‹ Les Pseudo-Cancers Gastriques Dans La Maladie De BiermerChapitre 12 sur 28 · RER TE · texte numérisé non relu

RER TE

PeDOPaAVniLEs

G. R. : 3.975.000 ; Hémogl. : 90 ; Val. glob. : 1,14. Morphologie normale des hématies.

G. B. : 6.500 ; Polys neutros : 63,5 ; P. éosinos : 6 ; P. baso : 0,5. Lymphos : 23 ; Monos : 7 ; Métamyélocyte : 0.

La malade quitte le service le 21 avril 1939 : son état général est très satisfaisant ; son poids, qui était de 54 kg. 500 à son entrée (8 septembre 1938) est de 60 kg., le 15 avril. La glossite à complètement disparu, de même que les troubles digestifs. tant intestinaux que gastriques.

En somme, anémie biermérienne chez une femme de 49 ans, avec anachlorhydrie, gastrite atrophique en aires nacrées, transformée fonctionnellement et hématologiquement par l’hépatothérapie. Encoche de la région antrale ayant fait craindre un moment un cancer au début.

OBSERVATION X (observation recueillie dans le service du professeur CHIRAY).

Mme Gau.…, 51 ans, entre salle Gaucher le 25 janvier 1939, pour un état anémique très marqué.

Depuis environ un an déjà, sont apparus, très progressivement, une asthénie considérable, qui oblige depuis quelque temps la malade à garder le lit, une anorexie globale, un amaigrissement massif, atteignant 16 kg., enfin une pâleur de plus en plus intense. Dans les deux derniers mois, tous ces symptômes ont subi une nette recrudescence. Depuis quelques jours, sont apparus des troubles psychiques, à type de délire diffus, désordonné, non systématisé.

À son entrée dans le service, la malade est considérablement amaigrie : poids, 39 kg. 900, et très pâle : téguments et muqueuses décclorés. La langue est saburrale, mais non dépapillée. L’anorexie est complète ; elle ne s'accompagne d’aucun symptôme digestif : ni douleur, ni vomissements. !

Dans les selles, on ne trouve ni sang, ni parasites, à trois examens répétés.

as ailleurs, examen du cœur met en évidence un souffle systolique de la base et de la pointe. L’examen abdominal est négatif : aucun point douloureux, aucune masse à la palpation ; foie et rate normaux. Les réflexes rotuliens et achilléens sont exagérés ; il y a de la trépidation épileptoïde du pied. Légère incoordination des mouvements. La force musculaire est conservée. La marche semble normale, quoique très difficile en raison de l’état de la malade. Psychisme approbateur.

Dans les urines, il n’y a ni sucre, ni albumine.

Dans le sang, l’urée est à 0 gr. 24 ; la réaction de Wassermann est négative.

Der

Le premier examen hématologique fait le 26 janvier 1939 permet d'emblée de conclure à une anémie pernicieuse biermérienne :

G. R. : 1.460.000 ; Hémogl. : 35 ; Val. glob. : 1,25. Anisccytose et poiïkylocytose nettes ; nombreux mégalocytes. Présence d’hématies polychromatophiles. Présence d’un mégaloblaste à deux. noyaux.

G.:B.:22:400 Polys meutrost: "97 > P. éosino’: 0,5; P:baso :0-; lymphos : 29 ; Monos : 12,5 ; Métamyélocyte : 1.

Fi. 4 — Mme Gau.. (station de'out). Di'filé étroit LORRAINE aspect lacunaire.

Une transfusion sanguine de 350 ce. fut pratiquée le 27 janvier et, dès le lendemain, lhépatothérapie était mise en œuvre.

Quinze jours plus tard, on pouvait noter déjà une amélioration appréciable, puisque la numération globulaire effectuée le 9 février donnait comme résultat

G. R. : 2.970.000 : Hémogl. : 55 ; Val. glob. : 0,94.

Examen radiologique de l'estomac le 14 février 1939 (voir clichés : fig. 4 et 5).

Le fundus est normal, mais l’antre se présente sous l'aspect d’un défilé étroit. Sur quelques clichés, pris en position couchée, il y & même une véritable amputation pylorique à limites irrégulières.

age

Il faut noter cependant que dans la partie juxta-pylorique de l’antre, les plis ne sont pas supprimés.

La gastroscopie faite le 25 février (Docteur Ch. DEBRAY) permit par contre d'éliminer une tumeur bourgeonnante de l’antre. L’estomac est petit ; le sphincter antral est contracté au début de Fexa-

F1G. 5. — Mme Gau.… (décubitus). Amputation pylorique.

men ; l'antre est normal ; la coloration, malgré Canémie à 3 millions, est à peu près celle d’un estomac normal. Les plis sont peu marqués. Îl n'y à pas de taches nacrées. Bref, estomac à peu près normal.

.Un nouvel héniogramme le 20 mars, confirmait la progression de l'amélioration notée dès le mois précédent

GRR 32425000 Hémogl. : 65 ; Val. glob. : 0,95.

G. B. : 5.320 ; Polys neutros : 49 sHPAÉOSINOS MO SP pDaso: 0,5 ; Lymphos : 22 : Monos : 9,5

Un dernier hémogramme fait le 5 avril était presque normal :

G. R. : 4.530.000 ; Hémogl. : 75 ; Val. gl0b. : 0,83. Morphologie normale des hématies.

ER (Réel

G. B. : 6.260 ; Polys neutros : 49 P,téosinos :-22 5 P"baso (Ii Lymphos AO MONS MD:

À l’amélioration hématologique rapide correspondit la guérison clinique ; le poids de la malade, qui était de 39 kg. 900 à son arrivée (25 janvier), passait à 41 kg. 600, le 4 mars, et à 44 kg. le 27 mars, en même temps que le RD redevenait Horn] et que l’appétit et les forces étaient recouvrés : Mme Gau... quittait le service le 7 avril 1939.

En somme, anémie de Biermer avec paraparésie spasmodique et syndrome psycho-anémique, formule sanguine typique. À la radio, image d’amputation pylorique qui aurait pu faire penser à un cancer. À la gastroscopie, antre normal.

OBSERVATION N° XI (observation recueillie dans le service du professeur CHIRAY).

M. Ve.., 66 ans, ancien manœuvre, entre salle Gilbert, le 28 janvier 1939, pour grande fatigue générale avec anorexie et amaigrissement.

L’asthénie, apparue il y a quelques mois, a augmenté progressivement et le malade est confiné au lit depuis les premiers jours de janvier ; l’anorexie est complète et globale ; l’amaigrissement a été rapide et apparemment important.

A son entrée, le malade pèse 51 kg. 300. Les digestions sont lentes et difficiles. Depuis trois mois environ, est apparue une pâleur marquée du visage, et depuis près d’un an, le malade présente des fourmillements, des engourdissements des doigts, s’accompagnant de maladresse dans les mouvements de préhension, troubles pour lesquels il était déjà venu consulter le docteur BoïpiN, en janvier 1938. D’autre part, Ve... se plaint d’une diminution notable de l’acuité visuelle, depuis un mois surtout; la vision est trouble. Aucun trouble auditif, pas de bourdonnements d’oreilles. Pas de céphalées, ni de douleurs dans les membres. Constipation opiniâtre, rebelle. Aucune hémorragie apparente, pas de mélæna.

Un seul fait important est à noter dans les antécédents : une hémiplégie droite, en 1899, alors que Ve... venait de terminer son service militaire : il est impossible de retrouver la notion d’un chancre, ni d’aucun accident secondaire.

A l’examen, on est d’emblée frappé par la pâleur considérable des téguments, pâleur cireuse, avec teint subictérique ; les muqueuses semblent moins décolorées. Il existe d’autre part, à la jambe droite, une ulcération sus-malléolaire indolore, d'apparence spécifique, et un œdème malléolaire prédominant, du côté droit (hémiplégié) : rædème blanc et mou, prenant le godet, parfaitement indolore à la pression digitale.

La langue ne présente pas de glossite. L’auscultation du cœur montre, outre un assourdissement des bruits, un petit souffle systo-

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lique ; le rythme est normal ; la T. A. est basse : 10-6. L'examen de l'abdomen est négatif : aucune région douloureuse, aucune masse anormale ; foie et rate normaux. Rien au T. R. Il n’y a pas de ganglions sus-claviculaires, Les poumons sont normaux.

L'examen neurologique met en évidence des séquelles de l’hémiplégie spasmodique droite ancienne : de ce côté, en effet, réflexes tendineux plus vifs, signe de Babinski, réflexes cutanés (abdominaux, crémastérien) abolis ; en décubitus ventral, signe de Barré. Pas de troubles sensitifs objectifs, pas de troubles sphinctériens.

Les pupilles sont irrégulières, myotiques et ne réagissent que très faiblement à la lumière. Le fond d’œil est normal. Il n’existe pas de leucoplasie buccale. Dans le sang, la réaction de Wassermann est négative. L’urée sanguine est à 0 gr. 27. I1 n’y a ni albumine, ni sucre dans les urines.

Un premier examen de sang, dès l’entrée du malade, met en évidence une anémie hyperchrome mégalocytaire, avec leucopénie :

CR 502-200 000 = HéMOSL ES DE Vale Sslob SAUT:

Très nombreux mégalocytes. Quelques érythrocytes polychromatophiles.

Gt B:3:080%:;"Polys neutros 244 SP ÉOSINnos 52 EP paso D Lymphos : 45 ; Monos : 8 ; Métamyélocyte : 1.

Cet examen hématologique fut confirmé par un second, quinze jours plus tard, le 16 février 1939 :

G. KR. : 2.235.000 ; Hémogl. : 65 ; Val. glob. : 1,46. Anisocyiose et poïkilocytose importantes. Quelques mégalocytes.

GB:9:600 ;Polystneutros:734#PMé0osino : 16 PAbaso "20: Lymphos : 17 ; Monos: 6 ; Métamyélocytes : 2,5 ; Myélocytes : 0,5.

L'hépatothérapie est mise en œuvre, en même temps qu’un traitement tonicardiaque.

Selles : ni sang, ni parasites.

L'examen radiologique gastrique du 7 février montre dans la région antropylorique des irrégularités suspectes d’être cancéreuses. Elles se voient sur la plupart des clichés et on les retrouve identiques à un deuxième examen radiologique du 28 février.

Le 9 février 1939 : le tubage gastrique met en évidence une chlorhydrie très basse

1) Acidité du suc gastrique : 0 gr. 21 p, 1000.

2) Après histamine : 0 gr. 28 p. 1000.

On obtient très difficilement du suc gastrique.

Le 18 mars, le docteur Ch. Debray pratique une gastroscopie Estomac de coloration à peu près normale. Gastrite atrophique diffuse du 2° degré (pas de plis, visibilité veineuse). Pas de plaques nacrées. Pas de fragilité de la muqueuse. Région antrale tout à fait normale (aspect et contractions).

Sous l’action de l’hépatothérapie, on voit rapidement s’amél =rer l’état général (reprise progressive des forces et de Pappétit, — le 11 mars : 59 kg. 800 ; — le 25 mars : 61 kg. ; augmentaticn de 10 kg. depuis l’entrée 28 janvier) et l'état sanguin: le 13 mars

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G. R. : 3.330.000 ; Hémogl. : 80 ; Val. glob. : 1,21. Anisocytose. Quelques mégalocytes.

G. B. : 4.880 ; Polys neutros : 66 ; P, éosinos : 3,5 ; P. baso : 0 : Lymphos : 22,5 ; Monos: 8.

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G. R. : 4.760.000 ; Hémogl. : 100 ; Val. glob. : 1,06. Morphologie normale des globules rouges.

G. B, : 7.260 ; Polys neutros : 50 ; P. éosinos : 14,5 ; P. baso : 1 : Lymphos : 19,5 ; Monos : 15.

Un nouvel examen radiologique du mois d’avril 1939, montre des images antrales toujours un peu anormales, moins importantes cependant que celles des.deux examens précédents,

En somme, chez un homme de 66 ans porteur de séquelles d’hémiplégie ancienne probablement d’origine syphilitique, apparition d’une anémie de Biermer, simulant un cancer de l'estomac par l'importance des signes fonctionnels et généraux et l'existence d'anomalies radiologiques antrales. Mais la formule sanguine est franchement biermérienne, la gastroscopie montre un antre normal dans son aspect et ses contractions, et l’hépatothérapie transforme complètement le malade en quelques semaines.

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ETIOLOGIE

Avant de commencer toute considération étiologique à propos des observations qui précèdent, nous ne saurions trop souligner la rareté de ces cas de pseudo-cancers gastriques chez les biermériens. Il est rare de constater, chez ces malades, des images de lacune ou de rigidité qui, s’ajoutant aux troubles dyspeptiques, aux hémorragies digestives et à l’altération grave de l’état général, font porter le diagnostic de cancer de l’estomac. .

Cette remarque faite, les 11 observations qui viennent d’être rapportées présentent entre elles certains points communs qu'il nous paraît intéressant de passer maintenant en revue.

I — Tout d’abord, l’âge de ces malades est, à peu de chose près, le même : il s’agit de sujets ayant atteint la cinquantaine, ou en approchant : le malade de BASTECKY et VA- RADI est âgé de 45 ans ; ceux de René CHEVALLIER (III, IV et V) ont respectivement 55, 51 et 52 ans ; le plus jeune, le malade de P.-Em. WEIL et BENZAQUEN (II) a 41 ans, mais il présente, on a pu le voir, un long passé dyspeptique dû à un ulcus dont la cicatrice est retrouvée gastroscopiquement ; quant à nos six malades, quatre d’entre eux ont dépassé 60 ans, et les deux autres ont respectivement 49 et 51 ans (IX et X). Or, c’est précisément vers cet âge que le cancer de l’estomac est fréquemment observé, et que l’on s’attache donc à le dépister avec le plus de soin, par une recherche systématique.

2. — Pour ce qui est du sexe, on peut remarquer que l’homme semble plus souvent en cause : sur les 11 cas observés, on ne trouve en effet que 3 femmes ; là encore, cet ordre de fréquence est justement celui du cancer de l’estomac.

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