TROISIÈME LEÇON
Base rationnelle de la psychothérapie. — Education de la raison. — Spiritualisme dualiste. — Parallélisme psychophysique. — Mgr d'Hulst. — Vues diverses sur le lien de causalité entre l'esprit et le corps. — Philosophie pratique fondée sur l'observation biologique. — Importance des problèmes de la liberté, de la volonté, de la responsabilité.
Il y a plus et mieux à faire, mais, pour être efficace, le traitement des psychonévroses doit être, je ne saurais trop le répéter, avant tout psychique.
Le but du traitement doit être de rendre au malade la maîtrise de lui-même; le moyen c'est V éducation de la volonté ou plus exactement de la raison.
Mais, dira-t-on, cette déclaration est d'allure franchement spiritualiste. Mettre ainsi au premier plan l'influence du moral sur le physique c'est revenir, en philosophie, au spiritualisme dualiste, c'est retomber, au point de vue nosographique, dans la conception simpliste des névroses considérées comme morbi sine materia.
Je repousse l'un et l'autre reproche.
L'étude de la biologie nous fait constater un parallélisme constant entre les phénomènes psychiques et le travail dont le cerveau est le siège.
Les plus ardents défenseurs du spiritualisme ne songent plus à combattre cette thèse. On trouve facilement, parmi les écrivains protestants, des penseurs prêts à accepter ces prémisses, mais leur témoignage peut paraître
suspect : il est entaché de libre examen. J'ai préféré puiser à une source plus orthodoxe encore.
Un prélat catholique, M?r d'Hulst \ s'exprime très clairement à ce sujet :
« Nous avons tous été élevés dans l'admiration d'une formule dont l'auteur est M. de Bonald, mais dont Descartes est l'inspirateur : Lîâme est une intelligence servie par des organes. Le moindre défaut de cette définition c'est d'être très incomplète.
« L'intelligence est servie par des organes, servie, oui sans doute, mais assujettie aussi. Il est vrai que tout maître de maison est plus ou moins assujetti à ses domestiques.
« Mais, en consentant à se servir lui-même, il pourrait s'affranchir de cette dépendance.
« L ame n'a pas cette ressource.
« Et la dépendance va plus loin.
« S'il ne s'agissait que de la partie inférieure de la vie psychique, la sensation, voire même la perception des corps, on pourrait dire :
« L'âme dépend des organes dans toutes les opérations qui ont leur point de départ au dehors. Mais dans sa vie propre, dans ses opérations intellectuelles, elle est maîtresse et non servante, elle ne dépend pas du corps. Malheureusement pour la théorie il n'en va pas ainsi.
« Même dans l'acte le plus pur de l'intelligence il y a un concours nécessaire, un concours important des organes.
« Le cerveau travaille dans le crâne d'un penseur. Il y a des vibrai ions de cellules dans la couche corticale du cerveau ; il y a, pour les rendre possibles, un afflux san-
l. M. d'Hulst. Mélanges philosophiques Recueil Cessais consacrés à la défense du spiritualisme, etc., Taris. Ch. Poussielgue,
guin d'autant plus abondant que l'effort intellectuel est plus intense ; il y a une élévation de température qui en résulte ; il y a enfin une combustion de matière organique.
« Plus l'âme pense, plus le cerveau brûle de sa propre substance. Et c'est ainsi que le travail de la tête engendre, autant et plus que le travail des muscles, la sensation de la faim. »
Inutile de dire que le théologien philosophe s'écarte de ces prémisses dans ses considérations subséquentes, mais la thèse de la concomitance est posée avec la plus grande netteté.
M%r d'Hulst est du reste un courageux. Non seulement il frappe d'estoc et de taille sur ses adversaires, les matérialistes, il malmène encore sans façon ceux qui sembleraient devoir être ses alliés naturels, les spirilualistes à la façon cartésienne. Il les accuse de favoriser les prétentions matérialistes.
Mais, après avoir signalé, en termes si clairs, la dépendance de l'âme vis-à-vis du corps, il fait volte-face et reprend l'animisme des scolastiques. Écoutons-le :
« La matière n'est pas dépourvue d'activité, mais elle n'est pas autonome. Elle n'agit pas, elle réagit.
« L'être moral agit, il se sent autonome, et même quand il réagit (ce qui est le cas ordinaire) *, il met dans sa réponse à l'excitation du dehors quelque chose qui n'était pas contenu dans la demande. »
C'est là ce que je ne puis pas voir. Cette autonomie de l'être moral est apparente. Les réactions psychiques sont toujours, et non seulement le plus ordinairement, déterminées par des excitations venues du dehors sous une