‹ Les Psychoses ColibacillairesChapitre 14 sur 42 · LAN · texte numérisé non relu

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Dès son retour, la confusion mentale réapparaît, avec de la lenteur psychique, de la désorientation et de l'anxiété.

Elle se trouve, dit-elle, très fatiguée, inquiète, mal à son aise. « Enfin, ajoute-t-elle, ce qui m'ennuie, je ne me reconnais pas bien, je ne sais pas bien où je suis. Voici mon appartement que j'habite depuis longtemps, dit-elle encore, c’est bizarre, je suis comme dans un rêve, je ne le reconnais pas; il me semble que les objets sont déplacés, que ce que j'avais l'habitude de voir est changé. Il y a des moments où je n’y suis plus, je ne sais même plus si je suis à Paris ou ailleurs, il me faut chercher pour m'’orienter. »

Les troubles s’accentuèrent, la malade entre alors dans une maison de santé à Suresnes. A la suite d’un traitement calmant, l’anxiété s’atténue peu à peu, mais bientôt apparaissent des troubles fins du courant de la pensée, des hallucinations psychiques, des impressions olfactives, odeurs venant du parquet, de l’aboulie. Elle présente un aspect de discordance et d’absence, bref des signes de désagrégation psychique.

Bientôt surviennent des conversations intérieures et des expressions verbales symboliques. Elle prononce des mots sans suite dont deux reviennent sans cesse : « la rouge, la bleue, la bleue, la rouge, c’est ennuyeux ».

En réalité, elle rappelait ainsi dans ce langage symbolique, des événements intimes de sa vie, quelques années plus tôt, lorsqu'elle craignait — bien à tort d’ailleurs — que sa domestique, toujours habillée de rouge, ne se montrât trop empressée à l’égard de son mari, alors qu’ellemême s’habillait presque toujours en bleu; elle voyait

dans le rouge l’ennemi de son ménage.

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Cet incident était dominé d’ailleurs depuis longtemps, la malade n’y pensait plus, mais à la faveur de la maladie, ces souvenirs reparaissent sous cette forme symbolique

et au premier abord incompréhensible.

Peu à peu l’évolution s’est accentuée. On vit alors bientôt cette malade présenter non plus seulement de la torpeur, mais de l’absence, des troubles de la mimique (regard vague, inexpressif).

Un peu plus tard, apparaît un autre signe important : l'incohérence à froid et l'indifférence; la malade reste immobilisée sur une chaise, gardant toutes les positions, ne demandant rien, ne regardant personne; quand on

lui parle, elle répond à peine, elle ne fait pas un effort :

D. — Comment allez-vous?

R. -— Comment. comment... ah... ah... ah...

D. — Vous me reconnaissez? Quel est mon nom?

R. — Comment. comment. Oui. oui. peut-être...

bien docteur. bon... bon...

D. — Y a-t-il longtemps que vous m'avez vu?

R. — Comment. comment. non... non... oui... oui. peut-être... non...

La malade est transférée au bout de quelques mois, de la Maison de Santé de Suresnes à la Malmaison. On fait de nouveau un examen bactériologique qui montre la présence de colibacilles dans les urines.

On pratique la sérothérapie anticolibacillaire par le Sérum de Vincent, mais seulement par voie sous-cutanée. Le malade fait des accidents sériques.

Peu à peu, cette malade est devenue tout à fait indifférente, elle est dissociée, incapable de bouger et de pren-

dre une décision; le regard est vague, inexpressif. Elle

Al.

était passée du syndrome confusionnel à celui de la dé-

mence précoce, c’est-à-dire à la désagrégation psychique.

Dans la confusion mentale, la toxi-infection, l’état psychique peuvent guérir, mais cette dernière observation nous montre qu'ils peuvent aussi passer à l’état chronique et se transformer en démence précoce et

schizophrénie.

GC. — Etats schizophréniques.

Nous venons de voir dans la dernière observation du paragraphe précédent, un état schizophrénique d'origine colibacillaire, consécutif à un état confusionnel.

Dans les observations suivantes l’état schizophrénique s’est constitué peu à peu à la suite de l'infection colibacillaire ; tantôt rapidement comme dans les deux premières observations ; tantôt très lentement

comime dans la troisième.

OBSERVATION I

(Communiquée par M. le Docteur Baruk.)

M. B..., âgé de 17 ans.

20 janvier 1930. — Très bien portant jusqu’au 1* août dernier, À cette date, au cours d’une excursion sportive dans les Vosges avec les Boy-Scouts, il s’est senti fatigué, il a présenté quelques troubles digestifs, puis il a été pris

brusquement de fièvre à 40°, de douleurs lombaires. Le

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