VINGT-TROISIÈME LEÇON
Constipation habituelle. -- Inutilité des laxatifs. — Efficacité du traitemeni par le dressage. — Influence de l'habitude. — Exposé des prescriptions destinées à rétablir le fonctionnement intestinal. - Influence suggestive. — Psychologie des malades constipés.
Maintenez la liberté du ventre, ont dit de tous temps les praticiens de bon conseil et le public semble avoir pris très au sérieux cette prescription. Conservateur d'instinct, il s'attarde aux conceptions anciennes et l'on voit de nos jours bien des gens se purger à époque fixe, comme ils se saignaient encore il y a cinquante ans. Les spécialités dépuratives jouissent d'une grande vogue, surtout quand elles ont des effets laxatifs qui semblent prouver qu'elles purifient le sang.
On a quelque peu renoncé, dans la médecine moderne, peut-être à tort, aux évacuants, aux vomitifs, aux purgatifs. On reconnaît moins l'indication de faire une dérivation sur l'intestin et de combattre ainsi des phlegmasies diverses, mais nous recourons encore souvent à ces préparations pour combattre un trouble fonctionnel fréquent, la constipation habituelle. Il suffit de jeter un coup d'œil sur la quatrième page des journaux pour constater combien ces remèdes sont encore employés, car l'offre est toujours proportionnelle à la demande.
En effet, la constipation est un mal qui peut à lui seul
amener de graves désordres et qui complique la situation dans diverses affections locales ou générales. Il est rare que la coprostase simple provoque des accidents sérieux, et, depuis qu'on a montré le rôle de l'appendice, on ne parle plus guère de la typhlite stercorale. Cependant on observe parfois, sans lésions intestinales, une réplétion telle du gros intestin que force est de recourir aux lavements, aux laxatifs, voire même à l'extraction manuelle des fèces.
La constipation aggrave chez les femmes les inflammations de l'utérus et des annexes ; elle gêne par la distension rectale l'examen et les traitements gynécologiques. Chez les accouchées elle produit souvent des accès de fièvre qu'un purgatif fait cesser. Enfin, dans le cours d'affections fébriles des divers organes, elle élève la température, augmente la dyspnée. Dans tous ces cas de constipation momentanée l'indication est formelle. Il faut provoquer promptement l'évacuation et rien n'est plus simple et plus efficace que le lavement ou le purgatif.
Mais la situation n'est plus la même dans la constipation habituelle.
J'ai exposé en 1886 * mes vues sur le traitement de ce trouble fonctionnel ; j'y reviens avec détails, car la question présente un intérêt pratique et théorique. La méthode que je préconise donne en effet des résultats constants et éclaire d'un jour nouveau l'influence de l'idée sur nos fonctions les plus basses.
Au début de ma pratique, j'ai fait comme les autres et j'ai prescrit contre la constipation les laxatifs divers. Je donnais la préférence à des pilules d'aloès qui, prises le soir, amenaient sans douleurs, sans malaises, une éva-