VINGT-CINQUIÈME LEÇON
Troubles des fonctions urinaires. — Rétention ; phobies. — Incontinence nocturne. — Polyurie. — Pollakiurie. — Modifications qualificatives de l'urine. — Troubles de la vie sexuelle ; leur fréquence dans les psychonévroses. — Psychopathia sexualis. — Onanisme, excès; leur influence physique et psychique. — Menstruation ; psychoses menstruelles. — Nervosisme de la ménopause ; âge critique. — Possibilité de l'intervention psychothérapique dans ces divers états.
L'appareil urinaire n'est pas épargné dans les psychonévroses et l'on peut observer la rétention d'urine, l'incontinence, la polyurie et la pollakiurie. La vessie et les reins peuvent être le siège d'algies diverses.
La rétention de l'urine est fréquente chez les hystériques. Il est probable qu'à un certain degré la distension de l'organe amène une vraie paralysie, si bien que l'évacuation devient impossible. La vessie peut alors contenir plusieurs litres et il est nécessaire de recourir à la sonde ; souvent on réussit aussi par l'expression manuelle en comprimant la vessie avec une certaine force et pendant un temps assez prolongé. Mais cet état parétique n'est pas primaire et l'origine de la rétention doit être cherchée dans la mentalité du sujet. Gomme dans l'aphonie, comme dans l'astasie-abasie, il y a ici avant tout une conviction d'impuissance. Il est le plus souvent impossible de débrouiller l'écheveau des représentations mentales, d'assigner à ce trouble de la miction une cause psychique
précise. Cependant parfois on la trouvera dans des sentiments de gêne, de timidité ; d'autres fois on reconnaît l'influence de l'attention portée sur les organes sexuels, de l'onanisme, des pensées libidineuses. Sur ces bases naissent des phobies, des scrupules, exagérés par la lecture des livres de médecine populaire. Mais en somme chez l'hystérique le secret de l'impuissance échappe aussi bien au malade qu'au médecin.
Il est plus facile de faire cette étude chez les sujets neurasthéniques, chez les hommes qui consentent à se confesser.
J'observe très souvent les troubles de la miction, qu'on a désignés, pas très heureusement à mon avis, sous le nom de bégaiement urinaire. Chez des jeunes gens de quinze à vingt-cinq ans, on constate l'impossibilité d'uriner aussitôt qu'ils sont intimidés. J'ai déjà signalé cette difficulté chez la plupart des hommes que l'on invite à uriner séance tenante. Si on encourage le sujet et qu'on le laisse seul, on arrive facilement à vaincre cette impuissance toute mentale. Chez des névrosés émotifs, la miction devient impossible si elle doit avoir lieu en présence d'un tiers ; on voit dans les hôpitaux des malades incapables d'uriner dans la salle commune.
Beaucoup de mes neurasthéniques ne peuvent uriner dans les kiosques destinés à cet usage. Il en est qui réussissent si par hasard ils sont seuls, quoique la crainte de voir entrer quelqu'un suffise à les paralyser.
Ces jeunes gens sont ordinairement des timides ; ils sont parfois moralement chastes, pudiques à l'excès, mais, souvent très dévergondés par la pensée, ils ne sont vertueux que par excès de timidité vis-cà-vis des femmes. Il en est qui, vivant dans un continuel éréthisme erotique, s'adonnent à la masturbation. Ils ont lu des brochures
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sur les conséquences de Ce vice ou s'imaginent qu'on lit leurs pensées sur leur front. Ces préoccupations viennent troubler le mécanisme de la miction. Un de mes malades avait lu que l'onanisme peut amener des rétrécissements et connaissait le jet en vrille des malades atteints de cette affection. En urinant il portait son attention sur la forme du jet ; il était persuadé que ses voisins l'observaient ; il surprenait leur malin sourire et la miction devenait impossible.
Les moqueries de camarades d'école ont souvent provoqué des troubles de ce genre chez de très jeunes garçons, mais ils se montrent plus souvent vers la puberté, au moment où le jeune homme devient conscient du double rôle urinaire et génital de ses organes.
Il est évident que le traitement de ces phobies ne peut être que psychothérapique. Il consiste à rendre au malade la confiance en lui-même. Le médecin doit se faire l'ami de son malade, lui parler en camarade, lui faire comprendre que l'obstacle est purement mental ; mais les praticiens n'y songent pas toujours ; ils cherchent la cause dans les organes génito-urinaires, recommandent des douches périnéales, passent des sondes réfrigérantes, électrisent la vessie.
Cette manière de procéder est désastreuse ; elle fausse l'esprit du malade et le rend hypocondriaque.
D'autres médecins, figés dans des idées de péché originel, font un crime au malade de ses préoccupations libidineuses, lui décrivent en les exagérant les conséquences de l'onanisme et créent chez ces malheureux une vraie manie de scrupules.
Il y a des malades chez lesquels on arrive vite, en une conversation, à dissiper ces timidités, ces phobies, et toute la série des symptômes neurasthéniques et hypocon-
driaques, mais il y a des cas rebelles. Le succès dépend à la fois de la mentalité plus ou moins ferme du sujet et de la patience que met le médecin à poursuivre son œuvre psychothérapique, de la logique qu'il met dans le choix des moyens. Je ne puis assez répéter que faire un traitement local, c'est compromettre le résultat.
L'incontinence, surtout nocturne, est la règle dans la première enfance, et les mères savent la combattre efficacement par l'éducation. Cette incontinence persiste chez les sujets nerveux, déséquilibrés, et constitue une vraie infirmité parfois incurable.
Souvent cependant on réussit à la guérir, mais ce résultat s'obtient par des moyens si divers que j'ai reconnu F influence de la suggestion bien avant que les hypnotiseurs eussent démontré l'efficacité fréquente de leurs procédés.
Dans les cas légers on arrive au but en restreignant l'alimentation liquide au repas du soir, en faisant uriner les enfants un peu tard au moment où les parents se couchent ou même en interrompant dans ce but leur sommeil au milieu de la nuit. On crée ainsi les bonnes habitudes.
L'usage des préparations belladonées, des antispasmodiques peut donner des succès, mais j'ai réussi souvent avec des médicaments quelconques comme le fer, même quand le malade n'était pas anémique, le bicarbonate de soude, l'acide chlorhydrique. D'autres emploient l'électrisation "du col et, chez une fille de vingt ans, j'ai coupé court à l'incontinence par la faradisation intra-urétrale, alors que l'application externe, sur le ventre et le périnée, était restée sans résultats. Y a-t-il là une action réelle des médicaments, de l'électricité, ou la suggestion est-elle seule en jeu ? Je penche vers la seconde alternative.
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J'avoue que jusqu'ici je n'ai pas de vues claires sur la genèse et la nature de celte incontinence. Est-elle due à un spasme ou à une parésie ? Naît-elle en rêve sous l'influence de représentations mentales comme les pertes séminales succèdent à un songe lascif? Dans l'ignorance où nous sommes il est difficile de faire intervenir une psychothérapie toute rationnelle, d'autant plus qu'il s'agit d'enfants.
C'est là un de ces cas exceptionnels où je ne craindrais pas de recourir à l'hypnose, quoique la tenue de thaumaturge qu'il faut prendre me répugne au point de me mettre la rougeur aux joues quand je me décide à l'employer.
Ces considérations ne s'appliquent, ai-je besoin de le dire, qu'à l'incontinence nocturne idiopathique et non à celle qui peut être symptôme, quelquefois unique, d'épilepsie.
La polyurie est fréquente chez les névrosés. Chacun connaît V urine spas tique, abondante et claire, qui alterne chez les dames nerveuses avec l'urine concentrée qu'entraîne l'oligurie.
J'ai observé souvent chez de simples neurasthéniques une polyurie transitoire, la quantité pouvant s'élever jusqu'à trois ou quatre litres en vingt-quatre heures. Elle m'a paru comporter un pronostic favorable et je l'ai toujours vue cesser dans le cours de la cure à la fois physique et mentale que j'applique à ces états.
Il n'en est plus de même de la polyurie persistante qu'on désigne sous le nom de diabète insipide. Les malades qui en sont atteints sont polydypsiques en même temps que polyuriques sans qu'il soit possible de dire le lien qui réunit ces deux phénomènes parallèles. Il y a évidemment là un trouble dans les fonctions de nutrition,
et le fait que des traumatismes crâniens peuvent produire cette maladie semble indiquer l'origine cérébrale du mal. Dans les cas que j'ai observés, j'ai toujours trouvé des symptômes de déséquilibre mental et même par périodes, des états franchement vésaniques. Mes efforts pour guérir cette polyurie sont restés vains.
La psychothérapie reprend ses droits dans la pollakiurie. Ce trouble accompagne généralement, mais pas nécessairement, la polyurie ; il y a des malades dont la vessie se dilate et qui peuvent rendre de grandes quantités d'urine sans que le nombre des mictions soit sensiblement augmenté.
Mais on observe la pollakiurie sans polyurie et aussitôt qu'on peut, par un examen clinique rigoureux, exclure toute affection de la vessie, de l'urine ou des reins, il faut reconnaître la nature psychique du mal et le traiter comme tel, par la parole.
M. W... est un neurasthénique de vingt-huit ans que je traite depuis quelques semaines pour des états de vertige, des maux de tête, des phobies et des crises passagères de mélancolie. Il est en bonne voie d'amélioration quand, un jour, il m'annonce avec effroi qu'il est atteint d'un trouble nouveau, qu'il est obligé d'uriner huit à dix fois dans le cours de la nuit. Quoique je puisse déjà soupçonner la nature de cette pollakiurie subite, je me garde bien de jeter à la tête du malade l'affirmation : c'est nerveux !
Je remets mon jugement et prie le malade de mesurer la quantité d'urine rendue dans les vingt-quatre heures. Elle s'élève pour le premier jour à 1 700 centimètres cubes, pour le deuxième à 1 800. Je ne trouve dans l'urine ni albumine, ni sucre, ni phosphates en excès ; elle ne contient pas d'éléments cellulaires anormaux.
Ayant ainsi bien dûment constaté l'intégrité des organes un na nés, je tiens à mon malade ce discours : Vous n'avez aucune maladie de la vessie ou des reins et, étant donnés vos antécédents et la manière dont s'est développé ce trouble, j'ai le droit de le considérer comme nerveux. La vessie humaine quand elle est saine, et la vôtre est normale, peut contenir environ 300 centimètres cubes d'urine sans qu'il en résulte un besoin impérieux d'uriner. Vous rendez par jour environ 1 800 centimètres cubes, c'est-àdire un peu plus qu'à l'état normal en raison de la suralimentation que vous pratiquez. Or 1 800 divisé par 300 donne (5 ; vous avez donc le droit d'uriner six fois en vingt-quatre heures, soit, si vous voulez, cinq fois dans la journée et une fois la nuit !
Mais, répond le malade, vous êtes bon de me dire : Vous avez le droit ! Et quand je suis obligé d'uriner dix fois, qu'y puis-je et d'où vient ce trouble étrange ?
— Mon cher monsieur, si vous urinez si souvent, c'est que vous y pensez ! Vous avez une fois par hasard été réveillé par le besoin d'uriner et, avec votre esprit inquiet, vous vous êtes demandé ce qui se passait. Votre attention s'est portée sur ce petit désordre ; elle est devenue attention expectante. Or rien ne fait naître le besoin d'uriner comme d'y penser. Mettez-vous donc en tête qu'il n'y a là rien de maladif et vous allez uriner comme tout le monde cinq à six fois par jour !
Le lendemain mon malade me reçoit en s'écriant : ça y est ! J'ai uriné cinq fois dans la journée et une fois la nuit ; j'ai même envie de supprimer cette évacuation nocturne qui trouble mon repos !
Parfait, répondis-je, et dès lors la pollakiurie n'a jamais reparu.
Le malade m'a fourni à la fin de sa cure un exemple
bien typique de ce que peut faire la tenue morale dans les états de neurasthénie.
Il sortait depuis quelques jours et me semblait un peu timide dans ses promenades. Je crus devoir l'engager à plus d'effort et lui conseillai d'aller en ville, de visiter un musée. Il faisait très chaud ce jour-là et je ne pus m'empêcher de me demander si la marche prolongée n'amènerait pas quelques troubles nerveux. J'hésitais à rendre le malade attentif à cette possibilité, dans la crainte de lui suggérer ses malaises. D'un autre côté il me semblait imprudent de le laisser partir sans l'avoir affermi dans son maintien.
— Allez, lui dis-je, et si vous êtes repris de quelques malaises, vertiges, céphalée, tristesse, je compte sur votre vaillance pour vous mettre au-dessus de ces bobos !
— N'ayez crainte, dit-il avec assurance, je saurai passer outre !
Le lendemain je le retrouve très bien disposé et il me raconte ce qui suit :
Hier donc, selon votre conseil, j'ai été en ville et pendant la première heure, cela n'a pas été trop mal ; mais quand j'ai dû passer un pont, j'ai été repris de vertige, d'un malaise indéfinissable et il m'a fallu beaucoup de courage pour continuer. Ce fut bien pis encore quand j'entrai au musée historique. J'y fus repris de tous les troubles dont je me plaignais avant ma cure. Subitement, je me sentis veule, triste à pleurer ; ma tête se serra ; le vertige devint insupportable et j'allais sortir sans avoir visité le musée quand mes yeux tombèrent sur un drapeau qui, sur les branches d'une croix blanche, portait ces mots en lettres d'or : Honneur à la vertu, honte h la faiblesse ! Eh oui ; honte à la faiblesse, m'écriai-je, et comme par enchantement tous mes malaises se dissipèrent. J'ai
Pupois. — Psychonévroses, 25
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pu visiter le reste du musée, je suis revenu à pied de cette longue promenade tout dispos et fier de mon succès. Le malade est resté guéri et n'a jamais eu l'occasion de mettre à exécution le conseil que je lui donnai alors : Si jamais vous êtes repris de ces troubles, pensez au drapeau magique et vous serez guéri !
L'année suivante, j'eus l'occasion d'observer un nouveau cas de cette pollakiurie nerveuse. Elle s'établit également d'un jour à l'autre chez un neurasthénique déjà amélioré par la cure Weir Mitchell, alors qu'il était encore au lit, jouissant du repos physique et moral. Il me suffit de lui raconter l'observation du malade que je viens de décrire pour réduire les mictions au chiffre normal.
Les modifications qualitatives de l'urine n'ont aucune importance pour le diagnostic ou le pronostic des psychonévroses ; elles ne jettent pas le moindre jour sur la pathogénie des accidents. Ces variations dans la composition chimique de l'urine sont toutes secondaires et dues aux innombrables désordres fonctionnels qui résultent de l'anorexie, de l'alimentation insuffisante ou défectueuse, parfois de la boulimie, de la diarrhée ou de la constipation.
L'inversion de la formule des phosphates n'est pas assez caractéristique pour asseoir le diagnostic d'hystérie. Elle n'est qu'un détail infime parmi les troubles fonctionnels de la grande psychonévrose.
La phosphaturie est fréquente chez les neurasthéniques et elle est souvent si marquée que l'urine sort jumenteuse de l'urètre. Je n'ai pas encore pu déterminer exactement s'il s'agit ici d'un excès réel de phosphates ou s'il n'y a qu'une précipitation anormale par suite des qualités de l'urine. Dans tous les cas que j'ai examinés, l'urine
fraîche présentait une réaction plus ou moins alcaline expliquant le dépôt phosphatique sans qu'il y eût lieu d'admettre une surabondance de phosphates. Quant aux dépôts d'urates, ils ne se forment le plus souvent que par le refroidissement d'urines concentrées et il est fâcheux que tant de médecins se basent sur ce simple fait d'un sédiment rouge pour donner encore à leurs neurasthéniques une nouvelle phobie, celle de la gravelle urique. J'ai observé chez des neurasthéniques affaiblis, fatigués, des albuminuries légères sans cylindres, sans éléments figurés dans l'urine ; elles se sont guéries par le repos et l'alimentation réconfortante. J'ai pu surprendre aussi l'influence du surmenage surtout intellectuel sur la glycosurie alimentaire ; la qualité de sucre augmente dans les périodes de fatigue.
Mais ce sont là des conséquences dernières du nervosisme. Ces troubles du chimisme de la nutrition cèdent généralement par l'action des mesures physiques de la cure : repos ou au contraire gymnastique convenable, alimentation rationnelle. L'état moral, par le retentissement qu'il a sur le fonctionnement du corps, agit aussi sur ces désordres.
En somme l'urologie des psychonévroses n'est pas faite et elle ne le sera pas aussi longtemps qu'on se bornera à ces examens superficiels qui souvent ne portent pas même sur la quantité de vingt-quatre heures et dans lesquels on ne tient pas compte du régime du malade. Il est même probable que l'examen des urines n'aura jamais qu'une importance minime et ne décèlera que les troubles secondaires. C'est jeter de la poudre aux yeux des malades que de faire faire par le pharmacien, dans les cas de nervosisme, des analyses détaillées, comme si cet examen allait nous éclairer sur la cause du mal.
Un lien plus étroit s'établit entre les psychonévroses et la vie sexuelle, et si les malades étaient moins discrets sur ce chapitre, on verrait qu'il est peu de « névrosés » chez Lesquels manquent les troubles sexuels.
Déjà chez ranimai, l'orgasme vénérien a le caractère d'une crise nerveuse violente, d'un mouvement émotionnel. Dans la période du rut, l'animal change de caractère ; il subit une crise passionnelle et Ton sait combien la castration modifie la mentalité de nos animaux domestiques. Chez l'homme le fonctionnement de cet appareil est moins physiologique. Les désirs ne s'éveillent plus, à époques régulières, sous la seule influence du travail intime des organes génésiques ; ils naissent avec la plus grande facilité par la mise en jeu de l'imagination, et ce n'est pas d'aujourd'hui qu'elle est dévergondée.
Je renvoie aux ouvrages spéciaux pour la description des multiples aberrations de l'instinct sexuel qu'on a résumées sous le nom de : psychopathia sexualis. Dans le sadisme, le masochisme, la sodomie, la tribadie, les \mctions organiques peuvent être normales ; le désordre est purement psychique, moral. Nous sommes sur le terrain de la psychiatrie. Le pronostic de ces psychopathies est très défavorable. On constate chez la plupart de ces sujets une amoralité complète contre laquelle il semble vain de lutter. D'autres malades, cependant, souffrent de leur esclavage et sont plus ou moins accessibles au traitement moral. Enfin, à des degrés inférieurs, le mal s'atténue. Il semble n'être plus qu'une immoralité qui a créé à la puberté ou quelquefois à l'âge adulte, des habitudes vicieuses, et il devient facile au médecin qui sait se faire l'ami de son malade de le remettre sur le droit chemin. Sous ces formes bénignes les étrangetés abondent dans le domaine sexuel et il n'est pas facile de tracer des
limites entre l'exercice normal des fonctions sexuelles et le libertinage.
L'onanisme pratiqué avec frénésie dans l'enfance, persistant dans l'âge adulte chez des hommes mariés ou pouvant exercer les fonctions sexuelles normales, est symptôme de déséquilibre mental. Il en est de même des pollutions nocturnes qui continuent dans des conditions où le besoin est normalement satisfait. Cet éréthisme est pathologique. La fatigue qui résulte de ces excès ou des pertes nocturnes aggrave l'état mental du malade ; il y a cercle vicieux.
Par contre, l'onanisme chez l'enfant au début de la puberté est presque normal. J'ai lu quelque part qu'un médecin allemand avait fait une statistique et trouvé l'onanisme chez 99 p. 100 des garçons. Or, nos voisins d'outre-Rhin ne sont pas fanfarons de vice et ce résultat mérite considération. Il n'étonne pas si l'on songe que les désirs s'éveillent à un âge où la raison n'est pas encore formée, souvent même bien avant l'établissement de la fonction spermatique. Ces habitudes disparaissent le plus souvent chez le jeune homme, soit que, suivant la morale facile du monde, il tombe de Gharybde en Scylla pour courir les femmes, ou se marie jeune, soit enfin que, mieux doué moralement, il sache renoncer à des habitudes dégoûtantes et rester chaste alors même que sa position retarderait l'époque de son mariage ou le lui interdirait.
Loin de moi la pensée de nier que des excès sexuels ou l'onanisme restent sans influence sur la santé. Rien ne débilite l'organisme comme la répétition fréquente de cette crise nerveuse. Un état neurasthénique succède à cet orage : omne animal post coïtum triste.
Il n'est pas rare de rencontrer des neurasthéniques
incapables de supporter -ces conséquences de l'acte sexuel. Il semble épuiser le reste de leur capital nerveux.
D'autre part l'exercice modéré des fonctions sexuelles peut créer une euphorie salutaire, calmer les nerfs, même chez des malades ; il favorise le sommeil et fait parfois cesser des états d'âme pénibles, d'angoisse, d'inquiétude vague. 11 y a des médecins qui en concluent que la continence est malsaine, et j'en vois conseiller à de jeunes neurasthéniques de 16 à 17 ans les rapports avec des femmes. C'est là leur traitement des psychonévroses!
La chasteté des prêtres dignes de ce nom nous montre que la continence n'a pas ces dangers, et il y a plus de neurasthéniques parmi ceux qui laissent libre cours à leur sensualité que parmi ceux qui savent, pour des raisons morales altruistes et aussi longtemps que ces motifs existent, échapper au joug de l'animalité.
Le juste respect de la pudeur féminine empêche le médecin de recueillir, sur la vie erotique des femmes, des renseignements exacts. Je suis porté à croire que, consciemment ou à leur insu, les femmes subissent plus souvent ce joug qu'elles ne le pensent et que des préoccu* pations libidineuses, souvent très vagues, je veux bien, jouent un rôle dans le développement de leur nervosisme.
Mais si je reconnais l'influence pathogène non seulement des excès, mais même des représentations mentales erotiques conscientes ou subconscientes, je ne saurais trop protester contre les exagérations. Il y a des médecins qui mettent un plaisir lascif à surprendre ces faiblesses, à poser à leurs malades d'indiscrètes questions. C'est surtout dans l'hystérie qu'on s'est plu à scruter la vie intime des malades. Ces médecins ne prêtent-ils pas à leurs clientes leur mentalité un peu salace ?
Beaucoup de neurasthéniques attribuent les troubles
dont ils sont atteints aux habitudes d'onanisme qu'ils ont eues dans l'enfance. Ils ont le plus souvent puisé cette idée dans les livres nombreux que publient, sur les dangers de la masturbation, des gens bien intentionnés mais maladroits ou des charlatans. C'est chez ces malades qu'on observe si souvent l'impuissance sexuelle psychique, la plus fréquente de toutes. Timorés, doutant d'euxmêmes, ils abordent le rapprochement sexuel dans un état d'émotivité qui le rend impossible. L'éjaculation est souvent prématurée ; l'érection reste incomplète ou cesse trop tôt. On voit cette impuissance s'établir parfois tardivement chez des hommes mariés et pères de famille.
Je ne crains pas dans tous ces cas de dissiper hardiment les craintes du malade. Il faut qu'il sache passer l'éponge sur son passé et renonce à ses phobies. Je lui démontre qu'il n'est devenu neurasthénique sexuel et impuissant qu'à partir du jour où il a lu quelque opuscule sur ce sujet, où il a laissé s'établir en son cœur les inutiles remords. J'ose lui dire que ces errements anciens auxquels il ne doit pas revenir, ne sont pour rien dans sonétat. Il m'arrive souvent de relever ainsi dans une conversation le courage de mon malade et de lui rendre cette saine confiance dans le succès, si nécessaire dans tout ce que nous entreprenons ; or, l'entreprise amoureuse, pour naturelle qu'elle soit, n'en est pas moins scabreuse.
L'impuissance psychique peut naître sur la base d'autres représentations mentales. On la voit succéder à toutes les émotions intempestives : brouille même légère entre les amants, remords subits naissant à l'occasion d'une infidélité, souvenirs déplaisants, dépit causé par l'indifférence visible d'un des intéressés. Il suffit d'un rien pour jeter un seau d'eau froide sur l'incendie qui s'allume. J'ai vu cette impuissance s'établir chez un mari
qui avail dû accompagner sa femme chez le gynécologue cl avail trouvé inesthétiques les poses où il la vit; le charme était rompu.
J'ai toujours surpris chez les impuissants de cette espèce d'autres signes de nervosisme. Ce sont avant tout drs impressionnables incapables de résister à leur premier sentiment, de corriger leurs auto-suggestions. Ce sont des timides qui doutent d'eux-mêmes et se croient, dans tous les domaines, au-dessous de leur tâche.
Par contre j'ai trouvé plus compatible avec la santé psychique 1* impuissance incurable due à une absence totale du sens génésique. Il y a des hommes qui n'ont jamais eu d'érections, jamais de pollutions. Ces malheureux ne s'aperçoivent souvent pas de leur infirmité et j'en connais plusieurs qui se sont mariés pour avoir les joies de la famille et n'ont découvert qu'alors leur incurable impuissance. Cet état s'accompagne souvent d'aspermie et rentre plutôt dans la classe des dégénérescences somatiques.
Chez les femmes, malgré la frigidité, due en grande partie à l'éducation de beaucoup d'entre elles, l'exercice régulier des fonctions sexuelles, la maternité semblent exercer une bonne influence sur la santé. On trouve plus souvent des états de psychonévroses chez les vieilles filles. Mais il est difficile de dire ce qui tient à la continence, à la non-satisfaction de besoins naturels et ce qui dépend des conditions anormales de vie, de l'isolement moral dans lequel vivent les célibataires. Chez la femme comme chez l'homme la vie conjugale est une condition de santé et de longévité. D'autre part bien des femmes ne trouvent dans le mariage que le malheur et doivent leur nervosisme aux souffrances qu'elles subissent. Il y a trop d'aléas de part et d'autrç pour que le niédecin puisse
conseiller le mariage comme mesure thérapeutique ou s'opposer au contraire à une union projetée, en considérant comme obstacle le nervosisme d'un des conjoints. Gupidon paraît du reste être aussi sourd qu'aveugle et nos clients ne nous écoutent guère en cette occurrence.
La menstruation est de toutes les fonctions de l'organisme féminin celle qui agit le plus sur la mentalité. Presque toutes les femmes souffrent à ce moment de troubles nerveux, céphalalgies, rachialgies, fatigue générale. Mais ce qui frappe surtout c'est l'état psychique, et Ton voit apparaître, même chez les femmes robustes, les stigmates mentaux des psychonévroses.
La femme en puissance des règles est plus fatigable, plus sensible, plus émotive et plus esclave de ses autosuggestions qu'à l'état normal. Ses larmes coulent plus facilement ; elle supporte moins les contrariétés ; elle est plus susceptible et l'on voit souvent poindre chez elle un esprit de contradiction qu'elle ne manifeste pas en dehors de l'époque menstruelle.
La femme normale est déjà, pendant la durée de cette fonction, une psychonévrosée ; celle qui est nerveuse à l'ordinaire le devient plus encore, et chez les prédisposées on voit survenir les psychoses menstruelles. Le pronostic peut en être très sévère, et il y a des femmes qui pourraient être internées tous les mois dans un asile d'aliénés. Cependant j'ai observé plusieurs cas de psychose menstruelle dans lesquels j'ai pu obtenir de bons résultats par un traitement psychothérapique, en développant chez les malades les tendances altruistes, en les amenant à la maîtrise d'elles-mêmes.
L'âge de développement est déjà dangereux pour les jeunes filles. On voit survenir facilement alors des états de neurasthénie et d'hystérie qui peuvent, heureusement,
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être passagers. Parfois cependant le travail organique intime qui se produit à cet âge fait naître des états de déséquilibre plus graves. On voit souvent alors des fillettes perdre la vivacité intellectuelle qu'elles avaient, devenir gauches, maladroites, tromper les espérances <|ur l'on fondait sur leurs aptitudes. C'est peut-être à des influences analogues liées aussi à l'âge du développement qu'est due la démence précoce si souvent confondue au début avec la neurasthénie.
La ménopause est plus pathogène encore, et il est peu de femmes qui échappent aux vapeurs, aux multiples troubles fonctionnels de l'âge critique. Chez beaucoup le caractère se modifie, elles deviennent difficiles, acariâtres et c'est peut-être en partie à cette raison qu'il faut attribuer la mauvaise réputation qu'ont, en tous pays, bon nombre de belles-mères ; quand elles marient leurs enfants, elles sont ordinairement dans cette période fâcheuse.
C'est Tâge aussi où l'on voit naître les états hypocondriaques et mélancoliques, accompagnés des plus étranges sensations d'apparence somatique : chaleur cuisante dans tout le corps, algies diffuses à recrudescence nocturne, picotements intenses dans la bouche, l'arrière-gorge, ardeur à l'estomac, etc.
Il semble que ce n'est pas seulement la cessation plus ou moins brusque de la fonction menstruelle qui détermine ces accidents. La femme entre en même temps dans une autre période d'âge, elle fait un pas de plus vers la sénilité. On voit aussi survenir chez les hommes vers la cinquantaine des états analogues, et ce n'est pas sans raison qu'on a parlé de ménopause masculine, alors même qu'il n'y a pas suppression d'une fonction. Il ne faut pas oublier que la décadence organique commence en somme
très tôt, après la trentaine. Elle est continue, mais il semble que par périodes elle s'accélère, de manière à modifier plus brusquement la personnalité. Nous passons par des périodes critiques qui nous rendent plus vulnérables. J'ai observé chez des femmes arrivées à la cinquantaine tout le cortège de ces troubles attribués à la ménopause, c'est-à-dire à la suppression de la fonction. Or, ces femmes avaient vu leurs règles cesser bien des années auparavant et n'avaient éprouvé alors, à part quelques vapeurs, aucun trouble sérieux. J'ai vu des femmes qui avaient subi l'ovariotomie entre vingt et trente ans ne présenter qu'entre cinquante et cinquante-cinq les troubles nerveux caractéristiques. Il me semble donc rationnel d'attribuer à l'âge lui-même une influence écologique.
Malgré leur origine nettement somatique, ces psychonévroses liées à la vie sexuelle ou à des phénomènes de sénilité sont encore justiciables d'une psychothérapie rationnelle. Il ne faut pas négliger les moyens matériels. Le repos, l'isolement du milieu familial sont souvent nécessaires. Il faut étudier la constitution du malade, combattre par un régime approprié ses états diathésiques, le ramener à une alimentation saine, frugale, créer de bonnes habitudes de vie. Mais ces malades ont en même temps besoin de bons conseils. Par la parole sensée on modifie leur mentalité en dépit des causes organiques, encore mystérieuses, qui la troublent.