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C'est deux heures et demie ou trois heures après le repas du soir que l'accident apparaît ; l'enfant se réveille brusquement, se dresse sur son lit, les yeux fixes, ouverts. Il voit des animaux ou des voleurs, pousse des cris, appelle ses parents, mais ne les reconnaît pas ; ni COnsolation, ni caresses ne peuvent le calmer. Au bout d'un temps qui varie de quelques minutes à une demi-heure en moyenne, l'enfant a une crise de iarmes ou de sanglots, quelquefois une émission involontaire d'urine, mais Jamais de convulsions et il se rendort. (Pron).
VI. Irritabilité. — Elle forme le fond du caractère de beaucoup de dyspeptiques, ces repente irascentes, comme les appelait Arétée de Cappadoce.
Le caractère du dyspeptique marche de pair avec l'état de son estomac. Au moment de ses souffrances, le malade n’est pas abordable. Il entre facilement dans des colères furibondes, sans que personne réussisse à le calmer. Les visites l’exaspèrent ; il recherche la solitude, s’isole volontiers, passe son temps à critiquer, à ronchonner.
« Ses affetcions, seront comme son amabilité, <hose. morte ; il sentira son cœur fermé, il se surprendra à ne plus aimer les êtres qui autrefois lui étaient chers et qui ne lui font que du bien, il ne comprendra plus les rêves d'adolescence, ni les charmes intimes des sentiments de tendre affection. Sa sentimentalité est dans son estomac.
« Si, à un certain moment, par l'effet d'un médicament ou plutôt d'un régmie alimentaire approprié, cet organe le laisse quelque peu en repos, il se reprendra à aimer la vie, la nature et ses semblables, il entreverrada guérison
NA
possible, il redeviendra, comme autrefois, bon et aimant
et 1l s’efforcera de compenser, par de bonnes pensées et de
bonnes paroles, la noirceur du caractère qu'il montrait précédemment. Mais ce retour à lui-même ne durera que quelques heures ; à la moindre infraction de régime, la personnalité mauvaise reparaîtra. » (Pron).
Notons que ces irritables sont toujours aussi des constipés ; on peut même dire qu'ils ont la plupart des fonctions troublées à la fois.
On comprend que ces irritables sont peu abordables
surtout au moment de leur crise et il sera bon à ce sujet
de se rappeler la boutade de Voltaire :
« Le blanc de ses yeux est d’un sombre ardent ; ses lèvres sont collées l’une contre l'autre ; il semble qu'il vous menace, ne l’approchez pas ; et si c'est un ministre d'Etat, gardez-vous de lui présenter une requête, il ne regarde tou ptapier que comme un secours dont il voudrait bien se servir, selon l’ancien et abominable usage des gens d'Europe. Informez-vous adroitement auprès de son valet de chambre favori, si Monseignuer a poussé sa selle, le matin. Ceci est plus important qu’on ne pense. » -
Et un peu plus loin, il célèbre avec complaisance les avantages de ceux qui s’'acquittent facilement de la fonction qui nous occupe. » Au contraire, dit-1l, les personnes qui ont de l’embonpoint, les entrailles veloutées, le cholédoque coulant, le mouvement péristaltique aisé et régulier, qui s’acquittent tous les matins, dès qu'ils ont déjeuné, d’une bonne selle, aussi aisément qu’on crache , ces personnes favorites de la nature sont douces, affables, gracieuses, prévenantes, compatissantes, officieuses. Un
Lion
« non » dans leur bouthe a plus de grâce qu’un « oui » dans la bouche d'un constipé. »
Cette irritabilité du caractère marque la fatigue nerveuse qu’on trouve à la base de la plupart des manifestations psychiques d'origine digestive. C’est la faiblesse irritable de Charcot. |
Tous les jours au commencement du dîner un héros de Tolstoï entrait dans une telle rage, telle fureur, que ses proches ont fini par comprendre que cet état maladif ne pouvait qu'être provoqué par l’ingestion des aliments.
Dans un autre ordre d'idées, M. de Fleury cite le cas d’un amant très jaloux, dont la passion s’exaltait jusqu’à la fureur, à mesure que s’éloignait l'heure du repas et se calmait subitement par l'ingestion de nourriture.
« Il devient pâle et verdit par instants, tout comme s'il avait des coliques à l’âme. Il s’accoste à une embrasure, mord son mouchoir et s’évente avec, va faire un tour pour calmer son angoisse et puis revient s’hypnotiser devant l’objet de son exaltation.
« À un moment, il n’y tient plus, s'approche d'elle, ayant aux lèvres un sourire contraint et lui dit à l'oreille une injure féroce, tout ce qu'il peut trouver de pire, de plus bas : « Vous n'êtes qu'une fille » Où quelque chose d’approchant.
« Eh bien ! pour apaiser ce jaloux, pour calmer son angoisse, il faut très peu de chose donnez-lui à souper ou bien faites lui prendre — j'ai répété dix fois l’expérience — un tonique quelconque, une perle de caféine : tout de suite, il sera moins fou. »
Folet, cité par Pron, rapporte l’histoire d’un jeune
homme de quinze ans, Albert G.…., habituellement doux et tranquille, qui, sur les remparts de Cambrai, après
avoir erré deux jours sans nourriture, rencontre une fil-.
lette de 8 ans, la renverse, la frappe à la tête de coups de canne plombée et va se constituer prisonnier. Interrogé, il répondit à maintes reprises : « J'avais faim et je ne sais pourquoi j'ai agi de la sorte. »
Il n’est pas douteux, ajoute M. Pron, que chez certains individus nerveux, à jeun depuis un certain temps, la responsabilité est atténuée et qu’un miséreux qui a faim et qui vole un pain à la devanture d’un boulanger mérite l'indulgence pleine et entière du tribunal devant lequel il
est traduit.
VII. Emotivité. — Comme l'irritabilité elle est fonction de la fatigue nerveuse. On la rencontre à un degré plus ou moins prononcé cehz tous les dyspeptiques, dont les symptômes nerveux ont été accrus par les souffrances gastriques.
Elle consiste essentiellement dans une sorte d'angoisse particulière.
« Toutes les conditions physiologiques ou pathologiques qui sont capables de provoquer la neurasthénie constituent une condition d’émotivité morbide : puberté,
grossesse, allaitement, ménopause, traumatismes, affec-
tions générales, rhumatisme, goutte, diathèse, anémie, chlorose, les affections viscérales ef en particulier les maladies de l'estomac et des organes génitaux. » (Féré. — Pathologie des émotions).
Elle affecte les formes les plus variées et peut se mani-