QUATORZIEME LEÇON
Hystérie. Son stigmate •caractéristique est i'autosuggestibi-
litô. attitudes passionnelles. — Prédisposition naturelle.
Mentalité féminine. - - Infantilisme mental. — Hystéro-
neurasthénie. --- Formes traumatiques. — Anesthésies. —
I ir\ 1 1 hystérique.
Les plaintes du neurasthénique ne nous étonnent point. Nous avons tous éprouvé ces faiblesses et l'on peut dire que tout le monde est plus ou moins neurasthénique. On a dit parfois la même chose pour l'hystérie, en affirmant que toutes les femmes et une bonne partie des hommes sont hystériques. C'est aller beaucoup trop loin.
Sans doute on retrouve chez l'hystérique les mêmes particularités mentales que chez les autres névrosés. Les sujets hystériques sont presque tous éminemment fatigables, sensibles, émotifs ; on peut dire qu'ils sont tous neurasthéniques, mais la symptomatologie de l'hystérie est étrange, baroque. Nous ne reconnaissons plus chez ces malades, au premier abord, les réactions normales simplement exagérées. Il y a quelque chose de démoniaque dans le tableau clinique de cette psychonévrose. Le fonctionnement organique semble parfois si troublé qu'on a nommé l'hystérie la folie du corps, mais elle marque, avec un certain pittoresque, l'étrangeté des symptômes.
Chez les neurasthéniques, j'ai noté comme stigmate principal la fatigabilité, en insistant sur le rôle de
l'esprit, du moral, dans cette fatigue. Chez Yhystérique c'est la suggestibilité qui domine et, plus exactement, Vautosuggestibilité.
L'homme normal est éminemment suggestible, et quand on connaît les effets de la suggestion à l'état de veille, quand on réfléchit à l'énormité des suggestions que l'on fait accepter à des hommes sains, on se demande comment on peut encore parler de suggestibilité exagérée des névrosés.
Mais en général l'homme normal ne manifeste cette crédulité que lorsqu'il est dans des conditions psychologiques qui rendent plus ou moins plausibles les suggestions qu'on lui impose. Le neurasthénique pusillanime se laisse impressionner par les nombreux troubles fonctionnels qu'il ressent comme nous autres mais qu'il voit grossis, en hypocondre qu'il est. Il accepte aussi assez facilement les suggestions favorables, l'encouragement. L'hystérique est plus rebelle à l'hétérosuggestion, tandis que ses autosuggestions sont tenaces et bizarres. Elle, — je dis « elle » parce que la femme est plus sujette à ces accidents, — vit dans un monde de rêve, et dans les cas graves, du ressort de l'aliéniste, le trouble mental aboutit au délire hystérique.
Ces malades sont des virtuoses dans l'art de donner le cachet de la réalité, non seulement à leurs sensations, comme le neurasthénique, mais aux fantômes créés par l'imagination la plus vagabonde. Tandis que chez les neurasthéniques on peut suivre assez facilement la genèse de l'idée, le développement des phobies, constater une certaine logique dans les déductions, il est souvent impossible de retrouver le fil conducteur dans la fantasmagorie des hystériques. Il semble que les autosuggestions sont provoquées par des sensations étranges partant des
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profondeurs de l'organisme, t>ar uîie eimesthesie spé* ciale, pathologique.
Déjà chez La femme normale, pendant la période ttiens- Lruelle, il .y a quelque chose de dérangé dans la vie psychique ; il y a des sensibilités spéciales, étrangères à la mentalité du mâle et que nous n'arrivons pas à comprendre. Je suis porté a croire que les diverses sensations vagues, conscientes ou subconscientes, qui se rattachent a l'instinct sexuel, jouent, même chez la vierge la plus mentalement immaculée, un rôle considérable dans la genèse de l'hystérie. Mais elles ne produisent ces autosuggestions maladives que chez les sujets prédisposés, chez les débiles mentaux.
Parmi les accidents dramatiques de l'hystérie, il faut comptef avant tout les crises de formes diverses, épileptiformes, cataleptif ormes, léthargiques, choréiformes, les tremblements. Ces mouvements ont le caractère d'attitudes passionnelles ; nous assistons à des scènes d'une mimique folle indiquant l'état d'âme du sujet. 11 suffit souvent d'observer les détails des mouvements convulsifs, le geste, pour deviner les sentiments qui l'ont fait naître, la colère, la peur, le dépit, l'impatience.
Les mouvements rythmiques du bassin trahissent l'état d'âme lascif, conscient ou inconscient, aussi bien chez la plus pudique jeune fille que chez la prostituée. Certaines crises hystériques ne sont que des accès de colère, des démonstrations exagérées de dépit. On reconnaît l'effroi dans les attitudes des malades qui ont subi une émotion violente, souvent au moment de leurs règles. Vous les voyez se mettre sur leur séant, se blottir dans leur lit le plus loin possible des assistants, fixer des yeux hagards sur le coin de leur chambre comme en proie à des hallucinations terrifiantes.
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11 h'est pas rare de trouver chez des jeunes filles, des jeunes hommes, des états semi-comateux dans lesquels les malades restent étendus sur leur lit, sur une chaise longue, sur le sol, inertes, les mâchoires serrées, les yeux convulsivement fermés. Ils ont été froissés, contrariés et ils boudent.
C'est dans l'hystérie que l'on voit les traumatismes les plus minimes, qui resteraient sans conséquences pour l'homme sain ou même pour un neurasthénique, entraîner des paralysies, des contractures, des algies diverses qui dureront des années.
Une jeune fille, par exemple, glisse dans la rue et s'assied rudement à terre. Il n'y a aucune lésion, pas d'ecchymose, pas d'hématome ; il en résulte une coxalgie hystérique parfois difficile a distinguer de la coxite vraie. Un gamin se tord le pied, il n'y a pas de rupture de ligaments, pas de gonflement, et malgré l'absence de lésions, le pied reste douloureux pendant des semaines ; la peau devient sensible au moindre attouchement, si bien que le malade ne supporte pas même la pression du drap ou le frôlement de la main.
Ce qui montre bien la nature autosuggestive de la plupart des accidents, c'est la fréquence de la contagion hystérique. Il suffit de rappeler les épidémies du moyen âge, de chorée rythmée. Elles n'ont pas cessé, et récemment nous avons pu observer à Bâle et à Berne des épidémies de chorée hystérique dans des pensionnats de jeunes filles. A Berne trente fillettes ont été prises de douleurs articulaires et de mouvements rythmés des bras. Il fallut séparer les malades pour faire cesser ces crises nées par imitation.
Ces faits m'inspirent une réflexion. On dit souvent, et avec raison, que pour créer l'hystérie il faut une prédis-
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position névropathique et des agents provocateurs. Or il n'es! guère probable que ces trente petites filles, nées de parents divers, aient eu toutes une prédisposition spéciale, fussent toutes des hystériques en herbe. Je suis persuadé au contraire que la plupart d'entre elles n'auront pas d'accidents ultérieurs. Il a dû en être de môme des femmes qui prirent part, au moyen âge, aux épidémies saltatoires.
Ces fillettes se sont trouvées dans des conditions de voisinage, d'intimité, qui ont créé un état psychologique favorable à la contagion, et elles y ont succombé en raison de la débilité de leur jugement, très naturelle à cel âge. La suggestibilité n'a pas de limites chez l'enfant normal, par le fait même du développement insuffisant de la raison.
Les adultes qui conservent cette suggestibilité incroyable et deviennent hystériques dénotent par là leur débilité mentale. La femme hystérique a la mentalité infantile, elle souffre d'infantilisme psychique. L'homme hystérique, qui dans la maladie ne montre pas ordinairement la même virtuosité dans les créations de son imagination, a tout au moins une mentalité nettement féminine.
L'hystérique n'est pas en général vraiment intelligente. Oh, je sais qu'on a protesté contre cette assertion, et l'on a cité des cas d'hystérie chez des personnes d'une intelligence remarquable. Je veux bien, mais ce sont là des intelligences partielles ; elles n'ont pas le robuste bon sens qu'on trouve souvent intact chez des personnes sans culture, dont nous prenons si souvent, et à tort, l'ignorance pour de la bêtise. J'ai constaté moi-même quelques - exceptions à la règle : j'ai surpris l'hystérie sous lormes graves, convulsives ou délirantes, chez des personnes intelligentes et d'une haute culture morale ;
mais elles avaient une tare mentale cependant : l'imagination vagabonde, la tendance à se laisser dominer par la folle du logis. Un peu de pondération aurait pu faire d'elles des poètes. C'est après la suppression des accidents que j'ai pu reconnaître leur aptitude à la culture et c'est encore à leur raison qu'elles ont dû leur guérison.
Un vrai savant, un intellectuel, pourra être neurasthénique ; il ne sera jamais un hystérique complet, et c'est précisément en faisant appel à son jugement, à ses facultés logiques qu'on réussit à le tirer de sa neurasthénie.
La tare mentale est décidément plus marquée chez l'hystérique ; la débilité intellectuelle et morale est plus profonde que chez le neurasthénique. Les prostituées, ces déséquilibrées par hérédité et par éducation, sont souvent hystériques, et la société, probablement par mesure thérapeutique, leur applique le fer rouge de la réglementation officielle.
Les garçons, aussi longtemps qu'ils ont la mentalité infantile, peuvent être aussi hystériques que les filles. J'ai vu souvent chez des garçons la paraplégie hystérique, l'aphonie, le mutisme, les crises convulsives, les crises délirantes dans lesquelles les malades crient, prononcent avec volubilité des paroles vides de sens, souvent dans une langue inconnue. Aussitôt que la puberté a amené un changement dans l'état mental, que la raison commence à se développer, l'hystérie diminue chez le mâle. La différence entre les mentalités masculine et féminine s'accentue. Le jeune homme devient moins sensible ; il pense plus logiquement. La jeune fille, au contraire, quoiqu'elle soit d'ordinaire plus développée intellectuellement que le garçon du même âge, reste sensitive ; elle obéit plus aux mobiles de sa sensibilité qu'aux motifs de la
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raison L'homme adulte a', en général, plus de logique ,I;im b la bête que la femme. Aussi ne devient-il pas facilemenl hystérique sous l'influence des multiples petites causes qui suffisent chez la femme.
Mais oe déséquilibre mental survient à la suite d'émotions violentes, de chocs moraux. Les traumatismes divers, surtout les accidents de chemins de fer, provoquent souvent ces psychonévroses qu'on a appelées névroses traumatiques. Ce n'est pas au singulier qu'il m m! iin ployer ce mot, car ce n'est pas une entité morbide qu'on a décrite sous ce nom. Suivant les prédispositions du sujet, nous voyons naître, par le simple fait de l'ébranlement psychique, non seulement la neurasthénie, l'hystérie ou le mélange de ces deux névroses si voisines, mais encore l'hypocondrie, la mélancolie, les vésanies diverses. On peut ajouter l'épithète de traumatique à toutes les psychoses ou psychonévroses et marquer ainsi le rôle d'agent provocateur qu'a joué l'accident.
L'hystéro-neurasthénie est la forme la plus fréquente qui résulte de ces émotions violentes. Cette psychonévrose es! particulièrement rebelle dans les cas où surgissent des préoccupations d'indemnité, des procès, qui maintiennent le malade dans des dispositions inquiètes. Elle est souvent incurable et, comme dans certaines formes d'hystérie non traumatique, on en vient à se demander s'il n'y a pas des lésions cérébrales ou médullaires.
Il serait possible que le traumatisme eût produit directement des altérations de ce genre ; il est encore possible que la névrose durable engendre peu à peu, par la répétition dos désordres fonctionnels, des altérations des s. N'oublions pas qu'il faut admettre dans la psychorose la plus légère, un substratum anatomique, une altération structurale. Quoi d'étonnant à ce que, dans les
formes graves, elle devienne plus profonde et plus durable? Il y a une limite supérieure où les maladies simplement fonctionnelles passent aux affections organiques. Du reste nous voyons des maladies incurables comme la maladie de Parkinson, des maladies très graves comme la maladie de Basedow, survenir sous l'influence d'une émotion morale qui, au début, ne pouvait altérer que la fonction.
Les anesthésies qu'on considère en général comme l'un des stigmates caractéristiques de l'hystérie, sont d'une interprétation difficile. Cette anesthésie ressemble parfois, comme siège, comme distribution, aux pertes de sensibilité qui résultent de lésions cérébrales, médullaires, périphériques. L'hémianesthésie hystérique rappelle l'hémianesthésie symptomatique des lésions qui siègent au tiers postérieur de la capsule interne. Parfois, on croirait surprendre une distribution radiculaire de l'anesthésie ou une distribution périphérique, dans le domaine des troncs nerveux.
Cette question demande encore un examen approfondi. Il serait important pour l'interprétation de l'hystérie de savoir si vraiment, sans que le malade eût connaissance de faits anatomiques, sans suggestion préalable, l'anesthésie peut simuler celle des lésions organiques.
Mais, quelle que soit sa localisation, qu'elle soit totale, étendue à toute l'enveloppe cutanée, unilatérale, en manchons ou en îlots, cette anesthésie est étrange. Anesthétique de tout, le corps, l'hystérique peut se mouvoir comme une personne normale, faire à l'aiguille des ouvrages délicats que la moindre anesthésie des doigts par l'acide phénique, la compression, le froid, rendrait impossibles. Les malades atteints d'anesthésie par lésion d'un tronc nerveux, les syringomyéliques, se brûlent sans
s'en apercevoir au coptacl d'un corps chaud, l'hystérique s'en garde bien. Surprise par une piqûre dans la région anesthésique, l'hystérique tressaille parfois de façon à faire douter de la réalité de son insensibilité.
Même contradiction dans les anesthésies sensorielles, l'amaurose, par exemple ; telle malade qui ne verra pas nue personne, verra très bien le voisin ; on pourra par une suggestion faire disparaître pour ses yeux, ou plutôt pour sou entendement, telle ou telle personne, tel ou tel objet. On peut, par suggestion, faire tomber l'impression sur une sorte de tache de Mariotte, de « punctum caecum » de l'entendement.
Quand je parle ici de « punctum caecum », je ne veux pas dire par là qu'il y ait dans le cerveau un groupe cellulaire inactif, figé dans une torpeur maladive. Je pense que c'est l'attention qui est détournée et j'accepterais Tidée de Janet qui voit dans l'anesthésie hystérique une sorte de distraction sensorielle.
Je crois toujours encore à la nature purement autosuggestive de toutes les anesthésies hystériques. On peut les faire naître par la suggestion verbale, rétrécir ou élargir le champ de la perception visuelle. Il semble que la recherche de l'anesthésie la crée, et l'hystérique n'a pas conscience du trouble de sa sensibilité.
Aussi Pierre de Lancre, ce conseiller du Parlement de Bordeaux, qui à lui seul alluma le bûcher de plus de cinq cents sorcières hystériques, fait remarquer que le « signum diaboli », sur lequel se fondait la preuve de culpabilité, n'est pas remarqué par les sujets. Les sorcières ignoraient complètement qu'elles fussent marquées avant quon les eût examinées i.
1. Cilles de la Tourette, Traité clinique ai thérapeutique de l'hystérie. Paris, Pion, in-18, 1891.
Nos hystériques aussi iront de l'hémianesthésie que quand nous les examinons et quand nous leur demandons si elles éprouvent des deux côtés la même sensation. Bien plus, nous pouvons opérer le transfert non pas seulement par des aimants, par la métallothérapie, mais par une suggestion quelconque.
Sans doute il est frappant de voir tant d'hystériques avouer d'emblée, sans hésitations, qu'elles sentent moins à gauche, alors que les autres malades que nous examinons de la même manière n'accusent aucune différence. On pourrait vraiment croire qu'il y a là une torpeur réelle, non suggérée, de certains centres de perception. Mais prenons-y garde ! Les autosuggestions ne naissent pas lentement, sur la base de syllogismes conscients ; ells surviennent instantanément par des représentations mentales dont on ne peut pas toujours suivre le développement. L'hystérique rebelle aux hétérosuggestions raisonnables, thérapeutiques, est souvent d'une sensibilité incroyable aux suggestions pathogènes. Sa mentalité irrationnelle les lui fait préférer, si j'ose parler ainsi.
Bien avant que j'eusse réfléchi à ces problèmes, dès le début de ma carrière, j'ai eu l'impression qu'il ne fallait pas rechercher les symptômes chez les hystériques, que les constater c'est les faire naître. Aussi ai-je l'habitude de faire dès les premiers jours les constatations utiles, de les noter, puis je renonce à des examens ultérieurs. Pendant le reste de la cure je ne regarde plus les jambes paralysées, je n'interroge plus la sensibilité au moyen de l'aiguille ; j'admets que tous ces désordres n'existent plus. Et, à la fin de la cure, il n'y a plus ni paralysie, ni hémianesthésie, au moins dans la grande majorité des cas.
Enfin, dans l'hystérie comme dans la neurasthénie, il Dubois. — Psyclionévroses. 14
,ES l'SMNONIlVKOSKS.
i.uit tenu- compte de la fatigue réelle dos centres nerveux qui, d'uni1 part, résulte directement des états d'âme pénibles, d'autre part, fournit un nouvel aliment aux autosuggestions. Nous retrouvons ici l'éternel cercle vicieux dans Lequel tournent les névrosés. Leurs malaises réels font naître Unis craintes, leurs phobies, et d'un autre côté leurs représentations mentales, de nature pessimiste, créent de nouveaux désordres.
J'admets qu'il y a dans l'hystérie des troubles fonctionnels très réels, des malaises dépendant de causes physiques, des sensations pénibles naissant par la fatigue, physique, intellectuelle et émotionnelle. Mais il est de lou te évidence aussi que ces sensations s'évanouissent parfois avec une telle rapidité qu'on est bien forcé de leur attribuer une origine psychique, quoiqu'il ne soit pas toujours possible de retrouver les associations d'idées qui ont abouti à l'autosuggestion finale.
Aussi n'a-t-on pas craint de dire : on appelle hystériques les symptômes qui naissent par la voie des représentations mentales. Je n'irai pas si loin et, tout en acceptant en gros cette définition, je la restreindrai en disant que divers symptômes somatiques peuvent avoir une origine organique et ne produisent qu'après coup les autosuggestions maladives.
Je ferai remarquer, en outre, qu'obéir à ses représentations mentales n'est pas l'apanage exclusif de l'hystérique. Le neurasthénique, l'hypocondre, le mélancolique tombent dans le même défaut. Nous avons vu que chez l'homme normal déjà la suggestibilité est incommensurable.
Il est inutile de s'efforcer de donner à l'hystérie le caractère d'une entité morbide, de la séparer artificiellement de la neurasthénie avec laquelle elle est presque
toujours combinée. On retrouvera souvent aussi chez ces malades des symptômes évidents d'hypocondrie et de mélancolie.
Quelques auteurs ont dit : La neurasthénie est l'hystérie mâle. C'est faux si l'on veut dire par là que l'hystérie n'existe pas chez l'homme. Mais il y a quelque chose de vrai dans cette assertion. Le nervosisme prend chez l'homme adulte la forme de la neurasthénie en vertu même de la mentalité masculine. Les facultés logiques sont plus développées chez l'homme, peut-être par le fait même de son organisation physiologique, peut-être grâce à l'éducation qu'il a reçue. Il accepte moins facilement les suggestions quelque peu absurdes ; il est moins démonstratif dans l'expression de ses malaises. Par contre il n'a pas autant que la femme l'habitude de la souffrance résignée ; il se décourage plus facilement, comme le montre la plus grande fréquence du suicide chez les hommes. C'est la tristesse, le découragement, la veulerie, l'impuissance, qui dominent chez lui ; et ce sont là les caractéristiques de la neurasthénie. La femme, au contraire, a la mentalité plus enfantine. Elle montre souvent plus de vaillance en face de la douleur physique et morale. Par contre elle sent vivement ; elle a plus d'imagination et subit plus facilement le joug de ses représentations mentales. Aussi, je l'ai dit, reconnaît-on des caractères de féminisme chez les hommes franchement hystériques, et le garçon est surtout atteint de cette psychonévrose avant la puberté, alors que sa place est encore dans le gynécée.
Bénigne dans ses formes légères qui la rapprochent du nervosisme presque aimable de toutes les femmes, l'hystérie peut devenir sévère et passer sans transition à la folie. Je renvoie aux traités classiques pour la description des symptômes innombrables de la grande névrose. Je
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1rs suppose connus et me borne à ces considérations générales. Dans la plupart de ces troubles on pourra reconnaître l'influence des représentations mentales. Jl faut, a dit Gharcot, prendre l'hystérie pour ce qu'elle est, c'est à dire pour une maladie psychique par excellence.
Parmi les symptômes de l'hystérie où j'ai quelque peine ,i reconnaître une origine mentale, l'influence idéogène, je noterai la fièvre hystérique, phénomène plus fréquent qu'on ne croit généralement. On l'observe tantôt sous la forme de fièvre élevée avec des températures de 39° à 40°, si bien qu'on croit se trouver en présence d'une affection aiguë, fièvre typhoïde, méningite, poussée aiguë de tuberculose, influenza, septicémie. Plus souvent encore il s'agit d'une fièvre modérée, de longue durée, pouvant persister pendant des mois et des années. Comme les malades sont généralement amaigris, qu'ils ont le souffle court, la capacité pulmonaire diminuée au spiromètre, que souvent ils toussent et peuvent avoir des hémoptysies, le premier diagnostic auquel on s'arrête est celui de la tuberculose.
Quand nous nous sommes fait cette suggestion diagnostique, notre oreille s'affine et alors il nous semble que la respiration est affaiblie à l'un des sommets, que l'expiration est prolongée ; nous surprenons un jour quelques râles et nous croyons avoir élucidé le problème. Mais au bout de quelques semaines des doutes renaissent et l'auscultation donne des résultats si insignifiants qu'il devient impossible de les utiliser. Peu à peu la situation s'éclaircit et, si sceptique qu'on soit vis-à-vis de la fièvre « nerveuse », force est d'en admettre l'existence.
Cette fièvre ressemble fort à la fièvre hectique de la tuberculose ; la température atteint le soir 37°, 8, 38°, dépasse quelquefois 38° de quelques dixièmes. L'écart
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entre la température du soir et celle du matin est généralement moins grand que dans la phtisie ; aussi la chute matinale de la température se manifeste-t-elle moins nettement par les sueurs profuses. La température du matin dépasse souvent 37° ; il semble qu'il s'agit d'une température normale mesurée avec un thermomètre donnant quelques dixièmes de trop. Les malades paraissent être plus indifférentes à leur fièvre que les phtisiques ; souvent elles ignorent qu'elles en ont et quand un jour la température s'élève de quelques dixièmes, on ne surprend aucun symptôme qui indique une aggravation.
J'ai vu cette fièvre diminuer sous l'influence de la période menstruelle, d'une indisposition passagère. Il y a là une analogie avec ce qui se passe, pour le pouls, dans la maladie de Basedow : on le voit baisser, tomber de 120 à 90 et 80, dans le cours d'une angine à streptocoques, d'une affection intercurrente, même lorsque cette dernière est fébrile.
Mais toutes ces particularités de la fièvre hystérique ne suffisent aucunement pour asseoir le diagnostic. Il se pose par exclusion, l'observation prolongée, pendant des semaines et des mois, établissant la certitude de l'intégrité du poumon.
La fièvre hystérique se montre généralement dans le cours d'hystéries graves, chez des malades qui ont des crises convulsives, des vomissements, des algies diverses, des parésies, et présentent les stigmates do l'hémianesthésie et du rétrécissement du champ visuel ; mais il y a des exceptions, et j'ai pu observer pendant des années des fièvres hystériques chez des femmes qui n'avaient que des symptômes neurasthéniques, chez lesquelles dominaient l'impressionnabilité, l'émotivité, l'état d'âme pessimiste.
LES P8YCH0NÊVR0SES.
Cette fièvre peut cesser d'un jour à l'autre sous l'influence d'une émotion joyeuse ; elle peut disparaître dans le cours d'un traitement psychothérapique, sans cependant qu'il soi! possible de suggérer directement l'apyrexie. Mais M y a des cas où cette fièvre survit à tous les accidents nerveux, persiste alors que les malades, pour ainsi dire guéries, ont repris leur vie habituelle. J'observe depuis deux et trois ans des malades qui ont conservé cette fièvre étrange.
C'est dans l'hystérie qu'un emploi judicieux de l'hypnose peut jeter quelque jour sur la genèse autosuggestive de certains symptômes. Bile permet une enquête un peu indiscrète et amène les malades à des aveux instructifs. Mais il faut beaucoup de prudence dans cette étude, et pour ma part, toujours soucieux d'assagir mes malades et de les soustraire à l'empire de l'imagination, je n'ai pas eu le courage de pratiquer sur eux cette vivisection morale.
Plus que toutes les autres psychonévroses l'hystérie est justiciable d'un traitement uniquement psychothérapique. C'est dans cette affection, si fréquente, qu'on observe ces guérisons subites, instantanées, qui, d'emblée, démontrent la nature psychique du mal. Même quand le mal s'aggrave au point de mériter le nom de « folie hystérique » le délire n'est pas celui des vésanies proprement dites ; je n'hésite pas à dire qu'il est autosugf/éré. C'est pourquoi on le voit parfois cesser brusquement et définitivement sous l'influence d'une suggestion bienveillante. L'hystérique est une actrice en scène, une comédienne, mais ne le lui reprochons jamais, car elle ne sait pas qu'elle joue : elle croit sincèrement à la réalité des situations.