‹ Les publications de la rue pendant le siége et la Commune. Satires--canards--complaintes--chansons--placard s et pamphlets. Bibliographie pittoresqve et anecdotiqveChapitre 59 sur 85 · PAR M. GABRIEL PELIN, AU CLUB NATIONAL, BOULEVARD MONTMARTRE, N° I · texte numérisé non relu

PAR M. GABRIEL PELIN, AU CLUB NATIONAL, BOULEVARD MONTMARTRE, N° I

En présence de la capitulation de Paris, en présence des proclamations du Gouvernement de la Défense nationale plaidant les circonstances atténuantes pour couvrir sa responsabilité, en présence de... de... et de..., M. A. Guizard croit remplir son devoir de citoyen envers la République en soumettant au jugement de l'opinion publique un plan de bataille qui a été déposé au siège du Gouverneur de Paris le 2 janvier, alors que Paris avait encore pour cinq semaines de vivres, que les armées de province étaient victorieuses (???) et qu'il était encore temps de sauver la grande cité parisienne, plan auquel le général Trochu, — armé de son fameux plan... de capitulation, — n'a pas daigné répondre.

Encore un fou, un rêveur n'est-ce pas? Mais

ne méritent-ils pas quelque indulgence, ces fous, ces rêveurs qui passaient les longues nuits du siège à chercher un moyen de sauver leur pays — si insensé que fût ce moyen? C'était, à coup sûr, plus patriotique et plus honnête que de continuer à faire tuer du monde pour ce qu'on regardait comme une héroïque folie!

Quant au récit de M. G. Pélin, qui appelle Jules Favre « ce triste et pâle Olympien, » il est rapide, bien fait et écrasant pour le Gouvernement de la Défense nationale.

309. — Le Plan de Trochu dévoilé par met- TRE-DUQuouT. 2 p. iii-foL; imp. Bcrthélcmy. — Ce feuillet est signé Piconel, sorti de Sainte-Pélagie

Pavillon de la Presse^ le 4 septembre iS-jo !!! rue Oberkampf, 5o sic).

Vingt-cinq couplets sur Je ne sais quel air, mais iont le refrain est :

Riches, Bourgeois, ne craignez rien, Confessez -vous, tout ira bien.

C'est une satire des plus vives contre le général Frochu :

Cher Monsieur Trochu, du Bourget Vous rappelez-vous les mobiles ?

— Pour eux j'ai dit mon chapelet.

Puis ces massacres sont utiles.

Etc.

Riches, bourgeois, ne craignez rien.

Confessez-vous, tout ira bien.

3 10. — Le Plan Trochu, complainte tragi- OMiQuE. Un placard dont le recto seul est imprimé; 3ip. E. Blot. — Dix-sept couplets signés L. G., ur l'air de Fualdès.

Trouvant que rien n'indispose Comm' l'air et la liberté, Trochu donnait la Santé Aux républicains pas roses, Qu'avaient pour chasser 1' Prussien Un autre plan que le sien.

Ah! le plan Trochu ! je me rappelle avoir vu. le + février 1871, sur le boulevard des Filles-du-Calaire, un particulier en tenue de garde national, immortelle rouge à la boutonnière, débiter un pet boniment devant un objet recouvert d'un linge. . frappait dessus avec une baguette et disait : Le

plan Trochu, messieurs et dames, le plan Trochu, dix centimes, deux sous !

3 1, —Pourquoi nous avons été vaincus par la Prusse. Un placard dont le recto seul est lithographie ; imp. E. Vert.

M. Léontius Guérinus (pourquoi ce latin r) ne nous apprend rien de bien neuf; nous avons été vaincus par le nombre! — Mon Dieu! oui, sans parler des autres causes. M. Guérinus se console en disant aux Prussiens : Notre honte vaut mieux que votre gloire; mais il se console moins facilement de ce que Trochu et Gambetta « ont refusé la vaillante épée des princes d'Orléans, de ces braves que nous avons vus à l'œuvre et qui eussent, en montrant aux soldats l'exemple du courage et de l'héroïsme, réveillé en eux le patriotisme endormi par vingt années d'Empire, et, peutêtre, sauvé la patrie. »

Hélas! vous reconnaissez vous-même qu'il y avait — outre le nombre — quelque autre chose qui manquait à l'armée française !

3 1 2, — Prédictions sur la guerre. 2 p. gr. in-fol.; imp. Dubuisson. — Ces prédictions sont signées Victor Considérant, visionnaire.

A cette pièce est jointe, dans certaines éditions, une autre pièce : La France imposant la paix à l'Europe (voir n° 179).

Il y a de très-bonnes choses et fort bien dites dans ce placard dont la lecture, comme dit M. Considérant, n'est qu'une affaire de trois quarts d'heure, de trois sous dans la rue, ou de rien à qui en de-

mande au concierge du 48, rue Gardinal-Lemoine... Après avoir mis le doigt sur la plaie, c'est-à dire nous avoir démontré notre lâcheté devant les idées, notre effroi du neuf, notre piétinement dans le vieux et notre turbulence, il s'écrie : « Eh donc! s'il vous faut absolument reculer, ne pourriez-vous reculer du moins que jusqu'à 1848 ? Et au lieu de cette flamboyante Marseillaise — que Napoléonr Idiot vous a lui-même lâchée pour sa seule odeur de sang humain et la fureur de guerre qui y domine encore — ne pourriez-vous faire entonner à vos légions vaillantes ce chant français bien autrement formidable aujourd'hui pour nos vrais ennemis, le chant du peuple parisien de 1848?

Les peuples sont pour nous des frères !

Des frères ! ! des frères ! !...

Et leurs tyrans )ios ennemis ! »

3i3. — Prédictions terribles. Révélations épouvantables sur ce que nous allons devenir. 8 p. in-4: typ. Walder.

M. Jean Chabrit, auteur de l'étrange apparition et de la pièce qui nous occupe, avoue qu'il n'est pas un savant et que l'instruction qu'il possède est à peine suffisante pour traduire sa pensée; mais un affreux pressentiment l'oblige à mettre sous les yeux du public le tableau désolant de nos mœurs actuelles, dont les funestes effets menacent la génération tout entière.

Il a vu les temples déserts, les églises abandonnées, la parole de Dieu méprisée, des gens vicieux se rouler sans honte dans le bourbier du libertinage, etc. [air connu); et, chose plus étrange encore, il a vu le souverain qui règne sur la France être le

modèle de toutes les vertus; il a vu son auguste épouse marquer chacun de ses pas par un bienfait. Il se demande même où elle puise ce courage et cette force d'âme qui élèvent son esprit bien au-dessus de toutes ces bruyantes vanités, etc. — Pour Vélocipède IV, il espère que, né de parents aussi vertueux, il sera béni de Dieu, grandira en sagesse et en vertu, sera protégé du ciel et demandera grâce

pour ses sujets dans les jours de calamités

Tout ceci nous prouve que si M. Jean Chabrit est un niais béat, cela ne l'empêche pas d'être un fichu négociant vendant pendant le siège, et grâce à ce titre : Révélations épouvantables sur ce que nous allojis devenir, un canard religieux écrit bien avant, et peut-être même déjà publié, comme semble l'indiquer le passage relatif à la famille impériale.

314. — Le Premier discours du citoyen Louis Panafieu à l'Assemblée nationale de Bordeaux, parlant au nom du peuple de paris POUR DEMANDER JUSTICE. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Lefebvre. — « Supposez, citoyens, que le hasard m'ait amené à vous représenter à l'Assemblée, ou, encore mieux que le hasard, que ce soit votre inspiration qui vous ait fait deviner que, dans celui qui avait eu la témérité d'adresser trois missives aux membres de la Défense nationale, leur promettant de délivrer Paris en huit jours et la France en un mois, il y avait une décision, une fermeté et une volonté de fer...; bref, si vous vous étiez dit : Allons, nommons-le, nous n'en serons pas fâchés! voici ce que j'aurais fait : le premier j'aurais demandé la parole, et malgré le citoyen président, malgré ses hallebardiers, je serais monté

lia tribune, et, si l'on m'en avait fait descendre, ie ;erais monté plus liaut 'Panatieu ne dit pas dans îuel endroit et j'aurais crié plus fort. )>

On voit que ce citoyen se promettait de donner le 1 agrément à M. Grévv. Suit le discours qu'eût" prononcé Panafieu :

«Citoyens! 'bruits et murmures) oui messieurs ; dis citoyens et vous murmurez. . . etc.

—■Que nous demanda-t-il? tout. Qu'en fît-ip II le enditaux Prussiens! (Bruits et murmures.) Oh! e murmurez pas! ce n'est pas moi qui parle. La oix que vous entendez, c'est la voix de plus de 3UX millions d'habitants... etc.

-Demandez-nous notre sang, nous sommes prêts le verser pour la patrie et pour la République Murmures.) Ah! vous murmurez encore, membres ;l Assemblée nationale, vous ne comprenez neutre pas ce mot... etc.»

Et Panafieu eût terminé ainsi ce fameux disurs : « G est avec la République que nous voulons lever 1 honneur de la France. (Bravos sur pluîurs bancs.) » ^

Encouragé par ce premier succès, Panafieu deinde immédiatement la mise en accusation des ambres du Gouvernement de la Défense natiole.

3 14 bis). — Deuxième discours du ciyen Panafieu, SUR l'outrage fait a garibaldi. îcard dont le recto seul est imprimé: imp. Lèvre. — Panafieu, qui a échoué aux élections sse rapidement sur cet échec et manifeste une prise qui nous étonne, — au sujet de son pre-

mier discours qui, à Paris seulement se serait vendu au nombre de cent cinquante mille exemplaires.

Et même moins!

Du reste, n'y aurait-t-il eu qu'un homme pour le lire, il l'aurait écrit de même; et, en supposant fcar il faut tout supposer) que cet homme ne se tut pas trouvé voici ce qu'aurait lait Panafieu : «Je me serais lu moi-même, et me serais dit ensuite, me parlant toujours à moi-même : Voila le i^eui homme de cœur que j'estime en France, parce que lui seul sait dire la vérité. » ^ ^ j

Aussi recommence-t-il, ne devant s arrêter qu^ le jour où on l'enverra, avec sa très-chère sœur h Vérité, gémir au fond d'un puits.

Suit un deuxième pseudo-discours.

Voilà ce que taisait Panafieu en l'an 1871 !

3i5 — Le Premier mars.. 3 mars 1871 4 p. in-8; imp. Clay e. — //omma^e à la gardi^ nationale de Paris, par J. Poisle-Desgranges (voi), lesn"' i57, i58, 292 et423.)

Partez'... le sac au dos et la giberne pleine... '

Allumez votre pipe, et marchez vers la plaine. I

Vous avez des lauriers pour orner vos jambons; Au revoir ! chers Prussiens!... plus tard nous nous verrons

3i5 Première au Comité central. Ui^

placard dont le recto seul est imprimé; imp. Ber thélemy. — J'ai cru un instant reconnaître le styl^ de Léo Lespès, exemple :

(( Vos tristes prédécesseurs du 4 Septembre re digeaient des affiches, dont ils couvraient hs mur de Paris,

C'était tout.

Quant aux questions brûlantes.

Qu'il eût fallu résoudre,

Ils ne savaient que les ajourner.

Ferez-vous comme eux?

Oh! non, n'est-ce pas?

Car, alors, vous seriez perdus!

Et nous tous, le peuple de Paris, nous serions perdus avec vous. »

N'est-ce pas que cela y ressemble? Cependant ce n'est pas Léo Lespès, mais le citoyen Berteault qui, ne sachant pas encore si les noms des membres du Comité central « seront inscrits en lettres d'or sur le fronton d'un temple ou voués aux gémonies » , engage ces citoyens : i° à payer, coûte que coûte, MM. les Prussiens; 2° à dégager tous les objets ^ui se trouvent au Mont-de-Piété et à « supprimer cette sentine » ; 3° à payer les propriétaires au noyen de bons remboursables par demi-annuités, m cinquante ans; 4" à éloigner les échéances comnerciales d'une année au delà de la durée du siège, ît, 5° à donner chaque jour — un mois durant — à tout garde national i fr. 5o cent., à tout vieilard I fr., à toute femme sans travail j5 cent., à :out enfant 5o cent...

Et le peuple entier vous bénira!

I 317. — Première lettre aux vrais répu-

Dlicains. Placard dont le recto seul est imprimé; mp Vallée. — Cette lettre est signée Théophore Budaille. Ce particulier engage ses frères de Paris i être calmes et prudents pendant l'occupation )russienne: « Enfin, puisque pour en finir, trente nille Prussiens doivent nous être livrés, protégez

leurs vies. Suppléez à l'imprudence du roï de' Prusse. » Là-dessus Théophore Budaille annonce! que dans peu de temps la réaction ayant fini de se déshonorer, et les Prussiens étant partis, nous fourbirons nos armes en les tenant prêtes contre l'éternel ennemi des hommes, \a Monarchie. Nous tiendrons suspendues, comme l'épée de Damoclès, sur la tête des prétendants, ces belles paroles de nos pères : « Tu es roi, donc tu mérites la mort! » C'est égal, — et je sais bien pourquoi... mais jej n'ai pas confiance dans le citoyen Budaille.

(Voir le n° io8.)

3i8. — Première liste des femmes prisonnières à Versailles. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Berthélemy. — Ce fut la seule.

319. — Les Premières grandes prophéties de Nostradamus. Placard dont le recto seul est imprimé; imp. Dubuisson. — Ces prophéties annoncent tout: i» ce qui s'est fait; 2" la défaite du prince Charles, la fuite du roi Guillaume; 3° la délivrance finale et le triomphe de la France en Allemagne.

M. Jean-Paul, qui signe pour Nostradamus, a.une\ manière très-simple de traduire les prophéties de Michel de Notredame :

« Le celtique fleuve changera de rivage.

« Plus ne tiendra la cité Agripine.

« Tout transmué, hormis le viel langage. »

Traduction :

({ Loin de perdre Strasbourg, nous prendrons

donc Cologne et les bords du Rhin, Nous y changerons tout, sauf la langue. »

Ce n'est pas plus difficile que cela.

Nous renvoyons M. Jean-Paul au distique bien connu :

iXostra davuis ciimfalsa damus, nam fallere nostriim est; Ciim falsa damus, nil nisi nostra damus.

320. — Les Priards. 4 p. in-12 ; imp. Goupy. — Chant de la mobile bretonne, sur l'air : J' suis né natif du Finistère.

On nous donne un beau nom que j'aime.

On nous appelle des Priards, Restons dignes de ce baptême Qu'on ne donne point aux pillards.

Pour plus amples renseignements, demander aux habitants de Colombes et d'Asnières.

32 1 . — La Prière du roi Guillaume. 4 p.

in-8; imp. Goupy. — Cela se chante encore.

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