LA TECHNIQUE OPÉRATOIRE DE M. DUJARIER
M. DusariEr a successivement employé pour le trai tement des pseudarthroses :
1° Le vissage métallique ;
2° Le vissage par vis d’os de bœuf non armé ou armé ; j |
3° La greffe ostéopériostique renforcée ou non d’une vis métallique ;
4° L’enchevillement par un greffon péronier suivant la technique de Delbet ;
5° L’enchevillement par un greffon péronier suivant sa technique personnelle.
Celte dernière, résultat d’une expérience de plus de dix ans de pratique, est celle que nous décrirons. l
Deux principes guident la méthode : Us
— l'installation du malade sur une table orthopédique où l’on peut donner au membre du malade la position que l’on veut.
— les vérifications radiographiques successives au cours, de l'intervention qui guident l’opérateur et amènent la rectification voulue, au moment voulu.
Anesthésique. — La rachianesthésie est ici particu- .
lièrement précieuse. Elle produit un relâchement musculaire qui facilite grandement la réduction surtout dans les pseudarthroses, où l'ascension du fragment externe est souvent considérable. Elle permet de plus, une intervention qui peut être de longue durée. On injecte douze centigrammes de novocaïne (solution A. P. de novocaïne 410)
Le malade est alors fixé sur le plan de Dujarier. Ce plan en bois est muni de deux rainures qui lui permettent de coulisser sur la table de Réchon sans gêner le: jeu des manettes. Le centre du plan est en bois mince facilement perméable aux rayons X. Deux solides tiges d’acier sont fixées au plan de chaque côté de la ligne médiane. Sur ces tiges coulissent 2 lames verticales portant un étrier auquel seront attachés les pieds. Le pied étant à angle droit, son bord interne vertical.
Le malade une fois solidement fixé :
1° on exerce sur le membre une traction vigoureuse. Celle traction favorisée par la rachi est très spécialement indispensable dans les pseudarthroses.
Le membre est placé en abduction à 45, 5o° et rotation interne « de façon à rendre le col sensiblement hori-. zontal » ;
2°.on.met en place le repère de la tête fémorale ; tête
que l'on, recherche à la palpation sous les battements de l’artère fémorale sous l’arcade. Le repère. opaque est constitué par une petite plaque. métallique percée de
quatre. trous. (4) Ces derniers, en même temps qu’ils
(1) On verra la forme du repère sur une "ie nos radiographies FAN vation n° XVY, fie 53) 0
permettent de voir au travers de la plaque le centre de la tête, servent de guide lorsque le repère anatomique n’a pas été très exactement placé.
PREMIÈRE RADIOGRAPHIE DE LA HANCHE. — Pendant le développement du film, on commence l'intervention pour éviter toute perte de temps :
Incision externe parallèle à l’axe de la cuisse, on découvre la face externe du grand trochanter et la voûte sous-trochantérienne d’insertion du vaste externe.
Le point d'attaque de l'os est choisi à 2 centimètres en dessous de cette crête à égale distance des faces antérieure et postérieure du fémur. Le point d’attaque est creusé avec le perforateur de Doyen.
La radiographie à ce moment est développée et on peut voir :
— le degré de réduction dü à la traction ;
— à quel orifice ou repère correspond le centre de la jte:
Cest vers cet orifice que l’on vise en enfonçant la fraise montée sur l’appareil d’Albee.
Son diamètre sera de 14 millimètres chez l’homme, de 12 millimètres chez la femme.
De quelle longueur l’enfoncer ?
En moyenne de 8 à 9 centimètres. Il est bon néanmoins de préciser la longueur en mesurant au compas la distance trochanter-tête sur la radiographie.
On enlèvre le moteur d’Albee. On laisse la fraise et on. fait faire une:
D£&uxiÈME RADIOGRAPHIE, — Pendant son développe-. ment : His prélèvement du greffon péronier. — On réporte sur:
le péroné la longueur, mesurée au compas, augmentée de un ou deux centimètres. On sectionne le péroné après lavoir libéré avec la scie circulaire d’Albee. Le, péroné est passé dans le fraiseur de cheville d’Albee, (Dowel Shaper). Il est bon qu’un aide pendant -cette manœuvre arrose le fraiseur de cheville de sérum froid, pour diminuer la chaleur dégagée par la vitesse de. rotation, L’extrémité du péroné est rendue conique par le cutter d’Albee. ee La deuxième radiographie montre si la position de la. tête de fraise est bonne. Elle indiquera si on doit forer un peu plus loin ou au contraire enfoncer moins le greffon que ne l'était la mèche. | a Nous verrons dans les observations plus loin que parfois la direction étant mauvaise (le plus souvent trop proche du bord inféricur du col) un second tunnel peut être creusé à ce moment. sh On remplace donc la fraise par lé greffon. Ce qui dépasse du greffon au dehors du trochanter est reséqué | à la pince gouge. | ÜNE TROISIÈME RADIOGRAPHIE est pratiquée. Pendant son développement on suture l’incision péronière, on fait le pansement.
La radiographie confirme la position du greffon. Il. n'est pas exceptionnel de constater à ce moment un écartement notable des fragments (1 centimètre envi-:
Fac. 15-16. — Position du malade pendant et après l'opération.
ron). On rapproche alors les fragments en frappant avec un marteau sur le trochanter, de part et d'autre du greffon.
On ferme l’incision. Pansements.
Après l'opération. — Autrefois M. DusaRiER immobilisait ses malades dans un grand plâtre abdomino-crural à la Whitman. L'appareil était fait après l'opération ou bien il avait été appliqué avant l'intervention et taillé en bivalve.
Actuellement on se contente:
d’immobiliser pendant trois mois le malade dars un appareil à suspension genre RouviLLors où CLAVELIN. Deux précautions à prendre :
1° transporter le malade de la salle d'opération dans son lit avec le maximum de précautions. Des manœuvres intempestives peuvent être cause de la fracture du greffon ;
2° immobiliser le malade en une extension continue en abduction et rotation interne.
Pendant ces trois mois d’immobilisation :
— le genou du malade sera mobilisé quotidiennement ;
— des radiographies de vérification seront prises à raison de une par mois (Il faudra donc munir le lit de roulettes et avoir la radiographie dans le service).
Les radiographies seront prises de face et de profil.
C’est le profil seul qui indique en effet la situation du
greffon dans le sens antéro-postérieur,
Au bout de trois mois:
— un mois de lit sans appareil, massages ;
— un ou deux mois de marche avec des béquilles. Ce n’est qu'au bout de cinq à six mois que l'appui sur le membre fracturé sera autorisé.
Complications post-opératoires.
Elles sont exceptionnelles, La phlébite post-operatoire est tout à fait rare. Dans toutes les observations qu’il a colligées, M. Leveuf n’en relève que trois dont une mortelle, une ayant laissé des séquelles graves, une complètement guérie.
Dans nos observations : |
— Une phlébite (Obs. n° XX), qui ne laisse pas de trace.