LA MATIÈRE DU JUGEMENT
Le dieu des dieux a parlé et il a appelé la terre. Le long silence, durant lequel, à travers les siècles,les justes ont gémi, les pécheurs ont triomphé, le discernement des élus s'est silencieusement accompli, la silence de Dieu, qui longtemps fit dire à l'impie : où est Dieu '^? est enlin rompu. Le plus grand des événements, après la venue du Verbe sur la terre, se déroule devant le ciel et la terre. Suivons-en les scènes diverses que le Psalaiisto nous décrit. Quels sont les acteurs de ce grand drame f Que se passe-t-il entre Dieu et le monde ? Sur quoi le monde est-il jugé ?
I. — Qui est le juge ? qui sont les prévenus ? Le Dieu des dieux a parlé, et il a appelé la terre -K Voici le juge : c'est Dieu et le Dieu des dieux. Par-dessus toutes les puissances et toutes les élévations de la terre, pardessus rois et empereurs, trônes et dominations, est « celui qui règne dans les cieux et de qui relèvent tous les empires . »' Par-dessus tous les anges, ces princes de la cour céleste, que l'Écriture appelle aussi des dieux; par-dessus le génie, par-dessus la fortune, par-dessus le crédit, par-dessus la science et ses indomptables orgueils, est Dieu. 0 renversement ! 0 rôles désormais changés ! jusqu'ici ce sont les hommes
1 Vàdi. XLIX. - • Pbul. GXV. - 3 Psal. XLIX.
qui ont 'parlé, qai ont appelé Dieu à la barre de leur science et de leur raison superbe : Dieu avec sa religion, ses dogmes, ses préceptes, son sacerdoce, son culte, fut le grand accusé de tous les siècles. A son tour ! Le Dieu des dieux a parlé et il a appelé la terre. Quelle puissance en Dieu ! De même que d'une parole il appela l'univers des profondeurs du néant, de même, au dernier jour, d'un mot, d'un signal, d'un ordre rapide comme le clin d'œil, comme l'éclair, il fait venir à lui le monde, il fait jaillir de leur tombe oubliée les générations de tous les siècles : toutes ses créatures accourent, sepressent, se rangent devant lui, attendant leur sentence, et tremblant devant sa majesté. Qu'estce que cette terre que Dieu appelle ? Sans doute il faut entendre avant tout que Dieu appelle à lui pour les juger toutes ses créatures intelligentes. Néanmoins sous ce mot de terre saint Chrysostome voit un sens profond. La création entière assistera au jugement de l'homme, les créatures matérielles, l'univers physique, que le péché de l'homme a tenus si longtemps « dans les gémissements ', » « dans les douleurs de l'enfantement, » dont les pécheurs ont fait des complices obligés de leurs crimes, assisteront pour les confondre à leur procès, « combattront pour Dieu contre les insensés. » Le jour a éclairé les iniquités des pécheurs, la nuit a dû prêter ses voiles à leurs débauches, la terre a dû fournir à, leur luxe et porter leur existence d'infamie et d'impiété, chaque route qu'ils ont parcourue, chaque lieu qu'ils ont habité ont à révéler des secrets terribles. 0 terre, va. Dieu t'appelle, témoigne des iniquités de l'homme et venge coutre lui la gloire si longtemps oatra-
» Rom. vi;r.
gcc de ton Cicatcur ! Dcus... vocavit tcrram ^ Un autre témoin plus redoutable encore, c'est l'Église, c'est Sion, dont l'angélique apparition, dont la tragique histoire, dont les plaies saignantes, dont la voix si suave, dont l'amour si dévoué, dont les efforts si perpétuels et si énergiques, élèvent contre le monde qui l'a persécutée et méconnue autant d'accusations redoutables. L'Église, c'était Dieu même en permanence sur la terre ; l'Église était sa manifestation sensible ; l'Eglise était sainte de sa sainteté, elle était messagère de ses splendides offres, elle versait à Ilots ses bénédictions, elle était belle de sa propre beauté. Voici Sion, la splendeur de sa beauté. Si le monde entier, si toutes les générations, si l'univers j)hysique lui-même doivent prendre 'part aux solennelles assises du dernier jour, combien plus l'Eglise ! Que de révélations fera l'Église ! Que de secrets elle a à manifester ? Quels liéroïsmes de ses fds ! Quelles félonies de ses adversaires! Quelles apostasies et quelles trahisons! Toute son histoire n'est que le redoutable recueil des perversités de ses ennemis : elle prêchait le salut, elle donnait la vie au monde, elle lui versait à flots les bénédictions célestes ; «... Et les siens ne l'ont point reçue, » ils l'ont chassée, bafouée, ensanglantée, poursuivie jusqu'à un calvaire, attachée à une croix, où toutes les générations en passant l'ont vue agonir.
JMais le Dieu qui juge le monde est celui qui a dit : « Voici que je renouvelle toutes choses. » Rien ne ressemble plus à ce qui se voyait dans les siècles de l'épreuve et de l'exil, c'est ici « la consommation, >> « le temps de cbarjue chose, > le temps où tout prend sou
1 Psal. XLIX
DIEV <J
rang, occupe sa place, reçoit le traitement qu'il a ménté. Le Dieu qui juge est lui-mjrae plus changé, plus transfiguré que tout le reste : Dieu vient avec éclat, c'est notre Dieu, il ne gardera plus le silence. Quel changement en Jésus-Christ, « le juge des vivants et des morts ! » Le Psalmiste sent le besoin de dire que c'est bien le même Dieu fait homme que celui de la crèche, de Xazaretli, du calvaire. Oui, c'est là notre Dieu, notre Sauveur, qui nous disait si tendrement : « mes petits enfants ! » « qui n'a pas rougi de nous nommer ses fi'ères, « notre Disu, devenu nôtre « par la participation à ce qui est de nous. » Mais quelle différence maintenant et alors ! Quel état et quel état ! Dans son autre avènement deux faiblesses le dissimulaient tout entier : la mortalité et le silence. Il naissait souffrant et dénué, être chétif et obscur, atome perdu dans les ignominies d'une crèche, et par-dessus tout « Verbe silencieux, » parole muette, sagesse éternelle ensevelie dans la plus complète obscurité. Tel fut le Dieu expiateur : tel est maintenant le Dieu qui triomphe et qui juge : Dieu vient avec éclat. Brillant et puissant « comme l'éclair qui paraît de l'orient à l'occident, » ainsi est le Dieu qui appelle la terre, toutes les générations, tous les hommes, de l'orient au couchant, le Dieu qui vient avec éclat K A
* Curn ipse Donainus vcnisset, quia passurus venit, occultuâ venit. Et cum essct fortis ia se, inlirmus in carno apparuit. Opporlet auLcm cuni viJcri, ut noa iatelligeretur; contemni ut oocidcretur. EraL gloria; species iu diviaitaLe, sed hase latebaL ia carne. Quid crgo ? Ille c Dous deorum, et lum occultas, et modo occultus, numiiuid semper o:cultus ? Noa plane. Audi sequenlia: » «Dous manifestus vunict. » Qui veuiL ocultus, oveniet manifûslus. » YeniL oculUi5 judicaudus, vcuiol maniloilus judicaturus,
l'anéantissement de sa chair passible et obscure, « de sa chair à la ressemblance de la chair de péché, » il fait correspondre l'immense splendeur de sa chair glorifiée et cet éblouissant « éclat qui couvre les cieux. » A son premier silence, ce silence qu'il a gardé tant de siècles et qui le faisait accuser de faiblesse et de néant, il fait succéder enfin sa voix tonnante \ les foudres de ses lèvres, les tonnerres terrifiants de ses sentences. Tout l'univers accourt à son ordre, son Église est triomphante et ses ennemis sont confondus.
k son premier Avènement il descendit seul et silencieusement dans le monde, « comme la goutte de rosée qui tombe sur la lerre » au milieu de la nuit. Il était pauvre, il était inconnu. A peine quelques pâtres des montagnes firent écho aux anges qui chantaient dans les cicux. C'était l'heure de l'expiation et de la souffrance.C'est maintenant celle du triomphe et de la force: Dieu se lève et ses ennemis sont dissipés. Au roi triomphateur « qui vient apparaître admirable au milieu de ses saints, » et en même temps terrible à ses ennemis dont il se venge « dans une flamme de feu, » à ce roi il faut an cortège en rapport avec sa gloire et sa puissance : ce cortège triomphal, cette suite du grand Roi, le Psalmiste nous les décrit ainsi: Le feu s'allume en sa pré-
Venitocultusut antcjudiccm staret, venict manifestas ut cliam dejudicibus judicct; «vcniet inanifeslus et non silebit.» (S.Auguslinus, in Psalin. XLIX.) — * Prophetia dicit duo de secundo adventu contra duo quae fueruat in primo. In primo adventu vcnil Dominus occultus in infirmilatc humanilatis; item in primo advciitu ustcadit mansuctudinom ; undo nihil dixit coram ])riacipilHis cl sacci'doliljus uec cur.ini Pilalu.— Sec tuuc uonsilcbil. (D. Tliom. Aquinal. in Psalin. XLIX.)
scnce, devant sa marche s'élève une immense tempcle, des plus sublimes profondeurs il appelle les cieux^ il appelle la terre, pour juger son peuple. Rassemblez-lui ses saints^ ! Est-ce la voix d'un prophète ou le récit d'un évangéliste ? Jésus-Christ, et après lui les apôtres qu'il inspirait, ont décrit comme David et trait pour trait cette scène immense : La création ébranlée, le ciel et la terre emportés « dans les tourbillons d'une immense tempête, un feu qui consume et renouvelle tout, le cri triomphal, « la trompette dernière, » « la voix du Fils de l'homme qui se fait entendre, » les morts « qui du fond de leurs sépulcres entendent cette voix, » et se rendent à cet irrésistible appel; les élus du ciel qui descendent, les saints ressuscites de la terre « qui sont emportés dans les nuées à la rencontre de Jésus-Christ, » les anges qui de l'orient à l'occident et des quatre extrémités du monde « recueillent les élus, l'immense assemblée qui se forme, « chacun à son rang ,» « en tête le Christ, » les vastes assises qui commencent , Dieu qui juge le genre humain tout entier. Voilà ce que nous révèlent les Évangiles et les Epîtres, voilà ce que le Psalmiste à vu et qu'il décrit. Distinguons dans cette multitude de faits, précisons dans ces différents spectacles. Le Prophète nous 'montre à la fois autour du grand Juge les appariteurs et les exécuteurs des hautes œuvres, la cour judiiciaire, la multitude des hommes cités au divin tribunal. iLe terrible exécuteur de la justice au dernier jour, c'est le feu 2. La cour qui fait cortège au grand juge et prend
' Psal. XLIX. — 2 « Hic ponit apparatum vcnienlis. Principes faciunt corain se deferri insignia et gladios : Sic ante Chrislum praecedent signa vindicloe et minlstri judicis. — Instrumenlum divini judicii est duplex. Uniiin principale ex parle ignis punien-
iS DIEU
place avec lui sur le tribunal, c'est à la fois le ciel et la terre, les anges et les saints. Avec Dieu ils prononceront les éternelles sentences, avec Dieu ils couronneront la vertu et feront tomber sur le crime impénitent les foudres de l'éternelle justice. Au-dessous sont les prévenus, les accusés, ces générations prévaricatrices, ce peuple juif déicide, ces infidèles obstinés, ces pécheurs opiniâtres, qui ont refusé « une pareille rédemption, » qui, « après avoir été illuminés, avoir goûté le don de Dieu et connu la vertu du siècle à venir, sont retombés dans le péché » et l'apostasie, « ont foulé aux pieds le Fils de Dieu, et méprisé comme cho?c de nul prix le sang de l'alliance. » Malheureux ! l.c Prophète les appelle les saints: ils l'étaient par leur vocation, parleur baptême, parles sacrements qui les inondaient de flots divins ; ils devaient l'être par leurs vertus, ils pouvaient l'être dans l'éternel épanouissement de la gloire, s'ils s'étaient rendus dignes de la persévérance finale. N'est-ce pas le Dieu terrible, qui dit maintenant à ses anges : congrcgale ! « amenez-les moi • ! » qui disait, tendre père, Sauveur compatissant, Pasteur infatigable- quot'ies volui congrcgare^ «<oh! que de lois j'ai voulu rassembler tes enfants sous mes ailes, et lu uo l'as pas voulu. » Ainsi le Juge sera terrible parce que
lis, et aliud ex parto creaturso pugnantis contra msensatos. (D. Tliom. Aquinat. in Psalm. XLIX.) — ^ Alloquitv.r igilur Angeles et dicit : « Congregate illi sanctos ejus, » id est adducite ad judiciutn populum Dei peculiarem, quem sibi par sacramenla sanctilicavit; quod cnim id pcr ministerium Angelorum faciendura sit, perspicuum est ex cap. xiii Math.: « Exibunt Angcli el separabunt malos de mcdio justorum, » (Dcllarminus. in Psalm. XLIX.]
le Père aura été méprisé et repoussé. Lee anges qui nous « rasserablerontau dernier jour «seront sans pitié, parce que le Dieu des anges, qui nous voulait «rassembler sur son cœur, sous ses ailes, » n'a essuyé de nous que d'insultants refus. Un autre trait du Psalmiste relève la divine miséricorde envers ce monde qui est appelé au jugement, et aggrave la perversité des coupables qui ont exaspéré un si bon père et un si généreux bienfaiteur; ordinant îestamentiim. Plus haut, le texte sacré désignait les accusés sous ce nom si rempli de suavité et de grâce populum meum, « mon peuple. » En vérité tout a été monstrueux dans la conduite du monde envers Dieu. Dieu vint à lui, se plaça en suppliant devant lui, lui fit des offres, lui adressa de pressants m.essages, se jeta à ses pieds, l'attira sur son cœur, conclut avec lui des pactes et des alliances, et quand par la perversité de l'homme les pactes primitifs eurent été déchirés et jetés au vent du mépris, Dieu en releva les morceaux épars, en recueillit les promesses déjà grandioses, les bénédic' tions déjà délicieuses, et trouva, dans l'infini de sa misé' ricorde, assez de ressource pour redonner à la terre un pacte nouveau, conclure avec elle une nouvelle alliance, dont les promesses dépassaient les précédentes de toute la hauteur des deux. L'alliance ancienne donnait la terre promise, la nouvelle introduit l'humanité dans les éternelles splendeurs de la patrie des cieux. Le premier pacte donnait à un peuple Moïse, le second donne à tous les peuples Jésus-Christ. Et ce contrat sacré, Dieu le signe de son propre sang ! Plus que la parole, plus que le serment, l'effusion du sang et d'un sang divin prête aux affirmations et aux promesses du Très-Haut une valeur et une consécration infinies. Mais aussi aux violateurs d'une semblable alliance sa valeur même
mérite do plus implacables châtiments. Mcihiteimtit au genre humain qui comparaît devant lui, Dieu rappelle cette touchante et magnifique alliance, qu'il a daigné conclure avec lui : qui ordinant testamentum. Le texte aionte : supei' sacrificia. Autre poignant souvenir pour les pécheurs ingrats, qui, à la violation de l'alliance, ont ajouté le mépris outrageux ou la profanation du sacrifice, et quel sacrifice ! « Non plus le sang des boucs et des génisses, mais le sang de l'Agneau immaculé \ » le sang de l'Homme-Dieu offert en holocauste pour le monde, le sang dont la vertu devait racheter l'humanité entière de sa condamnation, en effaçant ses souillures, en apaisant la justice divine, en fermant l'enfer et en ouvrant les cieux 2. Les pécheurs ont toutes ces choses devant leurs yeux effrayés , il& voient se dresser ces menaçants souvenirs, leur victime apparaît toute couverte encore des marques de son supplice, mais avec un© puissance infinie et une inexorable justice : alors ils verront le Fils de Vhomme ^. Que répondre à ses interrogations foudroyantes? Qu'opposer à ses victorieuses accusations ? Le procès commence Dieu daigne entrer en compte avec des ennemis et dos rebelles déjà convaincus. Avant de les condamner pour jamais, il veut les confondre, avant de déployer une inflexible justice, il veut une dernière fois montrer devant l'univers rassemblé qu'il ne frappe que forcé par une obstination sans excuse, qu'il n'use d'une rigueur éternelle que parce que sa miséricorde et son amour furent éternellement repousses. Les cieux annonceront sa justice
1 Ilcbr. — 2 Vid. Epist. ad Hobr. — » « Et tune parchit sigmim Filii hominis in cœlo ; et tnnc plangcnt omncs tribus terrce, et videbunt....» (Maltli. cap. xxiv.) —
Dieu lui-même va juger. Écoute, 6 mon peuple, je vais parler ! Écoute, ô Israël, je vais témoigner contre toi *.
II. — Dieu parle: que reproche-t-il aux malheureux qu'il va tout à l'heure frapper de ses sentences ? L'oabli des trois vérités, qui font la vie, la gloire, l'espérance de l'humanité : Dieu, religion, vertu.
Écoute, ô mon peuple, je suis ton Dieu-. Confesser Dieu, reconnaître son existence, se soumettre à sa loi, se confier en ses espérances et ses promesses, — ou bien, le nier, le repousser, rejeter son joug, se rire de ses préceptes, braver son empire, dire dans l'ivresse de l'orgueil ou les entraînements de la passion, « dire dans son cœur : il n'y a pas de Dieu! » voilà l'éternelle ligne de séparation entre les deux portions de l'humanité" le premier fondement du salut des uns et de la réprobation des autres, le pivot sur lequel roule tout l'ensemble de nos destinées. Saint Jean dira : « Yoici la vie éternelle : vous reconnaître comme seul vrai Dieu, et avec vous Celui que vous avezenvoyé, Jésus-Christ.» Le Psalmiste, ajoutant la contre-partie, fera écho aux paroles divines: Ceux qui s'éloignent de vous périront-^ : loi absolue, immuable, éternelle, nécessaire comme l'existence même de Dieu. Loi universelle aux mêmes titres. Elle régit les peuplescomme les familles, les familles comme les individus. « Pas d'autre fondement ne peut être posé, pas d'autres conditions de solidité et de vie à l'ordre social que ce dogme, base et couronnement de tous les autres. Tout peuple qui a cessé de chanter : « Je crois en Dieu le Père tout-puissant, Créateur du
« Psal. XLIX. - 2 Psal. XLIX. - s Psii. LXXII
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ciel et de la terre, » est un peuple qui s'avance k grands pas vers la barbarie, barbarie savante tant que l'on voudra, éclairée àlasplendide lumière d'une civilisation matérielle avancée, mais enfin barbarie, c'est-àdire élat sans équilibre, vie sans principes, et parconséquent sans durée. Le mausolée sera superbe, mais il n'en renfermera pas moins « de la pourriture et des ossements de morts: » mors dcpasceteos '. Et si le juçïcraent de Dieu est sans pitié sur les nations athées, le scra-t-il moins sur les individus coupables du même crime? David prononce : U insensé a dit dans son cœur: « Dieu n'est pas. » Les voici tous devenus des obomi' nables-, voilà ceux que, suivant un autre arrêt terrible des Psaumes, Dieu a en abomination, qu'il couvre de ses anathèmes, qu'il voue à ses malédictions, Z)cms abomina- /vtîitr'ytn^m. Parle châtiment ju.£?eons du crime. Quel crime! Et comme Dieu, l'heure venue du jugement, lui est impitoyable! Peut-être l'accoutumance nous a-t-el!e familiarisé avec lui, mais il n'en reste pas moins une perversité effroyable. Voici un homme, créature de Dieu, né dans son empire, nourri sous ses yeux et de sa main, un homme auquel Dieu fait cet immense honneur de se donner à connaître, à aimer, à servir, plus tard à posséder dans la plénitude de la joie et de la gloire. Dieu n'a pas attendu riiommage de cette créature, il n'est pas resté sur son trône, comme un roi qui veut recevoir do ses sujets l'honneur qui lui est légitimement dû; non. Dieu s'est abaissé vers l'homme, il est venu à lui, s'est donné à connaître dans l'épanchement d'un entretien paternel, il a parlé à son cœur ". 11 a parlé à son intclligcnre aussi. Tout ce que l'homme peut demander de couaais-
t Psal. XLVIir. — = Psal. LU.— ' Osée.
sançe et de lumière, il l'a reçu dans la plus large mesure. Arrêtons notre regard sur rhomme de notre société moderne, dans nos pays catholiques, sur le sol de notre Europe chrétienne, l'homme qui habite nos villes, ou féconde nos campagnes, l'homme que nous rencontrons partout sur nos pas. Que lui manque-t-il pour connaître Dieu?|Sa raison a-t-elleclos ses paupières? L'univers ne lui oppose-t-il pas, où qu'il aille, ses grandioses et invincibles démonstrations de l'existence et du règne de Dieu ? D'ailleurs, n'entend-ii pas à satiété parler de Dieu? La grande voix de l'Eglise catholique no le poursuit-elle pas, à chaque heure de son existence, de ses inévitables échos? Où qu'il aille, où qu'il s'efforce do fuir, comme un autre Caïn et comraeun autre prodigue, la voix de Dieu l'atteint, la lumière de la révélation l'inonde, la vérité se dresse devant ses sentiers et s'attache à tous ses pas. Il s'est cru délivré de Dieu en fuyant ses temples, en fermant obstinément l'oreille à la prédication qui y retentit; mais Dieu, plus persévérant à le poursuivre que l'incrédule à lui échapper, Dieu se m.ontre sous d'autres formes et emprunte d'autres voix. Jeune encore, cet homme a subi le doux et puissant empire de la foi maternelle. Plus tard, quand le tourbillon des affaires eut effeuillé une à une les vérités saintes épanouies sur le cœur d'une mère, Dieu se montre sous une forme nouvelle, dans la vertu d'une épouse et le suave ascendant d'un cœur qui n'aime que pour sanctifier. Plus tard encore, quand, après de longues obstiuations et de longs oublis, l'homme devenu le vieillard jette sur l'avenir un regard triste et inquiet, la vérité divine fait à son seuil une dernière visite sous la gracieuse et puissante image de quelque sainte enfant. Refusera-t-il? S'obstincra-t-il à écarter le Dieu
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dont l'aiiiuiir l'a poursuivi avec une si invincible patience? S'il en a l'effrayant courage, si jusqu'au bout il méprise, si jusqu'au pied du tribunal de Dieu et au seuil de l'éternité, il jette à la majesté divine l'insulte d'un suprême refus, —oh! alors quel sort le peut attendre ou plutôt quelle ressource lui peut encore rester? Rien ne lui reste, dit saint Paul, que « la terrii3]e attente du jugement, les colères d'un feu jaloux qui dévorera les ennemis de Dici\\ :^ Écoute, Israël: je suis ton Dieu ^. Sanglant reproche, souvenirs formidables dans ce seul mot: ton Dieu! J'étais le Dieu de tout l'univers puisque tout l'univers est au Seigneur, rnsLis combien plus, ô créature intelligente et libre, image de ma substance, reflet de ma beauté, rayon de ma gloire, combien plus j'étais ton Dieu! Plus que l'univers, plus que les cieux qui racontent ma gloire, plus que la terre, où mon nom est admirable partout 3, tu m'étais cher; je voulais de toi recevoir un hommage d'autant plus noble et plus magnifique que je t'avais fait plus grand. Et si j'étais ton Dieu par l'empire souverain que je devais exercer sur toi et les hommages que tu devais me rendre, combien plus encore étais-je ton Dieu par les œuvres de ma miséricorde, les tentatives de mon amour, la merveilleuse intimité que, tendre père, je voulais entretenir avec toi? Ah ! oui, j'étais ton Dieu! An jour de ta création, je prononçai sur toi une grande parole qui inaugurait tes gloires avec mes bienfaits, je te fis « à mon image et à ma ressemblance-'; >> je te couronnai de gloire et d'honneur, je pus dire que tu étais le Fils du Très-Haut, je te fis entendre ces paroles les plus délicieuses qu'un être créé puisse recueillir: «Je te serai un père, et tu me seras un fils. »
1 IIcl)r. - 2 psal. XLIX. — » Psal. VIII. — * Gènes.
Voilà comment j'entendais être ton dieu. Je le fus plus encore peut-être au jour de ta prévarication. Quand le monde entier désespérait de toi, quand « l'univers » indif^né « combattait pour moi contre les insensés, » et vo'ulait t'écraser dans ta révolte, quand ma justice préparait ses coups terribles, quand nul être au monde ne te pouvait sauver,- moi seul fus alors ton Z)feu,unDieu qui secourt, qui protège, qui pardonne, qui rend la vie Je mis sur tes lèvres le grand mot qui inaugure toute résurrection à la grâce : «j'irai à mon père, .. iboad Patrem ', et toi, « qui étais si loin,» je te rapprochai « tout près » de mon cœur dans l'embrassement de la réconciliation et du pardon. Je fus ton Dieu à la crèche, dans les humiliations incompréhensibles d'une naissance semblable à la tienne, dans « la similitude d'une chair de péché. » Je fus tondieu dans les abaissements d'une vie pauvre et laborieuse, quand, pour mieux t'atteindre et plus sûrement te gagner, « je mis tout en commun avec toi, » je partageai ta rude et difficile existence; j'habitai'ton réduit, mangeai ton pain noir, souffris tes douleurs, me brisai à tes incessants travaux. Oh! comme surtout je fus ton dieu 2, quand j'apparus, dans toute ma puissance divine, appliqué à te guérir et à te sauver! quand je te fis entendre les vérités éternelles et les mystères d'en haut, quand je purifiai ton cœur par l'onction de ma grâce et l'efficacité de mes précepte?, quand, étendant ma miséricorde sur ta chair, que ton péché avait blessée à mort, je touchai tes. plaies saignantes, rappelai la vie dans tes membres, et préludai, par des résurrections successives, aux splendeurs de ta future résurrection . Je fus ion Dieu dans ton innocence comme dans
» Luc. — '- Psal. XLIX.
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ta chuto, dans ta primitive fortune comme dans ta ruine effroyable, au ciel comme sur la terre, sur mon calvaire comme au milieu des gloires de ma résur' rection, dans le temps comme dans rétcrnité, car « c'est d'un amour éternel que je t'ai aimé. » J'ai été ton Dieu, ton père, partout et toujours, — toi, tu n'as été mon fils nulle part et jamais ! Voilà, dès les premiers mots du Psalmiste, que Dieu a posé la plus redoutable base du jugement et de la sentence à subir par les contempteurs de son amour, les audacieux négateurs de sa puissance et surtout de ses bienfaits. Quelle sera par excellence la nature du jugement dernier, l'article formidable de la législation divine sur lequel reposera notre premier interrogatoire ? Le voici dans sa simplicité et sa force : créés pour reconnaître, aimer, servir Dieu, avons-nous connu, aimé, servi Dieu? Oui : — Oh! alors « venez, les bénis de mon Père ' ! » Non : — « allez, maudits, au feu éternel ! » « La colère de Dieu se fait jour du haut du ciel contre toute l'impiété et l'injustice de ces hommes qui retiennent la vérité de Dieu dans une stérilité inique.,., eux qui ayant connu Dieu ne l'ont pas voulu glorifier comme Dieu, et ne lui ont pas voulu rendre grâces 2, » insensibles à ses bontés paternelles, autant qu'ils étaient révoltés contre sa souveraine majesté. Ils sont maintenant jugés sans miséricorde pour avoir été aimés de Dieu sans mesure. « Encore qu'un Dieu irrité ne paraisse jamais aux hommes qu'avec un appareil étonnant, toutefois il n'est jamais plus terrible qu'en l'état où je dois le représenter, non point, comme on pourrait croire, porté sur un nuage enllam'né ou sur un tourbillon fou-
> Malth. — 2 Rom.
h'ayant, mais armé de ses bienfaits et assis sur un trône de grâce. L'amour rebuté, l'amour dédaigné, l'amour outragé par le plus injurieux mépris, l'amour épuisé par l'excès de son abondance, fait tarir la source des grâces et ouvre colle des vengeances. Rien déplus furieux qu'un amour outragé ou méprisé. Dieu a suivi, en nous bénissant, sa nature bienfaisante, mais nous l'avons contrjsté, mais nous avons changé la joie de bien faire en une joie de punir, et il est juste qu'il répare la tristesse que nous avons causée à l'Esprit de grâce, par une joie efficace, par un triomphe de son cœur, par un zèle de sa justice à punir nos ingratitudes ^. D'où pensez-vous que sortent les flammes qui dévorent les chrétiens ingrats? De ses autels, de ses sacrements, de ses plaies, de ce côté ouvert sur la croix pour nous être une source d'amour infini. C'est de là que sortira l'indignation de la juste fureur, et d'autant plus implacable qu'elle aura éié détrempée dans la source même des grâces. Car il est juste et très-juste que tout, et les grâces mêmes, tournent à mal à un cœur ingrat. 0 poids des grâces rejetées! Poidsdes bienfaits méprisés - ! »
Connaître, aimer, servir Dieu, telle est la fin de l'homme sur la terre et le centre où viennent aboutir tous ses devoirs. Mais comment honorer et servir Dieu? Dieu nous a-t-il laissés libres de déterminer nous-mêmes la forme sous laquelle nos honneurs lui seront rendus? Le culte nous appartient-il ? Y aura-t-il autant de cultes divers que de divers adorateurs ? Le monde sera-t-il un temple ouvert à toutes les religions diftereutes, et le
* Sicut Icelatus est Dominus bene vobis faciens vosque raulliplicans, sic loetabitur subverleas atque disperdens. (Deutcr. xxviii, 63.) — * Bûssuet, Sermons^
regard du Très-Haut se reposera-t-il sur ces formes variées et discordantes avec une complaisance égale et un égal amour? Le philosophe déiste ne veut d'aucun culte extérieur : l'idolâtre multiplie les emblèmes et remplit SCS temples d'idoles de toute sorte. La sauvage Germanie comme la Grèce civilisée et la Rome maîtresse du monde, font couler en l'honneur de Dieu les flots sacrilèges d'un sang humain ; l'Egypte adore Dieu sous la forme de son bœuf Apis, le Gaulois le retrouve et l'honore sous le feuillage des chênes sacrés; à notre époque, sous nos yeux, raille sectes dissidentes, une foule de cultes opposés se partagent le monde, le juif attend son Messie, le musulman implore son Prophète, le protestant renie avec les dogmes les rites et les sacrements catholiques: — Dieu se complaît-il dans ce chaos ? A-t-il pu laisser aux volontés mobiles et aux esprits extravagants des hommes le travail sacré de construire le culte, d'édifier la religion ? A défaut de la Ptévélation, le bon sens crierait que non. Dieu seul a pu prescrire au monde la manière dont il entendait être connu, honoré et servi. L'auteur de la religion, c'est Dieu. L'homme, usant en cela comme dans tout le reste de sa liberté, opposera à la religion divine et véritable des religions d'origine et de fabrication humaines : or il n'aboutira par ces efforts sacrilèges qu'à une chose unique : démontrer invinciblement, parla persévérance et la multiplicité des contrefaçons, la réalité, l'existence, la solidité inébranlable du vrai culte donné au monde par son Dieu. Le second devoir de l'homme, après s'être incliné devant son Créateur par un premier acte de connaissance et d'adoration, sera donc de le servir dans la forme que Dieu même lui a prescrite, et, laissant là tous les cultes humains, ou abolis, toutes les religions
DIEU fD
OU fausses ou rcpudiccs, d'embrasser la seule religion véritable. L'ayant pu connaître, l'a-t-il méprisée et délaissée? Telle est la seconds question vaste et formidable à laquelle il doitTépondre au tribunal du dernier jour. Quel est le vrai culte? Deux mots le peignent : Immole à Dieu un sacrifice de louanges : rends tes vœux au Très- Haut^. Telle est la religion véritable, tel est le culte que Dieu réclame et que l'Homme-Dieu est venu dans le monde organiser : culte spirituel, intérieur, saint et immaculé. L'idolâtre s'entoure d'impures idoles, l'homme y adore ses propres vices sous le nom sacrilégement usurpé de Dieu : le ciel et la terre ont horreur d'un pareil culte. Le juif borne toute sa religion à faire couler le sang de ses grossières victimes : là non plus n'est pas le culte véritable ni l'hommage que Dieu peut agréer. Je ne te reprends pas pour tes holocaustes, tes victimes je les ai devant les yeux toujours. Je ne reçois pas les taureaux de ta maison ni les boucs de tes étables.Amoi sont également toutes les bêtes des forêts; à moi les troupeaux qui errent sur les montagnes; je connais tous les oiseaux du ciel; la beauté des champs est en mon pouvoir. Si j'avais faim, te le dlrais-je,moi qui possède l'univers et tout ce qu'il renferme? Est-ce que je mange la chair des taureaux? Est-ce que je bois le sang des boucs ^'i II faut donc à Dieu un culte spirituel, où l'àme ait le trône, où l'intelligence et le cœur aient la place avant la chair : rUionabile obscquium, comme dit rApûtre. Sans doute, dans l'enfance de l'humanité, quand le juif grossier et enclin à l'idolâtrie ne pouvait être retenu dans le service du vrai Dieu que parles prescriptions matérielles, les cérémonies multipliées et une sorte de similitude
*Psal. XLIX. - 2 Psal. Xt.IX.
fin
avec les rites sacrifioatoires des nations, Dieu oi\:ranisa pour lui ce culte mosaïque où coulait en figure et à flots si intarissables le sang des animaux, - mais « la plénitude des temps » devait venir, où le monde n'allait plus servir le Dieu « qui est Esprit » « qu'en esprit et en vérité. « « Voici que vient l'heure, et elle est venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. Car voilà ceux que réclame le Père pour en être adoré. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent, c'est en esprit et en vérité qu'ils le doivent adorer. »' Immole à Dieu un sacrifice de louange «. La religion véritable est donc avant toute chose un sacrifice, une immolation, et par là, par cet hommage d'une suprême dépendance, elle est la reconnaissance solennelle de la suprême perfection et de la domination absolue de Dieu sur ses créatures. On demande de l'homme qu'il « immole, » immola Deo. Parcourez attentivement la religion dans ses parties diverses, partout vous y verrez « l'immolation, >> et le sacrifice vous apparaîtra commo le résumé et le centre où toutes les prescriptions divines viennent aboutir. Saint Paul appelle la religion robêis' sance de la raison. C'est ici le « sacrifice » de l'intelligence. La Révélation renferme des vérités profondes, inaccessibles, des mystères insondables, des abîmes devant lesquels la raison humaine doit briser sa course, et s'arrêter en adorant. Voici, à côté de cette première « immolation, « celle de la volonté et du cœur. La même religion qui est fondée sur une révélation mystérieuse est fondée aussi sur de durs et crucifiants préceptes. Une législation étreint l'homme dans ses inexorables anneaux, comprime ses passions, arrête les saillies im-
1 Psal. XLIX.
pétnenses de sa volonté, l'enchaîne invinciblement à la pratique de toutes les vertus : autre et douloureuse «immolation ^ « Immolation universelle. Si l'âme de l'homme en est la première et la plus nécessaire victime, son corps ne peut échapper aux glorieuses et fécondes exigences de l'autel, où l'humanité doit se donner en holocauste à son Dieu. Le même apôtre saint Paul qui nous parle « de l'obéissance de notre raison -, » nous parle aussi de l'immolation de nos corps. « Je vous en supplie, mes frères, par la miséricorde de Dieu, offrez vos corps comme une hostie vivante, sainte, agréable à Dieu. » La religion immole ainsi à Dieu, en holocauste de suave odeur, l'homme tout entier, son corps comme son âme, ses opérations intimes, comme ses actes extérieurs. L'homme étant tout entier la créature de Dieu, son sujet, son serviteur, doit offrir à Dieu le double hommage de sa raison et de ses sens. Un spiritualisme absurde et contre nature voudrait bannir de la religion les pratiques extérieures, rêvant quelque vague et chimérique commerce de l'âme dégagée des sens avec une divinité aussi vague et aussi chimérique que ce culte idéal lui-même. Mais outre que la pratique du genre humain tout entier et la consécration de tous les siècles font justice de ces fantaisies, où a-t-on pris que la seule âme de l'homme doive à Dieu son hommage, et que son corps soit dégagé de tout service et libre de toute dépendance? Et si le corps, comme l'âme, doit se courber devant la Majesté divine et s'immoler en holocauste à sa gloire souveraine, quelle place laisserait à ces hommages un culte tout spirituel, sans rite sensible, sans pratique extérieure? Non, l'homme entier est étreint
1 Psai XLIX. -^ 2 lîora.
92 d:eu
dans ce lien sacré qui le rattache à Dieu et qvn la langue universelle nomme si bien la Religion. Le fond de cette religion est le sacrifice, et ce sacrifice immole ù la fois, de l'homme, l'âme et le corps : immola Dco sacrificliim laudis^. Quel sera donc le crime de l'homme sans religion? Le crime du révolte qui refuse à la suprême Autorité l'hommage de la suprême dépendance. Par l'immolation de son être,rhomme reconnaît Dieu comme Maître, comme Roi, comme Créateur, comme Dominateur absolu et universel; par l'absence de religion, l'homme, fût-il, comme il s'en vante si complaisarament, probe, juste, honnête, irréprochable devant ses semblables, ne se constitue pas moins devant Dieu dans un état d'odieuse et permanente rébellion : Non serviam! C'est le cri qui s'échappe de sa vie entière. Sa grossière indifférence, son insolent mépris, cette gloire imbécile qu'il tire de son impiété môme, tout le voue aux rigueurs du dernier jugement. 0 homme malheureux, qui cherclies dans tes vertus naturelles des excuses insensées, comment ne vois-tu pas qu'autant elles ont été véritables, autant elles te condamnent? Quoi ! tu as été bon et serviable pour tous, et pour Dieu seul tu t'es retranché dans les plus injurieux refus! Tu as rempli tous les devoirs d'honnête homme, et envers Dieu seul tu t'es conduit avec la plus sacrilège perversité, mauvais fils, déloyal serviteur, protégé ingrat, sujet infidèle et traître il son roi ! « C'est de ta propre bouche que je te condamne, mauvais serviteur 2. »
Tels peuvent donc être les deux premiers grand? crimes de l'homme : refuser de connaître Dieu, rejeter sa religion sainte. Mais à l'impiété il peut joindre les
1 Psal. XLIX. — 2 iV.itih.
vices, ou plutôt, par une conséquence fatale, il les joindra infailliblement. Les vices jaillissent de l'impiété comme les vers de la pourriture. L'insensé a dit dans son cœur : Dieu n'est pas. Ils sont devenus corrompus, ils se sont faits abominables dans toute leur conduite; il n'en est pas parmi eux qui fasse le bien, il n'y en a pas un seul. Tous ont dévié; les voici des êtres inutiles. Pas un qui fasse le bien, non, pas un! Leur bouche est un sépulcre ouvert, leur langue un instrument de ruse, le venin de l'aspic se cache sous leurs lèvres, leur langage est plein de malédiction et d'amertume, leurs pieds sont vites à répandre le sang. Le brisement et l'infortune couvrent leur route; le chemin de la paix, ils ne l'ont point connu. La crainte de Dieu n'est pas clans leur regarda Et ce déluge d'iniquités et de maux d'où s'est-il répandu sur ces âmes perverses et abominables ? Voici le mot révélateur, voici la source unique de tout vice et de tout crime : ils n'ont plus invoqué Dieu. U Apôtre saint Paul jetant sur la société ancienne un regard d'épouvante, ne donnait pas de son effroyable malice une raison différente. Le monde ne se couvre d'iniquités et de ruines que parce que, traître à la révélation divine, il tue en lui la vérité et laisse éteindre la lumière. « Ils refusèrent de reconnaître Dieu 2 » : la suite ? « les voici remplis de toute sorte d'iniquités, de méchancetés, d'impureté, d'avarice, de malignité; envieux, meurtriers, querelleurs, pleins de ruses et de malice, semeurs de faux rapports, calomniateurs, ennemis de Dieu, arrogants, superbes, altiers, inventeurs de crimes, sans obéissance aux parents, sans sagesse, sans modestie, sans affection, sans bonne foi, sans pitié. » Voilà les êtres « abominables »
1 PsalXIII. — 'Rom.
9i DIEU
qui paraissent maintenant devant le tribunal du souverain Juge, sont accusés par le ciel et la terre, Dieu, les hommes et leur propre conscience, de toutes les ini(iuités et de tous les crimes, et vont subir avant la sentence l'angoisse du formidable interrogatoire et des reproches sanglants de Dieu. Dieu les voulait « saints et immaculés » : ils lui reviennent souillés et « abominables. » Dieu « les avait appelés, non pas à l'iramondicité, mais à la sainteté » : les voici couverts de toutes les fanges, hideux sous l'empreinte de toutes les corruptions. Dieu, par sa grâce et ses sacrements, avait marqué ces âmes du sceau divin, et avait fait luire sur ces fronts l'éclat de son visage * : ils n'offrent plus à son regard irrité que l'empreinte de Satan et la similitude de l'enfer. Dieu en avait fait des fils, des héritiers, des créatures célestes, des « dieux » : ils S3 sont faits euxmêmes « des enfants du démon » et des émules de la bête, jumenlis comparatus est. 0 renversement ! 0 dégradation! 0 effroyables ruines! 0 trop juste indignation d'un père! 0 équitable sentence d'une justice sans merci! Si l'homme qui a méconnu Dieu est condamné, si condamné avec lui est l'homme déserteur de la religion véritable : l'homme qui, connaissant et servant Dieu, se donnant comme fidèle de la religion véritable, déshonore ce Dieu, souille cette religion par ses vices et ses scandales, cet homme-là sera-t-il épargné? Sufiirat-il pour éviter les rigueurs de la justice de se dire chrétien, de faire résonner bien haut son titre de catholique? A Dieu ne plaise ! Ce que saint Paul disait de la religion mosaïque, est plus vrai et plus infaillible encore de la religion plus élevée et plus pure do Jcsus-Christ.
» P=al. IV.
« Gloire et honneur à tout homme qui fait le bien '. » Voilà la règle suprême, voilà l'éternel et immuable décret. S'appeler chrétien, se reposer dans sa profession de foi de catholique et se mettre peu en peine d'accomplir les œuvres que la foi catholique prescrit, c'est là se jouer de Dieu. Or il est écrit : « Ne vous y trompez pas, on ne se joue pas de Dieu ! »
Achevons notre Psaume et voyons-y les condamnations certaines dont nos vices seront infailliblement frappés. Dieu dit au pécheur : De quel droit publies-tu mes décrets? fais-tu profession de suivre mon alliance? Ma science tu l'as haie; mes paroles tu les a rejelées loin de toi» Voyais-tu un voleur, tu courais à lui; tu vivais avec Vadultère; ta bouche fut toujours pleine de méchanceté ; tes paroles n'étaient qu'un tissu de fourberies et de mensonges. Assis dans les réunions tu parlais contre tes frères^ tu versais l'opprobre sur le fils de ta mère. — Tu as fait tout cela et je me suis tu, et tu as cru que moi je te ressemblerais. Mais je t'accuserai, je déroulerai tes crimes devant tes yeux '^.
C'est là le tableau résumé des crimes de l'homme : hj^pocrisie, indifférence, ignorance honteuse, injustices, vols, cupidité, impuretés et adultères, vices de la langue, fourberies et mensonges, calomnies et injures : tout ce que l'homme vicieux peut commettre d'attentats contre Dieu, contre soi-même, contre ses semblables. L'hypocrisie ouvre cette hideuse et fatale série do prévarications. Cet homme du monde, peut-être ce religieux ci. ce prêtre, se couvre soigneusement des dehors de la piété et revêt ses vices des splendeurs de l'autel. C'est le loup dans la bergerie, « c'est le merccuaire entré
i houi. - -' Pàal. XLIX.
violeiiuiienl par la brèche, » c'est le « sépulcre "blanchi, » c'est le cauteleux et mielleux hypocrite, « qui n'est pas le serviteur de Jésus-Christ, mais qui l'est de son ventre, et qui, avec d'onctueuses paroles et des bénédictions, séduit les coeurs innocents'. » Dieu est foudroyant à ces misérables qui ont abusé de la religion pour tromper les simples, et ont fait tourner au scandale dcr fidèles et aux dérisions des impies les choses saintes et ce que la religion a de plus vénérable et de plus sacré. « De tous les pécheurs qui se cachent aucuns ne seront découverts avec plus de honte que les faux dévots et les hypocrites. Ce sont ceux-ci qui sont les plus pernicieux ennemis de Dieu, qui combattent contre lui sous ses étendards. Nul ne ravilit davantage l'honneur de la piété que l'iiypocrite, qui la fait servir d'enveloppe et de couverture à sa malice. Nul ne viole la sainte majesté de Dieu d'une manière plus sacrilège que l'hypocrite, qui s'autorisant de son nom auguste lui veut donner part à ses crimes, et le choisit pour protecteur de ses vices, lui qui en est le censeur. Nul donc ne trouveraDicu j uge plus sévère que l'hypocrite qui a entrepris de le faire en quelque façon son complice. Mais ne parlons pas toujours de ceux qui contrefont les religieux. Le monde a encore d'autres hypocrites. N'y a-t-il pas des hypocrites d'honneur, des hypocrites d'amitié, des hypocrites de probité €t de bonne foi, qui en ont toujours à la bouche les saintes maximes, mais ppur être seulement des lacets aux simples et des pièges aux innocents; si accommodants, si souples et si adroits, qu'on donne dans leurs filets, et ceux mêmes- qui les connaissent ? Il faut qu'ils soient confondus. Venez donc,
1 Hom. XVI
abuseurs publics, toujours contraints, toujours contrefaits, lâches et misérables captifs de ceux que vous voulez captiver; venez, qu'on lève ce masque et qu'on vous ôte ce fard; mais plutôt il faut le laisser sur votre face confuse, afin que vous paraissiez doublement horribles, comme une femme fardée et toujours plus laide, dans laquelle on ne sait ce qui déplaît davantage, ou sa laideur ou son fard. Ainsi viendront rougir devant Jésus-Christ tous ces trompeurs vainement fardés ; ils viendront, dis-je, rougir non-seulement de leur crime caché, mais encore de leur honnêteté apparente. Ils viendront rougir encore une fois de ce qu'ils ont a.?sez estimé la vertu pour la faire servir de prétexte, de montre et de parade, et ne l'ont pas toutefois assez estimée pour la faire servir de règle. Ergo et tu confundere et porta ignominiam tuam.Si cependant ils marchent la tête levée et jouissent apparemment d'une bonne conscience, s'ils trompent le monde, si Dieu dissimule, qu'ils ne pensent pas pour cela avoir échappé de ses mains. Il a son jour arrêté, il a son heure marquée qu'il attend avec patience ^ » Ce jour venu, cette heure sonnée, Dieu rompt le silence, tous les voiles se déchirent, et aux yeux de l'univers apparaît l'ignominie de ces imposteurs qui parlaient de vertu quand ils étaient pleins de tous les vices, et faisaient à tout propos, pour satisfaire leurs passions, intervenir les mots sacrés de religion et de piété.
Il en est d'autres qu'atteindront et briseront les foudres des divines sentences : ce sont ceux qui ont en aversion la doctrine et rejettent loin d'eux les paroles du Seigneur '-. Qui n"a rencontre de ces hommes, tels
» Bossuet, Scnn. — 2 P.ul. XLIX.
que les multiplie dans une proportion effrayante notre siècle d'indifférence, de matérialisme grossier et de prodigieux orgueil? S'ils appartiennent à ce que le langage actuel nomme le monde des affaires, s'ils ont livré leur intelligence et leur cœur aux âpres convoitises du lucre et se laissent enporter au tourbillon des intérêts terrestres, n'attendez plus de ces esprits devenus matière la plus légère et la plus vague notion des choses supérieures, le monde surnaturel n'existe pas pour eux : Dieu, âme, destinée future, bonheur d'outre-tombe,
royaume avenir Ces mots résonnent à leurs oreilles
comme des sons inconnus, comme des bruits étrangei's qui n'éveillent plus en eux la moindre idée : Aniuialls homo non percipit ■•. Etrange et douloureux mystère ! à côté de ces intelligences animalisécs, d'autres intelligences ont noblement gardé les traditions du savoir et vaillamment parcouru toutes les voies du bien penser et du bien dire. Jetez les yeux sur cette troupe d'élite, qui fait avec la grossière insouciance de la foule un si glorieux contraste : voici des savants distingués, d'éminents jurisconsultes, des professeurs remplis d'érudition, des avocats brillants d'éloquence, tous cultivent les talents de l'esprit, tous creusent dans le sol de la science de splendides et opulents sillons... Mais quoi ! n'y a-t-il pas une science plus haute que les sciences où ils s'absorbent? Par-dessus la terre n'y a-t-il pas le ciel, et les immensités de l'avenir ne dominent-elles pas les heures fugitives du temps? Dieu n'est-il pas plus que l'homme, l'àmo plus que le corps, la vie surnaturelle plus que la vie de la nature? Les intérêts de l'avenir ncdominent-ils pas les intérêts éphémères d'un présent qui nous
1 I Corinth.
échappe et se perd? Dieu a-t-il parlé h la terre? nous a-t-il fait des offres? s'est-il par amour condamné à des avances ? est-il venu au milieu de nous ? a-t-il vécu avec nous et comme nous ? Et après nous avoir consacré sa vie nous a-t-il donné l'expiation de sa mort ? Dieu est-il venu sur la terre? Dieu s'est-il fait homme? Dieu est-il mort pournous? Et après être mort pournous est-il ressuscité pour nous? Une immense portion de la famille humaine l'affirme :les siècles ont apporté à cette croyance leur consécration, la vaste voix catholique en porte depuis dix-huit cents ans la nouvelle aux extrémités du monde, le jour la raconte au jour, la nuit en instruit la nuit; pas une langue, pas un idiome qui n'en ait reçu la révélation i. Oui, ces choses divines se sont accomplies; oui, ces extraordinaires événements se sont déroulés à la clarté de notre soleil. Dieu a fait cela et c'est admirable à nos yeux -. Or chez ces intelligences dont nous parlons, qui ont eu en aversion la science ci qui ont rejeté loin d'elles les paroles du Seigneur ^, Dieu, en accomplissant ces œuvres du plus incroyable amour, n'a obtenu que le dédain, l'ingratitude et l'oubli ! Ces hommes qui savent tout ignorent la seule chose qu'il importerait de savoir, et non-seulement ils ignorent, mais ils dédaignent d'apprendre, de se renseigner sur si peu! L'Église chante, et avec l'Église les siècles et le monde : IL EST DESCENDU DES GIEUX; le monde et les siècles crient: Dieu est descendu, il est là, il
habite la terre, il converse avec les hommes Que
leur importe ! Les mêmes voix, changeant en élégie sublime leur cri triomphal, continuent : ET IL A ÉTÉ CRUCIFIÉ POUR NOUS. . . ET IL EST MORT ! Puis,
' Psal. XVni. - 2 Psal. GXVII. — s Psal. XLIX.
reprenant le chnnt du triomphe après le gémissemont de la douleur, les mêmes voix de l'univers catholique achèvent de publier la grande nouvelle: ET IL EST RESSUSCITÉ. Que saura l'homme, s'il ignore ces divines choses? qu'apprendra-t-il, s'il en néglige le sublime savoir ? Ah ! voilà le grand crime et la condamnation suprême de nos incroyances contemporaines. Les hommes de nos jours ne discutent plus, ne nient plus, ils dédaignent : impius cum in profundum venerit conîemnit ^ Cet historien infatigable fouillera les annales humaines, secouera la poussière des vieux âges ; un mot qu'aura dit Alexandre ou César, un fait controversé, un détail laissé dans l'ombre, l'absorberont tout entier et le feront blanchir dans les veilles. Mais que Dieu ait parlé, ait agi, ait vécu, soit mort pour sauver le monde, soit ressuscité pour nous associer à son inénarrable triomphe : voilà qui est indigne de sa sagacité et au-dessous de ses recherches ! Cet antiquaire se pâmera de plaisir devant un vase étrusque, et foulera sans la plus légère émotion les vestiges du Dieu descendu sur terre, voyageur et exile pour nous ! Ce chimiste usera sa vie devant les transfigurations de son creuset, mais que l'homme ait été par la rédemption du Verbe fait chair transfiguré en une divine créature,voilà de quoi il juge puéril de s'occuper. Ce magistrat siégera sur son tribunal et rendra ses sentences, mais que Dieu soit le juge suprême et en fcrnicr ressort des choses humaines, qu'il juge les j'.istîces ^ et que tous un jour nous « devions compavaîtrc devant le tribunal du Christ : » on le dit, on le prêche mais il laisse la foule s'enquérir de ces
1 Prov. xviii. — -Pial.LXXlV.
choses et trembler devant ces menaces de l'avenir. 0 Dieu, ils vous méprisent ! ô vérité infinie, ils se rient de vous ! N'en doutons pas, le jugement dernier sera terrible à ces superbes. Il est écrit : « Malheur à toi qui méprises, crois-tu que toi-même tu ne seras pas méprisé"? Vœ quispernis, nonne et ipse spcrncrîs^ ?
Un autre mépris fait l'objet des condamnations du dernier jour : le mépris des lois divines. Dieu parle encore par son Psalmiste. Voyais-tu un voleur, tu courais à lui. Ce voleur, cet usurier, cet industriel inique ce marchand frauduleux, cet accapareur des fortunes d'autrui, ce spoliateur de l'orphelin et de la veuve, ce spéculateur impitoyable de la misèrepublique, tous ces hommes gorgés d'un or qui crie vengeance, et que la justice humaine n'a pu ni flétrir ni faire restituer, tous sont réservés à la suprême et incorruptible justice. Ils s'applaudissaient d'une habileté si victorieuse qui les avait si bien dérobés aux poursuites et jusqu'aux soupçons. Insensés! Dieu les voyait, et maintenant il les découvre et les livre au mépris de l'univers. Quelles illu. sions ne se fait-on pas dans le monde sur les fortunes malhonnêtement acquises ? Mais qu'importe à une incorruptible justice les fausses maximeset les illusions ? Le mot de Dieu reste inébranlable à jamais : « Ne vous y trompez pas : ni voleurs, ni avares, ni ravisseurs ne posséderont le royaume de Dieu. »
Autres vices qui jouissent dans le monde d'une plus large et plus facile impunité : l'adultère et tous les débordements de l'impureté. Ah ! que le monde a été complaisant à ces vices ! comme il a continué à accueillir et à fêter ceux qui s'en souillaient sans
* Isaïe, xxxiii.
retenue ni pudeur! rommc ces dcbauclK^s ont pu h l'aise, sûrs d'un pardon toujours accordé, d'une complicité toujours prête, flétrir l'innocence, ravager les familles, ruiner les intérieurs, accumuler les désastres, souiller tout de leur fange, corrompre tout de leur propre corruption. Mystère d'aveuglement et folie ! Qu entendons-nous de ces lèvres impudentes ? comment ces immondes répondent-ils au cri des consciences et aux clameurs de la vertu violée? Deus requîret ista? Dieu s'occupe-t-il de ces choses? » Dieu est-il sévère à ces vices enchanteurs dont lui-même a mis en nous le penchant irrésistible? Dieu se charge de la réponse: Impie, tu as cru que je te ressemblais ^, que moi la sainteté infinie, je m'associais à tes infamies? ah! tu connaîtras enfin ce que je suis et ce que tu esl je déroulerai tes crimes devant tes yeux ^. Tu passeras sous les dégoûts et les mépris du ciel et de la terre dans la nudité de tes vices et la laideur de ton infamie, « Si Dieu durant cette vie, attend ces pécheurs à pénitence; si, manque d'écouter sa voix, ils se rendent dignes qu'il les réserve à son dernier jugement, ils y boiront nonseulement le breuvage de honte éternelle qui est préparé à tous les pécheurs, mais encore « ils avaleront, dit Ezéchiel, la coupe large et profonde de dérision et de moquerie, et ils seront accablés par les insultes sanglantes de toutes les créatures. » Calicem sororis tuse bibes profundum et laium; cris in derisum et in subsannationem qvxcsl cajiacissimû'-\—i\\m\, ô corrupteur, ô impudique, la vie s'est passée avec PaduUère, ton éternité se passera dans l'ignominie, nolam ignomimix sempiternam'*.
1 psai. XLTX. — 2 Psal. XLIX. — ' Bossuet, Sermons, — * S Grog. Naz. Oral. XV.
Dcrnicro et vaste matière du dernier jugement : nos méchancetés, nos haines fratricides, nos mortelles calomnies, ces flots d'amertume qui coulent incessamment de notre bouche, ces plaies cruelles dont nous couvrons nos semblables, ces meurtrissures dont à plaisir nous les ensanglantons. Ta bouche s est remplie de malice, ta langue a constamment tramé la fourberie ; dans les assemblées tu décriais tes frères, le fils de ta mère tu ic déchirais ; tu as fait tout cela, et moi je me taisais '. « Disons ce qui se voit tous les jours. Quand vous déchirez en secret celui que vous caressez en public, quand vous le percez incessamment de cent plaies par les coups mortels de votre dangereuse langue, quand vous mêlez artificieusement le vrai et le faux pour donner do la vraisemblance à vos histoires malicieuses, quand vous violez le dépôt sacré du secret qu'un ami trop simple a versé tout entier dans votre cœur, et que vous faites servir à vos intérêts sa confiance qui vous obligeait à penser aux siens, combien de précautions pour ne point paraître? combien regardez-vous à droite CL à gauche? et si vous ne voyez point de témoins (|ui voûp 3)uisse reprocher dans le monde votre lâcheté, si \ou^ avez tendu vos pièges si subtilement qu'ils .soient imperceptibles aux regards humains,vous dites : qui nous a v\ii}'l Narraverunt ut absconderent iaqueos, dixcriird quis videbit eos 2 ? >. Vaine espérance ! Calcul inseni-é i Dieu a tout vu, et Dieu révélera tout. Il vengera les victimes de la calomnie et du mensonge en dévoilant l'infamie de leurs persécuteurs. Ah ! que tout est changé! ah! que les rôles se renversent! Sur la terre la langue mauvaise et toujours puissante pou-
» Psal. XLI.\. -s IJossuct, Sermons.
i04 DIEU
vait à l'aise s'enivrer de haine, de vengeance et de sang ; ies victimes tombaient meurtries et mourantes sous ses coups terribles, le monde écoutait et applaudissait. Dans Je monde, la perversité des uns, l'indifférence des autres, la lâcheté de tous laissent flageller, meurtrir et tuer les faibles et les innocents, ses faveurs sont pour les oppresseurs et les bourreaux, ses lâches blessures ] our les victimes inoffensives. Mais Dieu prend maintenant en main ces causes naguère si désespérées, il défend lui-même ces victimes si délaissées et si trahies, Dieu venge tous ceux que la détraction meurtrière a immolés sans pitié. Dieu régna éternellement. Il a pré- IKiré son trône j)Our y faire justice. Lui-même jugera l'univers, il jugera les peuples avec équité. Dieu s'est fait le refuge du pauvre, son appui dans ses détresses, son recours dans ses tribulations. — La langue du méchant c.U pleine de malédiction et d'amertume et de ruse, sous sa langue se cache le venin et la mort; il s'assied dans les assemblées opulentes, il dresse ses pièges, il cherche à immoler l'innocent, ses yeux couvent le malheureux sans défense, il s'efforce de le perdre en secret et furtivement, il est comme le lion tapi dans sa caverne;... Seigneur Dieu, lève-toi ! étends ton bras, n''oublie pas le pauvre ' ! Chacun parle pour tromper son prochain, langues fourbes, cœurs (■:stncieux ^. Ah ! ces iniquités des langues perverses n'auront qu'un temps, le mensonge et la calomnie se déchireront comme le nuage se déchire et se dissipe aux rayons resplendissants du soleil. Dieu et la justice auront leur tour. Pour venger la détresse du faible, pour secourir le gémissement du, pauvre, maintenant moi je me lève, dit le Seigneur ^l Terrible réveil de la justice I
1 Psal. IX. — - Psal. XI. — 3 Psal. XI.
implacable vengeance de Dieu ! rien ne peut rendre les éclats de la divine colère contre les langues homicides qui oni traversé la ter' o en ravageant, en dépouillant, en mutilant, en massacrant tout sur leur passage : fléaux dévastateurs, bétes dévorantes, que l'on pouvait suivre à la trace du sang. Or, c'est maintenant pour ces Gains fratricides le jour terrible où il leur faut rendre compte du sang versé. « La voix du sang de ton frère crie vers moi de la terre : maintenant donc tu seras maudit I » La victime crie à Dieu : Seigneur, délivre mon âme des langues perverses, et des bouches perfides. La réponse de Dieu est formidable : « Misérable, qu'obtiendras -tu, que te reviendra-t-il des perfidies de la langue? tu seras percé des flèches du Tout-Puissant, tu seras dévoré dans ses feux, abîmé dans ses désolations ^, » dans ces éternels et épouvantables supplices, « où il y aura des pleurs et des grincements de dents, » et où « le ver qui ronge ne meurt pas, où la flamme qui dévore ne s'éteint pas. » Alors apparaîtra la gravité des péchés de la langue sur lesquels on se fait dans le monde, et jusque dans l'enceinte de la religion et de la piété, des idées si fausses et desi étranges illusions. Illusions vaines, puisqu'un jour doit venir qui les dissipera aux rayons d'une lumière si vive et aux feux de tonnerres si épouvantables ; illusions coupables, puisque dès maintenant Dieu par ses prophètes, son Évangile, ses Apôtres, sa Révélation entière nous a tant de fois et si fortement désabusés. «< Ne vous y trompez pas, s'écriait l'Apôtre saint Paul, écho de tous ces enseignements, les détracteurs ne posséderont pas le royaume de Dieu. » « Allez, maudits 2 ! » Votre Père céleste était un Dieu de mansuétude, de clémence,
» Psal.CXIX. — 2 Matth.
de pardon, vous autres, ;< race de vipère, » vous avez été les imitateurs et les « fils » du démon -< qui fut homicide dès le commencement. »