‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 12 sur 30 · LE CALIFAT · texte numérisé non relu

LE CALIFAT

ous avons dit, au commencement de ce livre, N que la lutte actuelle, bien que politique et nationale, avait également un caractère religieux, nécessaire pour entraîner les masses. Nous avons étudié la partie politique. Abordons maintenant la seconde qui est caractérisée par la question du califat dont le monde musulman se préoccupe vivement.

Le califat n’est pas, comme on le croit généralement en Europe, un pouvoir absolu, fatalement spirituel et temporel à la fois. Les vulgaires musulmans d'Afrique, d’Anatolie, de Perse et des Indes se trompent également en le considérant comme une institution divine et coranique.

Si la papauté se base sur un commandement de Jésus-Christ, le califat ne repose sur aucun pré-

L'ARABIE POLITIQUE 81 cepte religieux, ni dogmatique, ni traditionnel. On ne trouve pas, en effet, un seul verset du Coran qui fasse allusion à cette institution. Mahomet ne songea jamais à se donner un successeur, ni à indiquer à ses disciples la manière dont ils devaient se gouverner après lui.

Si le califat a été de quelque utilité durant les règnes des trois premiers califes Abou-Bekr, Omar et Osman, la suite de son existence n’est que la preuve, longue et péremptoire, du vice dé son institution.

A la mort du Prophète (632), les principaux disciples, c’est-à-dire les généraux, embarrassés, se réunirent pour délibérer sur ‘la manière dont ils devaient agir pour sauver et étendre la religion nouvelle. Ils furent tous d'avis qu'il fallait trouver un chef digne de leur commander et à qui ils se feraient un devoir d’obéir.

Ils choisirent, à l’unanimité, Abou-Bekr, beaupère de Mahomet.

En agissant ainsi, avant de former une nation, ils se constituèrent en caste religieuse et sauvèrent avant tout leurs situations personnelles.

Le premier chef de lislamisme s’intitula Emial-Mouminine-oua-Califate -Rassoul-Rab-ub-Ala-

mine (Commandeur des Croyants et vicaire du Prophète d'Allah).

Abou-Bekr mourut en 634et les survivants des disciples de Mahomet se réunirent de nouveau et nommèrent Omar-el-Khattab (634-644). À sa mort ils élirent Osman-ibn-Affan, qui fut assassiné en 656, grâce aux intrigues d’Aly-ibn-abi-Taleb, gendre du Prophète. Aly se fit proclamer calife.

Moawya, petit-fils d'Omaya, disciple et parent de Mahomet, fit tuer Aly en 661, et lui succéda.

Craignant de subir le sort de ses deux prédécesseurs il transporta à Damas le siège du califat et le rendit héréditaire dans sa famille.

Mais, étant donnée la parenté d’Aly avec le Prophète et ses hautes qualités personnelles (il était un poète moraliste de premier ordre), une partie des musulmans considéra son meurtre comme un sacrilège et ne voulut jamais reconnaître Moawya comme le vicaire légitime de Mahomet.

Les patrisans d’Aly étaient nombreux et très répandus en Perse et en Asie centrale où ils existent encore; on les appelle schites par opposition aux sunnites, c'est-à-dire les orthodoxes.

Sous Yézid, fils de Moawya, (680-683), les

Chiites, ayant à leur tête Hussein, fils d’Aly et de Fatma, fille de Mahomet, se réunirent en Mésopotamie pour marcher contre Damas. Le second calife Ommiade les battit à Kerbella. Hussein trouva la mort dans cette bataille.

Pendant cette campagne, un fils de Zobeir, disciple du Prophète, appelé Abdallah-ibn-Zobeir, se fit proclamer calife à la Mecque et fut reconnu comme tel dans l’Arabie centrale et en Égypte. Il y eut alors deux empires arabes et deux califes.

Cet état de choses dura pendant le règne de deux califes Ommiades. Abdalla-ibn-Zobeir vivait encore lorsque Abdel-Malak, calife de Damas, (685-705) l’attaqua dans la Mecque et le fit mourir.

Les Ommiades gardèrent le califat pendant quatre-vingt-dix ans. Durant cette période il y eut des compétitions sanglantes, même entre frères, et des guerres intestines avec des prétendants qui se réclamaient d'une parenté avec le Prophète ou avec ses disciples.

En 731, un descendant d’El-Abbas, disciple et oncle de Mahomet, appelé Aboul-Abbas-el-Saffah (le Sanguinaire), s’allia aux schiites, excita l’esprit des musulmans contre les Ommiades et marcha

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contre le calife de Damas qu'il battit dans la plaine historique d’Arbelles. Il extermina toute la famille du vaincu, à l’exception d’un seul qui put échapper au massacre et qui se réfugia en Espagne où il fonda le califat de Cordoue (755).

Devenu calife, Aboul-Abbas transporta sa capitale à Bagdad, et sa famille, les Abbassides, garda le pouvoir jusqu'en 1258.

Les descendants d’Aboul-Abbas peuplèrent leurs harems de femmes turques et circassiennes qui amenèrent à leurs suites des parents et des esclaves de leur pays. Ils ne tardèrent pas à se trouver entourés de ces étrangers. Ceux-ci accaparèrent le pouvoir temporel et devinrent les mattres ; ils élevèrent et déposèrent à leur gré les califes. Grâce aux intrigues et aux rivalités de ces femmes, le calife El-Mamoun (843-845) soutint une lutte sanglante avec son frère El-Motassem et s’entoura de 70 000 prétoriens turcs.

Son sucesseur El-Waciq-Billah (845-847) sacrifia ses compatriotes, les Arabes, aux Turcs, par crainte de ces derniers.

El-Motawakel (847-865) ayant déplu aux prétoriens fut assassiné par son fils El-Mostansir-Billah (861-862). Les califes suivants El-Mastaïn-Billah,

El-Môtaz, El-Mohtadi (862-870) furent tous assassinés pour avoir voulu s'affranchir de la tutelle des Turcs.

El-Mogtadir-Billah (902-932) s’enferma dans son harem turco-circassien et abandonna entièrement le pouvoir aux Turcs qui finirent par se disputer le commandement en chef et sacrifièrent le calife à leurs rivalités.

El-Quahir voulut leur résister ; ils le déposèrent, lui crevèrent les yeux et le jetèrent en prison.

Terrifié, Er-Radi se soumit aux Turcs et créa pour leur chef la charge d’Émir-el-Oumara (935).

El-Mottaqui (940-944) fut renversé par eux.

Les excès sanglants et les vexations de ces prétoriens amenèrent la population de Bagdad et le calife El-Mottassem (944-946) à appeler à leur secours le persan Mouïz-Ed-Doula qui chassa les Turcs, se substitua à eux et commit les mêmes abus.

Sous El-Kaïm-Biamrillah (1031-1075) l'anarchie étant arrivée à son apogée dans Bagdad, le calife demanda au turc Togroul-bey d’accourir.

Le chef persan Malik-er-Rahim s'enfuit en Égypte, tandis que son vizir faisait proclamer en province comme calife universel El-Mostansir, souverain schüte d'Égypte.

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Togroul-bey aida le calife légitime à se maintenir ; il s’attribua tout le pouvoir temporel et se fit appeler souverain d'Orient et d'Occident, roi des Persans et des Arabes (1063).

Pendant que les Croisés disputaient la Syrie et la Palestine aux souverains indépendants de Damas, de Moussoul, et d'Égypte, le calife El-Mortadi- Billah (1094-1118) régnait dans Bagdad sous la tutelle du turc Biquiaroq et ignorait ce qui se passait sur les rives du Jourdain et de l’Oronte.

El-Mousterchid (1118-1135) ayant essayé de s'affranchir des prétoriens, fut détrôné par eux.

Er-Rachid, son successeur, eut la même ambition et subit le même sort.

En 1258 Bagdad fut livrée par le vizir turc Alquami aux Mongols qui, au nombre de 150 000, saccagèrent la capitale et étranglèrent le calife El-Mostakim. Son fils, El-Dahir, put se réfugier en Égypte.

Le Turc Bibars qui y régnait le reçut avec intérêt et le fit proclamer calife religieux sous le nom d’El-Mostansir-Billah.

Ses seize successeurs héritèrent de ce pouvoir illusoire jusqu’à la conquête de l'Égypte par le Sultan Sélim [°° (1517) qui s’empara du califat reli-

gieux et le légua à ses descendants. Depuis cette époque les Turcs de Constantinople détiennent le califat et se le transmettent d’une manière régulière. Mais, font remarquer les Arabes, ennemis des Turcs, malgré toutes les vicissitudes de l'époque il a surgi, parmi les califes arabes, des princes d’un rare talent, qui étendirent très loin leurs conquêtes et créèrent une civilisation dont les vestiges nous émerveillent par leur éclat. Les Turcs, au contraire, n’ont fait qu'étouffer les sciences, les arts et l’industrie des Arabes et diminuer le prestige et le domaine de l'Islam qui, de nos jours, est arrivé à sa plus simple expression. Il ya en ce moment plus de musulmans sunnites en Égypte ou au Maroc qu’il n’en existe dans l'empire d’Abdul-Hamid, et ce dernier n’a plus d’autres titres à invoquer, pour justifier ses prétentions, que l’usurpation de son ancêtre Sélim [°° et la possession des villes saintes : la Mecque et Médine.

D'autre part, il importe de remarquer que, pas plus aux siècles derniers qu’à présent, les padischahs turcs n’ont été les maîtres incontestés du califat. Jamais le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Perse, ni les musulmans de l’Asie centrale, ni les

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