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patiente ne présentait plus aucune trace de sa maladie, et sa santé s'est maintenue parfaite jusqu’au 2 avril, époque à laquelle nous l'avons revue pour la dernière fois.
« À ce moment, elle avait engraissé de 6 kilogrammes. Elle est bien guérie ; mais, comme un retour des troubles gastro-intestinaux peut provoquer une nouvelle mise en activité de son terrain névropathique, il conviendrait de la surveiller encore et de lui imposer pendant longtemps le régime alimentaire des dyspeptiques hyposthéniques et une sévère hygiène physique et morale. »
XXII. Obsessions. — Une forme fréquente chez les dyspeptiques est la pharmacophylie, décrite par Hayem et Lion. « Elle consiste essentiellement et souvent uniquement en une idée obsédante poussant le malade à accomplir un acte d'ordre thérapeutique. Elle a pour origine d’une part une sensation morbide, de l’autre la connaissance acquise au moyen d'un soulagement immédiat. Les types chniques des pharmacophyles sont en rapport avec la nature du trouble morbide et du mode de traitement qu’on leur oppose. Les gastralgiques deviennent habituel- Fement des alcalinophages ; les alcalins, et notamment le bicarbonate de soude, donnent lieu incontestablement ‘à une détente très rapide, presque immédiate. Il est plus rare de voir les gastralgiques devenir morphiniques, mais le fait se produit presque à coup sûr quand le médecin, appelé au moment d’une cerise, a la malheureuse idée de pratiquer une injection de morphine. Les constipés tombent souvent dans la purgophilie. Ils s’'adonnent plus rarement à la pratique des lavages intestinaux.
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Cependant on rencontre des clystérophiles, particulièrement chez les femmes, qui sont plus familiarisées que les hommes avec l'emploi des irrigateurs divers.
Une malade de M. Hayem s'administrait depuis plusieurs années jusqu'à douze lavements par jour et prétendait être impuissante à vider son intestin, ce qui était d’ailleurs exact.
Certains gastropathes ayant remarqué que les éructa- Wons spontanées les soulagent, s'efforcent d’éructer dès qu'ils éprouvent le moindre malaise stomacal. L'air dégluti jouerait ainsi le rôle d'agent thérapeutique. C'est l'Aérophagie spasmodique de Hayem et Lion.
« En rangeant les obsessions parmi les psychoses d'origine digestive, disent MM. Albert Robin et Laignel-Lavastine, nous voulons simplement indiquer, d’une part, que, parmi les obsédés dits constitutionnels, des troubles digestifs plus ou moins gênants et douloureux, sont parfois l’occasion d’une cristallisation obsédante, et d'autre part, que certaines affections digestives que la dénutrition, l’insomnie, l’intoxication, l'auto-intoxication, la fatigue nerveuse qu'elles entraînent, déterminent un état de dépression neuropsychique tel que la synthèse mentale à tendance à se dissocier sous la moindre influence et se fragmente en obsessions plus ou moins marquées et tenaces selon le caractère antérieur des individus. On conçoit donc que dans certains cas le gastropathe, non seulement soit obsédé du fait de sa dépression nerveuse liée à sa dyspepsie, mais localise son obsession sur son estomac du fait de son affection gastrique, »
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XXIII. Psychose hallucinatoire. — « Rien ne dit qu'il y ait de ces formes d’origine digestive. Il semble bien méme qu'il n’y en ait point de directes. Mais il paraît non moins certain que, chez quelques malades souffrant d’affections digestives, le délire ou les hallucinations s'objecteront sur l'organe malade de façon que les sujets en arrivent à croire qu'ils ont des corps étrangers, des animaux. des vers, des personnages vivants, le diable et jusqu’à des « concGiles » dans le ventre, comme la célèbre « Thèse Concile » d'Esquirol, à l’autopsie de laquelle on trouve une lésion chronique de l'intestin. La lésion digestive semble donc, dans Ce cas, avoir tout au moins orienté le délire et déterminé la forme hypocondriaque de cette psychose hallucinatoire chronique. » (Laignel-Lavastine).
Ball a connu à Bicêtre, dans le service de Moreau de Tours, un paysan alsacien qui croyait avoir son curé dans le ventre et qui accusait une douleur sourde et permanente au .côté gauche de l'abdomen ; de temps à autre, quatre curés des paroisses voisines se réunissaient au premier et tenaient un con£ile, dont le siège était dans la fosse iliaque gauche ; alors, les douleurs prenaient une acuité intolérable. Cet aliéné mourut subitement, étouffé par un bol alimentaire qui s'était engagé dans la trachée. A . l’autopsie, on trouva des lésions d’entérite chronique sur le colon descendant, sur une longueur de 10 centimètres, en un point qui correspondait au siège du prétendu concile.
Bayle cite aussi dans sa thèse l’observation d’un ma. lade que lui communiqua le docteur Ramon, ancien interne à l'asile de Charenton. M. T... s'imaginait depuis
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longtemps qu'on empoisonnait ses aliments, que des gens l’épiaient et qu'il devait succomber à des souffrances cruelles ; il avait de fréquentes coliques avec diarrhée, ce qui le confirmait dans son idée. Cet état dura plusieurs années ; puis, les craintes se précisèrent, il crut qu'on l’'empoisonnait avec du sublimé ; il disait sentir ce poison courir dans ses veines et traitait les médecins de monstres et d'hypocrites. Un jour, on le trouva étranglé dans sa chambre. À l’autopsie, on découvrit dans l'estomac, une fourchette d’étain absolument noire, recouverte d’un enduit rugueux ; l'estomac renfermait un fluide grisatre comme du pus et la muqueuse était fortement enflammée.
XXIV. Dipsomanie. — Quoique Magnan, Janet, nient absolument la dipsomanie en dehors des états vésaniques, d’autres auteurs ont vu la dipsomanie comme une des expressions du retentissement nerveux des dyspepsies.
M. le Professeur Albert Robin a observé un spéculateur étranger, qui avait une réputation d'ivrogne, parce que de temps à autre, il s'adonnait sans limite à la boisson. Pourtant ce sujet ne buvait habituellement que de l'eau à ses repas. Mais, à certains moments, après une période de surmenage intellectuel, apparaissait la crise qu'il sentait venir et qui s’annonçait par une sensation de brûlure à l'estomac et à la gorge et par des renvois aigres. Alors, s’encrait en lui l’idée de boire du vin rouge, seule boisson qui lui procurât quelque soulagement ; mais, plus il en buvait, plus il éprouvait l’irrésistible besoin d'en prendre davantage et il tombait dans des états de complète ivresse. C’est en vain qu’il avait essayé de lutter et qu’il avait donné des ordres pour q'on ne laissât jamais de vin à sa
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portée ; quand la crise apparaissait, il devenait capable de toutes les ruses pour se procurer la boisson vers laquelle une force invincible le poussait.
Le malade, qui se rendait compte de la sucession des phénomènes pathologiques qui se passaient en lui, vint consulter M. Robin, lui raconta que ses accès étaient précédés de crises, dont, à la seule description, M. le Professeur Albert Robin reconnut le siège gastrique.
Cet homme, qui désirait se guérir, accepta de suivre pendant plusieurs mois le régime lacté absolu aidé du traitement médicamenteux de l’hypersthénie gastrique, et pendant les cinq années qui suivirent, sa volonté aidant, il cessa d’être dipsomane.
XXV. Neurasthénie d’origine digestive. — Tandis que certains auteurs font entrer dans le tableau de la neu-: rasthénie l'hypochondrie, les formes atténuées de la mélancolie, les obsessions, les phobies, etc., Magnan considère ces différents syndrômes comme dûs à la dégénérescence mentale ou comme des états dégénératifs frisant l'aliénation. Charcot distinguait une « neurasthénie constitutionnelle » et une « neurasthénie acquise ». Levillain a nettement séparé les faits de « neurasthénie à prédominance psychopathique » de la neurasthénie vraie. Quoiqu'il en soit « il est fort difficile de différencier cliniquement la neurasthénie d’origine gastrique des neurasthéneis vraies et primitives qui s'accompagnent de troubles gastriques secondaires, et dans lesquelles l'estomac et les intestins participent simplement à l’asthénie générale de tous les organes et de toutes les fonctions,
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On y retouve les stigmates classiques de la neurasthenie ordinaire, céphalée, insomnie, vertiges, courbature lombosacrée avec ses multiples irradiations, troubles fonctionnels du cœur, débilité générale et état mental particulier exprimant l’état de dépression de toutes les fonctions du système nerveux, mais chacun de ces stigmates revêt une physionomie spéciale. |
« La céphaliée s'atténue un peu pendant le repas pour reprendre avec plus d'intensité pendant le travail de la digestion ; elle diminue ou disparaît durant la nuit pour reparaître au réveil sous la forme d’un point frontal ou temporal qui s'ascuse et s'étend de plus en plus. L'insomnie n’est pas totale. Généralement le malade s'endort facilement, mais il se réveille deux ou trois heures après, avec une sensation de chaleur pénible, de l'agitation, une vague céphalalgie, du prurit, des engourdissements, des éructations, du pyrosis ; puis il se rendort d'un lourd sommeil coupé de réveils fréquents, et il a grand peine, le matin, à sortir de son lit, tant il se sent fatigué et somnolent. Et toute la matinée se passe dans une sorte d’alourdissement et de lutte contre un demi-sommeil qui n'a rien de réparateur, Aussitôt après les repas, la somnolence revient parfois invincible. Si le malade se laisse aller à dormir, il se réveille brisé, la bouche pâteuse, l’intelligence engourdie, les membres flasques.
« Le vertige, la courbature lombo-sacrée, les palpitations et les intermittences cardiaques compliquent les accidents précédents, à titre Sontinu ou intermittent. Ces malades vivent dans une perpétuelle angoisse, sentant leurs forces s’amoindrir, incapables de tout travail physi-
que ou intellectuel, éprouvant la plus grande difficulté à parler debout, n’appréciant plus à leur juste valeur leurs diverses sensations dont ils s’exagèrent l’acuité, obligés de faire un effort considérable et pénible pour remplir leurs obligations coutumières. Il n’y a guère qu'un moment de la journée où ils éprouvent quelque accalmie, c'est dans les instants qui précèdent le dîner et quelquefois aussi avant de se coucher. » (Albert Robin).
La constatation des troubles dyspeptiques et de certains de leurs retentissements, comme les émissions d’urines taiteuses, l'existence de la phosphalurie azoturique de Robin, c'est-à-dire de l'augmentation parallèle de l'acide phosphorique et de l’azote total, la présence de petites, quantités de sucre ou d’albumine dans les urines à la fin de la période digestive (Albuminurie dyspeptique) don. nent à cette forme de neurasthénie une physionomie qui permet de faire le diagnostic de neurasthénie d’origine dyspeptique.
A côté de la neurasthénie des dyspeptiques, Gilbert et Lereboullet ont décrit des neurasthénies biliaires. Ils ont tracé la psychologie des cholémiques, faite d'humeur triste, d’indécision, d’aboulie.
LA NEURASTHÉNIE DES ADOLESCENTS se présente avec des carctères qui diffèrent un peu suivant le sexe. (Hayem et Lion). Chez la jeune fille il est habituel de la voir se compliquer de chlorose et survenir à l’occasion d'une gastropathie banale ou d'une maladie du corset (chloro-dyspepsie neurasthénique). Chez les garcons, elle débute vers l’âge de 18 à 20 ans avec lenteur par des troubles digestifs plus ou moins accentués, accompagnés de
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nombreux symptômes nerveux. Presque toujours le cycle digestif est long et l'estomac dilaté, le type chimique est celui de l’hyperpepsie avec sécrétion généralement abondante. Les signes nerveux sont «eux de la neurasthénie : maux de tête, inaptitude au travail, sommeil irrégulier, rarement insomnie complète, parfois somnolense après les repas. Souvent la myélasthénie prend un grand développement et s'accompagne de troubles des fonctions
génitales. Chez certains malades on voit dominer la tro-
pho-asthénie, mais les cas où l’asthénie cérébrale est prédominante sont les plus nombreux : la mémoire faiblif, le travail cérébral est pénible, souvent même impossible, le malade est tourmenté par des idées pessimistes. Malgré le grand développement des phénomènes nerveux, les troubles digestifs paraissent relativement peu accusés.
L'évolution de cette forme est longue ; le déclin en est très progressif, de sorte que sa durée totale comporte assez souvent une période de plusieurs années, pendant lesquelles les malades sont dans l'obligation d'interrompre leurs études ou leurs occupations, s'ils ne sont pas soumis de bonne heure à une thérapeutique gastrique énergique et à une hygiène convenable.