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fester sous forme des palpitations fréquentes et pénibles, des chocs dans la tête, des sensations d'angoisse.
« Vous savez tous, dit Trousseau, et quelques-uns peuiêtre en ont fait sur eux-mêmes la triste expérience, combien la difficulté de la digestion entrave les travaux de l'esprit, gêne l'expression de la pensée et combien, quand il est habituel, ce trouble des fonctions gastriques porte à la éristesses » |
A un degré de plus ce sont, dit Régis, des accès de tristesse : le malade a besoin de s’isoler, d'aller pleurer à l'écart et cela sous l'influence d’une cause minime, d’un bruit, d’un air de musique, parfois même sans motif ». Dans ces accès les malades sont dans ce que l’on appelle l'attente anxieuse, c'est-à-dire en proie à la sensation très vive de quelque chose de fâcheux qui va arriver, sans qu'ils sachent quoi, qui les oblige à revenir chez eux, pleins d'angoisse, pour savoir s’il n’est pas survenu quelque malheur. » (Laignel-Lavastine).
Ce sentiment d'inquiétude, d'abord épisodique, peut devenir permanent. Il s'accompagne d’une tristesse telle que les malades « voient tout en noir ». Il faut se méfier, dit Laignel-Lavastine, de ces états qui ne sont fréquemment que des formes atténuées de dépression mélancolique et qui peuvent brusquement, par le suicide du malade, devenir évidents à tous les yeux. Chez les hépatiques, cette tristesse est d’une fréquence extrême.
Le maximum de ces troubles se produit plusieurs heures après les repas, pendant la digestion où vers cinq heures de l'après-midi.
Qu'au moment d'une digestion particulièrement lour-
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de, le dyspeptique ait à tenir une conversation avec une personne qu'il n'est pas actoutumé à voir, il sera comme étourdi, souvent incapable de diriger le cours de ses pensées ou même de ses mots ; que la même circonstance se reproduise à un autre moment, le matin à neuf heures, par exemple, quand son estomac est à peu près libre, le | dyspeptique ne sera plus ému sans raison.
Certains dyspeptiques inquiets ont des soupçons maladifs. « Jamais, dit Régis, ces dyspeptiques ne vont jusqu'à penser qu'on les accuse de faits graves, mais seulement d'indolence et d'incapacité. Tout cela d’ailleurs est chez eux vague, mal consistant et s’ils ne sentent pas spontanément que leurs soupçons sont imaginaires, ils sont près cependant à accepter qu'on leur démontre leur | OP POUr: »
VIII. Troubles de lintellignece, des facultés d’attention, de coordonner les idées, etc. — Souvent, après le repas, le dyspeptique tombe dans un état de somnolence qui l’envahit de plus en plus ; il sent une fatigue et une paresse invincibles s'emparer de lui ; une lourdeur mentale le rend incapable de tout travail et cette incapacité dure aussi longtemps que son estomac est surchargé.
Certains dyspeptiques au moment de malaises gastriques sont incapables de lire un journal ; ils passent d’une colonne à une autre, commencent le début d'un article pour en choisir un second au bout de quelques minutes ; finalement ils posent le journal pour retomber dans la torpeur à laquelle ils ne peuvent échapper.
Ils s’ennuient au théâtre comme chez eux et sont inca-
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bles de coordonner dans leur esprit les diverses étapes de la pièce qu'ils ont vu jouer.
A la longue, le niveau intellectuel du dyspeptique finit par baisser. Ils n’assimilent plus facilement ce qui auparavant leur apparaissait d’une clarté évidente et, malgré toute la peine qu'ils se donnent, ils ne peuvent plus fournir la même somme de travail qu’autrefois.
Cet état chronique augmente d'intensité au moment des malaises d'estomac et le dyspeptique tombe alors dans un état très proche de l’abrutissement.
« À la suite de ces mêmes souffrances gastriques un peu prolongées, je sentais mon intelligence s’affaiblir, mon cerveau se creuser, mes facultés s’anéantir, au point que j'eusse été incapable d’enchaîner deux idées. Dans de tels moments, j'eusse pu représenter le prototype de l'abrutissement le plus parfait. Cet étrange état se maintenait tant que durait la gastralgie (souffrance de l'estomac) et disparaissait avec elle ». (Thèse Hamon).
M. le professeur Albert Robin tente de réunir £es divers éléments en syndrôme : « inaptitude au travail ; diminution de la compréhension ; incapacité de coordonner des idées, de fixer des images ; abolition de la volonté ; inquiétude, irritation et découragement ; abandon des soins de propreté ; sensations de vibrations sonores dans la tête ; sommeil incomplet, troublé par des rêves incesscnts qui sont comme le grossissement caricatural de la mentalité diurne. »
La somnolence diurne peut aboutir dans certains cas à de véritables accès de névralepsie, classique dans les affections hépatiques graves (Murchison, Régis) ou non,
mais avec hypothermie marquée. (Gilbert Ballet et L. Lévi).
IX. Dysarthrie. — On comprend en général improprement sous cette rubrique tous les troubles de la parole allant de la simple difficulté à trouver les mots, du mutisme jusqu’à l'aphasie caractérisée dont les cas sont cependant très rares.
Il arrive assez souvent qu'une sorte de mutisme involontaire s'empare du malade à la suite d’un repas et dure pendant une heure ou deux ; il sent une lourdeur à l’estoma: puis une lourdeur à la tête et il se tait ; à ce moment 1l répond mal aux questions qu’on lui pose ou n’y répond” pas du tout. co
D’autres fois, une sorte de dysarthrie mentale avec simple difficulté à trouver les mots ou vraie confusion apparaîtra sous l'influence de souffrances gastriques pour disparaître avec elles.
La dysarthrie peut aller jusqu'à l’aphasie transitoire comme ce fut le cas chez une malade de M. le Professeur Albert Robin. (Leçon du 8 juin 1910).
« Pendant son déjeuner, elle est prise subitement d’une difficulté de la parole. Il lui semble que sa bouche se tord et que ses yeux ne peuvent plus s'ouvrir.
Le lendemain, ces deux symptômes ont disparu, et il ne lui reste qu'une irritabilité plus grande encore qu'à l'ordinaire. » Et ailleurs : « La difficulté de parler S'accompagne d’une sorte de coups, de vide dans la tête ou d'une douleur interscapulaire au moment de l'effort fait pour rattraper les mots qui s'échappent. »
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Bochard a publié des cas d’aphasie transitoire chez des malades atteints de la dilatation simple de l'estomac et M. L. Pron, dans sa thèse rapporte plusieurs observations de Henoch, dans lesquelles des enfants atteints d’aphasie transitoire consécutivement à une indigestion oni
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été guéris par un simple vomissement libérateur.
X. Amnésie passagère. — C'est là un fait qu'on a coutume d'attribuer toujours à la neurasthénie, mais qu'on rencontre souvent dans la dyspepsie ; il y a, du reste, une neurasthénie gastrique... « Au cours d’une conversation, surtout quand elle a lieu dans la station debout, le malade oublie subitement ce qu’il veut dire ou le mot qui exprime sa pensée, en même temps qu'il éprouve un peu de vertige. Parfois, l'amnésie porte sur les lieux qu’on ne reconnaît plus, témoin le sas d’un officier qui, pendant la période digestive, perdait tout à coup la notion des lieux au point de ne pas retrouver la porte de sa chambre et de: ne pouvoir plus se rappeler la direction dans laquelle il marchait... et cela avec une parfaite conscience de son oubli. » (Albert Robin).
XI. Phobies. — Les dyspeptiques sont souvent en proie à une crainte constante et obscure sans en connaître la vraie Cause.
Arêtée avait déjà noté la crainte comme symptôme de la dspepsie : animi pendent, disait-il. L'âme est en effet en suspens, tantôt d’une façon intermittente, à certains moments de la digestion, tantôt d’une facon chronique,
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et, au bout d'un certain temps, apparaissent dans l'esprit du malheureux dyspeptique de véritables phobies.
Les uns ont peur de la solitude, ou tremblent à l’idée d’un voyage ou d'un simple déplacement, d'autres ont la phobie de la parole ou celle des nombres. Ceux-ci n’osent tarverser un pont, un tunnel ; d’autres sont atteints d’agoraphobie. M. le Professeur Albert Robin rapporte à ce sujet plusieurs observations fort intéressantes.
« Une dame de province avait la phobie des boutons de porte qu’elle n’osait toucher parce que leur contact lui donnait l'impression d’une secousse électrique se propageant dans le corps tout entier. Un marchand de bœufs n’osait se mettre à table parce qu'il était pris aussitôt d’une sueur profuse. Une femme de trente-cinq ans, fort jolie, mariée à un vieillard de soixante-cinq ans, fut prise d’une phobie jalouse qui ne lui laissait aucun répit, au point qu’elle conçut des idées de suicide. Une autre avait la phobie des odeurs, quelles qu'elles fussent ; elle finit par se convaincre que son haleine était fétide, et cette obsession devint si violente qu’elle s’enferma dans sa chambre pendant près d'un mois, sans vouloir commu: miquer avec sa famille. » (Albert Robin).
Pierre Janet (Névroses et idées fixes, t. II), raconte l’histoire d’un avocat âgé de 52 ans, dyspeptique de vieille date, craignant toujours une lypothymie. Au Palais, au théâtre, en société, il cherche toujours à se placer à proximité de la sortie, afin de se soustraire facilement à l’attention du public s’il venait à se trouver mal.
Rosenheim et Ewald, Mayer et Pribam, Cordes, Cher- :bewsky semblent reconnaître dans certains cas une ori-
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æine digestive à l'agoraphobie et tentent de lui trouver une explication pathogénique. On sait, en effet, que si l’agoraphobique a été laissé seul il est pris de frayeur et d’une angoisse insurmontable ; il pâlit, le pouls et la respiration deviennent plus rapides, la tête lui tourne, une sueur froide l'envahit, ses jambes tremblent et sont prètes à fléchir ; puis, l'estomac entre en jeu, des nausées apparaissent et parfois des crampes vives, en somme, un état émotif nauséeux, comparable à une indigestion.
La plupart des crises stomacales s’accompagnent d'une anxiété, d’une dépression générale qui, assez souvent, chez certains dyspeptiques, se transforme en une sensation de mort imminente.
Dans une observation de Leven, une dame âgée de 48 ans à toujours eu un mauvais estomac. Vomissements fréquents. Vertiges. Insomnie. Depuis la perte de son mari, elle a la mort présente à l'esprit et a reçu trois fois l'Extrême-Onction.
XII. Aboulie, — « Toute dépression dans le tonus vital, légère ou prorïonde, fugitive ou durable, a son effet ; et la conscience de cette dépression est pour nous la première cause de l’aboulie. » (Ribot, Maladies de la volonté).
« Ces malades, dit Guislain, savent vouloir intérieurement, mentalement, selon les exigences de la raison. Ils peuvent éprouver le désir de faire, mais ils sont impuissants à faire convenablement. I1 y a au fond de leur entendement une impossibilité. Ils voudraient travailler et ils ne peuvent, Leur volonté ne peut franchir certaines limites : on dirait que cette force d'action subit un arrêt :
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fe je veux ne se transforme pas en volonté impulsive, en détermination active. Des malades s'étonnent eux-mêmes de l'impuissance dont est frappée leur volonté. »
L’aboulie est générale ou partielle (aboulie systématisée). L’aboulie des dyspeptiques d’abord intermittente devient rapidement permanente. » Le malade conçoit un acte, essaie de l'exécuter, mais c’est en vain ; même s'il se fixe une heure pour accomplir tel travail, il ne peut y parvenir, il lui semble qu'une force inconnue l'entoure de toutes parts, pèse sur lui et qu'il aurait comme un poids énorme à soulever, pour exécuter la détermination prise ; il recule de quelques minutes pour se donner une excuse, puis le nouveau moment arrivé, il recule encore et ainsi de suite ; il n'arrive jamais à agir. Ou bien, après avoir pris une détermination, il la pèse, il en examine les pour et les contre, il développe chacun des termes, se lance dans des digressions lentes et ramifiées et bientôt, au eu d’avoir devant la conscience ce dilemne simple : ferai-je Ou non ? 1l a un nombre infini de possibilités devant les. quelles il reste impuissant et qui le plongent dans une anxiété profonde et angoissante. »
M. le Professeur Albert Robin cite le cas d’un propriétaire rural, âgé de cinquante ans, qui vint à Paris pour prendre une consultation au sujet de troubles gastriques dont il souffrait et qui, obsédé par l'idée de savoir s’il s'v soignerait ou s'il retournerait dans son pays, demeura pendant près de deux mois à l'hôtel sans défaire ses bagages, ne songeant qu'à la décision qu’il pourrait prendre et incapable de choisir l'une ou l’autre de ces alternatives.
Un autre malade de M. Albert Robin, américain, venu
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à Paris pour se faire soigner par notre maître, n'ayant
reçu sa visite, par suite d’une absence, que cinq jours après son arrivée, était resté tout habillé, tel qu’il avait voyagé, assis sur une malle dans la chambre d'hôtel, sans avoir pu prendre sur lui de se mouvoir, si bien que M. Albert Robin trouvait près de lui les vestiges des repas qu'on avait essayé de lui faire prendre. On crut devoir l’interner dans une maison de santé, malgré l'avis défavorable de M. Albert Robin. Son état s’y aggrava rapidement ; on dut l’en faire sortir. Soumis à un traitement anti-dyspeptique, suivi d’un traitement nervin, son état s’améliora sensiblement.
Pierre Janet cite le cas d’une femme âgée de 30 ans, indécise et hésitante sur la moindre décision et qui restait des heures à se demander si elle doit sortir ou rentrer. Cette femme qui a dû renoncer à son métier d'institutrice, se plaignait surtout de digestions extrêmement pénibles, suivies tantôt de diarrhée, tantôt de constipation et avait un estomac dilaté avec clapotage.
XIII. Excitation génitale. — Certains dyspeptiques éprouvant une lourdeur d'estomac après le repas, se trouvent plongés dans un état de froideur génitale absolu.
D'autres au moment de leurs malaises gastriques et principalement lorsqu'ils souffrent de leur fausse faim, sont en proie à une excitation génitale très grande. Ces impulsions géniatles, avec ou sans idées érotiques anormales peuvent avoir lieu quelquefois sans possibilité d’érection.
De véritables crises érotiques ont été signalées par G.
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Bardet. Elles éclatent avant ou pendant la crise d'hypersthénie gastrique, sont précédées ou non d’une sensation d'euphorie générale et se produisent pendant la nuit ou dans l'heure qui suit les repas. Elles s’observent aussi chez la femme.
M. Bardet se demande si la crise gastrique et l'excitation génitale ne sont pas des manifestations parallèles d’un trouble fonctionnel antérieur de la moelle et le Professeur Albert Robin semble admettre cette hypothèse.
Par contre, Pron croit que le plexus hypogastrique est susceptible de recevoir une excitation des centres qui l’environnent et en particulier du plexus solaire.
XIV. Hallucinations. — Alf rapporte l'histoire d’une femme de 39 ans, dyspeptique depuis deux ans, et à laquelle les objets pendus, à la muraille semblaient des caricatures et des animaux éffrayants. Maury rapporte que Maxime Simon souffrant de l'estomac vit un jour des - œufs sur un plat d'argent. Lui-même était sujet à de fréquentes hallucinations, quand il éprouvait un malaise quelconque. « Un des jours de février 18&, j'éprouvais des tiraillements d'estomac avec une saveur aigre dans la bouche. Quelques instants après, je m’asseoïs sur mon fauteuil et je tombe dans une torpeur, avant-coureur du sommeil. Le sang me montait au visage.Je vis alors dans une hallucination hypnagogique un plat couvert d’un ragoût à la moutarde d'où s’exhalait une odeur qui me rappela la sensation gustative éprouvée par moi peu auparavant. » Maury cite encore le cas du libraire allemand Nicolaï qui, ayant les yeux ouverts, apercevait des figu-
res d'hommes et d'animaux ; ces hallucinations, qui apparaissaient surtout au sortir de table, au moment où commençait la digestion, finirent par s'associer à des hallucinations de l’ouie.
Leven zite le cas d’un homme de 50 ans, très dyspeptique, qui, à diverses reprises, crut voir sa petite fille écrasée par une voiture ; cette hallucination céda rapidement avec la maladie. Il a observé aussi dans son service de l'hôpital Rotschild, un dyspeptique qui avait, chaque jour, à quatre heures du soir, des hallucinations dont il ne précise pas la nafure ; elles cédèrent cependant quand l'estomac fut guéri. Féré cite le cas d’une femme atteinte d’anorexie nerveuse depuis plus de dix ans, ne présentant ni stigmates permanents d’hystérie ni mouvements convulsifs et qui. chaque fois qu’elle usait d'aliments trop vinaigrés, voyait rouge pendant quelques minutes. Cette vision rouge était suivie d’une vision vert clair d’une heure de durée. Et, fait digne de remarque, l'odeur du vinaigre ne produit chez elle aucune sensation.
Le baron de Trenck, enfermé dans un cachot et souffrant de la faim, voyait en rêve des tables bien garnies.
Lassignardie raconte dans sa thèse qu'un de ses amis, étudiant étranger, ayant des convictions religieuses très fortes, jeûna d'une façon absolue pendant 48 heures. Le second jour, peu avant de s'endormir, il eut une hallucination. « Je <royais me trouver dans une chambre, au milieu de laquelle: était dressée une table chargée de mets les plus succulents ; l'odeur du rôti venait flatter mon odorat mais il m'était défendu d'y toucher. Une grille me séparait de ces plats tentateurs. »
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Duchon, Bouchard, ont étudié spécialement les hallucinations qui sont en rapport avec la dilatation d'estomac et Bouchard à fait une description magistrale de différentes formes sensorielle, visuelle, auditive, tactile.
« Les hallucinations du dyspeptique, dit Bouchard, sont solennelles et silencieuses. Le malade voit défiler lentement des personnages ; ce sont des processions civiles ou religieuses. Chaque personnage s'approche sans bruit, regarde le patient sans dire un mot et disparaît en silence.
Chez les hépatiques les hallucinations visuelles sont très fréquentes. Mais beaucoup de ces malades étant en même temps des alcooliques, « il est malaisé, dit Régis, de faire exactement la part de ce qui revient dans £es troubles à l'intoxication hépatique et à l'intoxication alcoolique. Du reste on a tendance actuellement à considérer les accidents cérébraux de l'alcoolisme comme d’origine hépatique, par suite de l’action de l'alcool sur le foie (Klippel).
Chez les dyspeptiques, les hallucinations de l’owie ne sont pas formées de voix articulées, et les malades ne se figurent pas, comme les aliénés, qu’on leur parle. Ils per-
. Çoivent seulement des sons de cloches qui augmentent progressivement, puis diminuent pour augmenter de nouveau. Ou bien ils entendent distinctement frapper à la porte, au volet, et il leur arrive de se lever à diverses reprises pour ouvrir, malgré l'intervention des personnes présentes. (Laignel-Lavastine).
« Les hallucinations de l’odorat sont fréquentes, maïs difficiles à caractériser. Elles se manifestent sous forme d’odeurs désagréables (chiffons brûlés, poisson pourri,
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œufs couvés, fuite de gaz, odeur de mort, etc.) Il s'y joint souvent des nausées suivies ou non de vomissements. Quand une hallucination de 5e genre survient au milieu d’un repas, le sujet est obligé de quitter momentanément la table, » (Régis), Les hallucinations du godût sont moins communes.
Les hallucinations hypnagogiques de Maury, (Ayo, sommeil ; &ywyos, conducteur) sont assez fréquentes chez les dyspeptiques ; elles précèdent immédiatement le sommeil, sont purement visuelles et silencieuses. Au moment de s'endormir, le malade voit défiler de droite à gauche, des images passagères, aussi variables dans leur forme que dans leur expression. Tantôt ce sont des apparences colorées, généralement rouges, d’abord confuses, mais qui se précisent bientôt assez pour représenter des visages qui s'approchent lentement et disparaissent dès qu'on cherche à les fixer. Puis le malade s'endort. Et le sommeil est souvent troublé par des cauchemars, des rêves pesants, tristes ou terrifiants, dans lesquels domine la sensation de chute, de poursuite où de fuite avec une invincible lourdeur des jambes, et qui se continuent vaguement au moment du réveil. (Albert Robin, Levén).
« Je lisais à haute voix, dit Maury, le voyage dans la Russie méridionale de Hommaire de Hell ; à peine avais-je fini un alinéa, que je fermai les veux instinctivement. Dans un d@# ces courts instants de somnolence, je vis, hypnagogiquement, mais avec la rapidité de l'éclair, l'image d’un homme vêtu d’une robe brune et coiffé d’un
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moine des tableaux de Zurbarran ;
lire je rouvris subitement les pauvières
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SYNDROMES PSYCHIQUES OU PSYCHOSES. — (Etats psythopathiques avec systématisation des sympiômes). | 7
XV. Hypochondrie dt la petite hypocondrie. — L’hypocondrie est « une sorte de maladie nerveuse qui trou- blant l'intelligence des malades, leur fait croire qu'ils sont atteints des maladies les plus diverses, de manière qu'ils passent pour malades imaginaires, tout en souffrant beaucoup, et qu'ils sont plongés dans une tristesse habituelle. » (Littré). Toutes les affections douloureuses ou non, mais attirant sur elles l’attention du malade créent un terrain propice pour le développement de l'hypochondrie. Quand elle est liée à des troubles dyspeptiques, l’hypochondrie que Cotard définissait « un délire triste portant sur la santé physique et morale » est caractérisée par des réactions cérébrales exagérées à l’occasion de tout malaise digestif, si léger qu'il soit. Il suffit d'une régurgitation acide, d’un état saburral. de la langue, d'une irrégularité de l'appétit, de borborygmes, etc, pour que le malheureux malade soit pris d’une inexprimable anxiété, d’une véritable crise où dominent les états mélanicoliques, avec dépression du moi, misanthropie, abolition de la volonté, idées d’impuissance ou d'in-
capacité, car le dyspeptique est un mélancolique triste. Tout ce qui se passe autour de lui le laisse indifférent et, à l’occcasion de la plus petite contrariété, il donne libre cours à un flot de pensées sombres qui germaient en lui, il se retire seul, fait semblant de lire ou de se livrer à un travail quelconque et s’abandonne à une rêverie noire, qui n'aura d'autre effet que de provoquer uns crise de larmes et d'aggraver son état stomacal. Pour Laignel-Lavastine l’hypocondrie n’est que l’ensemble des préoccupations maladives, exagérées ou absurdes que peut avoir un malade relativement à sa santé.
La conservation des facultés qui constituent l'être intelligent et raisonnable existe. Cependant, il y a d’étranges perversions de la sensibilité chez l’homme moral,
émotif ou affectif. Il éprouve des répulsions et des anti-
pathies qui sont la conséquence d’un état maladif franchement accentué. I1 lui devient impossible d'accomplir certains actes qui dépendent de l’exercice de la volonté et qui se rapportent aux habitudes les plus ordinaires de la vie, comme seraient ceux de toucher certains objets. Ces malades, dans les efforts qu'on sollicite d'eux pour vaincre leur répugance à accomplir ces actes, éprouvent des spasmes, des convulsions, de véritables syncopes.
Un dyspeptique hypochondriaque ne connaît pas la sympathie réciproque que tout être humain ressent visà-vis des amis.
Son estomac est sa seule préoccupation : le matin, il se sent triste et fatigué, encore plus que dans la journée ; il a la langue sale et la bouche mauvaise ; il a plusieurs choses à faire, mais tout l’ennuie, à tout il voit des empê-
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chements, surtout au moment de ses malaises gastriques. Après le repas, il éprouve ou bien un soulagement passager et alors il se sent redevenir un peu ce qu'il était autrefois ; ou bien son estomac devient lourd, la chaleur lui monte au visage, il sent comme un poids qui lui presse le cœur et le cerveau, tout courage l’abandonne.
A une période avancée de la maladie un malaise gastrique léger provoque des troubles intenses ; l'effet n'esi plus en rapport avec la cause. « Tout apparaît au dyspeptique sous un jour noir; il est incapable de se distraire, toutes ses facultés sont occupées ou plutôt inhibées par ses souffrances ; il ne s’appartient plus, il devient une machine. Il devient aussi misanthrope, il déteste et fuit le monde ; il lui est du reste souvent impos- Sible de séjourner pendant quelque temps dans une salle où sont réunies plusieurs personnes, car il est pris comme d’un étouffement et la présence d'êtres humains autour de lui suffit souvent à exaspérer ses malaises. » {Pron).
Beaucoup d'hypochondriaques d’origine digestive rentrent dans la catégorie du délire d'interprétation. « Ge sont des individus d'un caractère qui fut toujours inquiet et défiant et qui, à l’occasion de troubles dyspeptiques, de douleurs abdominales, de sensations anesthésiques plus ou moins parüculières, interprètent tous leurs symptômes dans le sens le plus pessimiste. » (Laignelfavastine).
Il en est ainsi de certains délires de possession et de délires de fausse grossesse qui ont pour origine ou pour localisation des troubles gastro-intestinaux, depuis les
mn 17 — «
simples borborygmes de la dyspepsie flatulente jusqu'aux lésions, tumeurs et affections abdominales les plus graves.
Morallié, cité par Laignel-Lavastine, a montré, en 4904, l'importance de l’entéro-colite muco-membraneuse comme point de départ de ces délires de possessions ou de grossesse par fausse interprétation des sensations éprouvées, et Pick (de Prague), la même année, a insisté sur la valeur diagnostique et pronostique des sens de Head, c'est-à-dire des modifications de la sensibilité qui se présentent en diverses régions de la surface cutanée, en relation avec des douleurs ou des affections des viscères, dans les psychoses gastro-intéstinales avec délire de possession.
Dromart et Senges, sous le titre de « maigreur pathologique chez un aliéné hypochondriaque » rapportent l'ob. servation d'un homme de 35 ans qui d’abord éthylique présenta une phase d'insomnie, puis d’hallucinations terrifiantes avec idées de suicide et finalement fut interné dans un asile d’aliénés. Cet homme « se plaint constamment, pour dire que « ses chairs se fondent », que « son estomac se dissout », que « son intestin s’obture », qu’ « un ver intérieur le ronge », etc., et les auteurs se demandent si les idées hypochondriaques de leur malade n’ont pas été « amorcées » justement par le sentiment des perturbations réelles qui s’opèrent en fait dans la nutrition des tissus. Malheureusement£ ici l'examen du tube digestif n’a pas été pratiqué avec assez de soin.
LA FORME MÉDICALE DE L'HYPOCHONDRIE de M. le Professeur Albert Robin, n’a de particulier que les propor-
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ions invraisemblables qu’elle prend chez les médecins qui se croient atteints d’affections incurables, abandonment leur profession et nourrissent des idées de suicide.
M. Albert Robin cite à ce propos l'observation d'un médecin âgé d'une quarantaine d'années, qui avait rapidement conquis une situation importante dans la clientèle parisienne, mais qui avait, en même temps, soumis son estomac au régime le plus anormal.
« Trop occupé pour prendre ses repas à la maison, il mangeait hâtivement dans sa voiture, entre deux consultations, et subissait, du fait de sa profession, un incessant surmenage. Evidemment, il fut bientôt dyspeptique. Puis son caractère s’assombrit ; il devint irritable, s'agitant pour la cause la plus futile, en même temps {que ses aptitudes au travail diminuaient au point qu'au bout de deux années environ, il dut abandonenr une partie de ses occupations.
» Alors il fut saisi par l’hypocondrie ; il ne pensait plus qu'à son estomac, passait son temps à regarder sa langue, à compter son pouls, à analyser ses moindres sensations. Sa vie s’écoulait dans d’inexprimables anxiétés au sujet du choix des aliments, de l'examen de ses gardesrobes. Il ne vivait plus que dans la contemplation de son estomac, lui attribuant les réactions les plus singulières, jusqu’au moment où, trouvant un jour un excès d’acide ürique dans son urine, il fut convaincu qu'il était devenu albuminurique et l’hypochondrie atteignit alors son apogée. Il abandonna complètement sa clientèle et se confina chez lui, avec la certitude que ses jours étaient comptés. À ce moment, survint dans sa vie intime un
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immense bouleversement qui l’obligea à quitter Paris et à s'occuper de graves affaires ; grâce à cette diversion, il reconquit un peu de santé, consentit à se laisser soigner passivement, et reprit peu à peu toute son activité professionneile. »
L'HYPOCHONDRIE CIRCULAIRE de M. le Professeur Albert Robin. Dans cette forme les crises d’hypochondrie alternent avec des périodes où la mentalité est tout à fait régulière. |
« Depuis plus d’un an, écrivait un malade à M. le Professeur Albert Robin, je souffre d’une sorte de névropathie pénible qui me prend tous les deux jours et revient avec une implacable régularité. Le soir du bon jour, je me couche en bonne santé et humeur, ayant pu m'occuper avec plaisir, sans craintes ni soucis. Mais, entre cinq et six heures du matin je me réveille avec une vive agitation. Je suis assailli par des idées tristes, et il m'est impossible de me rendormir. Je me lève, la tête engourdie sans douleur réelle, et pourtant je puis à peine m'occuper, même à une lecture peu fatigante. N'ayant de goût à rien, j'éprouve un découragement insupporfable ; tout m'apparaît sous un jour sombre. J'évite la présence de toute personne, même chère ; je crains d’être dérangé. Je voudrais m'occuper, je n'y parviens pas. Me promener, monter à cheval, m'est impossible. Redoutant tout, je ne sais que faire de ma pauvre personne. Ce lamentable état dure toute la journée avec quelque rémission quatre ou cinq heures après les repas, tandis que le maximum d’abattement et d'inquiétude les suit'immé:diatement. Je mange sans goût ni appétit. Je me couche
fatigué et m'endors aussitôt. Si je me réveille pendant la nuit, je suis calme, sans idées noires, et la journée du lendemain va se passer sans fatigue ni malaise. » Ce malade avait suivi bien des traitements sans résultat. Quand on s’attaqua à son état gastrique, les symptômes allèrent en s’atténuant. Aujourd'hui il est rétabli et a repris à peu près son train de vie. (Albert Robin).
MALADIE CÉRÉBRO-GASTRIQUE DE LEVEN. — (Névropalhie cérébro-viscérale de Grasset). — Leven à isolé, pour la première fois, sous le nom de maladie cérébro-gastrique l’ensemble des modifications de la mentalité que l’on observe communément chez certains dyspeptiques et qui donne à leur expression morbide une si particulière physionomie : la sensibilité, les facultés de l'esprit, les instincts, les organes des sens, la motilité, le sens musculaire sont fonctionnellement troublés, sans que la raison subisse aucune atteinte,
Le malade sent son cerveau lourd et brûlant, ou bien il ressent dans la tête, surtout au moment de la digestion, un vide terrifiant. Il pense avec difficulté et ne peut point fixer son attention sur une idée, sur une lecture, sur un Spectacle. Il parle avec difficulté ; souffre de la tête en parlant et éprouve de temps en temps, au milieu d’une conversation, une sorte de vide subit dans la tête qui lui fait perdre le fil de la conversation. La volonté est profondément atteinte. La marche est indécise ou titubante, la station debout manque de stabilité, les muscles Sont agités par des tressaillements involontaires, les crampes sont fréquentes et douloureuses,
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« Les impressions que le monde extérieur envoie au cerveau ne sont plus reçues comme dans l’état de santé. Un rayon lumineux vif, un son éclatant, une odeur forte sont une cause de souffrance, donnant le vertige ou une sensation de faiblesse. L'état cérébral réagit sur chacun des sens. L’œil voit mal les objets : ils sont cachés par ‘un nuage plus ou moins épais ; ils se dessinent par plusieurs images à la fois ; un rayon lumineux vif s'efface lentement de l'œil : la vue s’affaiblit : le malade a de la peine à lire parce que les lettres dansent au-devant des yeux et, quand le trouble cérébral est devenu plus intense, il ne peut plus lire du tout. J'ai observé des cas d’amaurose passagère. Des hallucinations de la vue peuvent se produire à l'heure où se manifestent les phénomènes de la dyspepsie. Un malade de mon hôpital avait chaque jour, à quatre heures de l'après-midi, des hallucinations qui l’incommodaient fort ; dès que l'estomac fut guéri ,les hallucinations disparurent.
« [5e tympan devient excitabe comme la rétine ; un son fort et douloureux s’efface lentement ; l'oreille gauche est occupée par un bourdonnement, durant quelques heures au début, mais qui deviendra continu, si la dyspepsie n’est pas traitée ; il s’étendra même à l'oreille droite. A la longue, l’ouie devient très dure ; ce genre de surdité n’est pas rare dans les dyspepsies anciennes.
« Les désordres du sens du tact consistent en une hypéresthésie de la peau et des muscles du côté gauche ou du côté droit du corps ou en une hypéresthésie généralisée si la dyspepsie est de vieille date ou très aiguë, en sensations électriques sur la peau, en démangeaisons in-