HISTORIQUE
Etant donné l'intérêt qui s'attache à l’étude de la réaction colorante du bacille tuberculeux, étant donné d'autre part que, sous prétexte de perfectionnement, les auteurs ont proposé des méthodes de coloration et de décoloration différentes, s’éloignant des techniques fondamentales qui ont servi à édifier cette réaction colorante, il nous a paru intéressant de rappeler avec quelque détail les phases par lesquelles a passé la question de la coloration du bacille tuberculeux.
Kocx, en 1889, guidé par des idées théoriques, réussit le premier à colorer le bacille dans des produits caséeux. Il avait remarqué que les microbes se colorent mieux au contact des couleurs basiques. Aussi eut-il l’idée d'ajouter de la potasse au bleu de méthylène.
La formule qu il employa est la suivante :
Solution alcoolique concentrée de bleu de
MÉTLVICROMAN AIT ET { cent. cube Haudistlée met eee Pt tikne200 SE Solution de potasse à 10 0/0, . . . . . 0 gr. 20
Il n'aurait pas réussi s’il avait laissé agir le colorant comme il est d'usage de le faire pour les autres microbes, pendant quelques minutes ou pendant quelques secondes.
Mais il colora pendant 24 heures, puis lava à l’eau (1). Le
(4) On a montré plus tard que les simples solutions aqueuses sont ca-
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bacille était coloré en bleu sur les lamelles qu'il avait faites.
On comprend bien pourquoi Koch a pu réussir : le bacille, comme nous le verrons, se laisse difficilement pénétrer par les colorants, aussi faut-il le laisser longtemps au contact de la teinture : Koch l'a laissé 24 heures.
Une fois coloré, le bacille résiste bien à la décoloration des agents employés pour le lavage. Mais il résiste d'autant moins que le colorant l'a moins pénétré: Koch, qui avait employé un colorant, en somme peu pénétrant, a simplement lavé à l’eau (1).
La méthode de Koch, tout intéressante qu'elle soit au point de vue historique et au point de vue technique, n'était cependant pas capable d'être utilisée dans la pratique courante. Elle ne permettait pas de différencier le bacille des autres formes microbiennes (bacillaires ou autres) qui se colorent dans ces conditions par la méthode primitive de Koch. Elle ne pouvait s'appliquer qu’à des produits purs, ne renfermant que le bacille tuberculeux.
Earuicn, bientôt après, publia une méthode spéciale qui devait rester fondamentale pour la coloration du bacille tuberculeux. Koch, d’ailleurs, l'expérimenta et l'adopta aussitôt. Ehrlich croyait, comme Koch, à l'importance de la présence des bases dans les solutions colorantes. Il avait remarqué que le violet de méthyle impur colorait mieux la substance amyloïde et les microbes, que le violet purifié. Il attribua cette impureté à l’aniline, et eut l'idée, considérant
pables de colorer le bacille de Koch, à condition de prolonger leur action sur le bacille pendant un temps suffisant.
(1) On à d'ailleurs montré ultérieurement que les bacilles colorés par les solutions aqueuses résistent très peu aux agents décolorants. Ils résistent d'autant moins que la coloration a été moins prolongée.
l’huile d’aniline comme une base, de l'ajouter aux agents Colorants (1), et il conseilla de prendre au lieu du bleu de méthylène, colorant discret, le violet de méthyle ou la fuchsine, colorants énergiques. Il versait goutte à goutte l’eau d'aniline (2) dans une solution alcoolique saturée de violet de méthyle (violet de gentiane) ou de fuchsine, jusqu'à ce qu'il se produise à la surface du liquide des ondes moirées à reflet métallique persistant.
Cette technique méritait un tour de main spécial, et Wer- GERT a rendu un grand service en précisant les doses et le titre des deux solutions :
Voici sa formule :
Faunilinec ee re CC 0 100 cent cubes Solution saturée dans l'alcool absolu de moe onde tudisme à à à 4 à 11 =
Egrucu, en faisant agir cette solution colorante anilinée énergique sur les préparations, colorait tous les éléments de celle-ci, et cela d'autant plus facilement qu'ils sont plus réceptifs pour les colorants. Il fallait bien enlever l'excès de couleur. Pour cela Ehrlich choisit l'acide nitrique, qu’il dilua de deux fois son volume d’eau, l'acide nitrique au tiers agissant à
froid,
Les acides minéraux décolorent en effet instantanément les
bacilles si on les fait agir à chaud (3).
(1) I1 ajoutait de ce fait ce qu'on appelle aujourd'hui un mordançant,.
/2) L'eau dissout environ 4 grammes pour 100 d'huile d’aniline. Pour obtenir l'eau anilinée, on mélange 5 grammes d'huile d’aniline à 100 d'eau, on agite et l'on filtre, pour avoir une solution claire.
(3) Nous nous sommes en effet assuré que les bacilles tuberculeux énergiquement colorés par l'action du Ziehl chaud pendant une demiheure sont décolorés en une minute par l'acide nitrique au tiers, porté
à l’ébullition.
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Euruica recommande d'employer de l'acide nitrique bien pur, ne renfermant pas d’acide nitreux, car celui-ci décolore le bacille à la facon du chlore ou de l'iode (1).
Désormais, l'idée de la résistance du bacille à l’action des substances décolorantes commence à s'éveiller. Le bacille est coloré par les couleurs basiques, il résiste aux acides.
Orra conseille pour décolorer l'acide chlorhydrique, qu'on dilue au 1/10°, N&ecsex recommande l'acide sulfurique dilué au quart, moins brutal que l'acide nitrique.
RinorzriscH mélange l’acide nitrique à l'alcool, pour décolorer plus complètement. C’est lui qui le premier fait entrer l'alcool dans le temps de la décoloration du bacille, sans voir exactement le degré de résistance du bacille coloré à l’action décolorante de l'alcool.
Petri choisit l'acide acétique, Warsox et CHEYNE emploient l'acide formique, Corniz, ALvarez et Taver, l'acide oxalique.
Koch qui avait adopté l'idée de l'acido-résistance essaie de décolorer encore par l'alcool à 60° après l’action de l'acide. Les bacilles restent colorés et la réaction devient spécifique. Koch, avec Rindfleisch ont donc les premiers consacré la résistance des bacilles à l’action décolorante de l'alcool, l'a/coolo-résistance.
Dès lors, la réaction colorante du bacille est nettement fixée. Mais son interprétation est encore celle qu'a donnée Ehrlich.
Pour lui, comme pour Koch, le bacille tuberculeux est per-
(1) L’iode décolore-t-il le bacille ? Il est très difficile de le dire. Nous avons décoloré par la teinture d’iode et l'alcool des préparations de bacilles dans les crachats. Il est impossible de rien distinguer ensuite sur la préparation,
méable aux bases et imperméable aux acides, fait particulier, personnel, qui lui permet de se comporter tout autrement que les autres éléments anatomiques dans une préparation (1). C'est pourquoi il accepte les couleurs basiques, et refuse l'action décolorante des acides. Quant à l'alcoolo-résistance, bien qu’elle soit utilisée dans la pratique, il n’est point question de l'interpréter.
Mais cette hypothèse est éphémère. Ziemz, bientôt, montre qu on réussit aussi bien à colorer le bacille de Koch quand on additionne directement le liquide d'Ehrlich d'acide acétique.
Le liquide est une solution acide.
Ziehl va plus loin. 11 remplace dans le liquide d’Ebrlich l'huile d’aniline par des substances diverses : la résoreine ou l’acide pyrogallique, et colore cependant très bien le bacille, qui résiste ensuite à l’action décolorante de l'acide nitrique au tiers. Ces considérations le conduisent, après divers essais, à préconiser le liquide colorant, usité presque exclusivement aujourd'hui (2):
FAT phémquee à 0 DOME AN NN 100 Solution saturée alcoolique de fuchsine . . . . 10
Remarquons en passant que ce n’est pas particulièrement l'emploi de la solution phéniquée de Ziehl qui pouvait renverser l'hypothèse d'Ehrlich, l'acide phénique n'étant pas chimiquement un acide (3). L'objection s'appuie sur l'emploi de la solution acétique.
C'est LicaTensTEIN et Giacomint qui, indépendamment l'un
(1) Nous verrons que certains autres éléments sont acido-résistants. |
(2) Le liquide de Ziehl offre cet avantage de pouvoir ètre conservé
tandis que celui d'Ehrlich doit être préparé extemporanément si l’on
veut avoir un résultat satisfaisant.
(3) Prior a montré que le liquide de Ziehl offre une réaction neutre,
Philibert 2
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de l'autre, arrivent au véritable point caractéristique de la colorabilité du bacille tuberculeux.
Ils démontrent que celui-ci n'exige ni alcali, ni acide pour prendre la matière colorante : il se laisse parfaitement pénétrer par une simple solution aqueuse, pourvu que celle-ci agisse très longtemps. Mais, contrairement à tous les autres microbes, une fois coloré, le bacille de Koch résiste à la décoloration. par les acides minéraux forts. Donc, la caractéristique du bacille de Koch est non pas de ne se colorer que dans les liquides rendus alcalins, mais de ne pas se décolorer sous l’in- [luence des acides minéraux.
On à pu remplacer l’aniline dans le liquide d'Ehrhich par une foule d'autres substances qui sont tantôt neutres, tantôt alcalines : Prior a employé l'essence de térébenthine (1), FRAENKEL, de l’orthotoluidine, Briecer, du thymol, Weicerr, de l'ammoniaque, SARL, du borax, sans que le bacille souffre dans sa colorabilité.
Petri colore par une simple solution aqueuse chaude, mais il emploie comme agent décolorant l'acide acétique, qui laisse les bacilles parfaitement colorés.
BaumGaRTEN revient ensuite sur l'acido-résistance, qui pour lui comme pour Licuraem et Gracomnr, est pour le bacille de Koch le caractère fondamental de sa coloration.
Earricu se rallie à cette conception, et essaie de mensurer la durée de la résistance à la décoloration, Les bacilles, colorés avec la solution anilinée de fuchsine, peuvent ètre placés pendant 2% heures et même davantage dans une solution concentrée de bisullite de soude sans se décolorer (2). Mais
(1) Nous verrons plus tard tout l'intérêt de cette technique.
(2) Le bisuifite de soude est un agent décolorant bien inférieur à l'acide nilrique au liers, ainsi que nous nous en sommes assuré. Cette expé-
l'utilité d'un mordançant est cependant démontrée par ce fait que, coloré avec les simples solutions aqueuses, le bacille se décolore au bout d'une demi-heure dans le bisulfite de soude.
STRAUS expérimente comparativement les solutions colorantes anilinées et les solutions aqueuses. Le bacille de Koch se colore très bien avec les solutions aqueuses, et d'autant mieux que celles-ci agissent plus longtemps.Mais, ainsi coloré, il perd immédiatement la couleur, si on le décolore par l'eau en ébullition, tandis que lorsqu'on l'a coloré par la fuchsine anilinée, il résiste en partie à l'action décolorante de l'eau bouillante pendant une seconde.
Küxxe, puis Borrez, ont préconisé une méthode de coloration particulière, dans laquelle, après coloration par ie Ziehl agissant à chaud, on traite la préparation par une solution de chlorhydrate d'aniline à 2 pour 100 puis par l'alcool absolu.
Gigges colore à chaud par un mélange aniliné de bleu de méthylène et de fuchsine,et décolore seulement par l'alcool, le bacille prend dans ces conditions électivement la couleur rouge.
Nakanisci à appliqué sa méthode de coloration vitale au bacille tuberculeux et il prétend l'avoir coloré.
Muccer emploie comme décolorant l’eau oxygénée, et les bacilles résistent pendant une heure et plus à l'action décolorante.
Dorser enfin préconise comme agent colorant le Sudan HIT. Ce colorant est électif pour les matières grasses et Dorset pense ainsi démontrer la présence de corps gras dans le protoplasme du bacille de Koch. Nous reviendrons sur la valeur de cette méthode.
rience d'Ehrlich ne prouve rien dans la question de l’acido-résistance. Elle n’a de valeur que pour mettre en relief l’utilité d’un mordançant dans le colorant.