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ÉTUDE DES CAUSES DE LA PROPRIÉTÉ ACIDO-RÉSISTANTE

La propriété acido-résistante est commune à tous les bacilles que nous venons d'étudier. Elle existe chez tous à un degré plus ou moins intense.

Mais sa signification, sa valeur sont très différentes chez les bacilles tuberculoïdes et chez les bacilles acido-résistants accidentels.

Chez les premiers, la propriété acido-résistante est intense, vis-à-vis des acides minéraux ; elle se double d’une autre propriété, l’alcoolo-résistance, elle aussi très intense.

Le caractère très particulier de cette propriété acido-résistante et alcoolo-résistante est de se retrouver non seulement pour le bacille qui se développe dans les lésions morbides, mais encore dans les cultures sur les milieux artificiels, et dans toutes les transformations du microbe

Chez les seconds, la propriété acido-résistante est légère, vis-à-vis surtout des acides minéraux ; elle ne se double pas de la propriété alcoolo-résistante, qui fait défaut pour eux.

A ce premier caractère distinctif s'en ajoute un second : la propriété acido-résistante déjà légère disparait complètement sur les milieux artificiels ordinaires sur lesquels on Les cultive. Elle est, pour eux, transitoire et accidentelle.

La propriété acido-résistante existe donc pour les premiers — le bacille tuberculeux, les tuberculoïdes — dans toutes les

circonstances où ils se trouvent, ce qui conduit à penser

qu'elle est due à une fonction du bacille lui-même, qui joue dans ce fait un rôle actif.

Pour les seconds, elle n’existe que dans certaines circonstances, — non pas dans toutes celles où ils se trouvent, — ce qui fait supposer qu'ils la doivent pour une part aux conditions dans lesquelles ils se trouvent.

La nature de l'acido-résistance du bacille tuberculeux et des bacilles tuberculoïdes leur est donc inhérente, très particulière, et ilest fort intéressant d'en rechercher les causes.

La première hypothèse qui fut émise à ce sujet est celle d'Ebrlich : le corps du bacille de Koch serait perméable aux bases, imperméable aux acides. Nous avons vu comment Ziehl, en particulier, a fait justice de cette hypothèse.

On a ensuite pensé que le bacille était entouré d’une couche de matière grasse, ou de matière cellulosique qui l’'empêchait de se colorer comme de se décolorer, et communément, sans vérifications précises, on a admis comme de notion courante que la propriété acido-résistante du bacille tuberculeux était due aux matières grasses qu'il renferme.

Jacobson à porté le premier coup à cette hypothèse en faisant remarquer que les graisses neutres ne sont point acidorésistantes.

Camus et Pagniez ont alors attribué aux acides gras libres contenus dans le bacille cette propriété, que ces acides possedent 27 vitro.

Enfin, Bulloch et Mac Leod, Dorset et Emery, en se fondant sur l'analyse chimique, isolent des corps bacillaires un alcool supérieur voisin de la cholestérine, qui est acido-résistant, et à qui ils attribuent le principal rôle dans la réaction du bacille de Koch.

Tout récemment, Auclair et Paris, reprenant cette question, concluent que tous les extraits éthérés, chloroformés, alcooliques du bacille de Koch sont acido-résistants, et que la substance albuminoïde et la trame elle-même de ce bacille, com-

posée de cellulose, possèdent également cette propriété.

Le bacille tuberculeux ayant une composition chimique très différente de celle des autres bactéries, il est légitime de rapporter son acido-résistance à cette composition spéciale.

D'après les travaux d'Hammerschlag, de Weyl, de Straus, de Kresling, de Bulloch et Mac Leod, de Dorset et: Emery, d'Auclair et Paris, 1l semble constitué :

1° Par des substances grasses qui constituent environ 27 0/0 de son poids d’après Hammerschlag, 39 0/0 d’après Kresling, 33, 8 0/0 d’après Auclair.

Ces substances grasses sont des graisses neutres, telles que la palmitine, des cires, et surtout des acides gras. Les acides gras libres, d'après Kresling, entrent pour 23, 08 0/0 dans la totalité des substances grasses. Camus et Pagniez avec le concours de Nicloux trouvent 50, 3 0/0 d'acides gras libres dans un échantillon d’éthéro-bacilline d'Auclair, 20, 8 0/0 dans un autre échantillon, 22, 4 0/0 dans un échantillon de chloroformo-bacilline.

Il existe encore, parmi ces graisses, une graisse phosphorée, voisine de la lécithine ;

20 Un alcool supérieur voisin de la cholestérine ;

3° Des substances albuminoïdes, des substances alcaloïdi-

ques, et une matière colorante ;

4° Une trame, regardée comme une cellulose par les uns, comme une chitine par les autres.

Lorsque, pour isoler ces corps, on traite le bacille soit par l'éther, le chloroforme, la benzine, etc., le dissolvant entraine à la fois plusieurs substances : notamment les graisses, les cires, les acides gras, les cholestérines et les lécithines. Ces extraits globaux, desséchés, comme ceux d’Auclair (éthérobacilline, chloroformo-bacilline) sont acido-résistants : mais ce sont là des substances très complexes.

Toutes les substances grasses qui entrent dans la composition du bacille de Koch, ne sont pas en elles-mêmes acido-résistantes : les graisses neutres, d’après les travaux de Jacobson, de Ciaccio, de Camus et Pagniez, ne sont pas acido-résistantes (1),que ces graisses neutres soient extraites à l’état de pureté de l’éthéro-bacilline (Pagniez, Camus, Nicloux), soit qu'elles viennent du commerce. Les acides gras extraits de la mème facon du corps du bacille de Koch sont au contraire nettement acido-résistants, comme l’ont bien montré Camus, Pagniez et Nicloux. L'acido-résistance n'est d'ailleurs pas spéciale aux acides gras du lbacille tuberculeux. Un certain nombre d'acides gras du commerce, l'acide stéarique, l'acide palmitique, sont d'ailleurs acido-résistants (2). 11 suffit, pour le démontrer, comme l'ont fait Camus et Pagniez, de déposer au centre d’un

petit carré de papier une gouttelette d'acide gras, puis de trai-

(1) Le beurre vulgaire du commerce, ainsi que nous nous en sommes assuré bien des lois, n’est pas acido-résistant.

(2) Camus et PaGxiez ont montré que tandis que les graisses neutres telles que l'huile de coton, de lin, d'arachide, l'axonge ne sont pas acidorésistantes, elles le deviennent lorsqu'elles renaissent,ee qui est en faveur du rôle des acides gras puisque le rancissement est précisément le fait de la présence de ces acides gras.

ter la tache ainsi formée par la méthode de Ziehl, la partie centrale de la tache est acido-résistante. Rappelons à ce propos que l'acide palmitique fait partie des acides gras qui entrent dans la composition du bacille.

Mais si les acides gras isolés du bacille tuberculeux sont acido-résistants, ils ne se comportent pas, comme le fait remarquer (iaccio, à tous points de vue comme le bacille de Koch; ils sont, en effet, rapidement colorables par les couleurs aqueuses d'aniline à froid, sans mordançant, ce qui n’est pas le cas du bacille de Koch.

Si donc le bacille de Koch doit sa propriété acido-résistante à la présence d'acides gras dans son corps protoplasmique comme le veulent Camus et Pagniez, ce n'est pas aux acides gras qu'il est redevable de cette autre propriété qu'il a de ne pas prendre rapidement, ou de prendre très lentement les couleurs aqueuses d’aniline.

D'autre part les corps gras, d'une facon générale, se colorent par le Sudan III. Dorset a proposé, se fondant sur cette notion, de colorer le bacille de Koch par le Sudan. Après Cowie, nous avons constaté qu'il est impossible de colorer les bacilles de Koch par ce procédé. Alors qu'une goutte de beurre figé très épaisse, se laisse intensément colorer en cinq minutes par le Sudan III, les bacilles de Koch, soit dans les crachats, soit dans les cultures,restent absolument incolores. Nous avons prolongé pendant 24 heures l’action de ce colorant sur les ba-

cilles, sans pouvoir réussir à les colorer (1).

(1) Nous avons traité par l'acide osmique en solution à 2 0/0 pendant 24 heures des bacilles de Koch venant de culture. Au bout de ce laps de temps on aperçoit, au centre du bacille, quelques tout petits points noirs. Sur des coupes de tissus tuberculeux, traités pendant 24 heures par le

© La cholestérine extraite du bacille de Koch serait également acido-résistante, d'après les recherches de Bulloch et Mac Leod, de Dorset et Emery ; nous avons cherché si la cholestérine du commerce était aussi acido-résistante ; ayant imprégné des fils de coton avec de la cholestérine dissoute dans l'alcool bouillant et les ayant colorés par la méthode de Ziehl, nous avons vu qu'ils n'étaient pas acido-résistants, et surtout qu'ils n'étaient point alcoolo-résistants.

La cholestérine n'entre d’ailleurs que pour une si petite part dans la composition du bacille qu'elle ne doit pas Jouer un rôle important dans ses réactions histochimiques.

Les substances albuminoïdes, la trame cellulosique, d’après Auclair et Paris, sont également acido-résistantes.

Ainsi donc toutes les substances principales qui entrent dans la constitution du bacille, sauf les graisses neutres, seraient acido-résistantes. Faisons cependant remarquer que, dans tous les travaux que nous venons de rappeler, les auteurs se sont en général bornés à noter l'acido-résistance, sans spécifier le degré de cette acido-résistance, et surtout sans dire s'ils ont vérifié l'alcoolo-résistance.

Auclair et Paris nous ont dit l'avoir vérifiée. Cette recherche de l’alcoolo-résistance n'est pas sans intérêt, car nous avons vu que des fils imprégnés de cholestérine étaient légèrement acido-résistants, mais qu'ils se décoloraient dès qu'on les traitait par l'alcool. Ils se comportaient donc à la manière des bacilles du smegma et non à la manière du bacille de Koch.

Flemming, il est impossible de voir des bacilles colorés en noir; mais on les voit très facilement après avoir fait une réaction de Ziehl, car le

Flemming, comme l'a déjà montré Josué, ne gène nullement la réaction d'Ehrlich sur lé bacille.

On a cherché encore à se rendre compte de la nature de la propriété acido-résistante du bacille de Koch, en essayant de dégraisser les bacilles et en vérifiant ensuite comment se comportaient les corps bacillaires. L'éther, le chloroforme, l'alcool dissolvent bien une partie des corps gras qui entrent dans la composition du bacille de Koch, de même le xylol (Borrel), l’éther de pétrole (Vallée, Cantacuzène). Mais d'une part,ils ne dissolvent pas que des corps gras, et d’autre part Auclair et Paris dans un travail récent ont montré que pour obtenir un dégraissage complet, il est nécessaire de faire subir aux corps bacillaires l’action successive de l'alcool, de l’éther, du chloroforme.

Les recherches de Vallée, Cantacuzène, qui traitaient les bacilles par l’éther de pétrole, semblèrent démontrer que les corps bacillaires dégraissés avaient perdu la propriété acidorésistante.

Ciaccio, par contre, après avoir plongé des bacilles fixés sur lamelles dans l’alcool-éther (une heure), dans le xylol (8 heures), dans l'alcool absolu (une demi-heure),voit que les bacilles sont encore acido-résistants. Camus et Pagniez disent que, dans ces expériences, le dégraissage n'a peut-être pas été complet et opposent aux résultats de Ciaccio ceux de Cantacuzène (1). Nous-même avons traité pendant 15 jours, à froid,

(1) Ehrlich recommande de ne jamais traiter les préparations colorées de bacilles de Koch par le chloroforme, l'éther, les dissolvants des corps gras, et par l'essence de girofle, qui serait un décolorant énergique. Nous avons acte des préparations de crachats bacillifères préalablement colorés par la solution anilinée d'Ehrlich, et décolorés pendant 5 minutes avec l'acide nitrique, d'une part par le chloroforme, d'autre part par l'essence de girofle pendant 5 minutes. Les bacilles restent parfaite-

ment colorés dans ces conditions.

Des coupes histologiques de tissus tuberculeux renfermant des bacilles

des bacilles de Koch par l'essence de térébenthine, qui est un dissolvant des corps gras, mais ne dissout pas la cholestérine, et avons vu que dans ces conditions les bacilles ainsi traités restent acido et alcoolo-résistants.

Auclair et Paris reprennent ces recherches et font agir sur le bacille plusieurs dissolvants permettant de réaliser le dégraissage total du bacille de Koch (alcool, éther, chloroforme) ; ils s’assurent qu'après action de ces substances, les bacilles sont parfaitement dégraissés et voient que cependant les corps bacillaires sont encore acido-résistants.

Weyl, enfin, traite le bacille par la lessive de soude à chaud, et détruit et écarte ainsi les graisses, les acides gras, les matières albuminoïdes, même la cholestérine, et le résidu cependant reste acido-résistant.

Il semblerait donc, et c'est la conclusion à laquelle aboutissent Auclair et Paris dans leur travail, que toutes les substances, les graisses neutres exceptées, seront acido-résistantes. Pourtant ces substances présentent d'autres affinités tinctoriales que le bacille de Koch ne possède pas, et qu'il est par conséquent impossible de mettre en évidence dans ces substances contenues à l'intérieur du bacille (réaction du Sudan, réaction des colorants aqueux). L'acido-résistance apparaît donc comme liée autant à la constitution physique qu'à la

composition chimique du bacille de Koch (1).

préalablement fixés au Flemming, passés dans la série des alcools et dans le xylol, ont été traitées selon la coutume par le xylol, l'alcool, ete. Les bacilles sont parfaitement acido-résistants, Dans une coupe de foie présentant de la dégénérescence graisseuse, notamment, alors que la graisse avait abandonné complètement les cellules, les bacilles restent parfaitement acido-résistants.

(1) Rappelons que les différents éléments qui entrent dans la composi-

mé ati. dut anti ben

PS

sf détermine. +

On peut encore essayer d'envisager d’une autre façon le problème de la nature de l’acido-résistance du bacille de Koch et se demander dans quelles conditions des bacilles non acidorésistants le deviennent cependant accidentellement.

Il est un premier fait, c’est que les bacilles accidentellement acido résistants, ceux qu'on peut appeler les bacilles pseudoacido-résistants, ont été le plus souvent rencontrés à l'état physiologique dans des milieux gras, dans le smegma, dans le cérumen, dans la matière sébacée, à l’état pathologique dans les crachats de gangrène pulmonaire, de dilatation bronchique qui sont, comme on sait, très riches en acides gras.

On peut se demander si, dans ces conditions, il se fait une sorte d'enrobage par les corps gras qui donnent aux bacilles la propriété acido-résistante ; il est de fait que, dans le smegma, tous les éléments ont, à un certain degré, l'acidorésistance, même les cellules épidermiques, mais il n'en reste pas moins vrai que, si on fait agir les agents décolorants d’une façon plus énergique, les cellules et la plupart des microbes se décolorent, tandis que, seuls, quelques-uns restent acidorésistants, mais non alcoolo-résistants, 11 semble que, dans ces milieux spéciaux, certaines espèces microbiennes, telles que le bacille pseudo-diphtérique, aient une tendance particulière à se développer et que ces bacilles, par suite peut-être d’une composition spéciale de leur protoplasma, au contact

tion du bacille de Koch ne s'y trouvent pas dans le même état que s'ils étaient isolés : telles Les graisses neutres, colorables par le soudan, tandis que le bacille ne l’est point ; tels les acides gras, colorables par les colorants aqueux, tandis que le bacille n'est point colorable de cette façon. Rappelons aussi que par l'imprégnation prolongée pendant 24 heures par l'acide osmique, nous avons pu voir certaines graisses colorées en noir sous forme de grains très fins situés dans l'axe du bacille.

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