‹ Les psychonévroses et leur traitement moral. Lecons faites à l'Université de BerneChapitre 44 sur 75 · TRENTE-DEUX;I|ÉME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-DEUX;I|ÉME LEÇON

Preuve de la valeur du traitement moral dans les psychonévroses ; modifications de la mentalité à la suite d'un conseil. — Relation d'un cas de psychonévrose qui, ayant résisté à la cure physique et morale, guérit d'un jour à l'autre sous une influence psychique. — Cas divers de nervosisme dans lesquels la guérison a été obtenue, sans moyens physiques, par la psychothérapie dans le cours de quelques conversations.

Je serais entraîné trop loin si je voulais énumérer les cas de psychonévrose guéris par ces moyens, analyser la psychologie de tous ces malades. Je me suis borné à décrire quelques observations typiques ; elles me paraissent suffisantes pour mettre sur la voie les médecins doués de quelque clairvoyance.

La plupart des résultats que j'ai cités ont été obtenus dans les conditions favorables d'une cure de repos, d'isolement, de suralimentation, de massage. J'ai eu soin de bien noter que je ne considérais ces moyens que comme des auxiliaires et que j'attribuais la guérison au traitement moral.

Mais je prévois une objection. On pourrait me dire : oui, les résultats sont frappants, mais vous avez employé simultanément des moyens divers et rien ne prouve qu'il faille mettre l'influence psychique au premier plan. Vous faites trop bon marché des mesures physiques et vous oubliez que d'autres obtiennent des résultais analoguei par les traitements physiques et médicamenteux sans qu'ils songent à y adjoindre une psychothérapie voulue.

Oui, je le sais ; les névrosés guérissaient avant l'invention de la psychothérapie rationnelle. Mais, je l'ai dit, tout traitement exerce une influence suggestive ; il est impossible d'éliminer ce facteur.

D'un autre côté j'ai vu guérir, par les moyens que je préconise, tant de malades dont le nervosisme avait résisté aux traitements usuels, que je suis forcé de reconnaître la puissance du traitement psychique. Déjà dans le cours d'une cure à la Weir Mitchell, il est possible de faire la part du physique et du moral. Le repos, l'alimentation, le massage, ne peuvent agir que lentement, progressivement ; il faut savoir attendre la guérison. Mais, quand, dès le début du traitement ou dans son cours, une amélioration subite survient à la suite d'une conversation, quand le malade reconnaît lui-même qu'il n'a cédé qu'à de bonnes raisons, il est impossible de nier cette action morale.

Dans toutes mes observations j'ai noté cette influence curative de l'idée. Sans doute le repos fait du bien aux malades ; l'isolement peut leur donner le calme moral, éliminer des influences fâcheuses ; l'amélioration de l'état de nutrition est désirable. Mais c'est par la persuasion qu'on supprime les craintes, les préventions, les idées fixes d'impuissance physique, intellectuelle et morale. C'est par la parole qu'on amène les dyspeptiques non seulement à manger sans appétit, mais à digérer. C'est par des conseils de saine philosophie médicale qu'on guérit l'insomnie, la constipation, la tachycardie émotive et tous les autres symptômes du nervosisme. C'est, enfin, par une psychothérapie plus élevée encore qu'on rend au malade la confiance en lui-même et qu'on l'amène à une tenue morale vaillante qui le met à l'abri des récidives.

Les rares insuccès d'une cure psychothérapique faite

dans des conditions favorables peuvent parfois servir a la démonstration et établir la valeur de l'influence psychique.

J'ai cité dans la Revue de médecine 1 le cas suivant : Il y a quelques années je fus appelé par un confrère auprès d'une dame de trente-six ans, qui depuis plusieurs années souffrait de troubles gastro-intestinaux très graves, anorexie complète, langue chargée, douleurs d'estomac, renvois nauséabonds, vomissements, constipation opiniâtre alternant avec des débâcles intestinales. Elle souffrait de maux de tête intenses, d'insomnie, était anxieuse et triste, exubérante dans l'exposé de ses maux ; mais ces symptômes avaient été relégués au second plan par les nombreux spécialistes qui ont remis en honneur la gastro-entérite universelle de Broussais. La malade était traitée sans succès aucun par le régime, les lavages d'estomac et du gros intestin, par les médicaments stomachiques.

Je fus au contraire frappé de l'état psychique de la malade. Elle avait le regard caractéristique de l'hystérique, l'œil à la fois vague et anxieux. Sans négliger les troubles de la digestion, elle insistait sur les maux de tête affreux, permanents, sur l'angoisse précordiale. Malgré l'alimentation insuffisante, elle avait conservé un certain embonpoint, n'était pas anémique, et cependant elle était aménorrhéique depuis sept mois. Tous ces accidents étaient survenus dès le début d'une vie conjugale malheureuse qui aboutit au divorce, après des années de martyre. Le médecin qui la soignait en dernier lieu concluait comme moi à une dyspepsie nerveuse accompagnant un état hystéro-mélancolique et n'hésita pas à

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