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III. - VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE

Le meilleur moyen de faire apprécier la valeur symptomatique de la distension avec coprostase (dilatation) de l’S iliaque), c’est d’énumérer les conséquences que Trastour a tirées de ce syndrôme objectif. Ce sont :

1° La pathogénie intestinale de maladies le plus souvent mal interprétées, ainsi qu’on en peut juger par les formes symptomatiques sous lesquelles Trastour classe les principaux types dans lesquels il rencontre la dilatation de l’S iliaque et qu’il désigne ainsi : les dilatés dyspeptiques ou gastralgiques ; les dilatés cardiopathes ou pseudoasthmatiques ; les dilatés y cérébraux ou neurasthéniques ; les dilatés herpétiques ou couperosés.

2° L'existence d'un type de dilatation dans" lequel tout le tube digestif est distendu, le type de la dilatation gastrocolique, que Trastour a dégagé des « dilatés de l’estomac » de Bouchard, et qui comporte un rôle de l’intestin au moins égal à celui de l’estomac dans la pathogénie de ces dilatés.

3° L'indication des laxatifs chez des malades « qui ne sont pas constipés, qui vont une ou deux fois parjourà la garde-robe, souvent même en diarrhée, mais dont l’évacuation stercorale est chaque jour insuffisante et incomplète » (1). Cette médication puissante, que nous avons tant de peine à réhabiliter dans le traitement des affections digestives chroniques, même de celles qui s’accompagnent de constipation opiniâtre, et dont le discrédit immérité rnpose sur les vieilles et fausses doctrines de l’Irritation et de l’Anémie, prouve par l’efficacité de son action le rôle important de la coprostase dans la pathogénie.

4° Un caractère dichotomique, qui, par la comparaison des

(l) Teastouk. Du rôle pathogénique de la dilatation gastrocolique , Sem. méd., 15 sept. 1886, p. 361.

PALPATION DE L’INTESTIN

malades à intestin dilaté aux malades à intestin sténosé, permet de classer les affections digestives en deux groupes, d’allure symptomatique réellement différente, les « dilatés » et les ■ « entéroptosiques ».

Ces deux groupes, en apparence si nettement séparés l’un de l’autre et par des caractères si tranchés, si faciles à distinguer par la palpation, se rapprochent pourtant par des caractères identiques. Dans la dilatation gastrocolique, comme dans l’Entéroptose, maladie à angusties et à dislocations, c’est la même substitution du rôle de l’intestin à celui de l’estomac; toutes deux se recrutent de même parmi les dilatés de M. Bouchard ; dans toutes deux, ce sont les mêmes indications.

Outre celle des laxatifs, Trastour admet encore l’indication de la sangle, chez les dilatés comme chez les entéroptosiques. Un caractère plus général que celui des dimensions de l’estomac, comme le voulait Bouchard, un caractère plus général encore que celui des dimensions de tout l’appareil digestif doit englober ces traits communs. C’est ce Caractère que l’éminent professeur de Nantes a désigné sous le nom de « déséquilibration du ventre », en généralisant à la Dilatation gastrocolique et à l’Entéroptose, le complexus que j’avais décrit sous le nom de « trouble de statique abdominale » ; j’avais abstrait ce trouble statique, cette déséquilibration, du syndrôme de mes entéroptosiques et proposé de l’accepter comme une notion pathogénique nouvelle dont il y avait lieu de tenir compte désormais dans l’interprétation de certaines maladies jusqu’ici obscures et par conséquent indéterminées et j’en avais fait l’essence même de l’Entéroptose.

La proposition suivante, que je crois pouvoir déjà formuler à cette place, donne de la « déséquilibration abdominale » une analyse dont tous les éléments se retrouvent dans les signes relevés jusqu’ici par l’exploration de l’estomac et de l’intestin. L’exploration des autres viscères abdominaux en confirmera de plus en plus la justesse. Voici cette proposition :

La (n perturbation de la statique abdominale », la déséquilibration du ventre », reconnaît quatre facteurs principaux :

SIGNES OBJECTIFS

a. Une dislocation viscérale ;

b. Un trouble de V équilibre de tension des divers segments de l'intestin ;

c. Une « décalibration » du tube digestif dans son ensemble, que le tube digestif soit, par le fait d'une « régulation défectueuse » de son calibre^ trop élargi, ou qu'il soit au contraire trop rétréci ;

d. Une perturbation de la tension générale du ventre.

Ces quatre facteurs se combinent le plus souvent et s’engendrent l’un l’autre. Le plus intéressant est à coup sûr celui pour lequel je propose le terme barbare, mais significatif, de « décalibration » ; intéressant parce qu’il s’applique à ce caractère, qui nous a tellement frappés. Trusteur et moi, d’une anomalie persistante et palpable du calibre de l’intestin, intéressant encore parce qu’il permet de concevoir, conformément à ce que dit la clinique, la sténose et la distension, sans lè spasme ou l’atonie qui leur sont à tort constamment associés, ou encore de concevoir l’atonie avec la sténose, le spasme avec la distension ; intéressant surtout parce qu’il évoque un facteur plus haut placé, celui qui préside à la régulation du calibre général de l'intestin. Or, c’est la notion, c’est l’étude de ce facteur, de ce régulateur, agissant, soit par l’intermédiaire du système nerveux, soit par l’intermédiaire de la circulation des parois intestinales, sans doute par tous les deux à la fois, qui importe surtout au progrès de nos connaissances dans le domaine des affections digestives. Lorsque j’aurai démontré, comme j’espère pouvoir le faire, que ce régulateur a son principe dans le foie, l’explication ne sera pas difficile à donner des caractères fondamentaux de similitude qui, en dépit des caractères si apparents de dissemblance, réunissent toutes les affections digestives dans lesquelles le tube digestif se trouve « déséquilibré » sous le même sceptre que les maladies de la nutrition, sous le sceptre de 1’ « hépatisme » .

Cette échappée dans] le domaine de la pathologie générale serait ici à sa place, quand bien même elle ne surgirait pas

PALPATION DE L’INTESTIN

spontanément de la discussion sur la valeur des signes objectifs rencontrés par la palpation ; elle serait ici à sa place pour affirmer une fois de plus de quelle importance est la palpation abdominale dans les maladies de la nutrition et quels horizons inexplorés elle découvre, lorsqu’elle est systématique et méthodiquement ap.pliquée. Nous n’avons pourtant encore étudié que l’estomac et le gros intestin et celui-ci seulement dans les points qui sont accessibles à la palpation abdominale antérieure.

Pour ne pas interrompre l’exploration de la région abdominale antérieure et en raison des procédés différents de palpation auxquels il faudra désormais recourir, pour palper l’abdomen par ses parois latérales, on remettra à la fin de l’exa- ' men, soit la recherche des signes objectifs tirés des coudes du côlon, soit le toucher du rectum et la vérification des hémorrhoïdes. Avant d’y arriver, il faut encore avoir exploré l'iléon et le duodénum, qui appartiennent à la région antérieure de l’abdomen.

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