‹ Les ptoses viscéralesChapitre 30 sur 103 · CARACTÈRES OBJECTIFS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES OBJECTIFS

Pas plus que le cæcum dans le flanc droit, la palpation ne peut, à l’état normal, distinguer des autres éléments de la région rS iliaque dans le flanc gauche. S’il en est autrement c’est anormal, et cette anomalie, grâce à laquelle on peut sentir et circonscrire nettement par la palpation le relief formé

(1) Thiriar, Co7igrès de Chirurgie de Paris, 1891.

(2) Sabathier. Des Rétrécissements congénitaitpe de la partie supérieure du Rectum. Th. Montpellier, 1889.

(3) Ibid., p. 28.

sur la fosse iliaque par l’S Romanum, relève de l’étude du cordon sigmoïdal.

a. Accessibilité..

Quels que soient sa forme et son volume, quelle que soit la forme du ventre, le cordon sigmoïdal est, je crois, toujours accessible, lorsqu'il existe, . alors que la corde colique peut ne pas l’être, si elle est recouverte par l'estomac ou l’intestin grêle ; alors que le boudin cœcal peut, en raison de sa situation parfois profonde et dejetée en dedans, échapper à la constatation, surtout si le pannicule adipeux est épais.

b. Siège.

Le ; siège occupé par le cordon sigmoïdal explique cette accessibilité u il est couché sur la fosse iliaque, dans la partie de cette fosse qui est voisine de l’arcade de Fallope, parallèlement au pli de l’aine et à deux. ou trois travers de doigt de distance de. ce pli ; le plan sur lequel il se trouve est donc peu éloigné de la surface abdominale et, en ces points de la paroi, le pannicule adipeux est le plus souvent réduit dans Son épaisseur ; le cordon semble être presque appliqué derrière la paroi. « Au niveau de l’S iliaque, qui repose sur un plan résistant, facilitant l’examen, on constate sans difficulté celte rétraction de l’intestin », dit M. Potain (1) confirmant ainsi l’existence du signe objectif sur lequel j’ai appelé l’attention.

c. Forme. Volume.

Sa forme, son volume le plus habituels sont ceux d’un cordon cylindrique, de la grosseur d’une plume d’oie, tout au plus d’un gros tendon comme celui de demi-tendineux en relâchement ; on peut le percevoir sur une longueur de 8 à 10 centimètres parfois. Plus rarement, on le trouve du volume d’un œuf, et alors il ressemble au boudin cœcal.

d. Consistance. Contenu.

Sa consistance est d’habitude celle d’un tendon en relâche-

(1) Potain. De la Colite chronique, Sem. méd. 31 août 1887.

PALPATION DE L’INTESTIN

menti^ou encore celle du nerf sciatique ; souvent on le trouve, et c’est lorsqu’il est le plus étroit, vraiment dur, d’une dureté comparable à celle d’une plume d’oie. Lorsqu’il est ainsi, il est évidemment vide, mais, fait remarquable, si -l’on exerce ühe pfession soutenue, on ne tarde pas à sentir que la dureté diminué, comme si se résolvait un spasme, et à percevoir un petit crépitement caractéristique de la progression des gaz à travers' la lumière pourtant si rétrécie de l’intestin. Nous avons vu que le boudin cœcal et la corde colique se contractent, se durcissent au contraire sous l’influence d’une pression douce et prolongée. -

La contradiction n’est qu’apparente : comme la corde colique, le cordon iliaque se durcit (se contracte) sous l’influence de la pression, mais comme cet intestin est vide, le relâchement fait place.de suite à la contraction, qui est très fugace, tandis que, avec le boudin cœcal, le temps de contraction est prolongé jusqu’à évacuation de son contenu, alors le relâchement survient à son tour. Dans tous les cas, le premier effet de la pression est partout de faire contracter l’inleslin.

La forme et la consistance peuvent revêtir un autre aspect, suivant le contenu de l’intestin ; le contenu de l’S iliaque réduit à rien dans la forme précédente, peut se trahir, soit par des nodosités moniliformes indiquant la présence de scybales, soit par une masse pâteuse donnant à l’intestin la forme d’un cylindre plein, gros et noueux, qui simule l’aspect d’une vraie tumeur ; cette tumeur stercorale en imposerait pour un néoplasme, si par la pression ou la malaxation on ne la sentait se déformer, se réduire, faire, entendre quelque crépitement et finalement se dissiper. Cette pression doit être prolongée parfois beaucoup, avant que se réalise le crépitement cherché. Jamais je n’ai vu se produire ni gargouillement humide, ni clapotage ; celui-ci existe seulement parfois dans la dysenterie.'

Le cordon sigmoïdal, encombré de fèces et pouvant être isolé par la palpation dans le flanc droit, m’a paru rare, sans doute parce que, suivant la remarque de Richet (1), il est

(1) Richet; Anat., Chirurg S« éd., Paris, i866, p. 657.

SIGNES OBJECITIFS

dans ce cas entraîné dans la cavité pelvienne, et par conséquent inaccessible. Du moins c’est ce que l’on constate sur le cadavre ; nous verrons bientôt que l’encombrement sigmoïdal peut être soupçonné par d’autres signes que celui de la forme de cylindre isolable.

e. Mobilité.

La mobilité du cordon sigmoïdal est très grande, assez grande pour qu’il paraisse dans certains cas flotter au-devant de la fosse iliaque et qu’on puisse le déplacer parallèlement à lui-même sur une étendue de 4 à 6 centimètres ; ce déplacement est très facile, mais on sent en rapprochant le cordon de l’arcade Fallope qu’il est tiré en dedans; si on s’éloigne trop de cette arcade, les doigts le perdent et ne peuvent le suivre que jusqu’à 6 centimètres environ du pli de l’aine.

f. Sensibilité.

Le cordon sigmoïdal est en général indolent à la pression ; lorsqu’il est sensible, la sensation exprimée par le malade, tantôt est locale, tantôt seulement irradiée. L’un disait que cette pression éveillait une douleur à l’épigastre, un autre accusait une douleur dans le petit bassin, ou encore à l’hypogastre ; chez une de mes malades, la sensation provoquée à distance était comparée à ce « point de côté » que l’on ressent, après une course, dans l’hypochondre gauche.

De ces faits je rapprocherai les suivants que j’ai observés : l’alternative de douleurs spontanées au flanc gauche et à l’estomâc ; la coïncidence assez fréquente d’une douleur de l’hypochondre gauche avec la présence du cordon sigmoïdal.

Lorsqu’on l’ahsence de cordon permettant d’affirmer la localisation exacte de l’S iliaque, on détermine une douleur par la pression du flanc gauche, on ne doit pas se hâter de conclure à quelque hyperesthésie d’origine génitale ; il est fort possible que l’on ait comprimé l’intestin. Si la douleur provoquée localement éveille en même temps une douleur à l’épigastre, ainsi que je l’ai souvent observé, il est fort probable

PALPATION DE LTNTESTIN

qu’elle a son point de départ à l’S iliaque, et qu’il ne s’agit pas d’ « ovarié » ; l’analjse des sensations provoquées dans l’intêstin, lorsque sa forme de cordon permet de bien localiser la pression, enseigne, pour le flanc gauche comme pour le flanc droit, que les réflexes provoqués par la pression des flancs peuvent ne pas avoir une origine exclusivement ovarique, comme on l’a pensé jusqu’ici, mais aussi que leur point de départ peut être intestinal.

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