‹ Les Psychoses d'Origine DigestiveChapitre 18 sur 29 · RL AN · texte numérisé non relu

RL AN

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qu'elle présentait pour voir rétrocéder et disparaître tout symptôme mélancolique.

« Il s’agit d’une jeune fille de dix-huit ans, originaire d'une ville de la Suisse allemande, et que nous voyons pour la première fois en septembre 1910. Ses parents sont vivants et bien portants ; à part les maladies de l’en-

fance, elle a joui d’une bonne santé jusqu’il y a quel-

ques mois.

Pendant l'hiver 1909-1910, cette jeune fille a beaucour travaillé, désirant ardemment passer un examen de maturité classique en avril 1910 ; elle a pu du reste y parvenir, et ceci avec un plein succès.

Au cours des derniers mois de l'hiver, le caractère de

cette jeune personne a commencé à se modifier ; enjouée

et gaie auparavant, elle est devenue peu à peu sombre, encline à la tristesse, préoccupée. A ce moment-là, sa famille n’y porte aucune attention spéciale, car elle met fous ces symptômes sur le compte de la fatigue et de la crainte de l'examen. Peu à peu, cependant, cet état s’accentue et, en avril, une fois l'examen terminé, il devient véritablement grave et tourne à la mélancolie confirmée. Ta jeune fille ne rit ni ne sourit jamais ; elle ne parle que peu ou pas du tout ; elle fuit le monde, elle ne veut plus voir même ses amies les plus intimes ; elle dort mal, devient de plus en plus inactive et a des idées noires ; tout cela préoccupe sérieusement ses parents, d'autant plus qu’elle parle à différentes reprises de se suicider, aussi la surveille-t-on de très près. | Depuis avril à septembre, cette jeune fille a été conduite chez différents médecins : les uns ont conseillé l’in-

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ternement dans une maison de santé, ce à quoi les parents. se sont refusés ; les autres ont prescrit divers traitements, sans amener la moindre amélioration ; même les voyages furent essayés, sous prétexte de changer les idées, sans aucun résultat du reste. C’est à ce moment-là que la jeune malade m'est amenée.

Cette dernière, lorsque je la vois, ne se plaint d’aucune douleur physique ; moralement, elle est très triste, très abattue et n’a de goût pour rien ; elle est lasse de la vie, elle n'a aucun désir, sinon de mourir. Son visage est. sombre, les traits sont tirés ; elle ne répond que lenteent aux questions qui lui sont posées ; il semble que chaque parole lui coûte un effort pénible. Quand on parle devant elle, elle se désintéresse absolument de la conversation et reste immobile, la tête penchée. Au dire de sa mère, elle n’a point d’appétit, elle a beaucoup maïgri, elle a beaucoup changé de visage et d'expression depuis le début de sa maladie.

Bref, elle présente tous les signes d’une mélancolie simple : oppression, anxiété, abattement, tristesse invincible, lenteur de l'intelligence, paresse des mouvements, volonté engourdie, crainte de l'effort, insomnie rebelle,

A l'examen physique, je constate ce qui suit : La malade est amaigrie, le teint est gris jaunâtre, les yeux sont, cernés ; la langue est converte d’un enduit blanc jaunâre épais, l’haleine est mauvaise. L'examen du cœur et des poumons ne décèle rien d’anormal, L’abdomen est dur et tendu et accuse par places une sensibilité anormale à la pression ; c’est le cas, par exemple, au niveau

âu foie ; celui-ci est un peu augmenté de volume, car il

tn

dépasse le rebord costal d’un travers de doigt ; sa surface est lisse, son hord tranchant. La tonicité et la consistance abominales sont inégales, en ce sens que, suivant la: place, le ventre est dur ou mou, rénitent ou flasque, aves tous les degrés intermédiaires ; la fosse iliaque droite, en, partculier, est trop résistante et trop dure, sans qu'on puisse cependant parler d’une tuméfaction profonde. Il est donc incontestable que la malade souffre d’un trou- Dle digestif, portant surtout sur l'intestin et sur le foie. Une analyse d'urine, pratiquée le 30 septembre 1910, donne les résultats suivants :

Urine trouble, chargée, trop colorée, hyperacide ;

Dépôt rose brique, abondant, d’urates acides ;

Densité 1.032 ;

Fort excès de sulfo-conjugués et d’urobiline ;

Présence d’uroérythrine et d’albumose.

En résumé, l'analyse d'urine confirme l’examen clini- Que et montre qu'il y a, en tout état de cause, un trouble profond de la digestion.

Pensant que de toutes manières il importait avant tout de rétablir le processus digestif, je prescrivis un régime alimentaire, des poudres de saturation, des raxatifs légers et une bonne hygiène générale.

Sous l'influence de ce traitement, l'amélioration digestive fut rapide ; en quelques semaines la langue se décharge, l’haleine devient fraîche, les selles se régularisent et deviennent copieuses, l'urine s’éclaircit et devient abondante ; à la palpation, je constate, après trois semaires, que le foie ne dépasse plus le rebord costal, il est indolore, même à une pression forte. Peu à peu,

l'abdomen, en totalité, reprend une consistance normale. Une analyse d'urine, faite le 3 novembre 1910, c’est-àdire cinq semaines après le début du traitement, indique ce qui suit :

Urine claire, limpide ; coloration et acidité normales. Densité : 1.012.

Plus de sédiment du tout.

L'analyse chimique est absolument normale. Chose remarquäable, à mesure que l’état digestif retrouvait sa norme, l'état nerveux s’améliorait. Les idées noires disparaissent peu à peu, le sommeil revient, tranquille et calme. La jeune fille reprend de la gaieté, si bien que, au commencement de novembre, elle demande elle-même à passer l'hiver à Lausanne, dans un pensionnat, afin de compléter son étude de la langue française. Sa mère accède à ce désir, et rentre chez elle, laissant sa fille seule, ce qu’elle n'avait pas osé faire depuis sept mois. Le caractère de la jeune malade est tout à fait normal : elle est gaie, pleine d’entrain, et ne présente plus aucune anomalie mentale.

Le traitement est continué pendant quelques mois, ave: des atténuations graduelles, pour revenir, en mars, à ia vie et à l'alimentation normales. Actuellement, soit au Gébut de juillet 1911, la guérison s’est maintenue complète. »

XVIII. L’anorexie mentale de Charcot. — (Anorexie yscénesihésique de Gilbert Ballet, 1907; Anorexie psychique de Cade, 1910). — L’anorexie mentale consiste.

dans la perte progesrsive de la représentation mentale.

\ de l'appétit. (Déjerine).

C'est le type le plus important de parapsychose (Hayem et Lion) d'origine digestive.

Entrevue par Briquet, Gull, elle fut surtout étudiée par Lasègue, Quain, Greenhow, Douse, Huchard et Deniau, Rosenthal, Dubois, Déjerine. Attribuée depuis Lasègue à l’hystérie elle fut rangée parmi les psychoses par Déjerine et reconnaîtrait pour d’autres pour cause une insuffisance ovarienne (Weil, de Lyon), ou même une tu-

berculose latente (C.-F. Marshall, 1895). Les phénomènes dyspeptiques, la gastralgie, les vomissements paraissent

tependant jouer un rôle indiscutable et en Allemagne, Rosenthal classe cette maladie parmi les névroses dé

l'estomac et l’attribue à une hyperesthésie des terminai-

sons gastriques des nerfs de la X° paire, hyperesthésie tléveloppant une sensation insolite et très précoce de satiété.

Pour M. le Professeur Hutinel, les causes peuvent être de divers ordres : des douleurs d'estomac que le malade croit éviter en se pr’vant d'aliments, plus souvent des causes d'ordre moral, déboires, chagrins, etc., ou la coquetterie en faisant limiter par trop les rations alimenaires pour maigrir où pour ne pas engraisser.

Dans une observation rapportée par Féré et Girou,

re jeune fille de 20 ans ne présentant pas de stigmates

hystérie, désirant simplement maigrir, provoque des vomissements quotidiens aussitôt après ses repas ; après quatorze mois, l’anorexie s'établit.

Pour Hayem et Lion « ces malades sont toujours des

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