VINGT-QUATRIÈME LEÇON
Troubles de la circulation. — Tachycardie émotive. — Symptômes basedowiens. — Tachycardie permanente ; son existence chez les tuberculeux. — Arythmie ; intermittences ; souffles accidentels. — Suppression des troubles cardiaques par la psychothérapie. — Dyspnée nerveuse ; toux convulsive ; bégaiement. — Aphonie nerveuse ou hystérique ; mutisme.
La circulation est souvent troublée dans les psychonévroses. Tantôt ce sont des palpitations, des troubles cardiaques, tantôt des phénomènes de contraction et de dilatation vasculaire. L'apparition de ces désordres n'a rien qui étonne quand on songe que la pâleur, la rougeur traduisent nos sentiments de honte, de crainte, tue cœur participe si constamment à tous nos mouvements émotionnels que la langue vulgaire considère le cœur comme le siège des sentiments, laissant au cerveau le rôle plus froid de la pensée raisonnante.
Ce qu'on observe le plus souvent chez les nerveux, c'est la tachycardie émotive. Les malades n'acceptent pas toujours cet adjectif parce qu'ils ne voient pas clairement l'émotion qui a accéléré les battements du cœur. Mais il est facile de les surprendre en flagrant délit et de leur montrer que presque toujours quelque phénomène psychique conscient ou subconscient a déterminé le trouble cardiaque.
Chez beaucoup de neurasthéniques et d'hystériques on surprend tout d'abord la variabilité du rythme.
Au moment où vous abordez le malade vous trouvez le pouls fréquent. Parfois il est normal au début mais s'accélère dès qu'on le compte ; un bruit soudain, une question qui intimide le malade, suffisent pour faire galoper le cœur. Les recherches cardiographiques ont montré que ces variations sont saisissables chez l'homme sain ; mais la faillite avec laquelle elles s'établissent donne la mesure de l'émotivité du sujet, qui se manifeste aussi par la timidité, la facilité à rougir.
Chez d'autres malades, la tachycardie est permanente et semble plus indépendante de la vie de l'âme. On se croirait en face d'une maladie de Basedow, fruste, sans goitre, sans exophtalmie. Souvent le regard est un peu fixe, l'œil est brillant, inquiet. L'analogie est évidente et elle n'a rien qui doive étonner. Malgré les recherches modernes qui attribuent la plupart des symptômes du goitre exophtalmique à l'hypersécrétion thyroïdienne, malgré les succès évidents de certaines interventions chirurgicales, il n'en est pas moins vrai qu'il s'agit là d'une maladie nerveuse. On surprend chez les Basedowiens les stigmates mentaux des névrosés, particulièrement l'émotivité exagérée et, en scrutant le passé des malades, on constate que ce nervosisme a existé chez eux bien avant le début de la maladie. On retrouve chez eux l'hérédité névropathique. Enfin on voit survenir la maladie de Basedow sous une forme aiguë, souvent mortelle, sous la seule influence d'une émotion. J'ai perdu en quelques jours deux clientes chez lesquelles la maladie s'était déclarée le jour de la mort de leur mari.
Les formes de tachycardie permanente des névrosés semblent dues aussi à une cause organique, peut-être à
une auto-intoxication, secondaire à l'état psychique. Le pronostic est moins favorable que celui des palpitations passagères succédant à un mouvement émotionnel. Nous sommes toujours plus désarmés quand nous ne pouvons déceler l'origine du trouble fonctionnel.
On observe souvent cette tachycardie soit isolée, soit accompagnée d'un état de psychonévrose, d'agitation, au début de certaines tuberculoses. Il est probable que l'atteinte portée à la santé physique détermine chez des sujets prédisposés l'éclosion du nervosisme. Quand vous avez affaire à un nerveux agité qui, en l'absence de toute fièvre, a les pommettes rouges, une tachycardie permanente, de la dyspnée, et qui a maigri rapidement, soyez sur vos gardes ! Il y a peut-être anguille sous roche et souvent l'auscultation vous révélera une tuberculisation commençante.
Il y a cependant des cas où la tachycardie permanente reconnaît une cause psychique. Ce sont des malades qui ne s'émeuvent pas à propos d'un fait précis, mais qui vivent dans un état continuel d'inquiétude, dans une angoisse d'expectation, sans pouvoir analyser leurs craintes. L'état d'âme étant continuellement celui de l'agitation, la tachycardie émotive devient permanente et il devient fort difficile d'en supprimer la cause et d'entreprendre un traitement promptement efficace.
L'arythmie cardiaque peut se manifester non seulement par des variations dans la fréquence ou la tension du pouls, mais aussi par des intermittences. Tantôt elles sont régulières, survenant après 3, 4, 5 pulsations, tantôt elles n'apparaissent qu'à de longs intervalles sous la forme de faux pas du cœur. J'ai conservé quelques doutes sur la nature nerveuse de ces intermittences. Je n'oserais affirmer qu'elles ne sont pas dues à des lésions cardiaques
ou à des intoxications. "Si le malade est arrivé à l'âge de l'artériosclérose, si c'est un ancien syphilitique, il faut être réservé dans son jugement.
Je m'exprimerai de la même façon dubitative au sujet de ces souffles doux qu'on entend à la pointe, sur le ventricule ou à la pulmonaire, et qu'on désigne sous le nom de souffles accidentels. Nous ne sommes nullement fixés sur le mécanisme de leur production. Je dois dire cependant que j'ai observé ces divers troubles dans les psychonévroses sans voir survenir plus tard des phénomènes de stase. J'ai pu, dans quelques cas, constater la guérison après une cure qui avait amélioré l'état nerveux. C'est ici que le repos au lit dans une cure d'isolement peut agir directement sur ces troubles fonctionnels.
Quelle est la conduite à tenir vis-à-vis de ces troubles cardiaques nerveux?
Il faut tout d'abord examiner son malade. Gela va de soi, direz-vous. Oui, cela va de soi, et pourtant cela ne se fait pas toujours. Il ne suffit pas, en effet, d'appliquer négligemment son oreille, à travers les habits, sur la poitrine du malade, comme font tant de praticiens. Il faut faire un examen complet par l'inspection, la palpation, la percussion, l'auscultation minutieuse. Il faut reconnaître l'état du foie, du poumon, analyser l'urine, tâter le pouls non seulement pour le compter, mais pour apprécier sa tension, ses caractères ; il faut noter les moindres symptômes de stase.
Il faut que cet examen soit assez complet, assez sûr pour qu'on ose être affirmatif, qu'on puisse en toute conscience déclarer au malade qu'il n'a pas d'affection du cœur, que ses palpitations sont nerveuses. Vous pouvez par ce simple moyen couper court d'un jour à l'autre à des troubles cardiaques qui ont résisté pendant
des mois et des années aux médications les plus diverses.
En voici un exemple :
Mme R. est une jeune femme de vingt-six ans qui semble jouir d'une bonne santé. Elle est un peu amaigrie, mais avant tout elle présente les symptômes évidents d'une émotivité exagérée. Elle semble inquiète, désolée de se voir à l'étranger, condamnée à une cure d'isolement que son médecin lui conseille.
Depuis quatre mois elle vit dans un état de nervosisme qui est devenu insupportable pour les siens. Toutes les nuits elle se réveille en sursaut ; elle est prise de battements de cœur accompagnés de la sensation terrifiante de la syncope prochaine. Son mari est obligé de se lever toutes les nuits, de lui administrer des médicaments. Le médecin du village est appelé et s'efforce, mais en vain, de calmer la malade.
On consulte dans une ville ; le médecin diagnostique un état de grande hystérie et, se reconnaissant incapable d'agir sur la malade, me l'envoie.
Le mari me raconte tout cela et me dit : ma femme a une telle peur de la mort, qu'on peut à peine prononcer devant elle ce mot fatal. Et en effet, la malade fond en larmes aussitôt et s'écrie : Oh oui, s'il faut mourir, j'aime mieux mourir tout de suite !
J'eus vraiment quelque peine à me décider à prendre en traitement cette malade douée d'une aussi puérile mentalité. Prévoyant qu'elle ne pourrait se soumettre aux conditions d'isolement, je priai le mari de rester en ville, pensant qu'elle ne tiendrait pas un jour et repartirait avec lui. Il n'en fut rien. La malade s'installa bravement. Je l'examinai à fond et pus lui dire : — Madame, vous êtes en bonne santé, jeune, vigoureuse. Votre constitution
est excellente, Les battements de cœur que vous avez sont nerveux. Il n'y a pas de symptômes d'une maladie de cœur. Quelle que soit la rapidité de vos pulsations, il n'y au i';i jamais aucun danger. C'est la peur qui vous met dans cet état. Croyez-moi : si vous pouviez perdre la crainte, tous ces troubles cesseraient immédiatement. N'oubliez pas que rien ne fait battre le cœur comme l'émotion de la crainte. Supposez que vous vous réveillez avec des battements de cœur ; ils sont nés, peut-être, dans un rêve éniotionnant, oublié du reste ; ou bien ils sont dus à l'action du café, du thé, que sais-je? Si, ébranlée par cette constatation, vous prenez peur, si vous pensez à la possibilité d'une issue funeste, vous créez un état émotionnel. Or, comme l'émotion fait battre le cœur, le pouls qui battait à cent, va s'élever à cent vingt. A ce chiffre l'angoisse augmente et l'émotion paraît plus justifiée encore. Alors le pouls atteint cent quarante. Au contraire, si, persuadée que vous n'avez rien, vous renoncez à vos craintes, le pouls va se ralentir.
Le lendemain je trouve la malade très vaillante ; elle a bien dormi et je puis me faire l'illusion d'avoir, par une conversation, coupé court à tous les accidents. Mais la conclusion est prématurée et je surprends chez la malade une idée préconçue. Elle m'explique son bien-être de ces deux jours par le fait qu'elle a ses règles ; car elle sait que les palpitations cessent toujours chez elle pendant l'époque menstruelle, pour reparaître à coup sûr au moment où cesse l'écoulement.
Je combats cette autosuggestion en lui disant : je veux bien que la coïncidence ait été régulière et que votre observation soit juste. Mais, de grâce, rompez-moi cette relation de cause à effet si désastreuse. Aussi longtemps que vous croirez à cette succession nécessaire des phéno-
mènes, aussi longtemps que vers la fin de vos époques vous attendrez les battements de cœur, ils se produiront. Ne tenez aucun compte des constatations antérieures, si logiques qu'elles vous paraissent. Tenez-vous-en à ce simple syllogisme : Je suis jeune, forte et saine ; je n'ai pas de maladie de cœur, aucune affection organique ; je ne puis pas mourir de cela ! Alors votre cœur cessera de battre trop vite, l'angoisse disparaîtra et vous dormirez comme un enfant.
Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Pendant un mois d'observations je ne pus surprendre chez elle aucun trouble cardiaque. Ce n'est pas que les palpitations eussent complètement cessé. Parfois la nuit la malade se réveillait angoissée et reprise des battements de cœur qui mettaient autrefois sur pied, chaque nuit, le mari et le médecin. Mais jamais il ne lui vint à l'idée de sonner la sœur de service. J'ai eu quelques battements de cœur cette nuit, me disait-elle en souriant, mais je m'en suis vite débarrassée. Je me suis rappelé ce que vous m'avez dit : que je n'ai pas de maladie de cœur, qu'on ne meurt pas de battements de cœur nerveux. Je me suis tranquillisée, et me retournant de l'autre côté, je me suis endormie.
J'ai appris plus tard que la guérison s'est maintenue. La malade ne me signale qu'un reste d'émotivité en face des menus soucis de la vie.
Les cas de ce genre ne sont pas rares ; je vois toutes les années plusieurs personnes qui ont longtemps souffert de palpitations et qui les perdent après une ou deux conversations. Il en est qui restent encore sujettes à la tachycardie mais qui n'en souffrent plus, parce qu'elles ont appris à ne pas s'en inquiéter. Mais il y a aussi des neurasthéniques plus rebelles qui comprennent tout ce qu'on leur dit, l'acceptent, éprouvent même un sou-
Lagement de quelques heures, de quelques jours, mais retombent dans 1rs phobies, qui ramènent les palpitations.
Alors il faut redoubler de patienee, revenir toujours sur Le même sujet, marteler dans la tête du malade l'idée de l'innocuité complète de ces troubles cardiaques. Il faut le convaincre par le récit de cas antérieurs, de cures réussies ; il faut lui exposer une théorie claire de l'émotion et précisément insister sur l'origine purement psychique de ces phénomènes. Il y a même des cas incurables. Il devient impossible de tranquilliser le malade ou bien, après une amélioration plus ou moins longue, celui-ci retombe dans ses phobies. Le mal évolue vers l'hypocondrie grave.
Les malades ont la tendance de voir dans l'émotion un phénomène physique et j'en entends me dire : Mais, docteur, je ne puis pourtant pas m'empêcher d'avoir des battements de cœur quand la présence de telle ou telle personne, l'annonce de tel ou tel événement m'impressionne?
— Vous avez raison, répondrai-je ; vous ne pouvez pas plus retenir un mouvement émotionnel commencé que vous ne pouvez arrêter le courant électrique quand vous avez fermé le circuit en pressant sur le bouton d'appel. Mais il y aurait un bon moyen d'empêcher la sonnerie de se mettre en branle, c'est de ne pas toucher le bouton. Apprenez à réfréner par une saine confiance en vousmême la timidité qui vous fait battre le cœur ; efforcezvous de supporter les contrariétés avec un stoïcisme facile. Alors vous garderez le calme de l'esprit et votre cœur restera tranquille.
Je ne donne jamais de médicaments dans ces cas de tachycardie, tout au plus quelquefois, pour faciliter la tâche, un peu de bromure de potassium. En général la digi-
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taie, le strophantus, réussissent aussi peu dans la tachycardie nerveuse que dans celle de la maladie de Basedow.
Les médicaments ne sont pas seulement inutiles, ils sont dangereux. S'il y a des cas où la prescription agit favorablement par suggestion, il en est d'autres plus nombreux où l'emploi d'un remède, même du plus anodin, donne au mal le cachet de réalité qu'il ne devrait précisément pas avoir dans l'esprit du malade. Il réveille l'idée d'une affection organique alors que la première préoccupation du médecin doit être de dissiper chez le malade toute crainte, toute idée de danger. Le médecin qui est sûr de son diagnostic de tachycardie nerveuse doit pouvoir la guérir par la psychothérapie pure.
Il en est de même dans la dyspnée nerveuse. On remarque très souvent chez les névrosés des troubles de la respiration : légère accélération du mouvement respiratoire, irrégularités du rythme, soupirs. Beaucoup se plaignent d'une sensation purement subjective d'angoisse, mais ces symptômes passent presque inaperçus au milieu des désordres fonctionnels plus graves.
Il y a cependant des cas où une dyspnée réelle, provoquant des respirations fréquentes, 40, 50, 60 par minute, semble constituer, soit par moments, soit pendant de longues périodes, le symptôme prédominant du nervosisme.
L'indication reste la même que dans la tachycardie : il faut tranquilliser le malade, lui faire oublier sa dyspnée. Il suffit souvent de quelques affirmations corroborées par la tenue du médecin vis-à-vis du malade.
M. X. est un jeune homme de dix-sept ans qui a souffert de rhumatismes et qui depuis longtemps présente des symptômes hystériformes mélangés de phobies, d'impulsions morbides parfois inquiétantes. Il a peur de se jeter
Dubois. — Psychonévroses. 24
par la fenêtre, arrache les poils de sa barbe naissante, sous prétexte que ce n'est pas beau. Un jour môme il a déliré et, se croyant roi, il s'est assis sur un fauteuil, son trône, el a pose ses pieds augustes sur un coussin rouge ! On a coutume de faire rentrer dans le groupe des folies de la dégénérescence ces obsessions délirantes. Cependant n ion malade va très bien depuis des années ; il est guéri aussi bien qu'un vulgaire neurasthénique.
J'avais déjà observé chez ce malade quelques phénomènes dyspnéiques quand un jour on vint m'appeler dans une chambre voisine. La sœur avait brusquement ouvert la porte ainsi que celle du malade et tout éperdue me dit :
— Venez vite, ce monsieur a tant de peine à respirer !
— Bien, répondis-je tranquillement ; je viendrai sitôt que j'aurai fini ma visite à madame ; et je continuai ma conversation. Je l'écourtai cependant quelque peu, puis, allant dans la chambre de mon jeune homme, je me gardai bien de me précipiter à son secours. J'allai placidement à l'autre bout de la chambre, j'y pris un siège, je le portai vers le lit du malade, je l'y calai solidement sur le tapis ; je relevai avec un soin particulier les basques de ma redingote et avec le plus grand calme je demandai ce qui s'était passé.
Le malade était déjà tranquillisé, car il avait pleine confiance en moi ; il savait que je m'intéressais à lui, et ma tenue tranquille lui suggérait une idée bienfaisante ; elle lui donnait l'assurance qu'il n'était nullement à l'article de la mort.
J'auscultai, je tâtai le pouls. Je lui affirmai qu'il n'y avait aucun danger, qu'il pouvait se coucher sans crainte. Je lui fis une petite conférence médicale lui montrant que la dyspnée vraie des cardiaques, des emphysémateux, des
brightiques, exige souvent la position assise, qu'il avait prise, mais que cette attitude n'a aucun but dans la dyspnée d'origine psychique.
Au bout de quelques minutes mon malade respirait comme tout le monde et dès lors je n'eus jamais à m'occuper de ce symptôme.
Une année plus tard environ il fut repris à la maison de symptômes dyspnéiques. Le médecin appelé parla de congestion pulmonaire, mot qui effraya grandement le malade ; il lui prescrivit des topiques et des calmants. L'état ne fit que s'aggraver, si bien que le malade vint me voir. Un examen complet du cœur et du poumon me fit admettre à coup sûr la dyspnée nerveuse. Je dissipai toutes ses craintes par la persuasion, et la guérison fut définitive.
Avant que j'eusse -reconnu l'efficacité de cette thérapeutique psychique, — c'était pendant mon internat, — j'avais coupé court à une dyspnée de ce genre par quelques doses de bromure.
Il s'agissait d'une jeune fille de dix-neuf ans qui respirait toujours, à l'état de veille, au rythme de 56 respirations à la minute. Les examens les plus consciencieux ne purent faire découvrir une lésion quelconque ; il n'y avait en outre aucun stigmate d'hystérie. Cette dyspnée persista pendant des semaines sans toux, sans expectoration et ne céda ni au repos au lit, ni aux calmants successivement essayés. La morphine en particulier n'eut aucun effet. Quelques cuillerées à bouche d'une solution de bromure à 10 p. 100 eurent raison définitivement de cette étrange polypnée. Aujourd'hui je soupçonne la suggestion d'avoir amené ce succès.
La toux nerveuse continuelle, quinteuse, aboyante, cède souvent à l'emploi du bromure dont l'indication est au
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moins rationnelle. Mais je constate souvent que la suggestion suffit. L'exemple suivant le montre.
M110 G. est une forte personne de dix-huit ans, qui est en pension dans une petite ville voisine. Elle s'y trouve bien et préfère la vie avec ses amies au séjour dans le milieu familial qui ne lui convient pas. C'est à contrecœur qu'elle s'est laissé ramener au logis et qu'elle me consulte ; aussi sa première question après l'examen estelle : quand pourrai-je retourner à ma pension?
Saisissant l'importance qu'il y avait à profiter de cet état d'âme, je réponds : Eh, mademoiselle, je ne sais pas. Aussi longtemps que vous toussez d'une façon aussi convulsive, vous ne pouvez pas y retourner. Je le regrette, mais cette toux trouble les leçons auxquelles vous assistez, fatigue vos maîtres, et de plus il y a pour vos amies danger de contagion nerveuse. Restez chez votre mère, buvez un peu d'eau d'Ems et nous verrons ! — Je fus moi-même étonné quand je vis cette toux cesser du soir au matin, alors qu'elle avait duré des semaines auparavant. La malade regagna sa pension deux jours plus tard.
Dans bien des cas il n'est pas facile de trouver le joint, c'est-à-dire de surprendre des situations psychologiques favorables, et si on ne veut pas recourir à l'hypnose, on réussit le plus souvent avec des préparations qui calment la toux ; je donne de préférence le bromure comme médicament inoffensif, mais plus j'avance dans la carrière, plus je cherche à trouver dans la vie mentale du sujet l'origine de la toux convulsive, à découvrir les obstacles mentaux qui s'opposent à la guérison. J'ai vu beaucoup de malades dont les symptômes hystériformes, parmi lesquels la toux, n'étaient dus qu'à des influences morales pénibles, résultant de frottements dans la famille. Il m'a souvent été possible d'amener la guérison en éloignant le
malade du milieu familial, d'autres fois en lui montrant la valeur de l'esprit de support. C'est toujours en étudiant la mentalité du sujet, sa façon de sentir, de réagir, qu'on arrive à déceler les causes du mal et à le, combattre.
Je n'hésite pas à reconnaître une origine psychique à certaines formes d'asthme survenant chez de jeunes sujets toutes les fois, qu'ils sont soumis aux mêmes influences de lieu, d'habitation, de constitution météorologique. J'ai réussi souvent à guérir cet asthme nerveux en supprimant les autosuggestions qui en assuraient le retour.
La même étude psychologique est nécessaire dans certaines formes de bégaiement émotif, dans lesquels la phonation est troublée par des irrégularités de la respiration.
Il me reste à parler d'un trouble de l'appareil respitoire, de V 'aphonie nerveuse. C'est un symptôme d'hystérie, un des plus caractéristiques, mais j'ai dit combien je tiens peu à ces dénominations. On observe cette aphonie aussi bien dans le mutisme hystérique chez des personnes qui n'ont jamais présenté d'autres symptômes de la grande névrose et qui en seront indemnes le reste de leur vie.
L'aphonie, comme le mutisme subit, résulte toujours d'une autosuggestion d'impuissance, soit qu'elle succède à un mouvement de timidité conscient ou subconscient, soit qu'elle ait pour point de départ un trouble fortuit de la phonation. L'enrouement occasionné par le froid, par l'inhalation de gaz ou de poussières, suffit pour faire naître la représentation mentale de l'impuissance.
Il n'est pas toujours possible de suivre dans chaque cas les associations d'idées qui ont amené l'aphonie ou le mutisme, mais le mode même de guérison de ces troubles démontre leur origine psychique.
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Tous les médecins peuvent arriver à guérir ces malades cl Ions Les moyens sont bons s'ils suggèrent la conviction de la guérison. Tout a été employé dans ce but : les douches, la cure d'air, les bains. On a électrisé le larynx à travers la peau ou en portant l'électrode sur les cordes vocales. La faradisation réussit aussi bien que l'application des aigrettes ou des étincelles statiques. On a suggéré la guérison par les exercices de phonation, la gymnastique respiratoire. A Lyon, dans la clinique laryngologique, on comprime subitement le thorax pendant l'effort de phonation que fait le malade. Un son est produit par cette brusque expiration ; le malade croit pouvoir parler et parle.
J'ai vu l'aphonie cesser subitement sous l'influence d'une suggestion médicamenteuse. Une jeune fille de quinze ans, qui a eu autrefois du mutisme hystérique, est prise d'aphonie. Elle en est d'autant plus effrayée qu'elle doit assister le lendemain à une cérémonie religieuse où elle doit répondre. Je lui affirme que ce n'est rien, que cela passera, qu'elle pourra parler demain. J'aurais pu, je crois, me contenter de cette assurance suggestive, mais pris d'une timidité, je réfléchis que c'est vraiment beaucoup exiger de la crédulité de la malade que de prédire ainsi la guérison à heure fixe et, à tort à mon avis, j'élève la suggestion en prescrivant une pilule d'antipyrine. Dix minutes après l'avoir prise la jeune fille parlait. Elle n'a plus jamais souffert d'aphonie et n'a jamais eu d'autres symptômes nerveux. Quand j'ai revu la malade plus tard, je n'ai pas craint de lui dévoiler le secret et de lui faire remarquer que ce qui l'avait guérie ce n'était pas l'antipyrine, mais l'idée qu'elle allait guérir. L'intelligente jeune fille, qui est actuellement cantatrice, a très bien su voir l'avantage qu'il y a à saisir le mécanisme de la guérison
et je la crois plus immunisée contre l'aphonie par cette connaissance que si elle avait continué à se fier aux vertus de l'antipyrine.
Dans un cas d'aphonie persistant depuis six mois, j'ai intentionnellement usé d'un procédé de suggestion négative qui consiste à ignorer l'aphonie, à ne pas s'en occuper. La malade avait toute la kyrielle des troubles fonctionnels : insomnies, diarrhées, douleurs dans les jambes.
A la visite, la malade disait de sa voix totalement aphone : Docteur, je ne puis toujours pas parler !
Je ne répondais ni par un oui, ni par un non, j'avais l'air de n'avoir pas entendu et immédiatement je la questionnais sur tous les autres symptômes. Je cherchais ainsi à lui faire oublier son mal. Gela réussit si bien que deux jours après elle parlait à haute voix. Trois semaines plus tard elle réfléchissait à sa guérison et se faisait une de ces autosuggestions familières aux nerveuses : Docteur, me dit-elle, je crois que c'est le chaud du lit qui m'a guérie de l'aphonie ; je crains bien qu'elle ne revienne quand je sortirai, surtout s'il fait froid.
Alors je changeai subitement de ton : Oui, lui dis-je, vous l'aurez votre aphonie. Du moment que vous vous la suggérez par avance, vous l'aurez et vous la garderez tant que vous voudrez ! Mais je puis vous dire aussi : Si vous voulez bien vous mettre en tête l'idée contraire, c'est-àdire repousser l'idée d'une récidive, vous serez guérie. Choisissez !
La malade sortit guérie et ne récidiva pas, malgré le froid intense qui régnait alors.
Depuis lors j'ai pris le parti, chez toutes les hystériques aphones, de négliger l'aphonie comme j'oublie leur hémianesthésie. J'attire toute leur attention sur les autres
troubles, du reste, plus pénibles pour elles, et j'attends patiemment que la voix revienne. Je n'ai jamais attendu longtemps.
C'est pourquoi je ne songe pas à recourir à l'hypnose, à la suggestion verbale pure, qui permettrait souvent d'obtenir une guérison plus rapide, mais non plus sûre. Dans la plupart des cas on peut attendre.
J'ai montré que dans cette influence exercée sur les malades atteints de troubles fonctionnels divers de l'appareil digestif, du cœur et de l'appareil respiratoire, il y a une part de suggestion. Faire naître chez le malade la conviction de la guérison est l'indication primordiale. Il m'est impossible d'empêcher toujours le malade d'arriver à cette conviction par la foi aveugle ; mais la faute, si faute il y a, en est imputable au sujet. Personnellement je tiens à ce que mes affirmations soient fondées rationnellement ; je ne transmets au malade qu'une conviction que j'assieds sur mes vues psychologiques ou physiologiques. Je tiens à faire suivre au malade les mêmes voies, à l'éclairer, à lui faire connaître aussi nettement que possible l'influence des représentations mentales sur le fonctionnement organique.
Les hypnotiseurs agissent de même quand parfois ils ne craignent pas de faire la théorie de la suggestion. Mais ils ne le font pas toujours et maintiennent souvent les malades dans une dépendance telle que ceux-ci en sont effrayés. Il en est, et des plus intelligents, qui disent à leur suggestionneur : Je ne sais pas ce que vous avez en vous, mais vous exercez sur moi une domination qui me trouble. J'ai le sentiment que vous pourriez me faire faire tout ce que vous voulez !
Je ne me suis jamais vu attribuer cejjouvoir magique. Par contre, j'entends dire : vous m'avez fait comprendre
ce crui se passe, vous m'avez montré comment je suis
ce qui se passe, devenu malade et comment je peux guérir. Maintenant que vous me l'avez dit, il me semble que c'est tout simple et je suis un peu étonné de ne pas l'avoir trouvé tout seul. C'est là l'unique secret d'une psychothérapie rationnelle. Expliquer avec patience et douceur, en variant ses discours suivant les facultés de l'interlocuteur ; lui faire comprendre les choses, exercer ses facultés logiques afin qu'il trouve lui-même le chemin de la vérité.
Je ne puis donc pas bannir de mes traitements toute influence suggestive, mais je n'ai pas besoin pour l'exercer de mettre mon malade dans un fauteuil, de le plier sous le joug en lui dictant un sommeil plus ou moins profond, en lui mettant un bras en catalepsie. Je ne cherche pas à le plonger dans une atmosphère d'hypnotisme en le recevant dans une salle à tapis moelleux, éclairée d'un jour discret, et à l'impressionner favorablement par la vue d'autres personnes endormies.
Si bien intentionnées qu'elles soient, ces pratiques ont un côté charlatanesque. Préoccupé avant tout du bien des malades, je les adopterais si elles étaient nécessaires. J'ai pu m'en passer après les avoir employées en connaissance de cause et je suis heureux de les avoir abandonnées.