‹ Les Psychoses AddisoniennesChapitre 9 sur 29 · EE · texte numérisé non relu

EE

La ménopause vint à quarante-neuf ans. Alors elle s’aperçut d’une mélanodermie diffuse en même temps qu’elle ressentait une faiblesse croissante et se plaignait d’anorexie.

En 189,6, elle pesait 66 kilos et en 1903, 44 kilos. Depuis quatre ans, elle a des bronchites répétées et, depuis deux ans, elle ne peut plus travailler à cause de’son asthénie et des douleurs lombaires qui surviennent quand elle est debout. :

Le 5 décembre, à la visite du matin, on trouve une femme mélanodermique qui fait immédiatement penser au syndrome d’Addison. La pigmentation de la face interne de la joue gauche, en arrière de la commissure labiale, la petitesse du pouls qui bat à 90, l’hypotension artérielle extrême à 8 1/2 de Hg, la raie de Sergent, la grande longueur de la tâche blanche, l’asthénie confirment le diagnostic.

On apprend que depuis quarante-huit heures la malade délire, parle la nuit, a de la fièvre (386) et que c’est pour ces accidents qu’on l’a passée dans ce service. Au point de vue mental, on constate la désorientation dans le temps, mais non dans l’espace. D'ailleurs, la malade, très absorbée, parle très peu ;! si elle a été excitée précédemment, c’est maintenant la dépression qui domine de beaucoup le tableau clinique. Il n’y a pas d'idées délirantes actives. C’est une simple confusion mentale avec asthénie. Ni sucre, ni albumine dans les urines.

On prescrit le régime lacté intégral, et 0 gr. 30 de poudre de surrénale de Carrion. À la contre visite, l’état de la malade était le même. Rien ne faisait prévoir, sinon le diagnostic, la mort qui survint subitement de 5 à 6 heures du matin, après quelques minutes d’accidents acphvxiques formidables, rappelant tout à fait, d’après l’interne de garde M. Caraven, la dyspnée d’une apoplexie pulmonaire.

A l’autopsie, on trouve dans la poitrine des adhérences pleurales dr Icbe supérieur droit et de tout le poumon gauche avec symphyse de l’espace pleuro-péricardique gauche. Dans les poumons, il n’y avait pas de tubercules macroscopiques appréciables, mais de la pneumonie chronique ardoisée des sommets avec épaississements scléreux des travées interlobulaires. Les feuillets péricardiques avaient des adhérences faciles à décoler. Le cœur était normal.

Le foie (1.000 gr.) était marbré, muscade par endroits. Les reine (105 gr. à droite et 95 à gauche) étant décorticables et d’aspect normal. La rate était très petite.

L’encéphale (1300 gr.) ne présentait aucune lésion méningée ou pa-

renchymateuse macroscopique.

EXAMEN HISTOLOGIQUE. — Nous ne rapportons ici que l’examen du cerveau et des surrénales. Ecorce cérébrale (alcool).

y) es

Le lobule paracentral, à l’hématéine-éosine et à l’hématéine Van Giesen, ne montre pas traces d’inflammation ni de sclérose. Il n’y a pas de méningite. Les vaisseaux des méninges et du cortex sont seulement congestionnés.

Au Nissl on constate la même congsstion avec augmentation appréciable des cellules péri-vasculaires et cellules satellites des cellules nerveuses.

Les pyramides géantes, dont la forme générale est le plus souvent conservée, ont leurs grains chromatiques nets ; elles sont assez riche: en pigment. Les grandes pyramidales sont tantôt normales tantôt en chromatolyse et karyolyse avec neurophagie plus ou moins accentuée. Celles-ci se caractérisent au niveau de certaines cellules nerveuses par la présence de 7 à 8 neurophages enfonc*s dans des grottes creusées dans le protoplasme interdendritique des grandes pyramidales. Les petites pyramidales sont entourées de cellules satellites encore plus nombreuses. On en compte très bien 8 à 10 par coupe autour d’une petite pvramidaele. Celles-ci ont souvent leur noyau déformé, aplati, à membrane parfois ondulée. Leur protoplasma est tantôt en chromatolyse, tantôt avec grains chromatiques encore visibles.

Surrénales : Elles sont détruites par caséïfication.

Insuffisance surrénale aiguë à forme de confusion mentale avec manifestations délirantes, terminant l’évolution lente d’une caséification complète des capsules surrénales, et ayant simulé le rhumatisme cérébral (Polyarthrite aiguë fébrile tuberculeuse, type Poncet).

THIROLOIX, in-Léon Frette. Thèse de Paris 1913)

La nommée L.… Rose, veuve F... âgée de trente ans, entre le 11 novembre 1911, à l’hôpital de la Pitié, salle Empis, service de M. le Dr Thiroloïix, pour des douleurs articulaires, dont le début remonte à deux mois environ.

Les antécédents héréditaires et collatéraux n’offrent rien de particulier.

Antécédents personnels. — A vingt ans, ostéite tuberculeuse du sternum, ayant nécessité un grattage osseux, dont la cicalrice subsiste encore. RUREE

À vingt-cinq ans, crise d’appendicite ayant nécessité l'opération. Réglée à quatorze ans, elle s’est mariée à vingt-deux et a perdu

son mari, au bout de quelques mois des suites d’un traumatisme. Ni enfants, ni fausses couches.

ei ]

Bonne santé habituelle ;: mais la malade était sujette à se fatiguer très promptement.

Maladie actuelle. — T1 y a deux mois environ, la malade a dû cesser son travail à cause d’une fatigue extrême qu’elle ressentait. Peu de jours après, elle a commencé à souffrir au niveau des articulations suivantes : scapulo-humérale droite, coude droit, les deux tibio-tarsiennes, les deux articulations des genoux.

Ces douleurs, sont devenues plus violentes depuis quelques jours, si bien que la malade qui, jusqu'alors n’a subi aucun traitement et n’a absorbé aucun médicament, se décide à réntrer à l’hôpital.

Examen. — Au moment de son examen, le 11 novembre 1911, on est frapps de la prostration de la malade qui semble anéantie. Il faut lui arracher des réponses qu’elle semble faire de mauvaise grâce. On constate qu’elle présente au niveau des articulations (scapulo-humérale droite, coude droit, les deux tibio-tarsiennes, les deux articulations des genoux), une légère rougeur, un gonflement très apparent, qui se compliquent au niveau des deux articulations des genoux d’une hydarthrose assez abondante. La malade se plaint en outre de douleurs très vives que le moindre mouvement, le moindre contact, rendent excessives

La température est à 40 degrés. Le pouls est très précipité, 140 pulsations à la minute.

On note enfin une légère teinte subictérique des conjonctives, les téguments présentent une teinte plutôt blafarde légèrement anémique.

Il s’agit bien, semble-t-il, d’un rhumatisme articulaire aigu, frane, généralisé, survenant chez une femme qui porte sur le corps deux cicatrices dont l’une appendiculdire, reste peut-être sans signification mais dont l’autre, vestige d’un grattage du sternum nous révèle des antécédents tuberculeux nets.

Examen du cœur : à l’auscultation du cœur, on constate une tachycardie très accusée, avec rythme embryocardique, bruits un peu sourdet durs, le pouls est à 140. On prend la tension artérielle et on la trouve de 8 cm 1/2 de Hg.

Examen des poumons : Pas de complications pulmonaires, en outre, pas de lésions tuberculeuses. Il n'existe aux sommets, ni bruits surajoutés, ni modification dans la tonalité ou le rythme du murmure vésiculaire.

Examen du foie : foie non augmenté de volume.

Examen des urines : peu abondantes, foncées, ne contiennent ni sucre ni albumine.

En présence de cette malade, on porte donc le diagnostic de rhuma-

RE

. * NN? 4 , 4 tisme articulaire aigu, franc, généralisé avec menace d’endocardite, et évoluant chez une ancienne tuberculeuse.

Traitement : enveloppements salicylés, régime lacté, 4 gr. de salicylate de soude à l’intérieur.

Evolution : 12 Novembre. — L'état de la malade n’est guère modi- : les douleurs articulaires persistent aussi violentes, seule la température est légèrement diminuée.

Mais en revanche, la malade se plaint de vomissements, qui se produisent après le moindre essai d’alimentation. On ne leur attribue pas un pronostic inquiétant et on suppose qu'il s’agit simplement d’une intolérance particulière pour le salicylate de soude. On croit en faciliter l’ingestion, en prescrivant du citrade de soude.

Le cœur a conservé son rythme précipité, les bruits sont toujours sourds et durs. On croit percevoir un souffle systolique à la pointe.

13 Novembre. — Les vomissements n’ont pas cessé, malgré le citrate de soude, ils persistent aussi fréquents et rendent l’alimentation impossible. Aussi renonce-t-on à l’ingestion du salicylate de soude par la bouche et on le prescrit en lavement.

Les bruits du cœur sont toujours précipités ; le souffle systolique perçu la veille est devenu manifeste.

15 Novembre. — Même état ou à peu près. Les vomissements se produisent avec la même fréquence. Les articulations sont cependant un peu moins douloureuses, le liquide articulaire a diminué légèrement au niveau du genou droit, mais il reste toujours aussi abondant au niveau du genou gauche.

A l’auscultation du cœur, toujours rythme méme et léger ue cystolique à la pointe. PARENT

Dans la nuit, vers minuit, l’attention de la surveillante est attirée brusquement, par une agitation anormale de la malade, qu’elle trouve dressée sur son lit : les yeux hagards, fixés dans Je vide, faisant des gestes de défense. ° RE EN

Elle semble ne pas reconnaître les infirmières qui sont accourues au bruit et les repousse avec terreur.

Elle profère des paroles incohérentes, se croit poursuivie par des ennemis ; elle voit autour d’elle des animaux répugnants. Elle appelle au secours. De temps en temps la malade paraît se calmer un peu : retombe sur son lit et porte la main à la tête comme si elle en souffrait. Puis l’agitation reprend avec l'excitation motrice diffuse et les hallucinations. L’interne de garde que l’on était aller chercher, sur-

ERP NC : ‘

Page 1