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Du Foie mobile (hépatoptose)

Le caractère objectif tiré de la mobilité du foie n’a jusqu’ici été appliqué à la séméiologie de cet organe que dans les cas où existe une volumineuse tumeur de l’abdomen suspecte d’avoir une origine hépatique, — Ou bien cette tumeur se trouve limitée à l’hypochondre et au flanc droit ; l’on fait alors intervenir, lorsqu’on hésite entre la localisation hépatique ou rénale, les mouvements respirat&ires pour vérifier s’ils mobilisent la tumeur : que la tumeur soit mobilisée, on conclue qu’il s’agit du foie et non du rein, les tumeurs de ce dernier organe étant en général peu influencées par les migrations du diaphragme — ; ou bien la tumeur occupe, non seulement l’hypocbondre, mais la partie moyenne de l’abdomen ; si d’ailleurs elle présente les caractères physiques du foie, que la matité thoracique de cet organe soit remplacée, à son.siège normal, par delà sonorité, on fait alors intervenir la mobilité manuelle pour vérifier si la tumeur ne peut être refouléê dans l’hypochondre droit : s’il en est ainsi, le diagnostic de « foie mobile » puise dans ce caractère de reponibilité une confirmation précieuse.

Réduite à ces deux cas, en somme rares, et même laissant, dans ces conditions restreintes, commettre des erreurs de diagnostic, l'application à la séméiologie hépatique du caractère tiré de la mobilité n’aurait certainement qu’un intérêt des plus restreints; mais voici qu’une observation fortuite, dans le cours de la recherche du rein par le procédé « néphroleptique », vient nous montrer que la mobilité du foie peut exister indépendam-

SIGNES OBJECTIFS

ment de toute tuméfaction formée par cet organe dans l’hypochondre et constituer par conséquent un caractère nouveau à apprécier ; voici que l’étude de ce nouveau caractère nous apprend que la mobilité peut être utilisée, non seulement pour rendre accessible à la palpation un foie qui sans cela lui eût échappé, mais pour déceler des types objectifs qui jusque-là s’étaient dérobés à l’observation clinique, et que seuls signalaient les anatomistes.

Quelle est la valeur de ce signe ? Y a'-t-il lieu de tenir compte des variétés du siège où l’on trouve, dans ces types nouveaux, le bord mobilisable du foie, tantôt derrière le rebord costal, tantô.t au fonddel’hypochondré, tantôt dans le flanc? Peut-on espérer trouver une relation entre ces divers types de mobilité du foie et le type classique de la maladie dite du « foie mobile » .

âoùs le nom de « foie mobile », on désigne, depuis Gantani (1), qui le premier en a publié une observation clinique, une maladie dans laquelle on trouve le foie, tout entier déplacé et mobile dans la cavité abdominale. Cette ectopie mobile du foie esfconsidérée comme la cause de la maladie.

Déjà, Sauvages (2), en 1768, Portai (3), en 1804, avaient parlé de Vhépatocèle. Sauvages visait les cas dans lesquels le foie entre comme élément dans la hernie ombilicale ; Portai parlait de la distension des ligaments du foie sous l’influence des chutes, des efforts, du poids de l’organe hypertrophié, qui le font descendre dans le bas-ventre, et jusque dans le bassin. Même avant ces auteurs, on pourrait citer, avec Faure (4), qui ■ l’a exhumée, la relation d’une autopsie faite par Heister (5),

(1) Cantani. — Annal, univers, di Medicin. Milano. 1865, nov. pages 373-383.

(2) F. Boissiee de Sauvages. — Nosol. method. Sistens morborum classes, Amsterd. MDCCLXVIII. T. 1, page 208.

(3) Foetal. — Cours d’anat. méd. Paris. An. XII, 1804, t. V, p. 323.

(4) Fauee. — U Appareil suspenseur du foie, Vhépatoptose et l’hépatopeæie, Paris, Steinheil, 1892.

(5) Heistbe. — Acta physico-medica naturœ curiosorum Nuremberg. 1754, X. page 1-4.

et dans laquelle, ainsi qu’en témoigne le dessin qui accompagne cette relation, a le foie présente une situation telle qu’il est permis d’affirmer qu’il s’agit bien là d’un cas de foie mobile » ; pourtant, ce cas unique, en admettant que le dessin soit bien exact, correspondrait, à mon avis, plutôt à une ectopie fixe congénitale qu’à un véritable spécimen de foie mobile.

A la suite du travail de Gantani, les observations de foiè mobile se succèdent, mais en petit nombre ; en 1876, Blet (1) n’en peut réunir encore, dans la science, que 10 cas pour sa thèse. En 1877, Legg Wickham (2) arrive à un total de 20 cas ; dans son travail, écrit à l’occasion d’un malade chez lequel il avait cru pouvoir diagnostiquer un foie mobile, et qui, à l’autopsie, présentait une tumeur du rein simulant parfaitement un foie déplacé, il conclue que, puisque les 20 cas retrouvés par lui dans la littérature manquaient tous de la sanction de l’autopsie, des erreurs semblables à la sienne ont bien pu se présenter; il n’est pas loin d’émettre des doutes sur la valeur des diagnostics portés par les auteurs et même sur l’existence de la lésion. En 1885, dans la plus importante monographie qui ait été jusque-là consacrée au foie mobile. Landau (3) ne put encore trouver dans la littérature que 24 cas, élimination faite des 8 observations suivantes, interprétées à tort par leurs auteurs comme cas de foie mobile : 1 cas de cancer de l’épiploon (Müller) , 1 cas de néoplasie du rein droit (Legg), qui, tous deux, avaient été, avant l’autopsie, diagnostiqués comme foie mobile ; 1 cas d’abaissement du foie par cyphoscoliose (J. Millier) ; 2 cas (Piatelli, Trush), où il y avait ascite et cancer; 1 cas avec cachexie, ictère et œdème (Wasseljew) ; enfin uii dernier cas dans lequel le malade avait été atteint de malaria (Schwarz). Ces 24 cas, qui formaient alors tout le bagage documentaire du foie mobile, cçmprenaient

; (1) Blet. — Etude sur le foie mobile. Th. Paris, 1876.

(2) Legg Wickham. — Moceable or displaeed licer. St-Bartholom, Husp. Reports XUI p. 141-148, 1877.

- (3) Landau. — Die Wanderleber und der H%engebauch der Frauen. Berlin, Hirschwald. 1885.

SIGNES OBJECTIFS

23 femmes et 1 homme. En présence d’un si petit nombre de faits, étant donnée la possibilité d’erreurs de diagnostic, car, dans les rares observations où fut permis le contrôle par l’autopsie, le diagnostic s’était trouvé erronné. Landau ne tente même pas d’apprécier la fréquence du foie mobile relativement au nombre des malades. C’était en somme une affection extraordinairement rare et d’un diagnostic particulièrement difficile.

La même année, 1885, quatre mois avant la publication de Landau, parut mon premier travail sur l’Entéroptose (1). Dans cette étude j je m’efforçai de dégager la loi qui préside à la mobilité des viscères abdominaux et à la symptomatologie de cette mobilité anormale ; je proposai la doctrine de la splanchnoptose (2), qui, dans les viscères mobiles, abstrait le caractère de « ptose et non le caractère de mobilité ou celui d’ectopie, seuls envisagés jusque là. De ce processus relevaient le foie, comme la rate, comme l’estomac, comme l’intestin ; je m’efforçai de démontrer que, de tous cès prolapsus, qu’une recherche systématique, à l’aide de procédés spéciaux de palpation, permet de rencontrer assez fréquemment réunis chez le même sujet, celui qui était réellement pathogène, c’était le prolapsus de l’intestin. La ptose des autres organes n’avait qu’un caractère contingent et un rôle accessoire. En ce qui concerne plus spécialement le foie, je fixai, en 1886 (3), d’après mes observations, la fréquence du foie mobile, que je désignais dès lors

fl) F. Glenaed. — Application de là méthode naturelle à Vanalyse de la dyspepsie neroeuse; détermination d’une espèce. De VEntéroptose. Lyon médical, mars 1885 et numéros suivants.

Quoique l’introduction du travail de Landau soit datée de janvier 1885, la publication n’en fut faite qu’en juin de la même année, quatre mois après ma première publication sur l’Entéroptose (mars 1885).

(2) « Splancbnoptose» , et non « Viscéroptose », comme me le font dire plusieurs articles, d’ailleurs très sympathiques, qui ont été récemment publiés. Le terme « viscéroptose » forme d’un radical latin et d’un ^radical grec, ne satisfait pas comme le terme « splancbnoptose » que j’ai proposé, et qui est formé de deux radicaux grecs, aux exigences d’une correcte nomenclature.

(3) Glénaed. — Entéroptose et neurasthénie, communie, à la Soc. méd. hôp. Paris, et Sem. méd., 19 mai 1886 ; voir aussi la reproduction in extenso in Revue de Médecine, 10 janvier 1887.

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par le terme d’ « hépatoptose » et dont je ne savais alors reconnaître que les degrés déjà accentués, à 2 p. 100 des sujets atteints de maladies de la nutrition, et, parmi ces maladies, à 4,5 p. 100 des Entéroptoses. En 1887 (1), sur 1.300 malades, j’avais observé 51 cas d’hépatoptose (dont 32 associés à la néphroptose, 30 chez la femme et 2 chez l’homme). En 1890 (2), dans une statistique relevée seulement chez les femmes atteintes de rein mobile, j’établissais que, sur 330 cas de rein mobile (néphroptose) chez la femme, il y avait en même temps de l’hépatoptose dans 70 cas, c’est-â-dire dans 21 p. 100 des cas. Enfin, en 1892 (3), englobant dans l’hépatoptose, dans le diagnostic objectif de laquelle je m’étais perfectionné, , tous les degrés, depuis les plus faibles jusqu’aux plus accentués, de mobilité du foie, que j’avais rencontrés dans des recherches portant sur 3.500 malades atteints de maladies de la nutrition, et réunissant, pour la première fois, en un seul groupe, tous les foies souples et non hypertrophiés, fois déformés, allongés, abaissés, « à ressaut », dont le caractère commun était la mobilité du bord tranchant, j’estimai la fréquence du foie mobile à 20 p. 100 des malades, 25 p. 100 des hommes, 15 p. 100 des femmes.

Une fréquence pareille, comparée avec les 24 cas connus dans la science avant 1885, et surtout' ce renversement de la proportion suivant les sexes, qui, au lieu du chiffre de 1 homme pour 23 femmes, donnait 15 p. 100 chez lés femmes et 25 p. 100 chez les hommes, ou recelait une grossière erreur, ou impliquait une conception nouvelle, analogue à ma conception partout acceptée aujourd’hui de la mobilité dh rein, de ce qu’on doit entendre par mobilité du foie.

(1) GLÉNAan. — A propos d’un cas de neurasthénie gastrique. Diagnostic de VEntéroptose. Prov. méd., 16 avril 1877, et Paris, Masson, 1887,

(2) Glénard. — Des résultats objectifs de l’exploration du foie chez le diabétiques. Lyon médical, 1890, et Paris, Masson, 72 p.

(3) Glénard. — Palpation bimanuelle du foie par le a procédé du pouce ». Introduction à l’étude de V hépatisme. Lyon médical, 1892, et Paris, Masson, 47 p.

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Mais déjà, dans sa monographie sur le foie mobile,^ Landau, sans doute impressionné par la notion, toute récente alors, de la splanchnoptose, donne un chiffre d’observations personnelles contrastant singulièrement avec les 24 Cas qu’il n’avait pas fallu moins de 20 ans pour réunir (1866-1885) .; il a relevé lui-même, dit-il, « 14 cas de foie mobile prononcé et environ 50 cas de simple abaissement du foie » . L’on voit pour la première fois, dans l’histoire du foie mobile, être apppliqués dans son travail ces deux principes fondamentaux de ma doctrine delà splanchnoptose, à savoir l’exclusion implicite de toute lésion organique dans le diagnostic de viscère mobile, et la relation entre l’ectopie totale du viscère mobile, d’un côté, et, de l’autre, les faibles déplacements de cet organe. Qui veut bien dire- avec moi : splanchnoptose, doit dire, en effet : prolapsus d’un organe sain, dont la mobilité, dûe à ce prolapsus, peut se rencontrer sous des aspects variés, qui ne sont que des degrés plus ou m'oins accentués de ptose.

Depuis cette époque, nous voyons peu à peu se substituer la dénomination d’ k hépatoptose » à celle de foie mobile> et se multiplier les observations ; cela s’explique soit parce que la « ptose » en général s’est imposée aux recherches, soit parce que mon procédé technique de diagnostic objectif (procédé du pouce) a été formulé, soit enfin parce que l’on fait rentrer dans la maladie du foie mobile, qui jadis ne comprenait qùé l’ectopie totale, la mobilité du bord antérieur du foie, alors même qu’il est faiblement déplacé. L’impulsion a été accentüée surtout par Gérard Marchant (1), qui, en 1891, pratiqua pour la première fois, contre l’hépatoptose totale, l’hépatopexiê, que Billroth, en 1884, et Tscherning, en 1886, avaient pratiquée contre le lobe flottant du foie, et par Faure (2) qui, en 1892, consacra à l’hépatoptose une remarquable étude didactique dans laquelle sont mis au point, et étayés sur de nombreuses

(1) Gébaed Makchant. — Hêpatopeœie et nephropeœie. Bull. acad. niéd. Paris, 3 août 1891.

(2) Fatjbe. — Loc. cit.

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recherches personnelles, les chapitres relatifs à l’anatomie et à la pathogénie de l’hépatoptose. Dans ce travail, nous trouvons la précieuse collection des 54 observations connues dans la science, qui y sont publiées in-extenso, et Faure ajoute que la maladie n’est si rare que parce qu’elle passe souvent inaperçue; seuls ses degrés extrêmes sont exceptionnels.

Or, il en sera bientôt de l’hépatoptose comme du rein mobile ; les cas en seront si fréquemment observés qu’on ne les publiera plus. Il est d’ailleurs certain que l’interprétation de ptose' enlève à toutes ces , maladies ce caractère de bizarrerie tératologique, qui, jusqu’ici, leur avait donné l’attrait d’une énigme.

Depuis la thèse de Faure, ont été publiées, en 1893, 1 cas de Richelot (1), suivi d’hépatopexie ; 1 cas de Mathieu (2) qui,

, à la Société médicale des Hôpitaux, souleva une discussion au cours de laquelle Legendre, Siredey, Rendu signalent des cas analogues de leur pratique ; en 1894, 5 cas de Godard (3); en 1895, 1 cas de Familiant (4), 1 cas de Bobrov, suivis d’hépatopexie ; 1 cas d’hépatoptose suivi d’hépatopexie, par Lannelongue et Faguet (5). Wyss, dans son travail sur la constriction de la taille, M. Hayem (6), Mme Gaches-Sarraute (7), en 1895, dans leur étude sur la maladie du corset, analysent, dans une de ses causes fréquentes, la genèse de l’hépatoptose. La constriction exercée par le corset a été en effet incriminée par tous les auteurs, comme une cause du foie mobile ; mais de tout temps

(1) Richelot. — Fixation d’un foie déplacé. Bull, méd., 27 septembre 1893.

(2) Mathieu. — Un ea$ de foie flottant. Soc. méd. hop., 20 juin 1893.

(3) Gooaed. — Qbs. de quelques cas d’hepalo ptose. Journ.' de la Soc. Roy. de Bruxelles, 6 janvier 1894.

(4) Familiant. — Hépatoptose. Ezenedelnic, Saint-Pétersbourg, 1895.

(5) Lannelongub et Faguet. — Hépatoptose totale. Foie cirrhotique, hépatopexie. Ass. Fr. Bordeaux, 1895. Suivant la définition des « viscères mobiles' » ou ptoses, définition qui exclue toute affection organique, le cas de Lannelongue et Faguet ne devrait pas figurer sous la rubrique d’ « hépatoptose » .

(6) Hayem. — La maladie du corset. Arch. méd. 1895.

(7; Gaches-Saebaute. — Du corset. Rev. d’hygiène, 1895.

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aussi les anatomistes ont insisté sur les déformations que produit le corset, et que la fréquentation des salles d’autopsie permet de vérifier journellement : allongement du foie, élongation en forme de sablier, lobe flottant, sillons formés par les côtes imprimées sur le foie, etc., tels sont les méfaits exercés par le corset ; de telle sorte que se trouve implicitement sou-^ levée une question imprévue, celle d’une relation possible entre la déformation et la mobilité du foie, puisque toutes deux isolément peuvent être mises sur le compte d’une seule et même cause. Dans la discussion de la doctrine suivant laquelle je propose d’envisager le foie mobile comme une hépatoptose, je n’ai garde d’omettre un si précieux argument.

L’éventualité d’une relation, soit entre le foie mobile et la déformation du foie, soit entre l’ectopie mobile totale et la mobilité du foie limitée à celle de son bord antérieur, ne paraît pas avoir été soupçonnée. Qu’on lise les observations publiées sous la rubrique de foie mobile, et plus tard sous celle d’hépatoptose, et l’on verra que les signes exigés pour ce diagnostic sont ceux d’un déplacement en masse du foie, . cet organe considéré comme un bloc de forme immuable.

Les signes du foie mobile, relevés et exigés par les auteurs sont eu effet les suivants :

Tumeur dans le flanc droit, s’étendant au milieu de l’abdomen ; dépassant à gauche la ligne médiane et en bas l’ombilic jusqu’à deux ou trois travers de doigt du pubis ; formant une voussure parfois visible de la moitié droite de l’abdomen et pouvant être circonscrite par la percussion et par la palpation.

Cette tumeur présente les caractères physiques du foie : indolente, lisse, élastique, de la grosseur d’une tête d’enfant ; terminée en haut par une surface convexe, épaisse, arrondie, obliquement dirigée, plus ou moins éloignée du rebord costal, sous lequel on oeut insinuer la main ; un bord inférieur mince, avec une échancrure qui offre les caractères de la scissure du bord inférieur du foie, et, à gauche de celte échan-

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crure, présentant parfois une tumeur molle formée par la vésicule biliaire,

La tumeur est mate et entourée d’une zône sonore, la zône de matité ayant la forme du foie ; la zône sonore existe à la limite inguinale, peut même exister entre la partie supérieure de la tumeur, et, à droite, la sonorité pulmonaire, à gauche. Ta matité cardiaque ; la zône de matité thoracique du foie est sonore, le foie n'est pas à sa place.

Enfin la tumeur est réductible de bas en haut dans l’hypoehondre droit, et cette mobilité est plus étendue à droite qu’à gauche ; la tumeur ne peut être déplacée en bas, elle se déplace sous l’influence de la station verticale ou dans le décubitus latéral, soit à droite, soit à gauche; le relèvement du bassin ramène la tumeur dans la région hépatique; une fois la tumeur refoulée, on retrouve la matité hépatique à son siège normal.

Telle est la séméiologie objective classique du foie mobile, c’est celle de l’ectopie totale de cette glande.; c’est celle que nous nous proposons de remanier comme nous avons remanié la séméiologie objective du rein mobile.

Trois théories ont été proposées pour expliquer anatomiquement l’ectopie mobile du foie, la théorie de l’élongation des ligaments propres du foie (Cantani), la théorie de la rotation du foie sur lui-même (Landau) , la théorie de la Splanchnoptose (Glénard).

. C’est cette dernière théorie que je viens ici, et, avec tous les développements qu’elle me paraît mériter, défendre à nouveau dans ce travail.

Dans la Théorie de V élongation des ligaments du foie, cette élongation est considérée par les uns comme secondaire (Portai, Cantani), par les autres, et c’est le plus grand nombre, comme primitive et dûe à l’existence congénitale d’un mésohépar (Meissner, Léopold).

L’élongation secondaire serait due à la traction exercée par le foie, soit par son déplacement antéropostérieur pendant

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la grossesse et l’inflammalion consécutive ou le défaut d’involution des ligaments (Gantani), soit par son propre poids lorsque la tension intraabdominale est diminuée (Winkler) ou que la pesanteur spécifique du foie est augmentée (Mann), ou qu’il a été le siège d’une hypertrophie (Kishert), ou enfin qu’il est lui-même tiré en bas par des adhérences vicieuses avec les autres viscères (Botkine).

• L’élongation primitive, c’est-à-dire l’existence congénitale d’un mésohepar a été admise par les autres auteurs parce que l’extrême rareté du foie mobile rend improbable un processus qui, s’il existait, devrait rendre très fréquente l’ectopie du foie.

Ce qu’il est vrai de dire, c’est que jamais aucun anatomiste n’a trouvé de mésohépar, pas plus chez les nouveaux-nés que chez les adultes (Thierfelder, Landau, Faure) ; l’hypothèse d’une élongation, d’un relâchement des ligaments est donc purement théorique.

La théorie de la rotation du foie sur lui-même, théorie du c< foie tournant » s’appuye non seulement sur l’ahsence de constatation nécropsique à la base de la théorie de l’élongation, mais sur l’étude des moyens de fixation du foie et des mouvements qu’ils permettent à cet organe, sans pour cela se relâcher ou se déchirer. « Dans les degrés les plus extrêmes de soii abaissement, dans le foie mobile le plus prononcé, le foie ne peut se « disloquer » dans le point qui correspond à sa fixation à la paroi postérieure de l’abdomen, de telle sorte que la dénomination de foie tournant {Drehleber) serait la plus appropriée à cet état de l’organe ; le foie peut s’abaisser en entier ou par un seul lobe, s’incliner de côté, tourner sur place, tous ces mouvements et déplacements peuvent se combiner de mille façons...; les forces qui l’empêchent à l’état normal de se déplacer sont plutôt négatives, c’est que d’autres organes se trouvent là qui occupent l’espace où pourrait évoluer le foie etnelui laissent aucune place ». Ces organes senties intestins, et ils sont maintenus sous pression par la paroi abdominale qui agit comme une sangle élastique. Aussi, Landau, à

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l’œuvre duquel j’emprunte le passage que je viens de citer, fait-il jouer, dans la pathogénie du foie mobile, le rôle le plus important au relâchement de la paroi, dans les cas de ventre pendant, de ventre en besace.

La théorie de la Splanchnoptose, basée sur l’analyse des signés physiques qui, chez le vivant, trahissent les prolapsus viscéraux; sur les coïncidences qu’on rencontre entre les prolapsus des divers organes, et sur l’ordre de succession, soit du prolapsus des divers organes l’un par rapport à l’autre, soit des degrés du prolapsus d’un même organe ; et enfin sur l’évolution des symptômes subjectifs, la théorie de la Splanchnoptose, en dehors des caractères de mobilité et d'ecto-

pie que présentent les organes mobiles, le caractère de ptose et admet dans le prolapsus de chaque organe la manifestation d’un processus général, le « processus de ptose ». Ce processus, dans lequel les organes se commandent pour ainsi dire les uns les autres, peut avoir pour point de départ, soit un traumatisme, soit une maladie générale de la nutrition ; il débute parla diminution de tension de l’abdomen, que l’intégrité de la paroi soit ou non conservée ; il se poursuit par la ptose successive de l’intestin, du rein, de l’estomac et enfin du foie et de la rate. La ptose de ces organes s’eôectue rarement, si toutefois cela existe, par un brusque déplacement en masse, mais elle procède par degrés : le foie mobile, le rein mobile classique, ne sont que le degré ultime de la ptose du foie ou du rein. Le rein mobile, qui était une maladie rare, est admis partout aujourd’hui comme très fréquent, parce que l’on sait maintenant que ce rein mobile est le dernier degré d’une néphroptose, parce qu’on a appris à reconnaître les trois degrés qui le précèdent et parce que ces trois degrés. sont fréquemment rencontrés. Il en est de même pour le foie mobile. Encore de nos jours on le considère comme •une affection fort -rare, il en existe tout au plus quarante observations authentiques dans la science. Or, on peut démontrer, et ce sera l’objet de ce travail, que le « foie mobile »

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n’est que le degré ultime d’une hépatoptose dont les premiers degrés, cliniquement reconnus aujourd’hui grâce au « procédé du pouce », sont extrêmement fréquents; c’est à titre de degrés d’hépatoptose qu’on doit considérer les divers types de déviation et de déformation du foie rencontrés dans les autopsies.

Dans la théorie que je soutiens, le foie mobile n’est pas dû à un déplacement total, comme dans la théorie de l’élongation des ligaments, il n’est pas dû à un déplacement autour de ses axes, comme dans la théorie de la rotation, il est dû à sa déformation, â son aplatissement, son affaissement, soit latéral, soit antéropostérieur.

Cette théorie puise son intérêt, non seulement dans le fait qu’elle relie le foie mohile à des faits d’ordre analogue dans un même chapitre de pathologie générale, non seulement parce qu’elle fait rentrer dans le cadre dé la pathologie clinique une foule de foies, anormaux de forme et de situation, auxquels on n’accordait qu’une valeur de curiosité anatomique, mais encore parce quelle fait intervenir, ainsi que nous le verrons bientôt, dans la genèse du foie mobile, devenue une déformation par hépatoptose, un élément non encore invoqué par les auteurs, celui des variations de la tension sanguine intrahépatique.

Pour étayer cette théorie, il importe d’analyser les conditions qui président à la mobilité du foie, ou, ce qui revient au même, les conditions qui assurent la fixité de cet organe à l’état normal et dont la suppression entraîne sa mobilité. Les conclusions seront exactes si k mobilité du foie peut être étudiée indépendamment des autres caractères anormaux dont cet organe peut être le siège ; or les types de mobilité du foie, que décèle le procédé du pouce, sont indolents et souples, c’est même à cause de celà que la palpationclassique les. méconnaissait. Qui dit : foie échappant à la palpation classique, indolent et souple, dit : foie dont le tissu, sinon la fonction chimique, est normal. Nous sommes ici placés dans des conditions identiques à celles que nous exi-

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geons d’un rein pour le classer parmi les reins mobiles, c’està-dire l’absence de signes trahissant une des maladies classiques de son tissu.

Etudions rapidement la situation et la forme normales du foie, ses moyens de fixation, nous en déduirons la physiologie pathologique de sa mobilité anormale ; la technique du « procédé du pouce » , tecTinique qui repose essentiellement sur Tutilisation de cette mobilité pour le diagnostic, pourra être minutieusement réglée. C’est la connaissance approfondie de cette technique c’est l’interprétation, sans idée préconçue, de ses enseignements, qui sont la base de la théorie de la splanchnoptose et le motif de sa substitution aux anciennes théories sur la mobilité des organes ; c’est la théorie de la splanchnoptose qui, après s’être imposée à l’ohservation, conduit à la théorie générale que je défends sous le nom de théorie de Vhépatisme, théorie qui, j’en suis convaincu, sera bientôt et pour le plus grand profit de la clinique, substituée aux théories humorales anciennes sur la nature de la Diathèse. Caries types nouveaux de mobilité du foie que le « procédé du pouce » a introduits dans la clinique, et que je fais rentrer dans le cadre de l’hépatoptose, affirment la permanence de la localisation hépatique et constituent les étapes intermédiaires de préparation, de transition ou de rétrogradation qui séparent, à travers les années, chez un même sujet, les manifestations classiques bruyantes de son affection du foie, et affirment ainsi la continuité et la pérennité du processus, c’est-à-dire la Diathèse. Ce processus a son siège dans le foie, la diathèse qui en est l’expression doit donc être appelée diathèse hépatique, ou « Hépatisme » Mais ne remarque-t-on point avec quelle rapidité ce terme d’Hépatisme que j’ai proposé s’infiltre peu à peu dans le langage scientifique courant? Combien n’est-il pas intéressant d’étudier la genèse de l’idée qu’il implique ! Or c’est l’analyse des faibles degrés de mobilité du foie qui nous donnera la clef de l’Hépatisme, comme l’étude des faibles degrés de la mobilité du rein nous a donné la clef de l’Entéroptose.

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