ÉTUDE CLINIQUE
Le mode de début de ces troubles est vraiment impossible à préciser. Ces malades, chétifs, délicats, sont traités à plusieurs reprises à l’infirmerie sans qu'une hospitalisation paraisse s'imposer. C'est seulement devant la persistance de leurs plaintes, l’altération de leur état général, une ou plusieurs poussées fébriles, un amaigrissement inexplicable, la constatation de troubles digestifs revenant par crises (coliques, diarrhée, constipation opiniàtre), qu'on décide un examen complet du tube digestif. {Parmi les troubles accusés par les malades, les manifestations intestinales, consistant essentieliement en phénomènes douloureux et modification des selles, tiennent la
première place.)
I. Douleurs. — Bien qu'il soit difficile de juger de l'intensité des douleurs d’après les déclarations des malades, il est certain que les douleurs ne sont pas très violentes. C’est le plus souvent une douleur modérée, augmentée par l'alimentation, quelque soit le régime, dimi-
nuée par la diète et le repos au lit, cessant quelquefois
pendant des jours et des semaines, sans qu'on saisisse la raison, revenant à d'autres moments, sous formes de crises véritables ; même imprécision sur le siège des douleurs ; cependant, elles prédominent souvent dans une des fosses iliaques. Exceptionnellement, chez un malade, on constatait des douleurs hypogastriques très pénibles, survenant à l’occasion de la miction, quand le malade était en période de crises douloureuses.
Parfois, les douleurs prédominent au niveau du plexus nerveux de l'abdomen : plexus solaire, plexus mésenteriques supérieur et inférieur. Ou bien encore, les douleurs prédominent au creux épigastrique ou dans les hypochondres droit ou gauche, ce qui fait parfois considérer ces malades comme atteints de troubles gastriques d’origine organique ou fonctionnelle.
II. Examen du Malade. — L'examen clinique du malade, dans la majorité des cas, n'apporte guère de précision. Ni l'intestin, ni le pérfitoine, ne semblent réagir dans ce sÿndrôme abdominal.
Nous avons recherché systématiquement l’ascite légère en plaçant le malade en position genu-pectorale. Ce signe a toujours fait défaut, sauf dans un cas, où l'existence
d’une ascite légère et fugace était certaine.
Le météorisme vrai est exceptionnel, si l’on veut bien
ne pas comprendre sous ce nom le léger ballonnement du ventre, le gonflement que certains malades accusent après les repas.
On ne constate pas davantage de contracture de dé-
fense, généralisée ou localisée.
En un mot, l'exploration de l'abdomen ne révèle pas de signes traduisant l'atteinte du péritoine.
L'intestin lui-même n’est pas senti même dans les cas où, comme nous le verrons plus loin, il existe une sténose confirmée à à la radioscopie ; on ne perçoit jamais de contractions péristaltiques. |
Par contre, on peut sentir des indurations profondes, qui donnent quelquefois, par leur régularité, l'impression de masses ganglionnaires. |
La pereussion -a semblé révéler dans quelques e CAS CUS zones de tympanisme localisé, mais la limitation d'un tel signe est toujours difficile à préciser.
Le plus souvent, la palpation est peu ou pas dou ou: reuse. Si l’on réveille la douleur, c’est presque toujours au niveau d’une des deux fosses iliaques, encore s'agit-il d’une zone douloureuse assez diffuse et non d'un point.
limité.
III. Examens coprologiques. — Il est difficile de donner une formule coprologique correspondante à ces formes. - -
D'une manière générale, la diarrhée semble plus fréquente que la constipation ; en réalité, dans la plupart des cas, il s’agit plutôt de fausse diarrhée, débâcle diarrhéique, formées de parties liquides diluant des matières fécales durcies, en boule, résultant de stase intestinale antérieure et expulsées à la faveur d’une diarrhée qui les a diluées. ;
Les selles ne renferment pas de sang (ni à l'examen
macroscopique ni à l'examen chimique). Elles ne ren-
En e , ferment pas non plus de mucus en quantité appréciable. L'étude des selles ne montre jamais de résidus alimentaires abondants : on ne saurait penser à une insuffisance - digestive ; les hydrates de carbone, les graisses, les albuminoïdes, sont suffisamment digérés. À ce point de vue, de tels malades ne sont pas des dyspeptiques intestinaux. Cette description technique se rapproche par beaucoup de points de l’étude clinique faite par Mathieu et Roux des adhérences péricæcales et péricoliques (Mathieu et Roux, Path. gastro-intestinale, tome TT, p. 396 et 5r9), adhérences qui dans les cas particuliers rapportés par ces auteurs sont des adhérences inflammatoires banales, ou résultent, suivant la théorie de Jane, de réactions dues à la station verticale de l'espèce humaine, mais il n'est pas question, au point de vue étiologique, de la tuberculose, que nous envisageons ici comme facteur des dites adhérences péritonéales. Néaninoins, nous tenons à faire remarquer combien la description de ces auteurs (visant des faits différents des nôtres au point de vue étiologique, mais analogues au point de vue anatomique) se rapproche des constatations cliniques que nous avons faites. FAN Nous retiendrons en particulier ce fait que la constipation résultant de la gène du travail intestinal détermine rapidement des troubles d’auto-intoxication ; ce qui s’explique par le fait qu’il s’agit d’une constipation cœcale où les matières encore molles sont le siège de fermentations bactériennes intenses, à l'inverse de la constipation rectale où les matières desséchées se comportent comme
un corps inerte sans toxicité.