La suygeslibililc, par Alfred Ittnet. Paris
'"s LES PSyCÈONÉVROSES.
pousser. On analyse ensuite l'idée directrice qui a entraîné l'erreur el on surprend ainsi le mécanisme de la suggestion. On arrive de la sorte, sans hypnose, à fixer le coefficient de suggestibilité des individus en expérience, à déterminer leur réaction sons l'influence morale, leurs tendances à l'imitation.
Ces recherches intéressantes doivent être poursuivies, complétées. Elles nous apprennent à connaître les défauts de notre espril ei par conséquent à les combattre. Nous pouvons mieux nous retenir si nous voyons la pente sur laquelle nous allons glisser.
Mais sans attendre le résultat des travaux des psychologues, en nous bornant à l'analyse de notre mentalité par l'introspection, nous pouvons reconnaître les vérités suivantes :
La suggestibilité humaine est incommensurable. Elle intervient dans tous les actes de la vie, colore des teintes les plus variées toutes nos sensations, égare notre jugement, crée ces continuelles illusions contre lesquelles nons avons tant de peine à nous défendre même en tendant toutes les forces de notre raison.
La puissance de l'idée est telle que, non seulement elle déforme une sensation préexistante, une idée, mais qu'elle crée de toutes pièces la sensation. Il n'y a aucune différence, pour l'individu qui la ressent, entre une douleur provoquée par une irritation périphérique, et celle qui résulte d'une simple représentation mentale, entre le mal réel et le mal imaginaire. Le plus souvent le malade ne possède aucun moyen pour trancher la question et le médecin lui-même est fréquemment embarrassé pour la résoudre. Il peut cependant y arriver par l'analyse de la genèse mentale de la représentation, en montrant par exemple l'insuffisance du traumatisme qui a provoqué la
douleur, les autosuggestions qui sont nées dans l'esprit du malade. La démonstration est enfin complétée par la disparition rapide du mal sous l'influence d'une suggestion quelconque. Alors le malade lui-même voit clair et reconnaît l'illusion dont il a été la victime souvent pendant de longues années. Il y a des malades qui arrivent d'eux-mêmes à cette conclusion ; il y en a qui, dès la première consultation, vous disent : on n'a qu'à me parler d'un mal dont j'ai peur et immédiatement j'en ressens les symptômes. Le médecin doit se souvenir que si des sensations précises transmises habituellement par nos cinq sens peuvent naître par autosuggestion, la représentation mentale agit encore bien plus puissamment sur les sensations plus vagues qu'on a dénommées besoins d'activité, d'inaction, sensations fonctionnelles, cœnesthésies, sensations émotionnelles, sensations de douleur, de plaisir K
J'ai montré qu'il faut distinguer entre la suggestion, qui agit par les voies tortueuses de l'insinuation, et la persuasion, qui s'adresse loyalement à la raison du sujet. Si utile que puisse être le résultat final, le mécanisme mental a été faussé par la suggestion, et la détermination est plus ou moins anormale. Quoi de plus absurde que de s'endormir en plein jour, alors qu'on n'a aucun besoin de sommeil, en cédant bêtement à l'injonction d'un hypnotiseur ? Faut-il être crédule pour pouvoir laisser ses bras en l'air ou garder les yeux bien clos, parce qu'un thaumaturge vous a dit que vous ne pouvez pas abaisser le bras, que vous ne pouvez pas relever les paupières ? C'est abuser cruellement de la faiblesse d'esprit du sujet que de lui faire de pareilles suggestions.
Aussi la suggestibilité démontre-t-elle en général un