‹ Les psychonévroses et leur traitement moral. Lecons faites à l'Université de BerneChapitre 31 sur 75 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

Influence des représentations mentales sur l'intestin; abus du

mot : entérite. — Diarrhée émotive; nécessité de combattre cette sensibilité psychique. — Fixation de la pensée sur le trouble Lntestinal ; ses inconvénients. — Expériences physiologiques; Pawlow; Kronecker. — Colite muco-membraneuse ; sa cause habituelle : la constipation.

Si Ton n'a pas suffisamment vu la fréquence des dyspepsies nerveuses, on ne fait aucune difficulté pour reconnaître que des émotions morales, des représentations mentales peuvent diminuer l'appétit, provoquer des sensations de dégoût et troubler la digestion. Chacun peut retrouver dans sa vie des exemples de cette influence.

Il semble qu'on oublie un peu la possibilité de ces réactions quand on considère les parties inférieures du tube intestinal. Soustraits à l'empire de la volonté, les mouvements intestinaux semblent échapper aussi à l'influence psychique.

C'est une erreur. Il y a autant de troubles intestinaux qui sont « nerveux » et qui peuvent dépendre de l'état dame, que de dyspepsies stomacales du même ordre.

Les diarrhées nerveuses, en particulier, sont très fréquentes, et c'est à tort que les médecins, toujours pressés d'employer des expressions techniques, les appellent des entérites.

L'entérite vraie, c'est-à-dire l'inflammation de la muqueuse intestinale, est une maladie rare, résultant le plus

souvent d'intoxications chimiques ou microbiennes. Elle est souvent fébrile comme la plupart des phlegmasies, et le tableau clinique. est tout autre que celui des diarrhées nerveuses.

Et cependant c'est tous les jours que mes clients m'assurent verbalement ou par écrit qu'ils sont atteints d'entérite chronique. Il en est de cette entérite comme de la dilatation d'estomac et de l'entéroptose ; elle est à la mode et un confrère français, qui a vu clair, disait en souriant à sa malade : Mais, Madame, toute personne qui se respecte a aujourd'hui de la dilatation d'estomac et de l'entérite !

Et c'est pour combattre ce mal qu'on va aux eaux chaque année, qu'on vit d'un régime de restrictions, ne mangeant que de la viande, du riz, des œufs, des légumineuses en purée. C'est pour cela qu'on fait des irrigations de l'intestin et qu'on pratique l'antisepsie intestinale !

Eh bien, je ne puis accepter ces vues.

J'abandonnerai au spécialiste pour les maladies des enfants les diarrhées du jeune âge, souvent justiciables de mesures diététiques, quoique je conserve toujours une juste méfiance vis-à-vis du praticien trop imbu de sa puissance et qui, dans ses prescriptions, s'écarte trop de l'alimentation ordinaire.

Je traiterai par le régime, par des médicaments, les diarrhées diverses, aiguës ou chroniques, qui sont l'indice d'une affection locale de l'intestin, mais je ne crains pas de dire que la plupart de ces soi-disant entérites ne sont que des troubles fonctionnels souvent provoqués ou entretenus par le nervosisme et qu'il est facile de les guérir par des conseils d'hygiène plus morale encore que physique.

Rien n'est fréquent comme la diarrhée émotive, celle des soldais sur- Le champ de bataille, celle des enfants qui ont peur, celle! des dames mises en émoi par la perspectif d'un voyage, d'une obligation mondaine quelque peu troublante. Par sa répétition fréquente, cette réaction émotionnelle devient plus facile, comme dans l'éreuthophobie où le moindre mouvement psychique pousse le sang au visage, si bien que le malade rougit à tout propos el hors de propos. La sensibilité à la détente devient telle qu'elle constitue une vraie maladie.

Que faut-il faire pour combattre cette sensibilité, supprimer cette réaction trop vive? Prescrire de l'opium, du tanin? Non ! ces moyens ne donnent le plus souvent que des résultats palliatifs quand ils ne produisent pas des effets diamétralement opposés à ceux que Ton attendait. Il faut diminuer l'émotivité ; il faut que le malade comprenne les inconvénients de cette hyperesthésie psychique et s'applique à envisager avec plus d'indifférence, de calme raisonné, les événements qui ont le don de l'agiter.

On amène les malades à cette tenue morale en analysant avec eux les situations, en leur apprenant à juger sainement, à s'armer de raisons logiques pour diminuer cette réaction trop facile. Il faut que les malades comprennent combien l'attention fixée sur un phénomène organique, même indépendant de la volonté, favorise sa production, qu'ils saisissent tout l'intérêt qu'il y a à diminuer la fréquence de la réaction.

Il faut savoir fixer cette idée dans leur entendement par des images ; j'ai coutume de comparer ces réactions au jeu d'un verrou qui devient d'autant plus libre qu'il est plus souvent poussé et qui se rouille si on Fa laissé longtemps immobile. Le malade comprend alors la possibilité d'arrêter peu à peu le mouvement" émotionnel,

psychique, et par là le retentissement qu'il a sur l'organisme.

La tâche est souvent difficile, mais elle est toujours possible quand le médecin sait trouver les arguments justes, approprier sa dialectique à la psychologie du sujet.

Dans bien des cas l'émotivité du malade est si visible et il vous signale si bien lui-même l'influence psychique qui détermine le flux intestinal, qu'il est facile d'arriver au diagnostic de diarrhée nerveuse. Mais il y a des cas, plutôt rares, où il est difficile de dégager cette influence psychique. J'en citerai un exemple :

Un homme de cinquante-huit ans me consulte pour une diarrhée chronique qui a résisté à toutes les médications d'un confrère aussi expert que prudent dans ses interventions. Ce dernier a si bien fait les choses qu'il me met dans l'embarras en m'envoyant le malade ; il ne me laisse aucune arme qui n'eût déjà été employée sans succès.

Au premier examen, je ne surprends chez le malade aucun symptôme apparent de nervosisme, tout au plus une certaine sensiblerie, une façon de se plaindre avec des larmes dans la voix.

Croyant à un catarrhe intestinal, peut-être même à un néoplasme, je recours au régime, aux médicaments. Découragé par l'insuccès, je remets le malade à une alimentation copieuse et variée, moyen qui m'avait souvent réussi clans des entérites, même quand elles avaient une origine tuberculeuse. Mais la diarrhée ne fit qu'augmenter tous les jours et je ne savais plus à quel saint me vouer.

Peu à peu j'avais fait connaissance de la personnalité mentale du sujet, j'avais surpria ses tendances hypocon-

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(Iliaques, sou penchant à ne songer qu'à lui, et un jour je l'apostrophai en lui disant avec une bienveillance un peu bourrue : Mais, mon cher monsieur, je commence à croire que votre diarrhée, née peut-être un jour sous l'influence d'une cause quelconque, ne dure si longtemps que parce que vous pensez toujours à votre intestin ! Voulez-vous bien vous oublier enfin et penser aux vôtres dont vous rendez l'existence intolérable par vos exigences culinaires. Votre femme ne sait plus que cuire pour son tyran !

In peu interloqué le malade m'avoua qu'il pensait constamment à sa diarrhée, qu'il en prédisait l'apparition à sa femme avant même d'avoir touché aux plats qu'on lui préparait. 11 reconnut sans peine le rôle qu'avaient joué ces préoccupations. Il continua l'alimentation copieuse qui amena des augmentations de poids régulières et la diarrhée cessa dans l'espace de quelques jours. Le malade est guéri depuis plusieurs années et n'a conservé qu'une certaine sensibilité de l'intestin aux écarts de régime qu'il lui est facile d'éviter.

Le plus souvent la diarrhée nerveuse s'accompagne de dyspepsie gastrique, d'anorexie, de renvois, de borborygmes, de flatulence et de symptômes nettement neurasthéniques, tels que les céphalées et l'impuissance d'agir. Ces malades soumis au repos au lit, à la cure de lait préparatoire, supportent très bien la suralimentation.

Je détaille l'observation qui suit, qui a été résumée par le malade lui-même. Elle montre comment, tout en traitant les troubles intestinaux par des moyens diamétralement opposés aux prescriptions habituelles, on peut faire en même temps œuvre plus importante et rendre à un malade, condamné depuis longtemps à l'impuissance, la faculté du travail complète et définitive. Je laisse à

l'observation la forme sommaire que lui a donnée le malade, jeune homme de trente-deux ans, intelligent, qui me la résuma par écrit en ces termes :

« Hérédité arthritique et nerveuse. Mère délicate lors de la naissance de son fils.

Première période : Jusqu'à seize ans, santé bonne. Musculature peu développée au tronc et aux bras. Quelquefois troubles intestinaux légers. Travail très facile et généralement avec trop de zèle. Exercices réguliers suffisants.

Deuxième période : De seize à vingt-trois ans, apparition de la neurasthénie sous forme de céphalée dans les réunions mondaines et l'air peu renouvelé. Crainte excessive de la chaleur. Travail parfois peu lucide. Émotivité excessive. A manqué par ce fait un examen auquel il était bien préparé.

Cette neurasthénie est attribuable à la contention d'esprit excessive et surtout trop prolongée, et aussi à quelques fatigues physiques dans les Alpes. Fait en dépit de cette fatigue nerveuse ses examens avec succès. Supporte une année de service militaire sans symptômes apparents de neurasthénie.

La reprise d'études plus sérieuses encore et probablement l'influence de la vie sans famille, avec la nourriture de restaurant, amènent des troubles intestinaux avec atonie, constipation alternant avec des diarrhées. Subit aussitôt un traitement local par des lavements d'eau salée destinés à porter un courant électrique dans le côlon. Loin d'améliorer son état, ce traitement n'a fait qu'irriter l'intestin.

Puis il suit, pour son plus grand dommage, le régime restreint d'un spécialiste célèbre.

Ayant subi avec succès de nouveaux examens, il

retrouve l'élasticité de r<esprit et constate une amélioralion marquée.

11 fait une euro d'eau froide et les médecins lui ordoniumiI de renoncer aux études, sous prétexte qu'il est incapable de supporter la contention d'esprit.

Troisième période : de vingt-trois à trente ans. Essaie de la peinture pour tuer le temps, mais doit y renoncer à cause de la fatigue nerveuse. Vie décousue, sans occupalions régulières. Essais de traitements arsenicaux à domicile, dos glycérophosphates, etc., sans le moindre succès. Par périodes, troubles intestinaux sérieux, atonie, débâcles intestinales. Point de dyspepsie stomacale. Variations de poids entre 61 et 56 kilogrammes (sans vêtements) ; 61 a été le poids maximum pendant toute sa vie de jeune homme (taille lm,75). A vingt-cinq ans pleurésie sans épanchement ni fièvre.

Marié à vingt-six ans, il continue cette vie veule. A vingt-neuf ans, après des fatigues excessives et une mauvaise nourriture dans un stage d'officier dans les Alpes, a décliné sérieusement. Apparition de la dyspepsie stomacale ; travail de plus en plus pénible et souvent peu lucide.

Quatrième période : de trente à trente-deux ans. En mai 1896 a, sur le conseil formel du médecin, abandonné tout travail et peu à peu renoncé à toute lecture. Séjours d'altitude qui, par la nourriture d'hôtel, ont aggravé considérablement l'état gastrique. Déclin rapide des forces que ni la viande crue, ni les piqûres de sérum ne purent enrayer. Dans l'hiver 1896-1897 deuxième pleurésie légère. Cure de repos avec petits repas de viande crue (250 grammes par jour) ; régime farineux, proscription des légumes. Aggravation de l'état général ; tombe à 53 kilogrammes.

Impossibilité d'une occupation quelconque, épuisement complet après une courte visite d'un ami. Injections de sérums divers sans succès. Langue blanche, estomac clapotant continuellement. Constipation avec évacuation de peaux, vives douleurs dans le côlon. Diarrhée putride aiguë qu'on attribue à l'ingestion de viande gâtée. Selles sanguinolentes ; forte desquamation intestinale. Émaciation extrême. Traitement sans succès par le benzonaphtol, les amers, le koumis, les irrigations intestinales. C'est au contraire en renonçant à tout cela que le malade revient dans l'été de 1897 à un meilleur état. Il peut reprendre la marche et la supporte pendant deux à trois heures par jour. Le poids s'élève à 56 kilogrammes. Il reprend sa gaîté et sa sociabilité. Mais la lecture n'est pas encore possible.

Nouvelle cure d'eau froide qui ne produit qu'une aggravation au moins au début. Après la cure, amélioration. Le poids remonte légèrement, la lecture fatigue un peu moins. Digestion stomacale se fait assez bien, mais il continue son régime excluant les légumes et les fruits crus. Selles bien meilleures, avec tendance à la constipation exigeant des lavements. Pendant l'hiver de 1897 à 1898 cure déplorable dans un établissement d'hydrothérapie. Aggravation des troubles intestinaux. Diarrhée abondante survenant après les repas ; selles fréquentes, parfois 12 à 15 fois par jour. Souvent évacuation de mucus pur.

Repos d'un mois dans le midi sans amélioration. Le sommeil, excellent autrefois, se trouble, et le malade reste souvent éveillé trois à quatre heures par nuit. »

C'est dans cet état que j'entreprends la cure. Le malade pèse à ce moment 53 kilogrammes ; il a mauvaise mine, les yeux cernés. L'appétit serait passable, mais après les

repas il 8 des borborygmes, des diarrhées, des douleurs le long du côlon,

Après avoir pris connaissance de cet état et des antécédents je puis dire à mon malade : Je n'hésite pas à déclarer que nous sommes ici en présence non d'une entérite chronique, mais d'un état neurasthénique avec troubles variés, fatigabilité physique et intellectuelle, insomnies, troubles gastriques et intestinaux coexistant ou alternant. Tout cela est nerveux. Or il y a neuf ans que, comme un hanneton qui se butte toujours à la même fenêtre, vous cherchez à vous guérir par un régime, les médicaments, l'eau froide. Ne serait-ce pas le moment d'essayer d'en sortir en prenant une direction diamétralement opposée ?

Le malade répondit : C'est précisément ce que je me dis depuis longtemps. Donnez-moi vos conseils, je ferai tout ce que vous voudrez. — Eh bien, je vous propose :

1° Le repos au lit pendant six semaines parce que vous êtes dans un état d'épuisement. Je n'ai pas besoin d'insister pour vous faire comprendre l'utilité de cette économie de forces.

2° Pour préparer l'estomac, vous allez faire une cure de lait de six jours, puis, sans la moindre crainte, vous prendrez les trois repas de la maison, copieux, sans choix dans les aliments, et vous boirez du lait entre les repas. Je tiens à ce que vous voyiez bien que c'est là " tout l'opposé du régime restreint que vous suivez depuis tant d'années sans succès aucun, avec une conscience digne d'un meilleur résultat. Votre alimentation à partir du septième jour sera si copieuse que je ne voudrais pas la partager avec vous. J'ai bon estomac, maisje ne supporterais pas cette suralimentation. Pour vous suivre, il fau-

drait que je me mette au lit, que je fasse les six jours de cure de lait. Alors nous serions de pair !

Le malade se mit vaillamment à l'œuvre sans se soucier de ses malaises gastriques ni de la diarrhée ; il prit son lait, et, dans la deuxième semaine, il sut si bien se suralimenter qu'il fit en sept jours une augmentation de 3ks,500. Les progrès furent continus. La diarrhée diminua peu à peu ; les forces revinrent, et, dans l'espace de cinquante jours, le poids s'éleva de 53 à 65 kilogrammes, soit environ 250 grammes par jour.

Dès la fin de la deuxième semaine l'amélioration des troubles gastro-intestinaux était si évidente que je pus dire : Vous souffrez encore, je le sais, mais au point de vue de votre soi-disant entérite, nous sommes assurés de l'avenir. Je suis tellement sûr que vous perdrez peu à peu tous ces troubles, que j'ose vous avouer que je ne m'intéresse pas grandement à cette question secondaire. Ce qui m'inquiète pour vous, c'est qu'à trente ans vous viviez ainsi d'une vie veule, sans travail, sans occupations régulières. C'est la santé morale qu'il vous faut d'abord, votre santé physique en dépend, et c'est cette confiance en vousmême que vous ne pouvez conquérir par les douches, le benzonaphtol, les glycérophosphates. Oubliez votre estomac, votre intestin ; supportez gaiement les malaises que vous cause encore le fonctionnement de ces organes et mettez-vous au cœur l'ambition de vivre une vie active et courageuse.

Mon malade me regarda un instant étonné et me dit : « Gomment, vous croyez que je pourrais de nouveau travailler? Il y a quinze jours mon médecin qui me connaît bien m'a dit : Mon cher monsieur, il vous faut renoncer à vous débarrasser de cette entérite ; elle est trop ancienne et vous continuerez le reste de vos jours à suivre un

Dubois. — Psychonévroses. 22

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régime minutieux ; ce n'est pas si pénible; vous verrez, on s'y habitue ! Quant au bravai] il ne faut pas y songer. Votre capital de forces nerveuses ne vous le permet pas. Vous ne pouvez que vous occuper un peu pour vous disl l'aire ou remplir quelque fonction secondaire.

- Eh bien, non ! répondis-je. Vos troubles intestinaux s'amélioreront sûrement pendant la cure de suralimentation. Vous allez vous fortifier graduellement. Vous êtes intelligent, travailleur par goût ; toute votre impuissance ne tient qu'à votre conviction d'impuissance, et je vous conseille sans la moindre hésitation de reprendre à la fin de votre cure une vie active. »

Le malade fut vite persuadé, et malgré de nombreux malaises pendant le reste du traitement, il sut garder une disposition franchement optimiste. J'eus plus de peine à convaincre les proches du malade qui, plus phobiques encore que lui, firent tous leurs efforts pour contrecarrer ces plans.

Dès le retour à la maison le malade se remit à la lecture, à sa tenue de livres, et reprit une vie normale. L'exercice de la marche resta un certain temps difficile mais le progrès fut néanmoins continu. Quinze jours après je revois le malade amélioré, ayant gardé le poids acquis de 65 kilogrammes. — Tout ne va pas encore bien, comme le montre la note suivante :

a 1° Sommeil toujours médiocre ; insomnies fréquentes de deux à trois heures.

« 2° Selles trop molles. Douleurs très supportables le long du côlon surtout pendant la période d'insomnie. Sentiment d'irritation rectale avec besoin d'aller à la selle dans la journée. Ces derniers symptômes plus fugitifs et cédant généralement à la distraction. Appétit souvent coupé par un sentiment d'irritation intestinale pendant les repas.

3° Travail possible, mais encore avec fréquents maux de tête. »

J'encourage le malade à persister, à continuer un régime normal, mangeant de tout assez copieusement pour ne pas maigrir, et avant tout je le pousse au travail.

Dix jours après, reprise de travail. Amélioration rapide de tous les symptômes. Depuis lors il n'y eut pas de rechutes. De temps à autre le malade put se plaindre encore de quelques troubles intestinaux, flatulence, diarrhées explosives. Il eut pendant quelque temps une toux un peu suspecte et qui m'inquiéta par le fait qu'il avait eu deux pleurésies. Ce fut pour moi une raison de plus d'insister sur une alimentation copieuse et variée, la seule qui soit vraiment reconstituante.

La faculté de travail grandit sans cesse. Il put occuper une position scientifique en vue et sa santé est restée excellente dans les six dernières années. Aujourd'hui, c'est un homme qui publie des ouvrages scientifiques de la plus grande valeur, qui travaille douze à quatorze heures par jour, vit à côté de cela la vie mondaine et ne craint pas même la polémique toujours irritante de la presse. Homme de science et philosophe, il vit d'une vie saine et utile.

Cette observation montre comment des troubles gastrointestinaux qui ont résisté pendant environ dix ans à tous les traitements, cèdent lentement mais sûrement à la suralimentation reconstituante suivie d'un régime normal, si l'on sait dissiper les craintes du malade et lui donner la conviction qu'il peut vivre comme les autres. Elle montre aussi comment on peut lui rendre la confiance en lui-même et le ramener à l'activité sans même prendre soin d'éviter le surmenage.

Tous les jours, du reste, le médecin pourrait sur-

prendre chez ses malades cette influence du moral sur les fonctions du tube intestinal et utiliser ces données pour les guérir.

Mais c'est en sens contraire qu'on agit sur eux ; on leur diagnostique une entérite sans rechercher les causes qui ont produit le trouble intestinal ; on leur apprend à reculer devant les obstacles au lieu de les franchir ; on Les condamne à une vie veule qui entretient la mentalité hypocondriaque, commune à presque tous les névrosés.

11 faut avouer que la physiologie, telle qu'elle nous était enseignée jusqu'ici, ne nous ouvrait pas les yeux sur ces relations du physique et du moral. Cependant le jour se fait dans ce domaine de science précise, expérimentale. Dans une magistrale étude sur le travail des glandes digestives, Pawlow, de Saint-Pétersbourg1, a montré que, chez le chien, la sécrétion du suc gastrique n'est pas provoquée, comme on l'avait cru jusqu'ici, par l'irritation mécanique et chimique de la muqueuse gastrique, mais qu'elle s'établit avant tout par le désir, par la représentation mentale. L'appétit psychique est l'excitant le plus puissant des fonctions digestives. Un chien à qui on fait espérer un régal de viande en lui montrant l'assiette, sécrète la même quantité de suc gastrique que celui auquel on donne à mâcher 100 grammes de viande.

L'ignorance de cette influence psychique a amené les physiologistes à des conclusions erronées. Irritant à travers une fistule la muqueuse stomacale avec une barbe de plume, une tige de verre, ils ont vu sourdre le suc gastrique et ont cru démontrer ainsi que l'irritation mécanique suffisait. Cette réaction ne se produit pas si l'opérateur se lave assez les mains pour qu'il n'y ait aucune

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