‹ Les psychonévroses et leur traitement moral. Lecons faites à l'Université de BerneChapitre 34 sur 75 · Correspondenzblatt fur Schweizer Aerzte, n° l · texte numérisé non relu

Correspondenzblatt fur Schweizer Aerzte, n° l

ouation matinale normale. Pendant un certain temps je îu* aussi satisfait que mes clients des résultats obtenus, mais ma joie ne fut pas de longue durée.

Peu à peu je vis revenir mes malades. L'un me disait : vos pilules n'agissent plus si bien ; il faut que j'en prenne deux ou trois ; il me semble que l'intestin s'y habitue et devient rebelle à leur action; l'autre disait : elles produisent toujours leur effet, mais j'aimerais bien n'être pas condamné aux pilules à perpétuité, et quand je cesse je suis plus constipé qu'auparavant.

J'ai essayé alors divers laxatifs que les pharmaciens recommandent comme souverains et exempts de tous inconvénients, mais j'ai toujours constaté les mêmes faits : action très prompte au début, inefficacité à la longue.

J'ai pris alors résolument le parti de renoncer à tous les remèdes et d'instituer une méthode de traitement rationnel, en utilisant la tendance à l'habitude que montrent tous nos appareils physiologiques et en prescrivant quelques mesures de régime.

Le besoin de la défécation s'établit normalement par l'accumulation des fèces dans le rectum, comme l'appétit naît par un certain degré d'inanition, comme le sommeil succède à la fatigue.

Mais on aurait grand tort de ne songer qu'à ces excitants physiologiques normaux. Nous avons souvent de l'appétit à l'heure de notre dîner, alors même que nous n'avons pas dépensé nos forces, épuisé notre capital, alors même que nous avons pris des aliments quelques heures auparavant. Nos paupières s'alourdissent à l'heure où nous nous couchons habituellement, quand même nous n'avons déployé dans la journée aucune activité et, quand nous avons l'habitude de nous coucher tard, nous ne trou-

vons pas le sommeil alors même que par un travail intense, physique ou intellectuel, nous nous sommes fatigués au point de dire : Je n'en puis plus.

J'ai vu des personnes dont les évacuations étaient bien réglées autrefois, s'attirer une constipation opiniâtre par un choix mauvais de l'heure destinée à cette fonction. C'était une heure où la personne était occupée et accidentellement ne pouvait obéir au besoin. Le lendemain le besoin se manifestait à la même heure et de nouveau la personne résistait. Plus tard l'intestin, dont on négligeait les avertissements, ressentait moins le besoin. Le joug de l'habitude était rompu et la constipation s'établissait. J'ai donc songé à utiliser cette tendance à l'habitude et à accumuler sur les heures du matin toutes les excitations qui peuvent agir sur l'intestin.

J'ai choisi le matin parce que c'est l'heure où nous sommes libres de nous livrer à ces soins hygiéniques et parce que normalement, pendant la longue nuit, le mouvement lent de l'intestin a amené au rectum les scories de l'alimentation. Il y a donc, au matin, une première invitation à aller à la selle qui résulte de l'accumulation même des matières.

Le réveil lui-même constitue une deuxième excitation. Je connais bien des gens pour lesquels ce réveil des mouvements péristaltiques, succédant au réveil de la personne, est gênant ; ils sont obligés d'y obéir aussitôt et de sortir de leur lit où ils se trouvent si bien.

Le lever avec les flexions du tronc que nécessitent la toilette, le mouvement de mettre ses bas, de passer son pantalon, fait l'effet d'un massage si efficace que j'ai vu des gens se plaindre de ne pouvoir résister au besoin après avoir lacé leur première bottine.

Vodà trois invitations qui se succèdent coup sur coup

e1 qui deviennent habituelles, surtout si le lever succède régulièrement au réveil à heure fixe.

Prendre un verre d'eau froide au lever est une mesure qui a été souvent recommandée. Arrivant dans un estomac vide depuis la veille, cette eau excite le mouvement de l'estomac et la contraction s'étend sur tout l'intestin ; c'est une quatrième excitation. Si le malade a remarqué que l'eau chaude ou tiède lui réussit, je n'insiste pas pour l'eau froide. Si c'est un fumeur qui a reconnu les bons effets de la cigarette, j'acquiesce.

L'ingestion du premier déjeuner, surtout s'il est assez copieux, composé de pain et de beurre, particulièrement de pain complet ou pain de son (pain de Graham), active aussi les mouvements péristaltiques. Le miel peut être un utile adjuvant quand il est bien supporté.

Faites intervenir maintenant l'habitude en prescrivant le dressage à heure fixe, en enjoignant au malade de se présenter à la garde-robe une heure après le début de son premier déjeuner, vous aurez fait agir sur l'intestin six invitations successives dont chacune pourrait être suffisante pour un sujet non constipé, mais dont la succession régulière peut seule triompher de la paresse intestinale de votre malade. La volonté a en effet quelque action sur la défécation. La mise en jeu volontaire de la presse abdominale déplace les masses fécales, irrite la région anale et amorce le mouvement péristaltique rectal.

Invitez enfin le malade à prendre une alimentation copieuse, en lui rappelant l'adage : les gros mangeurs ne sont jamais constipés ; rendez-le attentif à l'effet laxatif des aliments végétaux, des fruits (les herbivores ne sont guère sujets à la constipation), et vous aurez institué un traitement physiologique de la constipation plus efficace que tous les moyens artificiels.

Au point de vue de l'alimentation, le paysan et l'ouvrier, quand ils ne sont point miséreux, sont mieux nourris que les gens des classes élevées. Obligés de se contenter de légumes de peu de valeur nutritive, ils sont portés à en manger beaucoup pour être nourris et avoir le sentiment de satiété. Leur intestin contient beaucoup de détritus alimentaires. Aussi l'homme du peuple échappe-t-il généralement à la constipation, à l'obésité, à la goutte. Le riche au contraire mange souvent trois fois trop et, donnant la préférence aux aliments très nutritifs et facilement digestibles, il est constipé, obèse, goutteux et par-dessus tout il a le spleen.

Les médecins qui prescrivent aux dyspeptiques un régime restreint, leur défendent les légumes et les crudités, entretiennent comme à plaisir la paresse intestinale. Forcés alors de recourir aux lavements d'eau ou de glycérine, aux médicaments, à l'électrisation de l'intestin, ils irritent ces organes, et c'est souvent à ces interventions intempestives qu'est due la colite muco-membraneuse, qu'on s'efforce de guérir par des lavements astringents.

Cette méthode physiologique de dressage intestinal réussit toujours dans les cas ordinaires de constipation habituelle, si ancienne qu'elle soit, quand elle n'est pas compliquée de fissure anale exigeant une intervention locale. Des hémorroïdes douloureuses peuvent aussi indiquer un traitement préalable, mais si les souffrances sont tolérables la suppression de la constipation peut amener la guérison de cette complication.

J'ose dire que la guérison de la constipation est certaine si l'on sait employer ces moyens, mais pour être efficace il faut que ce traitement soit prescrit avec conviction entière, précisé par une ordonnance écrite. Aussi j'insiste,

ej ;l lVli\ qui veulent tenter L'essai je donnerai les cou seils suivants :

r Rendez Le malade attentif aux inconvénients des

laxatifs e1 des lavements. Proscrivez tout cola, brûlez sans crainte vos vaisseaux.

2° Affirmez qu'on arrive toujours par ce dressage intelligent. Si vous avez déjà des succès à. voire actif, décrivezles avec une éloquence convaincante.

3° Demandez à votre malade quand il se lève et prend son premier déjeuner. Vous pouvez dans une certaine mesure tenir compte de ses habitudes. S'il se lève à 7 h. 30, par exemple, donnez-lui par écrit les prescriptions suivantes :

a) 7 h. 30. Lever.

b) 7 h. 45. Boire un verre d'eau froide ; à ceux qui ont la superstition des médicaments, donnez une infusion de quassia préparée la veille.

c) 8 heures. Premier déjeuner copieux : lait, café, thé, au choix ; chocolat même, chez ceux que cet aliment ne constipe pas ; pain (de Graham si possible) ; beurre ; confitures ou miel.

d) 9 heures. Essai d'aller à la selle à heure fixe. Insister sur ce point : ne pas aller à d'autre heure, s'y refuser en « disant » à son intestin : tu n'as pas voulu à 9 heures, tu attendras le jour suivant !

e) Alimentation copieuse en donnant la préférence aux aliments végétaux.

Mais ne vous contentez pas d'énumérer ces mesures, de les fixer sur le papier. Expliquez-les, commentez, énumérez les « invitations » que contiennent ces prescriptions. Le malade vous répondra : Mais j'ai déjà fait l'essai à heure fixe, j'ai déjà bu un verre d'eau froide. Vous pouvez lui répliquer : mon cher monsieur, six canons

peuvent faire la brèche là où un ou deux n'ont pas suffi. Allez-y bravement, vous réussirez !

Et, enfin, n'allez pas supprimer l'effet suggestif que vous venez de produire. Un excellent confrère qui pratique depuis de longues années ce traitement me disait qu'il en était très satisfait, mais qu'il avait cependant quelques insuccès. Étonné je lui fis faire l'énumération des prescriptions qu'il avait faites. Elles étaient au complet, comme si je les avais dictées moi-même. Je cherchais les causes de l'insuccès quand mon confrère ajouta : Du reste je n'ai pas découragé le malade et je lui ai dit : si cela ne va pas, il y aura encore d'autres moyens ! — Cette contre-suggestion suffit à expliquer son échec. Quand on veut imposer une conviction, il ne faut pas faire naître l'idée de l'insuccès possible.

Pendant les premières années le traitement que j'avais institué me donna des succès réguliers ; mais ils furent assez lents pour maintenir en moi l'idée qu'ils étaient dus uniquement au dressage créant des habitudes intestinales. Il fallait quinze jours, trois semaines, pour arriver à un résultat. Les succès étaient là cependant, et leur constatation me donna de l'assurance. J'osai affirmer la guérison en toute sincérité. Mon influence s'accrut et bientôt je vis mes malades guéris en huit jours, cinq jours, trois jours. Enhardi je fus plus affirmatif encore et je vis des malades retrouver la régularité des selles au lendemain d'une seule consultation !

Citons quelques exemples :

Mmc H. est une dame de bonne constitution, en pleine santé, mais qui depuis six ans souffre d'une constipation opiniâtre. Elle a épuisé tous les laxatifs, les lavements, le massage. Je lui donne par écrit mes prescriptions. Elles sont accueillies avec un sourire sceptique par la

malade ei son mari, flteureusement pour elle, je ne nie laisse plus décontenancer par cette attitude et je maintiens mon dire que le succès ne se fera pas attendre. Au bout de cinq jours les selles sont faciles et régulières, et la constipation n'a jamais reparu.

Un cou frère m'envoie un flacon de 200 grammes d'un liquide plein de peaux ressemblant à des lanières de pelure d'oignons. L'examen microscopique montre qu'elles sont composées de mucus concrète et le médecin pose le diagnostic de colite muco-membraneuse. Je vois la malade. ('/est une grande nerveuse qui a souffert le martyre dans sa vie conjugale. Elle dort peu, ne mange presque pas. Elle a une constipation opiniâtre qu'elle a combattue par les lavements, les purgatifs. Il en est résulté une irritation intense du rectum, une colite que le médecin s'efforce de combattre par les lavements médicamenteux, au bismuth et au ratanhia.

Je n'hésitai pas à proposer la cessation immédiate de tout traitement local. Laissant de côté, comme sans importance, ce désordre intestinal, je cherchai à combattre le nervosisme. J'insistai sur la nécessité d'une suralimentation, montrai les avantages de cette dernière pour le fonctionnement du gros intestin. Je remontai le moral de la malade.

Le succès ne se fit pas attendre. Encouragée, la malade pratiqua la suralimentation, se sentit bientôt plus forte ; les selles devinrent rapidement faciles et régulières. La colite disparut et la malade, que j'ai revue souvent, n'est jamais retombée.

Quelques années plus tard, dans une discussion avec des confrères, le médecin qui avait soigné la malade rompit une lance en faveur de mon traitement. Il avoua que, lors de la première consultation, il avait craint que

j'eusse perdu la tête quand je proposai l'abandon de tout traitement local, mais que bientôt il avait dû reconnaître que le conseil était sage.

Mme G. est une jeune femme de constitution frêle, sujette à des bronchites suspectes. Elle a été traitée pendant des années par les moyens usuels pour une dyspepsie gastro-intestinale avec constipation persistante. Elle vient de suivre chez un médecin spécialiste pour l'estomac un régime aussi inefficace que pénible. Aussi a-t-elle maigri de plus en plus et court le risque d'arriver par la dénutrition à la phtisie.

Je surprends chez cette malade les symptômes d'une impressionnabilité morale exagérée, des phobies, des préoccupations hypocondriaques. Je lui prescris mon traitement de la constipation et, sans m'occuper plus de ce symptôme, je poursuis le traitement de l'esprit dans des causeries journalières.

Au bout de trois jours les selles sont régulières, le poids du corps s'élève ; la malade intelligente devient philosophe stoïque et s'en va guérie. Imbue des principes de la cure, elle fait du bien autour d'elle en ramenant des amies à la vie saine.

Un confrère m'envoie sa femme qui depuis six ans souffre d'une constipation contre laquelle il a tout employé sans succès. Je vois la malade à huit heures du soir à son arrivée et lui prescris le régime de dressage. Le lendemain, elle a une première selle spontanée ; pendant trois semaines qu'elle passe ici, elle n'a pas de constipation et s'en retourne guérie. Un an après mon confrère m'écrit que le résultat ne s'est pas démenti et, que ce traitement de la constipation a eu l'heureux effet de rendre toujours plus rares les migraines dont souffrait la malade.

Pubofs. — Psychonévroses. 23

Deux ans après la malade me revient. Sous rinfluence de préoccupations morales elle est devenue nerveuse. La constipation est survenue et mon confrère semble désolé de cette récidive, parce que la malade a perdu toute confiance dans le traitement. Il me suffit, d'une demi-heure de conversation pour remettre les choses au point, pour montrer à la malade qu'elle est nerveuse, que la constipation esl la conséquence de la dépression morale, et pour lui rendre la confiance dans le dressage. Dès ce jour les fonctions se rétablissent. Je n'ai plus eu de renseignements sur la marche ultérieure, mais, pour apprécier l'efficacité de ces mesures, il suffit de savoir que chez cette malade la constipation cessa du soir au matin et que, pendant deux ans, il n'y eut pas de récidive.

La présence même, dans l'esprit du malade, de contresuggestions, n'est pas un obstacle sérieux, comme le prouve le fait suivant :

Mme X., jeune dame de vingt-deux ans, m'est envoyée et me dit à son arrivée : Ma belle-sœur que vous avez guérie de constipation veut à toute force me faire suivre votre cure ; mais, je vous l'avoue, je viens sans l'ombre de confiance !

— Dans ce cas, madame, vous feriez bien de repartir ; mais quels sont donc les motifs de votre fâcheux scepticisme ?

— Eh bien voilà, ma belle-sœur était maigre, ne mangeait pas ; sa constipation résultait de sa nourriture insuffisante et ne datait que de quelques années. Vous l'avez amenée à manger normalement, elle s'est fortifiée et a perdu sa constipation. C'est très bien et je ne veux en aucune façon rabaisser vos mérites dans cette cure. Mais moi, je suis dans de toutes autres conditions : je mange comme un ogre, vous ne pouvez pas me faire manger

plus ; enfin je suis constipée depuis la plus tendre enfance ; c'était le tourment de ma mère quand j'étais poupon !

Ce n'est pas un obstacle, Madame ! Suivez les prescriptions que je vous donne ici par écrit et cela ira, croyezmoi ! — Le lendemain déjà elle allait à la selle spontanément et au bout de trois semaines elle put constater le succès complet.

Les hypnotiseurs nous ont habitués à des succès du même genre. Oui ; ils réussissent souvent dans l'hypnose ou par la suggestion à l'état de veille à rétablir le fonctionnement de l'intestin, séance tenante ou à échéance.

Pourquoi n'ai-je pas recours à ce moyen si simple? Parce que je réussis tout aussi bien avec les prescriptions que j'ai énumérées, parce qu'il me répugne d'employer de vulgaires subterfuges, c'est-à-dire endormir les malades, leur passer la main sur le ventre pour éveiller l'idée qu'on leur fait quelque chose.

La friction du ventre à travers les habits ou sur la peau nue n'agit que sur l'imagination, et il est inutile de parler ici d'excitations centripètes qui, passant par le cerveau, y deviennent centrifuges. C'est une manière trop simple d'expliquer l'action des représentations mentales.

Sans doute la suggestion intervient dans ces traitements quand ils ont un effet aussi immédiat que ceux que j'ai relatés ; on ne dresse pas l'intestin en un jour.

Mais le phénomène psychique qui amène la guérison est certainement complexe et il vaut la peine de l'analyser. Il y a des cas où, par la suggestion brutale ou la persuasion rationnelle, on ne fait que supprimer une idée fixe de constipation ; dans sa crainte d'être constipé, le

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malade recourt journellement à des moyens artificiels.

M. de T. est un vieillard égoïste et hypocondre qui

souffre de continuelles douleurs dans le rectum. Depuis

vingt ans il prend Ions les jours son lavement; il n'a jamais osé essayer de s'en passer.

Dans une consultation je dis à mon confrère : nous ne délivrerons jamais ce malade de son algie rectale (il n'y avait aucune lésion constatante) si nous ne réussissons pas a détourner son attention de son rectum. Il faut donc lui faire cesser les lavements.

— Voilà vingt ans que je m'y emploie, me répond le médecin du malade, je serais bien étonné si vous réussissiez.

Nous revenons auprès du malade et je lui démontre la nécessité de cesser ces lavements qui ne peuvent qu'irriter l'intestin et entretenir la douleur.

Il m'oppose aussitôt une fin de non recevoir. L'angoisse se peint sur son visage à cette proposition ; il me déclare qu'un seul jour de constipation suffirait pour le plonger dans la mélancolie, l'amener au suicide !

En présence de ces craintes j'ai l'air de ne pas insister, ne voulant pas encourir la responsabilité d'avoir été cause de sa mort. Mais, d'un air détaché et comme si je ne m'adressais qu'à mon confrère, j'exprime l'idée que des lavements pris tous les jours ne doivent pas être toujours sans danger. C'est une irritation chronique par l'introduction d'une canule, par le contact de l'eau avec la muqueuse. Or on sait que les cancers naissent volontiers dans les muqueuses qui sont sujettes à des irritations mécaniques ou chimiques !

A ces mots le malade devient inquiet, il se voit déjà atteint de cancer. Il consent à faire l'essai daller à la selle avant le lavement, à se priver de celui-ci un jour. Il

réussit dès le premier jour et depuis lors n'a plus de constipation !

J'ai suivi le malade pendant quelques années ; il continua son dressage à heure fixe avec une telle pédanterie qu'il vint tout inquiet me trouver le jour où la Suisse adopta l'heure de l'Europe centrale ; il craignait que ce changement vînt dérouter ses habitudes !

J'obtins le même succès chez un homme de quarantehuit ans qui, lui aussi, prenait des lavements tous les matins. Je réussis à supprimer ses craintes de mélancolie menaçante et dès le lendemain le malade eut des selles spontanées.

Il me semble que ces malades ne sont pas de vrais constipés. Us ont la phobie de la constipation, et par la parole on supprime ces craintes vaines.

J'attribue aussi une action réelle à la suralimentation, au régime plutôt végétarien, au verre d'eau pris à jeun, au réveil et au lever. Tout cela contribue à exciter directement les mouvements péristaltiques. Enfin, dans les cas où l'effet est obtenu lentement, on peut expliquer le résultat par les habitudes organiques dont l'intestin est aussi bien l'esclave que les autres organes.

La suggestion et la persuasion que j'opposerai toujours l'une à l'autre, quoiqu'elles produisent souvent les mêmes effets immédiats, peuvent agir aussi en supprimant de» influx volontaires fâcheux. Je m'explique : le fonctionnement de nos organes splanchniques est automatique. Il en est de même de certains mouvements volontaires qui, par leur répétition fréquente, deviennent automatiques. Le virtuose ne meut pas volontairement ses doigts, il les laisse courir sur son instrument. L'acte de la déglutition s'accomplit comme un réflexe quand les aliments arrivent dans T arrière-gorge. La miction et la défécation se font

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ordinairement spontanément. Or quand, par un effort maladroit, la volonté intervient dans un acte normalement automatique, elle trouble le fonctionnement de L'organe. Le pianiste peut rire arrêté dans son jeu s'il veut exécuter consciemment tel ou tel passage ; il réussit au contraire s'il laisse agir les centres réflexes. Beaucoup de personnes ne peuvent avaler des pilules ; craignant qu'elles ne pénètrent dans le larynx, elles font des efforts de déglutition volontaire si mal combinés qu'ils ramènent la pilule à l'arcade dentaire.

La crainte de ne pas pouvoir uriner amène la rétention, et là aussi la suggestion, l'encouragement suffisent à lever l'obstacle. Je le constate souvent à ma consultation. J'ai l'habitude d'examiner séance tenante l'urine de chacun de mes malades et, pour ce faire, je prie les hommes de passer dans un cabinet voisin. La réponse ordinaire est : Mais, docteur, je ne puis pas ; je viens d'uriner avant de venir chez vous.

Je réponds : cela ne fait rien, on peut uriner toutes les cinq minutes.

Le malade se résigne à essayer, mais ses efforts sont vains et je le vois rentrer dans ma chambre désappointé, me disant : décidément cela ne va pas !

Je le renvoie en lui répétant : Mais pardon, cela va toujours ! Recommencez, mais ne pressez pas, laissez aller ! Ce sont là deux actions très différentes.

Dans 99 p. 100 des cas, j'obtiens le résultat voulu.

Il doit se passer quelque chose d'analogue dans l'essai voulu de défécation.

Chez l'un c'est la crainte de ne pas réussir, chez l'autre la conviction anticipée d'insuccès qui entravent la réaction physiologique. Le désir trop vif d'obtenir le résultat peut gêner l'action nerveuse ; enfin l'intervention mala-

droite, trop raide, de la volonté peut amener également l'insuccès.

Une bonne vieille qui avait déjà réussi quelquefois à obtenir un résultat me fit spontanément l'observation suivante : quand j'y mets trop de volonté, 'je ne réussis pas ; par contre, que je mette mes lunettes et que je lise un journal, cela va tout seul !

Ce même traitement de dressage peut être appliqué à d'autres désordres intestinaux, aux malades qui, sous des influences diverses, passent de la diarrhée à la constipation. Il donne plus difficilement, il est vrai, des résultats dans les diarrhées chroniques. Quel que soit le désordre, l'indication de créer de bonnes habitudes intestinales est formelle.

Mais c'est dans la constipation habituelle que la méthode montre sa constante efficacité. Elle agit par diverses voies : par des influences physiologiques dues à l'alimentation copieuse plus végétarienne qu'animale, à l'ingestion du verre d'eau, aux effets de l'habitude que crée l'essai fait à heure fixe ; par la suppression d'idées diverses qui produisent sur ses fonctions une action inhibUrice. — J'ai indiqué qu'il y a une psychologie du constipé plus complexe qu'on ne pense et que des représentations mentales diverses peuvent entraver le fonctionnement. La suggestion comme la persuasion supprime ces obstacles mentaux. Si j'ai tant insisté sur ce traitement, c'est tout d'abord qu'il donne constamment des résultats précieux. En même temps ces phénomènes soulèvent des questions intéressantes de psychologie physiologique. Enfin ce traitement peut servir de pierre de touche pour juger de la mentalité du médecin qui l'applique, de ses aptitudes thérapeutiques, et j'oserai dire au médecin qui ne réussit pas à guérir, par ces moyens, la plupart des cas de con-

si i pal ion habituelle :-Vous ne me paraissez pas avoir les qualités nécessaires pour l'exercice de l'art de guérir. En Ions cas, ne faites ni de l'hypnose ni de la suggestion à l'état de veille ; ne songez pas à la psychothérapie, car vous n'avez ni l'autorité suggestive qui fait les thaumaturges, ni le don de persuasion qui restera toujours la qualité maîtresse du médecin praticien.

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