grandioses qui signaleront la destruction et la rénovation de l'univers au dernier jour.

1 Sophon. I. — 3 Psal. XGVI. - -s Psal. XCV.

Les prophètes ont tous entrevu et décrit quelque scène de ce drame immense. Après eux, celui qui les inspirait tous, le Verbe fait chair, la Parole incarnée, nous en a tracé le plan d'ensemble et nous en a fait connaître les plus saispantes péripéties. C'est la grande scène du dernier jour dont il évoquait les splendeurs formidables, alors que le monde et l'enfer l'écrasaient à l'aise sous les ignominies et les tortures de sa passion. Les deux Avènements du Christ Fils de Dieu ouvrent et ferment l'Écriture. En tUe du livre ',est annoncée sa venue dans le monde et est pressenti son avènement glorieux au dernier jour. A la fin du livre, dans la sublime révéla tion de saint Jean, le dernier jour apparaît avec ses justices vengeresses et ses splendides rémunérations, le Fils de Dieu, désormais triomphateur, descend sur la terre, juge tous les hommes, verse sur les pécheurs les plaies de la vengeance, recueille ses justes et les glorifie ; le temps est achevé, « le temps de chaque chose • s'inaugure, 1' « immobile éternité » fixe tout dans un ordre immuable, la justice est éternelle, la paix est sûre, » la désolation est sans terme, 2 » le bonheur ne connaît plus d'alternative ni de changement. Telles sont les révélations de l'Ecriture entière : elles se reproduisent, elles se condensent dans le livre des Psaumes. Comme tous les autres grSnds dogmes, celui-ci est formulé par le Prophète-Roi avec une magnificence, une grandeur, une vérité sans égales. Tout nous est dit ouvertement, ou du moins clairement insinué de la grande scène du dernier jour dans le livre des Psaumes. Ce sont alors les grandes assises du genre humain : Dieu descend au milieu des générations ressuscitées : le

1 l'sa!. XXXIX. — '-i Daniel.

procès de chacun s'agite ; mais quels en sont îes éléments ? Sur quoi serons-nous jugés ? Quelles interrogations nous seront faites ? Première question que résout le livre des Psaumes. Puis ensuite, de quelle manière Dieu tiendra-t-il cette cour suprême de justice ? Quand il juge chaque homme au moment de sa mort, il le juge, pour ainsi parler, à huisc los, nul ne sait le lieu, ni le moment, ni le terme de ce jugement tout mystérieux : le dernier jugement sera-t-il pareillement renfermé dans le secret de Dieu ? Ou bien éclatera-t-il aux yeux de tout l'univers, s'entourera-t-il d'une lumière, d'une magnificence, d'un appareil plein de la plus terrifiante majesté? Et cet appareil quel doit-il être ? Quel sera l'aspect de ce jugement terrible ? Sou.5 quels traits se montrera lejuge ? Quel cortège raccompagnera ? Les Psaumes nous disent encore ces vastes et suLUmes choses. Enfin, comment ces assises se termineront-elles ? Quelles sentences y seront prononcées ? Quels prix y seront décernés à la vertu, quels châtiments au crime? Les Psaumes nous font à ces questions dernières de si précises et de si complètes réponses, qu'ici encore ils semblent bien plutôt un Evangile qui raconte qu'une prophétie qui annonce. Matière du jugement, appareil du jugement , sentences du jugement : trois révélations des Psauuies, dont il nous faut parcourir un à au les divins développements.

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