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gressive et ascendante avec paralysie des centres sphinctériens, puis des centres respiratoires, et amyotrophie aiguë parfois énorme.
« Ces symptômes sont dus histologiquement à une dégénérescence considérable des cellules sensitives et motrices de la moelle et du bulbe, sur lesquelles s'est fixée la toxine microbienne.
« Les lapins inoculés ont présenté parfois des symptômes nerveux plus anormaux : hémiparésie ou monoparésie initiales, contraction en opisthotonos des muscles de la nuque, ou déviation latérale de la tête, par paralysie de certains groupes musculaires et contraction tonique des muscles antagonistes sains. Un fort lapin (2 kgr. 800) a présenté le phénomène de rétropulsion : abandonné à lui-même, effrayé ou actionné par la piqüre, il réagissait uniquement par un recul prolongé suivi de dyspnée d’effort.
« Très sensible à l’exotoxine neurotrope, l'homme paraît moins souvent affecté que l'animal dans son système neuromoteur, mais davantage dans son appareil sensitif et son psychisme. Cependant les troubles moteurs ne sont pas exceptionnels. C’est ainsi que la paralysie colibacillaire a été signalée par Gilbert et Lion chez les urinaires infectés. J'ai observé un exemple semblable de paralysie lente chez un malade atteint six ans auparavant de septicémie de gravité moyenne, due au B. coli et vérifiée par le laboratoire. Fait intéressant, le bacille isolé de l'urine de ce malade produisait une neurotoxine extrêmement
active.
€ La paralysie des sphineters n'est pas exceptionnelle chez les enfants atteints de Ja même infection ; je l'ai constatée chez les accouchées atteintes de pyélo-
néphrite suppurée à B. coli.
« D'autres phénomènes morbides plus accentués, mais plus rares, peuvent encore être signalés au cours de la pyélonéphrile suppurée à B. coli : parésie des quatre membres, diminution ou perte de la mémoire et de l'intelligence, faciès hagard, ou bien état subcomateux avec délire calme, inconscience absolue, incontinence des matières fécales et de l'urine, etc. (H. Vincent, Bulletin de l'Académie de Médecine, 6, 1928, XL).
« Une enfant de trois ans et demi, atteinte de septi- \
cémie avec prélonéphrite colibacillaires, présenta
des tremblements gonvulsifs des lèvres et de la face,
du nystagmus et des secousses cloniques des mem-
bres supérieurs, etc.
« On est conduit à rattacher ces symptômes nerveux si graves à l'intoxication par l'exotoxine neurotrope du colibacille, non seulement parce qu'ils sont apparus à l'occasion d'une pyélonéphrite ou d'une septicémie à B. coli, mais encore et surtout parce que le sérum anticolibacillaire a amené dans les cas précédents, leur guérison rapide, parfois presque immédiate. Le résultat donné par la médication spécifique témoigne, en conséquence, que cet ensemble parfois complexe de troubles sensitifs, psychiques et moteurs peut être sous la dépendance
J. Forestier : 7
de l’intoxication du système nerveux par la neuro-
toxine colibacillaire.
«Il existe en pathologie humaine, d’autres phénomènes nerveux morbides, moins sévères mais assurément plus fréquents que les précédents, et qui peuvent, dans certains cas, être commandés par la même cause toxique. On les observe soit au coursde la colibacillose urinaire chronique, soit même dans l’'entérite muco-membraneuse. Ils sont souvent associés à des désordres digestifs, à des troubles hépatiques, à l'infection biliaire, etc. : dépression nerveuse, diminution de la mémoire, perte de l’activité physique et intellectuelle, céphalée fréquente, irritabilité, tristesse, hypochondrie. Certains états psychopathiques plus caractérisés avec idéés délirantes, peuvent également, chez les colibacilluriques, être sous la dépendance de l'action toxique exercée
par le B. coli.
« La preuve en a été apportée, de la même manière, par la guérison rapide de ces symptômes complexes sous l'influence des injections de sérum anticolibacillaire. Cette méthode de traitement a fait disparaître dans un nombre élevé de cas du premier groupe, et chez un malade psychopathe appartenant au deuxième groupe, en même temps que la colibacillurie, les troubles nerveux ainsi que les désor-
dres intestinaux qui les accompagnaient ».
Nous remarquons que M. le Professeur Vincent
constate que l’homme est souvent atteint dans son
appareil sensitif et son psychisme par l’exotoxine neurotrope du B. coli.
Il signale l'existence d'états psychopathiques nettement caractérisés avec idées délirantes, consécutifs à l'infection colibacillaire.
Les psychoses colibacillaires sont souvent, d’après cet auteur, des psychoses dépressives avec idées hypochondriaques, mélancolie, et parfois idées de suicide. ” M. le Professeur Vincent nous a cité, lorsque nous sommes allé le voir, le cas d’un médecin qui, ses études finies, n'avait pas le courage de s’installer. Il ne se sentait pas la force de travailler. Il était dans un état de dépression profonde, il avait même eu des idées de suicide. Au cours de l'examen pratiqué, une colibacillose a été mise en évidence. Le traitement anticolibacillaire a considérablement amélioré cet état, ce médecin a pu, par la suite, remplacer un confrère du Nord à grosse clientèle, puis s'installer. Il était revenu voir M. le Professeur Vincent, complètement guéri.
Les animaux d’expérience semblent être davantage atteints dans leur appareil neuromoteur. Cependant certains états semblent déceler des troubles du comportement de l'animal. Ainsi, le lapin cité dans la précédente communication, lequel présentait le phénomène de rétrepulsion.
M. le Professeur Vincent a pu constater un phénomène semblable chez un malade qui présentait, aussi, de la rétropulsion."Ce malade a complètement guéri
par la sérothérapie anticolibacillaire.
M. le Professeur Vincent nous a encore dit avoir observé chez un lapin inoculé d’une culture de colibacilles, des réactions curieuses traduisant également des troubles du comportement : après avoir été injecté et mis dans une cage avec un autre lapin, le lapin injecté a dévoré les oreilles de son voisin. Un autre lapin mis en compagnie du lapin inoculé a subi le même sort. Un cobaye vigoureux mis à son tour dans la cage, aurait subi un sort semblable, si sa vigueur ne lui avait permis de repousser le lapin qui l'attaquait. Le lapin injecté n'a fait sa paralysie qu’une quinzaine de jours plus tard.
Enfin la mort fréquente dans la stupeur des lapins injectés, témoigne de l'atteinte encéphalique par l’exotoxine neurotrope du B. coli. ,
En 1929, dans le ‘Bulletin de l’Académie de Médecine sous le titre: « Nouvelles remarques sur les résultats de la sérothérapie anticolibacillaire », M. le Professeur Vincent écrivait :
« Certains états névropathiques ou psychopathiques, « certains syndromes hypochondriaques avec idées « délirantes et mélancolie peuvent être également sous « la dépendance directe de l’exotoxine neurotrope que « j'ai décrite. La preuve en est, ainsi que je le mon- « trerai bientôt, que ces troubles peuvent guérir sous « l'influence des injections de sérum anticolibacil- « laire. »
En 1930, M. le Professeur Vincent publie un nouveau travail dans le Bulletin de l’Académie de Médecine : &« Rôle de la toxi-infection colibacillaire dans
certaines entéropathies chroniques. Action de la séro-
thérapie anticolibacillaire », travail paru également
dans les Archives Internationales de Neurologie sous le
titre: « Toxi-infection colibacillaire et neurotro-
pisme. »
Nous en relevons quelques passages :
«L'étude expérimentale des poisons sécrétés par le B. coli montre que, parmi les symptômes disparates que détermine leur injection aux animaux de laboratoire, les désordres nerveux sontsouvent présents (Gilbert et Lion, Achard et J. Renault, H. Roger, Boïix, Haushalter et Spillmann, Vaughan, etc.). J'ai moi même décrit, en diverses publications, les symptômes nerveux et les lésions histologiques considérables de l’axe médullaire provoqués par l’exotoxine neurotrope du B. coli que j'ai étudiée.
« La neurotoxine colibacillaire affecte, en effet, une affinité spéciale pour le système nerveux moteur et sensitif. Les faits et les considérations qui suivent témoignent que, dans certains états morbides du tube digestif avec ou même sans colibacillose urinaire, la toxine neurotrope est également susceptible de se fixer sur le système vago-sympathique, donnant lieu ainsi à des symptômes pénibles dont la pathogénie est demeurée. jusqu'ici, indécise.
« Une première constatation mérite d'être soulignée. « Dans un nombre élevé de cas d'infections déterminées par le B. coli et vérifiées par le laboratoire, par exemple dans la colibacillémie et dans la pyélo-
néphrite chronique suppurée, les malades offrent
simultanément un exemple complexe de désordres gastro-intestinaux et de complications parfois graves, nerveuses ou névropathiques qui marchent de pair avec la colibacillose. Les premiers de ces troubles relèvent de l'endotoxine du bacille :les seconds sont, ainsi qu'il vient d’être dit, sous la dépendance de l'exotoxine neurotrope.
« On était, dès lors, conduit à rapprocher ces phénomènes morbides, spécialement nerveux et intestinaux, de ceux que l’on observe également dans certaines affections chroniques de l'intestin grêle et du gros intestin, et à se demander si ces dernières ne procèdent pas de la même cause microbienne et toxique. À coup sûr, les entéropathies chroniques et rebelles, primitives ou secondaires se compliquent fréquemment de symptômes nerveux, parfois sévères, locaux ou généraux, disparaissant avec la maladie lorsque celle-ci s'amende ou guérit, reparaissant ou s’'amplifiant dans les récidives et les aggravations de l'entérite.
« Les exemples d’entérocolite aiguë ou chronique dénoncent, d'une manière non douteuse, comme facteur de ces troubles nerveux, soit la résorplion
des toxines colibaäcillaires et autres qui prennent
naissance dans l'intestin, soit l’effraction accidentelle
des microbes entérotropes eux-mêmes -— et surtout du B. coli — à travers l'intestin partiellement desquamé, la voie lymphatique ou veineuse leur étant alors ouverte. Certaines poussées fébriles signalent ces accidents. »
M. le Professeur Vincent explique comment il peut se faire que le B. coli, hôte normal de l'intestin, puisse devenir virulent dans certaines conditions. En effet, chez un sujet sain, les sécrétions intestinales et surtout la bile, par les savons qu’elles apportent, neutralisent les toxines du B. coli et celles des autres microorga-: nismes qui, comme le B. coli, font de l'intestin leur habitat normal ; le B. coli est de tous ces microorga- nismes, celui qui se développe le plus. Ces diverses toxines sont transformées en cryptotoxines inoffensives. Chez les sujets qui présentent de l'insuffisance hépato-biliaire, les conditions qui favorisent la neutralisation physiologique des toxines microbiennes et leur résorption sont incomplètement remplies. Dès lors, les microbes intestinaux peuvent devenir virulents.
M. le Professeur Vincent ajoute :
&« Il en est ainsi dans le choléra infantile, dans la « septicémie colibacillaire avec entérite de même na- « ture, etc. Certaines formes d’entérocolite chronique «(non amibienne, non tuberculeuse, etc.), ainsi que « de l’entérite muco-membraneuse peuvent être aussi, « comme on va le montrer, en correspondance avec « l’intoxication colibacillaire. Les symptômes observés « communément dans ce groupe de maladies intesti- « nales traduisent souvent l’imprégnation du système « nerveux, en particulier du vague et du sympathique, -« par les toxines du B. coli et des autres bactéries qui « hantent l'intestin. »
« Certaines réactions biologiques du sérum des ma-
« lades, notamment leur pouvoir précipitant ou agglu-
tinant, mettraient, peut-être, en évidence l'origine microbienne de ces toxi-infections. Elles n'ont paru irrégulières et incerlaines. Mais dans un nombre appréciable de cas il est une preuve plus convaincante et qui leur a apporté un argument décisif: c'est l'efficacité rapide, presque immédiate de la sérothérapie spécifique anticolibacillaire chez un certain nombre de ces malades atteints de désordres intestinaux pénibles et rebelles, et porteurs de symptômes nerveux ou névropathiques graves. »
« Il est, en effet, ainsi que je l'ai noté ci-dessus, bien peu d'infections conditionnées par le B. coli dans lesquelles ne se manifeste à un degré variable, mais parfois élevé, un ensemble de symptômes traduisant les effets pathogènes déterminés par les sécrétions neurotropes du bacille. J'ai précédemment donné à l’Académie de médecine des exemples dans lesquels les troubles nerveux (paralysies, coma, délire, secousses musculaires convulsives, nystagmus, dépression mélancolique) étaient prédominants et ont guéri. D’autres fois. on voit les symptômes nerveux alterner avec les signes d’entérite avec coliques, flux
diarrhéiques fétides, subictère, etc., qui relèvent de
l'endotoxine thermostabile, entérotrope du même
bacille. Les variations observées dans les effets de toxi-infection colibacillaire s'expliquen! par les varations de la toxicité elle-même du microbe. Faible ou presque nulle pour certaines races, elle se montre expérimentalement très grande pour d'autres.
L'action neurotoxique de quelques-uns des mi-
« crobes étudiés domine leur pouvoir entérotoxique.
« Des constatations relevées, il est un autre fait € remarquable dans l’ordre clinique, c’est que les ma «lades affectés de colibacillose chronique urinaire « s’assimilent souvent à un état qui rappelle la neuras- € thénie : irritabilité nerveuse alternant avec des phases « de dépression, hypochondrie marquée, inaptitude au « travail, insomnie tenace, céphalée, courbature, etc. « Or, ces symptômes peuvent être également sous la
« dépendance de l'intoxication colibacillaire. Quelques
exemples vont en apporter la démonstration, »
«M. le D' Philippe, chef de Laboratoire à la Faculté de Médecine de Lyon, m'a adressé l’observa- « tion intéressante d’un malade atteint simultanément
« d'une pyélonéphrite suppurée ancienne à B. coli et « d'une entérocolite spasmodique, douloureuse et re- « belle à tous les traitements. Inappétence complète, « constipation opiniâtre et débâcles diarrhéiques, spas- « mes intestinaux, coliques. Ces symptômes gastro-intes- « tinaux étaient accompagnés de troubles nerveux mar-
« qués : perte de sommeil, affaissement, tristesse, inca
pacité de travail (ce malade était précédemment très « actif), etc.
« Or, 6 injections de sérum anticolibacillaire ont « fait disparaître en quelques jours non seulement la « colibacillose urinaire, mais encore tous les symptô- « mes d’entérocolite chronique et tousles troubles ner- « veux dont souffrait le malade, marquant ainsi la re- «lation étroite qui reliait ces phénomènes à la toxi- «infection bacillaire. « Tout d'abord, m'écrit M. le Dr
ÉEQ
Paul Philippe, la température est tombée dès la première injection ; le sommeil est revenu, l’appétit aussi, l’activité physique est récupérée : marche sans fatigue, travail facile, euphorie incontestable. »
« Parallèlement à ces constatations importantes, «la constipation a cessé dès la première injection aussi et, depuis ce moment, les selles se sont maintenues abondantes et faciles. » Le malade s’est rétabli complètement.
« L'observation qui suit n’est pas moins intéressante. La malade, Mme H.., d'Ixelles (Belgique), était atteinte d’une pyélonéphrite à colibacilles. Mais, chez elle, les symptômes gastro-intestinaux et parallèlement les troubles névropathiques étaient prédominants. Ils avaient atteint un degré d'intensité extrême.
€ Depuis cinq ans, en effet, elle présentait les symptômes d'une entérocolite muco-membraneuse ayant succédé à une fièvre colibacillaire avec entérite suraiguë. Constipation alternant avec des crises très douloureuses de diarrhée tantôt muqueuse ou glaireuse, tantôt séreuse et mousseuse ; entérospasme
presque continu, coliques rebelles. La malade, insti-
« tutrice, avait dû quitter sa profession depuis plusieurs
années. À l’état intestinal faisaient escorte une dépression morale complète, de l'hypochondrie, du dégot de la vie, une insomnie rebelle, un amaigrissement et une anémie très marqués.
« Aucun des traitements variés auxquels elle avait
été soumise n’avait amendé son état. Les vaccins et
auto-vaccins colibacillaires réitérés, le régime alimentaire le plus strict furent sans effet. La malade était
tombée dans un profond marasme.
€ Or, 4 injections, faites à la dose de 20 cmec. par
jour, de sérum anticolibacillaire ont amené brusque-
ment la cessation de tous les symptômes morbides si sévères et si anciens dont souffrait cette malade. Outre la guérison de la pyurie et la disparition du B. coli urinaire, vérifiées à de nombreuses reprises par les examens de laboratoire, on a constaté, ce qui est non moins remarquable, la fin du long martyre intestinal. Tous les symptômes d’entérite chronique Spasmodique, les coliques si persistantes et si péni- bles, les débâcles diarrhéiques, enfin les troubles névropathiques si graves qui duraient depuis cinq ans, ont disparu en une semaine et ne sont plus reve-
nus. »,......
« Cette action distincte exercée sur le tube digestif et sur le système nerveux par l’une et par l’autre des deux toxines se vérifie encore dans les exemples
suivants qui m'ont été transmis par M. le D' A.
Lippens, professeur agrégé, de Bruxelles. Ce
savant médecin s'est appliqué à étudier les indications de la séfothérapie anticolibacillaire. Je ne saurais trop le remercier de l'intérêt si précieux et si autorisé qu'il a témoigné à cette nouvelle méthode
de traitement.
« L'un des cas concerne une femme, Mile de X...,
atteinte de tuberculose pulmonaire torpide, à forme
SD
scléreuse, et, en outre, d’une pyélonéphrite du rein droit.
«Or, on note chez elle des désordres intestinaux et nerveux caractéristiques : insuffisance hépatique, poussées d’entérite spasmodique, coliques, constipation, fermentations intestinales, crises de diarrhée infecte, etc. Tous ies traitements, en particulier la vaccination colibacillaire, avaient échoué.
« On lui fit, à douz:2 jours d'intervalle, deux séries d’injections de sérum anticolibacillaire. Sous l'influence de la .sérothérapie, les symptômes d'entérite ont disparu. « Le sérum a amené du côté digestif une amélioration considérable... »
« Le fait suivant concerne un malade atteint d’une ancienne lésion du gros intestin compliquée de troubles intestinaux très graves, que rien n'avait pu amender. Les symptômes cliniques étaient ceux de l’'entérocolite muco-membraneuse classique. Ils
avaient débuté et s'étaient poursuivis depuis une
« période de cinquante-quatre années. Une infection co-