L'APPAREIL DU JUGEMENT
Que les deux se réjouissent, que la terre tressaille, que l'océan s'émeuve et toutes ses immensités.... Dieu viendra juger la terre, il jugera Vunivers dans la justice ; il jugera les peuples dans sa vérité K
Tout sera vaste et hors des proportions ordinaires dans le second Avènement et le jugement général, tout y sera immense et gigantesque. L'on aura vu des bouleversements dans la nature, des écroulements et des révolutions parmi les peuples: alors c'est l'univers entier, le ciel et la terre, toute la création, Tensemble des choses, qui, emportés dans un tourbillon gigantesque, seront secoués, s'écrouleront, s'évanouiront pour renaître à une existence nouvelle et à un surnaturel éclat. L'œil de l'homme aura contemplé les grandioses œuvres des éléments conjurés. Des embrasements immenses auront étalé leur sinistre et formidable spec* tacle. Ici c'est une flamme, c'est un océan de feu, vaste comme le monde, où le monde est subitement submergé et englouti, ce sont des torrents embrasés qui du ciel à la terre roulent leurs flots impétueux, et
1 Psal. XGXV.
emportent l'univers tout entier dans leurs tourbillons <• La puissance de Dieu aura parfois montré à la terre la gloire rayonnante des élus du ciel, la mort sur un commandement divin aura parfois rendu un instant quelques-unes de ses victimes: maintenant c'est le ciel entier qui souvre, laissant échapper de son sein l'éblouissante multitude de ses triomphateurs; sur la terre ce sont les générations innombrables, que la tombe envahissait en silence et que la grande « voix du Fils de l'homme » vient d'éveiller et de réunir : elles se lèvent toutes, assemblée immense, mer vivante sans limite ni horizon. Des triomphes avaient déroulé leurs magnificences, des généraux avaient ramené, au milieu de l'ivresse des peuples, leurs étendards victorieux, des princes s'étaient ouvert, au travers des cités et des provinces, une marche triomphale, acclamés avec transports par les multitudes : ici c'est Dieu même qui s'avance, entouré de sa cour céleste, « au milieu des splendeurs des saints-,» acclamé par le ciel et la terre ; c'est l'Homme- Dieu, vainqueur de tous ses ennemis qui , vient jouir de ses victoires, fonder sur des bases désormais inébranlables « son immobile royaume, » refouler dans l'abîme le monde, le péché, la mort, Satan leur sinistre prince, pour jamais désarmes et vaincus.
Telle est la pompe triomphale du dernier jour, la foi nous l'annonce et, dans une certaine mesure, nous la décrit ; la raison naturelle elle-même en établit invinciblement la nécessité, et en peut pressentir les splendeurs. Dieu est venu sur la terre, il a daigné fonder au milieu de nous l'empire des âmes : que conclut la raison, sinon que ce Dieu doit régner .î» Oportet Clirislum rcrjnare.
1 II Petr. — 2 pôal. CIX.
Or en fait^ dans de nombreuses portions d": son empire, pour une multitude de sujets révoltés, ce Dieu ne règne point ; « nous ne voyons pas encore, dit le grand Apôtre, que tout lui soit soumis * . » Dieu serat-il vaincu ? Impossible. Renonce-t-ii à sa gloire ? Moins encore. Dès lors un jour doit venir, où. Roi victorieux, triomphateur invincible, souverain acclamé de sa création tout entière, Dieu occupe dans une plénitude absolue la domination universelle, foule aux pieds pour jamais ses ennemis vaincus, et exalte avec lui dans un éternel triomphe ses sujets fidèles, qui pour lui ont lutté et souffert durant les longs jours de ses anéantissements et de son silence.
Les deux Avènements du Fils de Dieu sur la terre font également, dans l'Ecriture, l'objet des plus précises et des plus nombreuses prophéties. Dès la tête du livre il est parlé de Lui 2, selon le mot des Psaumes. Il est parlé de ses deux venues différentes au milieu de nous : l'une dans la faiblesse et l'obscurité, au jour où il fallut expier pour une humanité coupable, la visiter dans sa détresse, la consoler dans ses douleurs, l'instruire dans ses illusions et ses ignorances ; l'autre dans la force, l'éclat, la majesté, le triomphe, quand il faudra clore le temps de l'épreuve, inaugurer l'éternité, fonder pour des siècles sans fin l'empire absolu et universel de Dieu dans l'univers, poser à toute l'œuvre divine son dernier et superbe couronnement, et « paraître admirable au milieu des élus, > « dans les splendeurs des saints. » Au plus fort de ses douleurs, au plus bas de ses ignominies, l'Homme-Dieu, saisi et foulé aux pieds par les pécheurs, terrassé par Teafcr, jugé,
1 llobr. a. - -• PoLil. XXXIX.
condamné, bafoué par le monde, faisait apparaître la majestueuse vision de son second avènement, déroulait dans sa plénitude le plan de l'Incarnation et l'œuvre entière du Verbe, chargé par son Père de détruire, tout le long des siècles, un à un, progressivement, lentement, les multiples adversaires armés par l'enfer, puis de les écraser tous en masse dans un dernier combat et une dernière victoire ! L'Homme-Dieu devait souffrir pour mériter, mourir pour expier, ressusciter pour refouler la mort, monter au ciel pour « nous y préparer nos places ^ » et nous y introduire, vivre dans l'Eglise catholique pour continuer durant le temps de l'épreuve l'œuvre de la Rédemption, puis après, à la fin des temps, il doit triompher, triompher pour la gloire de son Père, pour sa propre gloire, pour celle de ses élus, pour la confusion de ses ennemis, la défaite de l'enfer, du péché, du monde, l'entière et éternelle destruction u l'empire du mal et de la domination de la mort. Ecrasé par le monde, Jésus-Christ doit écraser le monde; il le prédit, ill'annonce ; quand on le juge, il fait apparaître son jugement futur; quand on le condamne, il en appelle aux effroyables représailles de l'avenir; quand on dresse le gibet où on le cloue, il fait retentir dans le lointain de la prophétie les foudres qui, un jour, en frappant le monde, vengeront sa gloire et prépareront son règne triomphal. « Le grand prêtre l'interrogea de nouveau et lui dit: Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire si tu es le Christ, le Fils du Dieu béni ? f^t Jésus lui dit : Je le suis, tu l'as dit. De plus je vous le dis, vous verrez un jour le Fils de l'homme assis à la droite de la Majesté de Dieu et venant dans les nuées du ciel^. » —
' Joan. — - EvanjiJ.S. Mat'h.
A de nouvelles questions de l'inique tribunal, nouvelle et majestueuse réponse : « Désormais le Fils de l'homme sera assis à la droite de la Puissance de Dieu ^. » — Après la synagogue vient l'empire, après le peuple éclairé des révélations divines, lagentilité plongée dans les ombres de l'ignorance. Après Caiphe, Pilate pose la même immense question et reçoit sur le grand et terrible événement de l'avenir la même réponse. Enfin, quand la victime brisée et sanglante s'avance, sous le fardeau de sa croix, vers le Calvaire où elle va mourir, c'est encore la vision formidable du dernier jour qui plane pour l'illuminer sur la nuit de la souffrance et de l'expiation. « ... Or Jésus était suivi d'une grande foule de peuple et de femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur lui. Mais Jésus se tournant vers elles, dit : Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants : car voici que viendront des jours où Ton dira : bienheureuses les stériles et les entrailles qui n'ont point engendré, et les mamelles qui n'ont point allaité. Alors Ils commenceront à dire aux montagnes : tombez sur nous, et aux collines : couvrez-nous. Car si l'on fait ainsi au bois vert, que sera-t-il fait au bois sec ^ ? >> Si le Fils de Dieu, caution pour les pécheurs, est ainsi écrasé sous les éclats de la divine vengeance, que deviendront les pécheurs eux-mêmes, qui, « ayant foulé aux pieds ce Fils de Dieu 3, » « ayant déshonoré ce' sang de l'alliance ■'*, » n'auront plus à attendre qu'une vengeance sans merci et une perdition sans ressource ? Peu de jours avant sa passion, Jésus-Christ jetait un regard révélateur sur ces temps suprêmes de son second
1 MaUh. — 2 Evangil. — » Hcbr.— '' Ilebr.
avènement et de son éternel triomphe. Le tableau qu'il noas trace de la grande scène est saisissant. « Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles; et sur la terre, l'angoisse des nations à cause du bruit confus de la mer et des flots, les hommes séchant de frayeu)' dans l'attente des choses qui arriveront à tout l'univers. Le soleil sera couvert de ténèbres et la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les vertus des cieux seront ébranlées. Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils
de l'homme Comme l'éclair part de l'Orient et
l'osplendit jusqu'à l'Occident, de môme aussi sera l'Avénement du Fils de l'homme.... Et alors pleureront toutes les tribus de la terre, et elles verront le Fils de l'homme venant dans la nue avec une grande puissance, plein de vertu, entouré de gloire et de majesté. Et il enverra ses anges qui, au son de la trompette et d'une voix éclatante, rassembleront ses élus des quatre vents, du sommet des cieux jusqu'à leurs dernières profondeurs Ne tremblez pas, petit troupeau, parce
quïl a plu à votre Père de vous donner le royaume
Or quand ces choses commenceront à s'accomplir, regardez et levez la tête, parce que votre rédemption est proche <. »
Telle est la révélation de Jésus-Christ : les moments qu'il choisit pour la faire au monde, l'insistance qu'il y met, la solennité et la majesté formidables qu'il y déploie contre sa constante coutume, tout nous indique l'importance qu'il attache à cette annonce de sa seconde venue sur la terre. N'en doutons pas, ses prophètes, avant lui et par son ordre, auront décrit avec la magnilicence
* Evan^il. Concnrd.
112 Dir:u
qui leur est propre cette grande scèae du dernier jour. Plus complètement que tous les autres, David en a chanté la pompe, décrit les splendeurs, prophétisé les vengeresses épouvantes. A chaque trait du texte évangélique correspond quelque brûlante révélation des Psaumes, et les cantiques du Prophète-lioi ne se revêtent jamais de plus d'éclat et ne jaillissent avec uneiml)étuosité plus ardente, que lorsqu'ils célèbrent l'Avènement suprême de l'Homme-Dieu. Bouleversement de la création, écroulement de l'univers, tourbillons de llammes où il s'engloutit et se renouvelle, feu qui dévore le monde, le purifie, le fait jaillir neuf et étincelant du creuset divin, résurrection des morts, apparition grandiose, assemblée innombrable des générations, troupe éblouissante des élus, multitude hideuse et torturée ces pécheurs, apparition dans les nuées du ciel du Christ Fils de Dieu, « rempli de puissance et do majesté, » pom^pe merveilleuse, char triomphal, corî.é"'e composé « de mille millions de triomphateui's dans l'ivresse de la victoire : » —tel est l'ensemble, telle est la suite des visions prophétiques du saint Psalmiste. La splendeur les revêt, la sublimité y atteint ses dernières hauteurs. Enivrons nous de ces gloires à venir, assistons par avance à cette inénarrable pompe, retrempons dans ce spectacle, le plus beau que l'œil do l'homme contemplera jamais, la vigueur de notre foi et Vi force de nos espérances, comprenons en face du triomphe qui nous attend « comment servir Dieu, c'est régner. »
l. — «Il y aura des signes dans le soleil, dans la lune et dans les étoiles, et sur la terre l'angoisse des nations, à
cause du bruit confus de la mer et des flots. » Tel est le premier signal de l'apparition de Jésus-Christ dans sa gloire. L'univers s'ébranle, les éléments se confondent, les cieux secouent leurs astres, la terre déchaîne ses océans, un tourbillon gigantesque emporte la création entière. « Or quand, à l'improviste, comme le voleur, le jour du Seigneur viendra, les Cieux passeront emportés dans une immense tempête, les éléments se dissoudront dans le feu, la terre et tout ce qu'elle contient sera dévorée dans la flamme'. » Yoici la même scène, voici le même Dieu dans les Psaumes. La terre émue a tremblé, les fondements des montagnes se sont ébranlés, les montagnes ont chancelé devant le feu de son courroux; devant son éblouissant éclat les nuages se sont évanouis... La fumée jaillissait de sa colère, le feu s'allumait devant lui, des charbons ardents tombaient embrasés par sa présence. Il a abaissé les cieux, il est descendu, un nuage était sous ses pieds. Assis sur les chérubins il a pris son essor, il a volé sur l'aile des vents -. Saint Paul insiste sur un vaste signal qui sera donné du haut des cieux, sur un cri immense, une gigantesque clameur, stridente comme le bruit « de la trompette. » Telle s'annonce aussi dans les Psaumes la venue du grand Rof, juge souverain des vivants et des morts. Du haut des cieux le Seigneur a tonné, le Très-Haut a fait retentir sa voix ^. C'est à ce signal que l'univers docile répond par d'effroyables ébranlements. Dieu viendra avec éclat, notre Dieu, Dieu ne se taira pas plus longtemps. Devant lui le feu est ardent; tout autour de lui éclate une immense et irrésistible tempête. Dans les tourbillons de cette tempête la terre avec ses océans, les cieux avec
> II Pclr. - = Psal. XVII. - 3 Psal. XVII.
leurs astre.?, la "atnrc tout entière avec ses éléments, passent, s'évanouissent, se liquéfient ^, se renouvellent, et deviennent « la nouvelle terre et les nouveaux cieux » annoncés par les Prophètes. Jésus-Christ dépeint l'épouvante des hommes au milieu de cet universel ébranlement, de ces bruits effroyables des océans chassés de leurs lits, et des cieux qui se désorganisent. Le Psalmiste avait par avance contemplé ces scènes gigantesques. La terre sera ébranlée^ les montagnes seront prccipitêes dans les flots ; les eaux émues ont clerc des bruits terribles, les montagnes ont été secouées par sa puissance... Les nations sont dans l'effroi, les empires s'écroulent : Dieu fait entendre sa voix, la terre tremble 2. DieU' règne... La nue et Vobscurité V enveloppent, la justice et le jugement sont le fondement de son trône, le feu le précède et dévore ses ennemis autour de lui. Ses éclairs éblouissent Vunivers, à son aspect la terre tremble, les montagnes fondent comme la cire en présence, de l'Éternel, en présence du Maître de la terre. Les deux révèlent sa justice, tous les peuples contemplent sa gloire ^.
II. — Dans la plupart des textes qui précèdent, nous avons pu remarquer l'insistance du Psalmiste à nous montrer le feu comme le premier des exécuteurs et des auxiliaires de Dieu dans le grand œuvre de son second Avènement. L'Homme-Dieu doit-il apparaître dans l'éclat éblouissant dé sa gloire, c'est le feu qui le précède et lui fraye son royal chemin. Faut-il que l'univers disparaisse dans un nouveau déluge afin d'y purifier ses
t « Liqucfucla est terra. » Psal. LXXIV. — 2 Psal. XLV, - 8 Psal. XCXVI.
séculaires souillures et s'offrir pur et éclatant à son Roi qui revient le visiter, c'est le feu qui se charge de cette purification formidable et de cette glorieuse transfiguration. C'est le feu qui, dans sa magnificence, sa force invinciWe, son irrésistible impétuosité, se fait le vengeur de Dieu sur les méchants, enveloppe Tantechrist dans ses replis brûlants, envahit l'empire du mal, engloutit les générations prévaricatrices et les roulo dans ses effroyables tourbillons. Tel sera le feu du dernier jour, héraut de gloire, purificateur du monde, ven-r geur du Très-Haut, triomphateur du mal, espérance et sauveur des justes opprimés. Tous ces rôles lui sont tour à tour attribués par le Psalmiste.
L'univers, pour parvenir à sa transfiguration et son renouvellement, doit passer par un déluge de feu. Le Psalmiste voit la terre en ébullition, les montagnes fondues comme la cire sous la puissante étreinte d'une flamme qu'allume la puissance divine : La, terre est en fusion '. Devant la face du Seigneur un feu mystérieux surgit qui enveloppe le monde et le fait fondre comme la cire : Aux feux brûlants des éclairs qui étincellent d'une extrémité à l'autre du monde, la terre chancelle, les montag7ies fondent comme la cire devant la face du Seigneur, la terre tout entière devant la face de Dieu 3, Comme la terre, les cieux sont renouvelés par le feu du dernier jour, ils deviennent «« de nouveaux cieux, >• et c'est ainsi que, par leur beauté renaissante et leur merveilleux éclat, ils annoncent la justice du Dieu qui ne les ébranle et ne les détruit que pour les refaire plus ctincelants et plus beaux. C'est ainsi que dans toute la la vérité du mot, Dieu, comme le chante le Psalmiste,
' Psal. LXXIV. — 2 Psal. XCXVI.
fait de ses ministres un feu qui dévore ; c'est ainsi que sa colère éclate comme une flamme ardente, ainsi qu'au souffle de sa bouche lebrasier s''allume, ainsi que la flamme dévore ses ennemis.
Car telle est la seconde mission du feu au dernier jour : en même temps qu'il renouvelle le monde physique, il châtie les pécheurs, et c'est dans ses tourbillons vengeurs que l'empire du mal, représenté alors par l'antechrist et sa suite, sera comme englouti et dévoré : le feu les dévorera K Comme la cire qui fond en 'présence du feu, ainsi périront les pécheurs. Illuminé des révélations de son Maître, écho fidèle de sa doctrine, le sublime Apôtre nous a dépeint cette fin des pécheurs, l'embrasement effroyable qui les saisit, les enveloppe et les dévore. Jésus-Christ leur apparaît dans un éclat qui les brûle, comme une flamme qui les consume : « Quand apparaîtra le Seigneur Jésus du haut des cieux, avec les anges revêtus de sa puissance, il se vengera dans une flamme de feu de ceux qui ont refusé de connaître Dieu et d'obéir à l'Évangile de Notre Seigneur Jésus- Christ. » « En ces jours sera révélé l'inique que le Seigneur Jésus tuera d'un souffle de sa bouche, exterminera par l'éclat de son apparition. » Telle est aussi la vérité terrible révélée à David et qu'il rend dans ses cantiques avec la splendeur de la poésie et l'impétuosité du lyrisme. Dieu fera pleuvoir -sur les méchants des charbons de feu; le soufre et un vent brûlant seront la part de leur calice 2. Ailleurs, le Prophète contemple cet embrasement effroyable des réprouvés sous une image plus expressive encore. Ta m.ain, ô Dieu, a atteint tous tes ennemis, tu les as embrasés comme une fournaise
1 Psal. XX. — « Psal. X
ardente au jour de ta colère; Dieu les a secmiés dans sa CDlcre, le feu les dévorera*. Meure terrible! Heure dont le grand Apôtre discait « qu'il est horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant. » Heure vengeresse, dont le Psalmiste chantait dans son cantique : Servez Dieu dans la crainte, réjouissez-vous en lui en tremblant, gardez ses 'préceptes, de peur qu'un jour le Seigneur ne s'irrite, que vous ne périssiez loin du droit chemin, alors qu^en un instant s' enflammera son courroux : heureux ceux qui auront en lui leur confiance^!
Terrible aux pécheurs réprouvés qu'il torturera sans espérance ni remède, le feu du dernier jour deviendra pour les justes dont l'expiation ne sera pas complète encore, un miséricordieux et intelligent exécuteur. Il les torturera un instant sans les détruire, il les purifiera sans les désespérer, il continuera pour une dernière heure encore le feu du purgatoire, il sera le dernier creuset d'où sortiront les élus immaculés et éblouissants. 0 Seigneur, nous avons passé par le feu ! 0 Dieu comme vous nous avez éprouvés! Vous nous avez purifiés dans le feu comme on purifie l'argent^. Admirable accord, harmonie merveilleuse des Écritures! L'Apôtre ne se fait pas du feu du dernier jour une autre idée, et ne lui assigne pas d'autres missions. Voici, dans ses Épitres, répreuve suprême de ces justes qui, surpris par le dernier jour dans l'état de la grâce mais dans les restes du péché, expient dans un feu sauveur les fautes légères et les dettes qui leur restent à payer à la divine justice. « Quiconque, sur le fondement, bâtit en or, en argent, ai pierres précieuses, ou bien en bois, en foin, en paille, - pour chacun son œuvre sera manifestée, le jour du
» Psal. CXXXIX. — 2 Psal. IL- 3 Psal. LXV.
Seigneur l'npprcoicra, sa valeur sera révélée dans le feu; le feu décidera de ces œuvres quelles qu'elles ?oient. Si l'œuvre construite résiste, son auteur sera récompensé. Si l'œuvre, dévorée par le feu, se consume, son auteur en subira le détriment, lui-même sans doute sera sauvé, mais comme en passant par le feu. » Seiqneur nous avons passé par le feu; 6 Dieu, comme vou3 fions avez éprouves! Vous nous avez purifiés dans le feu r,omme on purifie l'argent^.
III. — EasscmhUz-luî ses saints^ ! Quand le monde envahi par le feu se renouvelle et reparaît dans sa beauté printanière et son éternelle splendeur, une merveille plus éclatante encore s'accomplit dans son sein. Dieu fait sortir de leurs tombeaux séculaires toutes les générations endormies, la résurrection générale rassemble l'immense multitude des hommes qui ont parcouru l'existence et qui attendent leur solennel jugement. Toutes les paroles de l'Ecriture s'accomplissent, toutes les prophéties se consomment. « Voici venir l'heure et cette heure est venue, quand les morts entendront la voix du Fils de l'homme, et ceux qui l'entendront vivront'^. » « ... Et je prophétisai comme le Seigneur me l'avait commandé et lâme rentra en eux et ils furent vivants; et ils se tinrent sur leurs pieds, et c'était une armée immense, innombrable. Et le Seigneur me dit : Fils de l'homme, tous ces ossements sont la maison d'Israël. Ils disent : Nos ossements sont desséchés, notre espérance a péri, nous sommes retranchés pour toujours. A ca'isc de'cela, prophét's^ et dis-leur : Vcici
> PGal. LXV. — -Pàil. '^LIX. — 3 Joan. V.
Cfi que dit le Seigneur-Dieu : Voici que moi j'ouvrirai vos sépulcres et je vous ferai sortir de vos sépulcres, 6 mon peuple! » Et où se réunissent ces innombrables générations rendues à la vie de l'immortalité ? « Tous nous comparaîtrons devant le tribunal du Christ. » Au signal donné par Dieu, les anges se répandent dans la création, rassemblent les élus, font le discernement des masses, rangent chacun dans la place que lui font les mérites de sa vie. « Et Dieu enverra ses anges qui, au son de la trompette et d'une voix éclatante rassembleront ses élus des quatre vents; du sommet des cieux jusqu'à leurs dernières profondeurs. » Rassemblez-lui ses saints < ! Rassemblez l'humanité tout entière, tout l'eneemble des générations, toute l'innombrable multitude des hommes qui ont vécu. Ses saints. Oui « saints » parce qu'en Jésus-Christ tous les hommes ont été sanctifiés, la terre entière a été sacrée d'une onction divine, l'univers a été « rempli de toute la plénitude de Dieu. « Les malheureux qui ont refusé la Rédemption et dépouillé la grâce qui les revêtait d'une parure divine, n'ont pu effacer le sceau divin que Dieu avait mis sur eux, ils apportent au tribunal du dernier jour les vestiges accusateurs d'une sainteté qu'ils ont traîtreusement répudiée, ils sont encore, à travers les déformations du péché et sous « le signe de la bête, » les saints que Dieu appelait dans la gloire, qu'il avait auparavant plongés dans l'océan de sa grâce, qu'il avait « prédesdestinés, «qu'il avait « appelés, » qu'il avait « sanctifiés, et pour lesquels il était mort ! Rassemblez-lui ses saints. L'ordre de Dieu est rempli, les sépulcres ont rendu leurs proies, toutes les générations sont vivantes, le
» Psal. XLIX.
120 niEr
monde entier est présent devant Dieu. Dîru, le Scifinnir des dieux a pm-lr et il a appelé la terre, depuis l'orient jusqu'à l'occident. C'est par Sinn que commence la splendeur de sa beauté et de sa gloire. Dieu vient avec éclat, notre Dieu, e-t il ne garde plus le silence, en sa présence le feu s'allume, tout autour de lui une vaste tempête sévit. Il appelle les deux, il appelle la terre, afin d'entrer en jugement avec son peuple^.
Quel spectacle ! Le monde entier réuni devant Dieu ! Quelle gloire des Élus ! quelle magnificence des Saints ! Quelle splendeur dans le Dieu qui les précède et les conduit au triomphe! Mais sur la terre, parmi les réprouvés, dans la m-ultitude de ceux qui ;ne viennent de ressusciter qu'à une mort éternelle et à d'éternels supplices, quel effroi ! quelle épouvante! quelles angoisses! quel déchirement effroyable! quel pleur! quelle rage! quel grincement de dents! quels cris de douleur! quelle explosion de fureur et de désespoir! Toute l'Kcriture, qui nous représente la scène du dernier jour et nous dépeint cette vaste assemblée de tous les hommes, nous marque aussi la différence profonde entre les deux groupes qui forment l'immense ensemble. « Un vaste abîme, » une infranchissable distance est placée entre les Élus qui triomphent et les réprouvés qui inaugurent, dans les angoisses et la honte, la consommation éternelle de leur supplice. « Tous nous 'ressusciterons, mais tous nous ne serons pas transfigurés. » Les saints sont splendidcs sous leur parure divine et l'éclat de leur résurrection : les réprouvés sont ternes, difformes, hideux.
Les Psaumes marquent clairement ces deux spectacles si étrangement différents, ces deux scènes si
iPsal XLIX.
diverses du même drame : triomphe, allégresse, cris de joie, clameurs de la victoire chez les Élus, écrasement, terreur, honte, désespoir, chez les réprouvés. Pour les uns la nature est en fête, ses bouleversements mêmes, si effroyables aux pécheurs, ne leur sont que des signes d'espérance et des prémices de joie. Le Sri- (ineur règne que la terre tressaille de joie! Que les innombrables îles soient dans l'allégresse... 0 terre., éclate tou!, entière en transports, chante, exalte, retentis en clameurs triomphales^ Tressaillez de bonheur en présence du Seigneur. Que l'océan s'émeuve., et toute sa plénitude, runivers tout entier avec ceux qui l'habitent! Que les fleuves battent des mains, que les montagnes hoîidissent devant la venue du Seigneur, parce que le Seigneur vient juger la terre- ! L'assemblée des justes entend ces appels à la joie et au triomphe : une indicible allégresse, un immense tressaillement de bonheur s'emparent de toutes ces âmes, font bondir tous ces cœurs, remplissent toutes ces voix de chants de victoire. La joie, une joie nouvelle, divine, inénarrable, un océan de joie passe sur cette assemblée des élus et les plonge dans ses profondeurs : un fleuve de joie traverse en bouillonnant la cité de Dieu ^. 0 Seigneur, vous les inondez de vos joies, vous les enivrez au torrent de vos voluptés éternelles, vous abreuvez vos élus au torrent de vos voluptés ■*,• vous les couronnez d'honneur et de gloire ^ Au banquet de l'éternelle béatitude les Élus sont enfin rassasiés, ils sont remplis, ils débordent, c'est un fleuve qui les abreuve, c'est un océan où ils sont plongés ; « buvez, mangez, enivrezvous, ô mes bien-aimés! » Les justes seront assis au ban-
» Psal. XCVII. — -' Psal. XÇXV. - » Psal. XLV. — *Psal. XXXV. - « Psal. VIII.
quel,, ils IrcssaUUront d'allégresse dans la -prèscme do dieu, ils seront plongés dans toutes les délectations de la joie*. Après la joie qui fait tressaillir l'immense assemblée des justes, vient la gloire qui les élève et les fait dominer magnifiquement. Ce sont des triomphateurs, ce sont des rois, ils siègent sur le trône de leur Père, et leur Père est le Très-Haut. La pourpre des rois les recouvre, la couronne des victorieux les ceint, « un poids immense de gloire » les accable sous son illustre fardeau ; les voici acclamés par l'univers entier, « la gloire des justes est exaltée, » exaltabuntur cornnajusti. A eux la domination, à eux l'empire, ils n'ont pas en vain cric vers leur Père : « Que votre royaume nous arrive ! » Le royaume est venu, « royaume immobile, » règne éternel, empire absolu, universel, divin. « Dieu leur donne de s'asseoir sur son propre trône. » Il le leur promettait au plus fort de leurs humiliations, au milieu de l'écrasement qu'ils subissaient dans le monde : Il l'exécute à, cette heure : « ne tremblez pas, petit troupeau, parce qu'il a plu à votre Père de vous donner un royaume. • 0 retour inattendu ! ô renversement étrange ! Les voici, ces petits, ces insensés, ces méprisables, « ces balayures du monde » ces « riens », les voici proclamés rois par le monde entier, objet de la vénération et des honneurs du ciel et de la terre, et ceux qui les méprisaient, qui les foulaient, qui ne les regardaient que pour les siffler et les maudire, sont tremblants à leurs pieds, engloutis devant eux dans une poignante terreur. Les pécheurs comme des brebis sont entassés dans le sépulcre, la mort en fait sa proie; à l'aurore les justes les dominent, leur puissance est usée, leur gloire n'est plus ^. Ils
> Psal LXVII. — 2 Psal. XLVIII
Lcrasaient les justes, les justes les foulent aux pieds. Confondus avec Dieu, lessaintsn'ont plus pour les réprouvés que les sentiments mêmes de l'éternelle justice, leur colère généreuse venge Dieu des outrages de ces blasphémateurs; ils voient dans leur supplice l'éternel triomphe de l'innocence, la justification de la vertu, la glorification de la justice, de la sagesse, de la bonté, de la puissance de Dieu. A Vaspect de la vengeance, le juste se réjouira, ilpurifiera ses mains dans le sang du pécheur. L'homme dira: oui, il y a une récompense pour le juste, oui, il y a sur la terre un dieu qui récompense et qui punit \
La situation des réprouvés est affreuse, ils souffrent et ils maudissent ; leurs tortures ne sont égalées que par leur perversité, leur impiété vomit contre le Dieu, dont la juste vengeance les atteint et les brise, les blasphèmes les plus épouvantables. « 11 y a là des pleurs et des grincements de dents.» La douleur et la rage, un stérile repentir et une volonté invincible de mal faire, l'abattement et l'agitation, la stupeur et les saillies désordonnées de la frénésie et de la fureur unissent leurs supplices et mêlent leurs désespoirs. Jésus-Christ est devant eux, la victime qu'ils ont crucifiée les accable de son regard, la croix en resplendissant les aveugle de ses victorieuses clartés. « Alors pleureront toutes les tribus de la terre, et elles verront le Fils de l'homme venant dans la nue avec une grande puissance. « A cette douleur de retrouver dans leur juge et leur maître celui qu'ils ont si longtemps dédaigné, méprisé et honni, s'ajoute le supplice de la plus furieuse envie. La torture la plus cuisante du démon c'est l'envie, les
» Psal. LVn.
réprouvés la partagent, ils contemplent clans la gloire, ravissants de beauté, débordants d'allégresse, ceux dont ils faisaient naguère leurs victimes et leurs jouets : ce renversement de fortune les irrite, cette vue les jette dans tous les accès de la rage : Le pécheur verra ! c'est là le supplice le plus poignant auquel le condamne la pompe du dernier jour. Le pécheur verra et il sera xrrilé, il grincera des dents, il séchera de douleur : le désir du pêcheur périra ^ Quel est ce désir du pécheur ? Le désir de l'anéantissement, l'afifreuse volupté du néant. Le réprouvé voudrait tout anéantir, Dieu, son âme, son existence, le ciel et la terre, tout ce qu'il voit, tout ce qu'il touche, tout ce qu'il contemple au-dessus et autour de lui. Le réprouvé ne connaît plus qu'un affreux usage de toute son âme et de tout son corps, blasphémer et souffrir. De là ce grincement de dents, de de là cet accablement, ce brisement absolu, cette stupeur morne et désespérée, tabescet;ce «dessèchement dans une douleur sans remède et une désolation sans espoir : Peccator videbit et irascetur, dentibus suis (remet cl tabescet; desiderium peccatorum peribit 2.
« Sans lecture, sans raisonnement étudié, je demande seulement ici que l'on considère, d'un côté, la main ]:)uissante de Dieu qui pousse à bout toute la nature, les astres, les terres, les mers, et le courage de l'homme (lu'il fait « sécher de frayeur; » et de l'autre la même main qui, dans c« mouvement universel, relève de telle sorte le courage de ses enfants, que non-seulement ils ne tombent pas dans ce choc que souffre le monde, mais ils s'élèvent au-dessus de ses ruines. « Regardez ^. » Loin de vous cacher dans cette tempête, comme un autre
1 rsal. CXI. — « Psa; CXI. — s Mattli
Jonas, ouvrez les yeux et considérez ce tumulte avec un regard assuré ; loin de vous laisser abattre, « levez la tête au milieu des flots, tel que celui qui demeure ferme au milieu d'une maison qui tombe, ou celui qui voit d'un œil tranquille ie chariot où il est, que des chevaux emportés, après avoir secoué les rênes et brisé leur mors, traînent de çà et de là : tel est le fidèle toujours immobile et inébranlable au milieu de la nature troublée et de ses mouvements déconcertés, parce que le Dieu de la nature le tient par la main ^ » Ainsi la scène du dernier jour a comme deux aspects et se résout en deux dénouements : l'un tout d'espérance, de consolation et de joie pour les justes, l'autre tout d'effroi, de douleur, de malédiction pour les impies. Pour les uns Dieu n'a que des tendresses et une protection paternelle : «venez, les bénis ! » «venez, petittroupeau. » Pour les autres, Dieu U juste juge n'a que des foudres et des malédictions : < Allez maudits !» « Il les séparera les uns des autres, comme un pasteur sépare les brebis d'avec les boucs. » Jésus-Christ dit ailleurs que « les anges feront cette distinction et sépareront les justes d'avec les impies ; les uns seront à la droite, et les autres à la gauche 2. » Que n'aura pas à craindre alors la troupe des impies ? Ce qui est cause que Dieu ne répand pas sur elle toute sa colère, c'est le mélange des bons et des mauvais, et il épargne les uns pour l'amour des autres ; après la séparation quelle vengeance ! Mais quelle horreur aura-t-on des mauvais ? Ils se cachent ici parmi la foule et se mêlent avec les bons , là (jue toute leur difformité paraîtra et qu'on les comparera avec les justes « plus resplendissants que le
» Bossuet, MécliL. — ^ Mat th.
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matin, » et avec le Fils de l'iiomme qui est la jnstieo même ; qui les pourra souffrir, et qui se pourra souffrir soi-même? « 0 montagnes, cahez-nous! 6 collines, tombez sur nous ! » Dans quelle compagnie es-tu, malheureux? On a honte de se trouver avec un seul scélérat ; tu seras avec tous les méchants, et tu en augmenteras le nombre infâme : chacun portera sur le front le caractère de son péché: Oh ! comment pourrat-on soutenir la lumière d'un si grand jour et comparaître devant le Fils de l'homme ^ ! »
IV. — ÎjCS signes ont paru, les apprêts sont terminés, Dieu a appelé la terre 2, elle est là qui attend son juge ; les bons avec d'inexprimables joies, les méchants avec de poignantes angoisses : « Un cri est poussé, » clamor factus est: « Voici Dieu !» la fumée de sa colère a monté, le- feu s^ embrase devant sa présence, un feu immense est allume par lui. Il a incliné les deux, il est descendu, l'obscurité est à ses pieds, et en même temps ; « sa splendeur remplit les cieux. » Ainsi vient le juge, splendido au juste, obscur et foudroyant aux pécheurs comme un ciel d'orage. « Quand le Fils de l'homme viendra en sa majesté et tous ses anges avec lui. » Quelle majesté ! quelle suite! que d'exécuteurs de sa justice! Mais
comment viendra-t-11 ? « Dans' une nuée éclatante : » du plus haut des cieux; de la droite de son pèic,
« avec ses anges, » il est donc le Seigneur des anges
comme des hommes. « 11 s'assiéra dans le siège de sa
majesté et toutes les nations seront assemblées devant
lui. » Quelle journée ! quelle séance ! qui ne tremblera
' Bûssu'.t. - -' Psal. XLIX.
alors «devant ce grand roi assis dans le trône de son jugement'? »« Alorslecielentiers'ouvrira,Ie Fils unique de Dlea descendra, non pas entouré de vingt ou trente ou cent gardes du corps, mais de mille, de dix mille millions d'anges et d'archanges ; tout est plein de stupeur, tout est dans l'effroi. La terre s'est déchirée, toute la multitude des générations depuis Adam jusqu'à cette heure a été réveillée et poussée au jugement. Le juge lui-même apparaît étincelant d'un tel éclat que les astres éclipsés se sont éteints en sa présence ^. » « Ecoutons la voix de Paul qui nous crie : » tous nous comparaîtrons devant le tribunal du Christ. R^eprésentons-nous ce tribunal, figurons-nous que le jour est venu, qu'il nous faut rendre compte de notre vie. Allons, que chacun de nous rentre en soi-même, examine sa conscience, se présente en esprit devant le souverain juge ; le voici découvert, le voici traîné devant l'immense assemblée. C'est peu d'y être traîné, il faut être dévoilé et entièrement mis à nu. 0 Dieu, quelle honte! ôDieu, quelles terreurs ! et si ces grandes assises, représentées seulement en peinture et dans l'imagination, nous frappent d'une si poignante angoisse, que deviendronsnous quand le jour en sera réellement venu, que le monde entier sera présent devant le Juge suprême; quand les anges et les archanges rassembleront les multitudes pressées, quand s'organisera l'immense armée, quand la multitude des élus prendra son essor vers les nuées, quand tout sera rempli de frémissement et de trouble, quand retentiront en se réponda^nt les trompettes du jugement, quand ces grandes voix se
« Bossuel, ^dàîit. —^Janct, Chrysost., t. Il, o. 510. Édit. Gaume.
feront cnlcndre, que ces vastes bruits rempliront sans relâche l'immensité? N'y eût-il pas d'enfer, la seule exclusion de cette pompe triomphale, être chassé du milieu de ces splendeurs avec ignominie, quel supplice déjà, quelle inénarrable torture ! Quand un roi fait son entrée dans une ville entouré de son splendide cortège, qui de nous, en abaissant les yeux sur sa pauvreté, ne conçoit une plus grande tristesse en se voyant rejeté de cette gloire, qu'il ne ressent de joie au spectacle de cette gloire même ? Oh ! Dieu quel avenir! Croyezvous que ce sera alors un léger supplice que de se voir exclu de cet étincelant cortège? d'être dédaigneusement écarté de ces royales splendeurs, d'être chassé de cette assemblée brillante, de cette réunion délicieuse des justes ? Les misérables réprouvés restent plongés dans les ténèbres, ils grincent des dents, d'insolubles liens les enchaînent, le ver qui ne meurt point les ronge, le feu qui ne s'éteint point les dévore, partout oppression et angoisse, la langue leur brûle comme la langue de ce mauvais riche . Hélas ! nous poussons des gémissements et nul n'y prend garde, nous éclatons en sanglots, l'àpreté de nos douleurs nous arrache des rugissements et nul n'en a souci ^ ; nous jetons de tous côtés nos regards suppliants, personne pour nous consoler et compatir à nos maux. 0 Dieu! où en sont les misérables réprouvés? qu'y a-t-il de comparable à cette calamité ? que dire de cette épouvantable infortune ? Si, entrés dans une prison, nous apercevons les malheureux condamnés couverts de pourriture, chargés de chaînes, mourant de faim, plongés dans les ténèbres, notre âme est profondément remuée, un frisson nous
» Luc.