‹ Les Psychoses d'Origine DigestiveChapitre 17 sur 29 · RAT AS FA · texte numérisé non relu

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que, le rein principalement, élimine au fur et à mesure. ceux qui pénètrent dans la circulation générale.

Mais la protection exercée par ces organes peut devenir insuffisante soit qu'ils deviennent malades pour d’autres motifs, soit que la quantité des poisons stercoraux -absorbés ‘augmente notablement.

Cette dernière condition se trouve réalisée dans la constipation. n

Dans certains cas typiques, dit Féyat, à propcs de cerfaines formes de psychose, la rétention fécale domine Ia scène et le malade est sous le coup d’une véritable inioxication qui commande en grande partie, sinon en to- *talité, les troubles cérébraux. Les idées délirantes soni variables, souvent incohérentes, il existe aussi une sorte de subdelirium, des rêvasseries ; les malades sont souvent plongés dans la torpeur qui peut aller jusqu'au coma ; souvent l’état dépressif est précédé d’une phase d'excitation qui peut être intense. On observe des troubles vaso-moteurs : les extrémités sont froides, couvertes d’une légère couche de sueur; cette transpiration peut être plus abondante au visage et sur le haut du tronc ; il existe de l’insomnie ou une somnolence continuelle ; le mal de tête est fréquent : la langue est couleur de lavure de chair ; l'appétit est diminué ou aboli, peu de symptômes du côté des voies digestives.

Le gros intestin, surtout le rectum, est rempli de matières dont l'expulsion est suivie de la disparition des symptômes. »

Pour cet auteur la constipation peut à elle seule ou sous l'influence de l’hérédité créer de toutes pièces les

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troubles mentaux. Dans un grand nombre de cas elle contribue au moins à les entretenir.

L'état mental et l’état de constipation ont très souvent une courbe parallèle et le traitement de la constipation - améliore l’état nerveux ou mental, alors que les médicaments réputés actifs vis-à-vis du système nerveux sont restés impuissants.

Plus récemment, Demay admettait parmi les confusions mentales nécessitant le transfert à l'asile (forme grave de cet auteur) celles qui sont dues à une intoxication digestive par insuffisance de la fonction antitoxique capitale de la muqueuse intestinale.

Symptômes. —— « Cette psychose, dit Régis, peut être: précédée d’une période d’invasion avec troubles de la santé générale, perte d’appétit, tristesse, inquiétude, insomnie et surtout céphalalgie intense et rebelle. Le plus souvent le début est brusque, nocturne ou diurne, caractérisé parfois par des attaques convulsives ou de la tétanie. Très vite, l’accès atteint sa plus haute intensité. Comme l'accès d’alcoolisme qu'il rappelle parfois trait pour trait, il se présente sous une forme subaigué, aiguë, ou même à la facon du délire aigu. Comme l'accès d’alcoolisme aussi, il est constitué par un délire hallucinatoire à caractère professionnel ou terrifiant, avec prédominance de fausses sensations visuelles, représentant une sorte de rêve en action (délire onirique). Les malades sont obtus, désorientés, paraissent déments, et cerfains, avec des tremblements fibrillaires, de la difficulté de la parole, de l'inégalité pupillaire, ont l'air de paralytiques généraux. D’autres, comme dans le cas de Morallié et Ttala, réalisent le complexus du méningisme.

« Avec les symptômes cérébraux, on constate des phé-

ess

nomènes d'ordre physique caractéristiques. D'abord des symptômes généraux amaigrissement, fièvre plus ou moins marquée, pouls rapide, céphalalgie intense. Puis des symptômes locaux : météorisme, tuméfaction dans la fosse iliaque droite, sensibilité abdominale, douleurs à la pression sur le trajet colique, arrachant des cris aux malades en leur faisant faire la grimace, foie douloureux, estomac débile. Enfin urines typiques, contenant une grande quantité d'indican, de Pacétone de l'acide 6— oxybutyrique, parfois aussi un peu d’albumine ou d'urobiline, parfois aussi ce qui n'est pas rare, le foie et le rein sont pris dans l’auto-intoxication.

« Dans certains cas la psychose aiguë par coprostase se termine par la mort ; la plupart du temps, pour si grave qu’elle paraisse, elle guérit et souvent grâce à une pur gation énergique ou à une débâcle spontanée ; mais les rechutes et les récidives ne sont pas rares. » (Laignel-La-

vastine).

LA CONFUSION MENTALE PAR INSUFFISANCE HÉPATIQUE est classique depuis les travaux de Klippel, Régis, Gilbert Ballet, Léopold Lévi, Maurice Faure, Vigouroux, Juquelin, Laignel-Lavastine, Guichard (de Lyon), etc.

La forme simple se caractérise par des phénomènes d’obtusion, d’obnubilation, sans délire ni hallucinations bien nettes, qui donnent aux malades l’aspect de déments. C’est ce qu’on voit, en général, dans les affections chroniques du foie. Dans les cas d'insuffisance hépatique aiguë plus ou moins brusque et passagère, à la confusion mentale s'ajoute le délire onirique, avec cauche-

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mars, hallucinations à prédominance visuelle, mobiles, professionnelles, pénibles ou terrifiantes.

« La confusion mentale aiguë d'origine hépatique ne diffère de la variété précédente que par son degré d'in-

tensité. Tantôt elle affecte la forme de stupeur avec sup-

‘ pression complète de toute activité et parfois même catalepsie ; tantôt elle revêt le type du délire aigu avec tem-

pérature au-dessus ou au-dessous de la normale, tantôt

elle réalise une pseudo-paralysie générale, tantôt une excitation faite d’agitation motrice, de lagorrhée, d’euphasie, l'emporte tant dans le tableau clinique sur la confusion qu'on ne peut s'empêcher de penser à la manie. » (Laignel-Lavastine).

XVII. Etats mélancoliques. — La mélancolie (Lypemanie d'Esquirol) est une affection mentale caractérisée par la dépression avec sentiment d'impuissance morale. (Gilbert Ballet) ; pour Capgras (th. Paris 1900), elle serait un syndrôme qui, chez l'adulte, se retrouve dans les multiples expressions de la folie et qui n’a point de valeur intrinsèque. C’est l'excitation avec dépression affective de Deny. |

Gilbert Ballet distingue la mélancolie proprement dite du délire mélancolique et des états mélancoliques secondaires. Pour lui, la mélancolie est une « psychose qui procède par accès, quelquefois uniques, souvent récidivants, susceptibles de guérir d'une façon"complète ou de passer à l’état chronique. » « Dans toutes les formes de la maladie, dit Griesinger, la lésion fondamentale consiste dans l'existence morbide d'une émotion pénible,

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dépressive, qui domine le sujet, dans un état de douleur morale. » \

Elle est beaucoup plus fréquente chez la femme que chez l’homme. Le trouble fondamental est d'ordre affecüf. Il se traduit par un sentiment de douleur morale intense, d’invincible tristesse et d’impuissance marquée. La mélancolie paraît n'être que l’exagération morbide de la tristesse habituelle aux dyspeptiques. Les malades se plaisent dans leur tristesse. Ts recherchent toutes les occasions qui se présentent de réveiller ou d'accentuer leur douleur morale. Ils pèsent d’un même poids les tourments de la vie, et sont souvent plus accablés par un incident futile que par un malheur véritable : à un degré plus accentué, ils deviennent misanthropes, se croient persécutés, perdent tout ressort moral, sont hantés de $crupules, d'idées de responsabilité, de culpabilité ou même d'idées délirantes passagères, se figurent qu'ils n'ont plus d'estomac, puis arrivent à l’état d'angoisse, refusent les aliments et finissent quelquefois par le suicide. (Albert Robin).

A l'état normal, l’ensemble des sensations plus ou ou moins obscures dérivées des organes internes et qui constitue l’état cénesthésique se traduit par un sentiment général de bien-être. Dans les affectionns ou syndrômes à type dépressif, au contraire, l’état cénesthésique devient un état pénible auquel concordent les sensations venues des divers appareils, et principalement du tube digestif. (Hayem et Lion).

La dépression mélancolique simple ou avec con-

science est souvent difficile à distinguer de la neurasthé-

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.— (VAS ms

nie, au point que des auteurs, comme Régis et Boimis, décrivent chez les dyspeptiques, des formes mixtes, dans iesquelles les deux éléments neurasthénique et mélancolique s'associent en proportions variables. »

Voivenel et Tapie observaient dernièrement une malade, « dyspeptique asthénique » de vieille date, qui a présenté au cours d’un ictère par rétention de la mélancolie délirante. Cette malade qui présentait sur le vif la transition entre la neurasthénie simple, la neurasthénie constitutionnelle et la mélancolie montre en même temps avec netteté que, dans certains cas, la mélancolie est d’origine auto-toxique (vieille dyspepsie, insuffisance hépathique, etc.)

La dépression mélancolique survient souvent par accès. « Ces troubles psychiques oscillent en sens direct ou inverse des troubles viscéraux auxquels ils peuvent même se substituer somme des sortes d’équivalent. Souvent ils se reproduisent à divers moments de la vie, sous forme d’accès de mélancolie hypocondriaque coïncidant avec une poussée plus marquée d’auto-intoxication. » 5

L’anxiété est d’une telle fréquence chez les mélancoliques souffrant d'affection digestive qu'il n’est pour ainsi dire pas, chez ces malades, de syndromes dépressifs qui ne soient à quelque degré des formes de la mélancolie anxieuse.

LA MÉLANCOLIE ANXIEUSE débute rarement de façon brusque et imprévue. Son apparition est d'ordinaire précédée de phénomènes morbides variés, dont l’origine remonte

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souvent à de nombreuses années, phénomènes auxquels le malade n’a prêté souvent que peu d'attention où qu'il a dissimulés à son entourage. Le plus souvent il s’agit de constipation, de troubles gastriques, d’anorexie, d’autres fois d'accidents névro-psychopathiques mieux caractérisés : sensation indéfinissable d'inquiétude, de terreur, d’'anxiété avec pleine conscience réalisant le tableau clinique de la névrose d'angoisse, apparaissant et disparaissant sans Cause provocatrice, ou bien ce sont des phénomènes cyclothymiques plus nets, des syndromes épisodiques obsessifs ou impulsifs dont la fréquence, l’alternance avec des crises de mélancolie anxieuse typique ont été maintes fois signalées.

. 1 Le début de l’accès est annoncé par un sentiment d’in-

quiétude, la sensation d’un malheur imminent ; le malade ne peut plus tenir en place, le sommeil lui devient impossible, quelque chose d’inexprimable s’est appesanti sur lui. Il souffre d’une façon aiguë et localise sa douleur d'ordinaire dans la région épigastrique ou dans la région précordiale : c’est un poids qui lui pèse sur la poitrine, une bête qui le ronge ou bien sa tête est serrée tomme dans un étau. D’autres malades souffrent d’une façon diffuse : « partout et nulle part. » Puis apparaissent les idées délirantes ; ce sont des idées de culpabilité, d’auto-accusation extrêmement variées suivant les préoccupations habituelles, le niveau intellectuel et surtout moral du malade ; il va chercher plus ou moins loin dans ses souvenirs, des fautes réelles ou imaginaires dont le peu de gravité contraste étrangement avec l’importance qu'il leur attribue. Il est hanté par le regret

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obsédant du passé qui était si beau. Souvent l’anxieux hypocondriaque croit avoir contracté son mal mysté rieux et inguérissable par sa propre faute ; à l'heure ac- ‘tuelle, sa santé est perdue, tel ou tel de ses organes est gravement attaqué et il est impossible d'y apporter remède, car il a attendu trop tard et méconnu les conseils de son médecin. :

Toutes les impressions sensorielles ou sensitives normales sont perçues de façon inaccoutumée.

On voit donc toutes les transitions, des accès d'angoisse. transitoire au cours de la dépression mélancolique aux formes les plus intenses de la mélancolie anxieuse avec agitations, gémissements, tendance au suicide et aux auto-mutilations. Un malheureux dyspeptique, en proie à des souffrances physiques et morales constantes, ayant la haine de ses semblables et du monde qui l'entoure, accablé souvent de remords exagérés pour telle action qu'il a commise ou telle mauvaise pensée qu'il a eue, s’abandonne à l’idée fixe d’en finir avec la vie et a recours au suicide.

Blanc Champagnac en rapporte un cas dans sa thèse. Bouchard dit avoir observé quelques malades ayant des idées de suicide qui étaient évidemment liées à une dilatation de l'estomac. Brierre de Boismont dit que dans les cas de suicide brusque, sans aucun motif, l'expérience apprend qu’il existe toujours un état maladif somatique. Loiseau cite l’histoire d’un malade qui mit son idée à exécution. Agé de 50 ans, souffrant de digestions pénibles et lentes, n’ayant plus de sommeil, le malheureux disait : « Oui je suis bien en ce moment : je m'entretiens

oi

avec vous avec la plus grande liberté d'esprit, qu’un gaz se déplace dans mon abdomen et me cause une sensation pénible, aussitôt l’idée du suicide survient ; je cherche en vain à m'y soustraire, elle me, domine aussi longtemps que je souffre dans l'abdomen. » Cet homme qui aurait dù être heureux, puisqu'il avait de la fortune, ne femme et des enfants qu'il affectionnait et qui l’adoraient, parvint un beau jour à tromper la surveillance des siens et s’ouvrit les veines jugulaires avec de petits ciseaux. Amelung, cité par Pron, dans un mémoire publié en 1844, rapporte un cas de lypémanie, suicide lié à un embarras gastrique et qui céda à un émetto-cathartique. :

MÉLANCOLIE DÉLIRANTE. — Ici dominent les « idées de: ruine, de découragement, de culpabilité, de défiance, d’empoisonnement, avec inquiétude, insomnie, refus

d'aliments, tendance plus ou moins marquée au suicide ;

le tableau coïncide avec des perturbations fonctionnelles évidentes du tube digestif ». (Laignel-Lavastine).

Le Syndrome de Cotard ou délire de négation paraît relativement assez fréquent dans les affections digestives et particulièrement dans les troubles gastro-intestinaux très évidents (Régis). Les malades nient leurs organes parce qu'ils ne les sentent plus, parce qu'ils ont une véritable anesthésie viscérale constatable, chez beaucoup, par un manque total de réaction des muqueuses aux divers excitants. Chez eux, le refus d'aliments est total et porte indistinctement sur tous les aliments : les malades refusent de manger parce qu'ils n’ont pas d'estomac,

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parce que les damnés ne mangent pas, parce qu'ils n'ont point de quoi payer... Le persécuté, au contraire, examine soigneusement ses aliments, cherche ce qui lui paraît bon, rejette ce qui lui paraît suspect ; quand, par hasard, il rencontre des aliments qu'il suppose indemnes de tout poison, il mange avec voracité. En général, e refus des aliments est partiel chez le persécuté.

. Pour Castin, ce syndrome serait une affection mentale distincte secondaire à la mélancolie intermittente ou a l’hypocondrie systématique, telle que l’a décrite Séglas. La constipation, l'anxiété, l’insomnie sont constantes. L’attitude et l'expression d'horreur des malades seraient tout à fait caractéristiques.

Ce serait donc surtout chez ces mélancoliques anxieux avec négation générale, réalisant le syndrôme de Cotard, que les idées hypocondriaques de négation revêtiralent déjà, par elles-mêmes, un pronostic très défavorable.

La plupart des auteurs avec Leven, Pierret, Albert Robin, Régis, Laignel-Lavastine, sont actuellement d’ac cord sur la conduite à tenir en présence d’un mélancohque chez qui, par l'examen somatique ou paï un examen approfondi des anamnéthiques on est arrivé à soupçonner la genèse du mal liée à des troubles de tout ou d’une partie de l'appareil digestif. Taïllens (de Lausanne), rapporta dernièrement l'observation fort significative d’une malade dont l'état était si sérieux que l’internement dans un asile d’aliénés avait été conseillé à diverses reprises ; il suffit de guérir le trouble digestif marqué

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