I. L'hérédité dans les maladies du système nerveux, Paria
ls" LES PSYCHONÉVROSES.
peut nous enlever tout entrain, toute énergie. Et, remarquons le bien, si la conduite des autres a été l'occasion de notre émotion, c'est bien nous qui l'avons créée par notre façon de réagir.
D'autre part une bonne parole, une réconciliation, une réflexion optimiste, peuvent nous rendre la puissance. Mais, si rapide que puisse être cette guérison, nous sentons combien a été profonde la perturbation psychique et organique que nous avons laissée s'établir.
11 nie semble que, sous l'influence de l'absurde dualisme cartésien, on a trop mis en opposition le corps et l'âme. C'est à un monisme beaucoup plus complet qu'il taul revenir. Il n'y a pas de phénomènes somatiques, si petits qu'ils soient, qui restent sans influence sur notre mentalité, et surtout il n'y a pas de mouvement d'âme sans retentissement sur l'organisme.
Nous ne surprenons chez nous et chez les autres que les phénomènes les plus apparents. Aussi voyons-nous les émotions si diverses s'exprimer par des phénomènes identiques de rougeur, de pâleur, des gestes communs. Nous voyons les larmes accompagner le rire comme le sanglot. Ce sont là les réactions grossières, macroscopiques. Mais il y a des phénomènes plus délicats, moins visibles, qui, sous l'influence de l'idée, se passent dans l'intimité de nos tissus. C'est cette psychophysiologie microscopique qu'il faut étudier en pathologie mentale.
Supprimez par une saine philosophie de vie, par l'hygiène morale, cet élément toxique de l'émotion et vous aurez débarrassé la fatigue physique et intellectuelle du plus gros de son influence nocive.
Chez tous mes malades, j'ai retrouvé l'influence des émotions, des inquiétudes, des mouvements passionnels. Partout j'ai dû reconnaître la cause première du mal dans
mentalité innée du sujet, dans les particularités de son caractère insuffisamment combattues par des convictions claires, raisonnées. Je ne puis pas traiter mes malades sans recourir à la psychothérapie.
Du reste les sujets eux-mêmes ne font aucune difficulté pour reconnaître ces vérités, mais ils se retranchent derrière l'impossibilité de réformer leur tempérament. « C'est plus fort que moi, j'ai toujours été comme cela » : voilà leur réponse habituelle.
Oui, je le sais, nous gardons toute notre vie notre tempérament comme nous conservons nos tares physiques. Mais nous pouvons le modifier grandement par l'éducation de nous-mêmes. Nos déformations physiques sont souvent définitives, mais notre mentalité est toujours malléable. De notre tempérament inné, nous devons faire un caractère acquis. C'est notre tâche à tous, que nous soyons malades ou bien portants.