‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 11 sur 30 · V. — ConNsIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

V. — ConNsIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Nous venons de résumer très rapidement l’histoire de l’évolution arabe dans les temps modernes et de cette étude ressort un fait assez curieux. À cent ans de distance le même phénomène se repro-

les laissera tranquilles pour peu qu'ils disent: Nous ne croyons pas! et qu’on ne les mettra pas à l'épreuve? En vérité, nous avons éprouvé [du mal] d'eux avant eux-mêmes ; Dieu sait ceux qui sont vrais et ceux qui sont faux. »

C'est dans ce sens que Dieu a fait subir une épreuve au peuple de l’Yémen en suscitant contre lui cette bande maudite d'Adjem qui rejette le Livre de Dieu et la Tradition de son Prophète et qui sont légiférés par une religion qui n'est point autorisée par Dieu; ils légalisent les choses absolument illégales, telles que l’usage des liqueurs fermentées, la fornication et toutes autres immoralités.

Malgré tout cela, les Arabes les ont aidés avec leurs biens, leurs meilleures provisions et les ont fortifiés au détriment de leurs autres frères musulmans. Mais à la fin, les Arabes les ont jetés dans le désespoir, en les tuant, en leur faisant subir la conséquence de leur conduite, eux qui sont parmi nous comme la goutte d’une goutte. Si les Arabes n'avaient pas saisi l'opportunité de les priver de leurs armes en les leur prenant, et s'ils continuaient dans leur insouciance, nul doute que, si le délai se prolongeait, leurs enfants ne fussent enlevés régulièrement.

Pourquoi donc le peuple tarde-t-il et qu'est-ce qu’il attend, puisqu'ils ont appauvri les riches et ont humilié ceux qui, parmi vous, touchaient à l’apogée de l'honneur et de l'aisance ? Dieu a ouvert devant eux la porte de la perdilion et de la chute.

Premièrement, lorsqu'ils ont marché contre nous, le mois passé, Dieu leur a fait goûter la défaite désastreuse qu'il ne refuse pas aux orgueillcux. Dans la contrée de « Soud », les Assistants de la Justice divine les ont poursuivis et les ont,

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duit. De 1801 à 1806, Séoud II et son fils Abdallah ont pris la Mecque, Médine et constitué un grand empire arabe. En 1905, des événements identiques ont lieu, avec cette différence pourtant, que la révolte actuelle est aujourd’hui plus générale en Arabie et plus intelligemment dirigée. Partout, en Syrie, en Palestine, en Mésopotamie, dans le Hedjaz et dans le Yémen, en Arabie centrale, aussi bien dans la population sédentaire que dans les tribus nomades, chez tous les musulmans et chez tous les Arabes des autres confessions, apparaît clairement la situation vraie de l’empire ottoman. Les effets de cette domination cauteleuse

par l’aide de Dieu, taillés en pièces et les ont obligés à prendre la fuite. Secondement les gens de « Al Wäïzat » les ont entourés et en ont tué des centaines ; et puis les hommes de « Beni-Nechi » se sont assemblés pour les attaquer et les faire rejoindre leurs frères tués; et enfin les hommes de « Beni Djul » se sont soulevés et, en les tuant tous, ont réduit leur pluralité à l'exiguité. Au moment où est écrit ceci, ils se trouvent assiégés dans deux édifices. Eh! qu'est-ce qui vous est arrivé, Ô simulacres d'hommes, que vous ne défendiez pas votre religion, votre monde, vos armes, vos enfants et ne les chassiez pas, comme vos nobles ancêtres l’avaient fait jadis, d’un pays à l’autre, d’un oasis à l’autre oasis jusqu’à les annihiler et à les faire rejoindre la tribu de « Aad »?

Dans la plus grande partie de la contrée de l’Yémen, le cœur arabe s’est encouragé, enhardi. Dieu est avec vous, et après Dieu, c’est nous qui sommes derrière vous. Nous avons écrit à Cheikh Nassiruddin Ali ibn Elmikdad — que Dieu le protège ! — pour qu'il ouvre ses yeux sur vous et sur votre contrée, si vous restez justes.

et malhonnête, de cette politique adroite peutêtre, mais basée sur les plus mauvais instincts, sont connus aujourd'hui partout. Jugés ainsi sévèrement, les Turcs n’ont plus aucune autorité et leur pouvoir n'existe réellement plus.

Devant cette situation, devant l’habileté avec laquelle les chefs du parti actuel ont conduit les événements et dirigé l'esprit de leurs compatriotes, il n’est pas mauvais de résumer les causes des insuccès antérieurs.

Le mouvement provoqué par les Aneyzeh était en effet limité à la population nomade.

Leur empire s’étendait de la mer Rouge au Tigre, de Damas, l’Oronte et le Jourdain jusqu'à la mer des Indes, mais la Turquie possédait deux très fortes bases d'opérations : la Syrie et surtout l'Égypte. Par là elle se ravitaillait sans cesse, comme nous l’avons pu voir. Depuis la perte de l'Égypte elle a voulu reconstituer une autre base, le Yémen et le Hedjaz. Elle a cru réussir; la révolte de ces deux provinces, révolle si complète, a dû la détromper. De même la Syrie est maintenant un foyer de propagande nationale. Il suffira donc que les cent fonctionnaires ou officiers turcs ou circassiens qui représentent le Sultan soient

expulsés de cette province, pour que la révolution aboutisse. Ce dénouement arrivera à son heure.

Comme les Aneyzeh, Mehemet-Aly a voulu constituer un grand empire. Il eût peut-être réussi, lorsqu'il était maître de la Syrie jusqu’au Taurus, s’il avait limité là son ambition, s’il ne s’était pas rendu odieux aux Arabes du désert par ses expéditions et son dévouement (en premier lieu) aux Turcs, et s’il n’avait pas mécontenté les Syriens par sa politique arbitraire et irréfléchie. Ibrahimpacha avait promis de s’arrêter dans sa marche triomphale là où il cesserait d’être compris en arabe ; cependant, il traversa le Taurus avec l’arrière-pensée de substituer son père au Sultan. Son plan eût eu du succès, là encore, s’il ne s’était aliéné les sympathies de l’Europe par les atrocités qu'il avait commises en Grèce.

De même, Midhat-pacha, valy de Damas en 1878 (ce vilayet comprenait alors le vilayet actuel de Beyrouth et le gouvernement de Jérusalem), conçut le projet de créer à son profit un khédivat arabe et de recommencer en Syrie ce que Mehemet-Aly avait fait en Égypte. Mais il avait eu le tort, étant gouverneur de Bagdad, d’intriguer perfidement en Mésopotamie avec les tribus arabes.

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À Damas il fit trop ouvertement la propagande en faveur de son khédivat. Abdul-Hamid, prévenu, le nomma au vilayet de Smyrne. Arrivé à son poste, Midhat-pacha fut arrêté, puis exilé à Taïf, dans le Hedjaz, où il fut décapité dans sa prison. Si, au lieu d’obéir au Sultan qui n’osait pas le faire arrêter en Syrie, 1l eût refusé d'aller à Smyrne et se füt révolté contre les Turcs en appelant les Arabes à la lutte pour l'indépendance, peut-être, malgré ses antécédents fâcheux, eût-il pu réussir. En tout cas, il eût certainement au moins échappé à la déportation et à la mort.

Le parti national actuel, conscient de toutes ces fautes, a pris les mesures que nous avons résumées plus haut pour arriver à une prompte et certaine réussite. En coordonnant tous les mouvements des Arabes, il a su attirer les forces vives de la Turquie dans un véritable guêpier. Les sommes énormes englouties en pure perte et la mort de ses plus fidèles soldats (Albanais, Géorgiens et Turcs) mettent le gouvernement ottoman dans une situation précaire au moment où il doit faire face aux éventualités prévues par le Comité Arabe.

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