‹ Les Psychoses d'Origine DigestiveChapitre 9 sur 29 · HISTORIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE

Tous les observateurs ont été frappés par la fréquente coïncidence des états névropathiques avec des troubles de la digestion. Dès les premiers âges, Homère, Aristophane, Démocrite, admettaient l'influence de l'estomac sur le cerveau. |

HIPPOCRATE (460-380 av. J.-C.), a parfaitement indiqué les rapports de la manie avec une irritation de l'estomac : « Les vomissements avez agitation, voix basse, les yeux fixes, sont les signes qui annoncent la manie. » Pour lui, les dérangements de l’estomac et de l'intestin créent souvent l’hypocondrie et l’aliénation mentale : « Ceux que l’atrabile tourmente tombent dans les maladies, toutes les fois que le sang est surmonté par la bile et par la pituite ; ils perdent alors connaissance, ils deviennent maniaques. »

Il purgeait les mélancoliques et leur conseillait les voyages : Navigare Anticyras.

ARÉTÉE DE CAPPADOCE (du 1 siècle ou du commence-

ment du nr‘), adopte entièrement la doctrine des sympathies morbides. j

Pour lui, l'estomac, ou plus exactement le cardia, « placé comme exprès dans le voisinage du cœur, donne lé ton, le courage ou l’abattement, par l'influence qu'il exerce sur l’âme et c’est là sa principale faculté. »

Il voyait la mélancolie engendrée par la « bile noire remontée au cardia.

« La mélancolie ne trouble pas tout à coup les facultés intellectuelles ; les malades sont tristes, consternés ; leurs digestions deviennent pénibles ; ils ont des filatuosités, des éructations fétides exhalant une odeur de poisson. Parfois de sombres accès de fureur succèdent à leurs chagrins. Les angoisses de leur esprit sont fixées et inhérentes sur une même pensée. A une époque plus avancée, ils se plaignent de mille futilités et désirent la mort. L'habitude de leur corps perd toute sa dignité humaine : leur peau se couvre insensiblement d’une couleur sale, mélangée d’une teinte de noir et de vert... Ils ont des éructations d'une mauvaise odeur. Les battements artériels sont petits, misérables, fréquents. » (C'est la tachycardie des dyspeptiques).

Il prescrit l’aloès : « Benefacit et aloe, namque ipsa ad inferius intestinum bilem deducit. »

SORANUS, dont les doctrines se trouvent dans son traducteur CŒLIUS AURELIANUS (190 ap. J.-C., ou v° siècle, suivant RHEINESIUS) vivait à la même époque qu'Arétée et nous a laissé un tableau exact de la mélancolie. Dro- CLÈS qui vivait avant Galien, a placé dans l'estomac le siège de l’hypocondrie. CELSB (an 40 de notre ère), nous

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parle d'une folie caractérisée par la tristesse et qu’il conseille de traiter par la diète, un régime léger.et la purgation avec l’ellébore noir. Quelquefois il faisait aussi vomir ses malades et les faisait frictionner deux fois par jour.

GALIEN (131-210), décrit les symptômes de l'hypocondrie et eite plusieurs exemples d'individus atfeints de maladie de l'estomac et dont les fonctions cérébrales étaient fortement atteintes. Il n'hésite pas à placer dans le basventre et l'estomac le lieu d'origine de la mélancolie. « Ventris torpor omnium confusio. Oritus alius a ventriculo morbus, qui ab aliis melancholicus, ab aliis flatuo- SUus nominalur. »

Pour lui, les affections dites hypocondriaques et flatulentes Se distinguent par des abattements mélancoliques et il prescrit le régime succulent si l'humeur n’a pas séjourné longtemps dans l’estomac et est facile à évacuer : sinon, si les effets sur le cerveau se sont fait longuement sentir, si le mal a empiré, il a recours aux évacuants et purge violemment ses malades.

Ayant à soigner un jour un jeune grammairien que le travail d'esprit disposait aux crises convulsives, il lui conseilla d'employer tous les moyens qui pourraient lui procurer une bonne digestion’; à un enfant épileptique il interdit avec succès les aliments flatulents et ceux qui portent le sang à la tête.

VALLÉSIUS, dans ses commentaires de Galien, s’exprime ainsi : « En soignant ses hypocondres et son ven tre, on n'aura point mal à la tête. »

ORIBASE DE PERGAME (Iv° siècle), compilateur et com-

mentateur de Galien, suit sa doctrine et son traitement dans la mélancolie.

. AÉTIUS D'AMIDE en Mésopotamie (fin du v° siècle et com. mencement du vi‘), traduit et commente les ouvrages de RUFFUS D'ÉPHÈSE, comme Oribase. Ses idées sur la mélan- golie sont les mêmes que celles d'Hippocrate et de Galien. Il insiste sur les éruptions qui indiquent que les sucs de l’économie sont viciés. ALEXANDRE DE TRALLES (Lydie) (vr° siècle}, continuant les doctrines de Galien, décrit plusieurs formes de mélancolie.

Pour lui, la migraine était une réponse du cerveau aux souffrances de l'estomac.

Il préfère à l’ellébore blanc d'Hippocrate la pierre arménienne, qui, dit-il, purge efficacement et sans danger : il n’est pas partisan de$ médecines violentes. Ajoutons que l’eilébore blanc fui remis en honneur, vers l'an 500, par ASCLEPIODOTUS, mais pour retomber ‘dans l’'abandon.

PAUL D'EGINE (vrr siècle), et RHAZÈS (mort en 723), médecin arabe (vu et vire siècles) n’ont fait que commenter les idées anciennes de Ruffus, d'Hippocrate et de Galien . sur la mélancolie. Ils attribuent la mélancolie à un suc épais semblable à l’atrabile, et qui est contenu dans le ventricule enflammé.

ACTUARIUS, médecin grec du xx° siècle, accorde un rôle capital aux esprits animaux, à propos de la digestion et des phénomènes de l’âme.

Dans les siècles suivants, il Se faif un grand silence. Les Arabes furent de serviles copistes de Galien et d’Aristote. On traverse plusieurs siècles sans rencontrer rien

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de bien saillant sauf les Salernitains qui lisent les,

traités d'Hippocrate, de Galien, d’Aétius, d'Oribase, etc. pour arriver au xv° siècle (Renaissance) et xvi° siècle, et. assister à la résurrection des sciences en général et de la.

.médecine en particulier. Mais l'influence des sciences oc-

cultes va bientôt se faire sentir. Les meilleurs esprits

(PARACELSE, DE ZURICH, préparateur de l’iatrochimisme (1493-1541), WIER (1560), VAN-HELMONT) se livrent à l'étude de l’alchimie et veulent expliquer au moyen de cette

science obscure les phénomènes pathologiques.

FERNEL (Jean) de Clermont en Beauvois (xvi° siècle) in-

siste sur les signes des altérations humorales, des plé-

.thores sanguines, biliaires, pituiteuses, etc., dans <on ouvrage qui est classique du siècle, il admet que l'affection.

hypochondriaque est le résultat d'une maladie du foie ou

de l'estomac : « Vapor ater et obscurus obrepit in men-

tem... laesa ventriculi concoctione. » BAILLOU (1538-1616).

revient aux préceptes d'Hippocrate. 2 S Pour VAN-HELMONT (1577-1664), l’Archée, puissance sou-.

veraine et immatérielle, siège dans l'estomac : « Specta-

iur neémpe major authoritas stomachi in capul, quam ca-

pitis in stomacho..…. Unäm in homine esse animam 1m

stomacho tangquam lecto suo. » « Les assoupissements, les délires, les veilles et toutes ces sortes de symptômes.

qu’on à coutume d'attribuer au cerveau, ne sont pas gué-

ris ni soulagés par les céphaliques, ni par les applicu

tions qu'on fait à la tête, mais plutôt par des remèdes

stomachiques. »

Pour P. ZaccHIAS (1584-1659), la fréquence des fonc-

tions de l'estomac et la nécessité dont il est pour tout le.

“corps qu’elles se fassent bien, sont causes que ce viscère est le premier qui indique son état morbifique par les vents, les mauvaises digestions et pour lui les affections bypocondriaques ont principalement leur siège dans l’estomac. |

ZACUTUS LUSITANUS (1575-1642), croit que l'hypochondrie est due à la froideur de l'estomac.

SILVIUS DELEBOË (1614-1672) admet que les vents et les humeurs viciées qu'on rencontre chez les hypocondriaques agissent comme des poisons sur le système nerveux et qu'’ainsi les fonctions psychiques sont troublées : il insistait beaucoup sur la fréquence des troubles digestifs et trouvait dans une altération consécutive du chyle et du sang la raison des troubles psychiques.

DANIEL SENNERT (1620) attribue au foie et à l'estomaz une grande part dans l'origine des affections mélancoliques. « Dans ce cas. il existe dans le ventricule un sang épais, semblable à l’atrabile, renfermé dans la poche enflammée, duquel il s'élève au cerveau des vapeurs qui en altèrent les fonctions : « Melancholia hypochondriaca appellatur, quod ex hypocondriis ortum habeat. »

. . n > \ 2 ; , STAHL faisait de l’hypocondrie la conséquence d'un

- trouble survenu dans la circulation porte.

G. MARCUCCIUS (1645) incriminait l'estomac et le foie quand ils sont obstrués.

N. HYGMORE (1670), semble avoir entrevu la dilatation de l'estomac, il parle du relâchement des fibres de cet organe ; «il y a, chez les mélancoliques, un phlegme

visqueux et pesant dans lestomac, lequel phlegme devient aigre et acide et engendre un sang trop subtil. »

! : F. HOFFMANN (1660-1742) dit que l'hypochondrie dépend des mouvements péristaltiques de l'estomac et de l’intestin qui sont ralentis.

SCHATCHT (xvie et xXvI° siècles) reconnaît une mélancolie nerveuse et une mélancolie atrabilaire.

BŒRHAAVE (1668-1730) attribue la mélancolie à une matière grasse et poisseuse qui engorge les vaisseaux de l’hypochondre et MAnNGET à une humeur atrabilaire qui sa trouve dans le pancréas et la rate.

LANGE donne une large place aux ferments dans la production de la mélancolie, mais comme Sydenham et beaucoup d’autres auteurs de son époque il semble confondre la mélancolie et l’hypochondrie avec l’hystérie.

Le régime alimentaire ordonné il y a cent quaranie ans par Tissor (1770) aux épileptiques ne diffère pas, en effet, très sensiblement de celui des dyspeptiques par fermentation. Il insiste surtout, avec Van HEERs et TRAL- LES, sur la nécessité de supprimer totalement le vin et les boissons alcooliques. Il recommande le régime lacté que Cheyne avait déjà préconisé avant lui.

CHEYNE (1733) incrimine l'estomac, les intestins, puis fait dépendre la mélancolie des obstructions viscérales, surtout du foie.

CULLEN (1712-1790), constate que toutes les personnes atteintes d’hypocondrie sont en même temps affectées d'une maladie de l'estomac et il conseille une diète sévère dans les cas où l'affection approche de la manie.

VIEUSSENS (1641-1720), Bonpeu (1722-1776), constatent.

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