‹ Les puissances devant la révolte arabeChapitre 27 sur 30 · L’'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

L’'ANGLETERRE

CCUPANT une position exceptionnelle dans la Méditerranée, à Chypre, en Égypte, au canal de Suez, à Aden, dans l’Hadramaut et l’Oman, maîtresse réelle du golfe Persique, l'Angleterre surveille attentivement ce qui se passe dans la péninsule Arabique. Au seul point de vue commercial elle figure pour les deux tiers des importations et des exportations arabes (l’autre tiers est partagé entre les autres pays parmi lesquels la France occupe le second rang pour les importations et le troisième pour les exportations). Elle est donc intéressée plus que toute autre nation par les événements qui se produisent ou se produiront dans ces vastes contrées.

Son incomparable organisation politique lui permet de s’immiscer partout et d’être tenue au courant de tous les incidents.

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Le vice-roi des Indes a à sa disposition deux personnages importants : le consul général de Bushire et le gouverneur d’Aden, qui passent des traités, rendent la justice et ont une influence considérable.

Appuyés par une marine de premier ordre, jamais désavoués dans leurs actes, disposant de sommes énormes, s’entourant d’un grand faste qui rehausse leur autorité et leur prestige, ils ont de plus pour eux l’activité commerciale des sujets britanniques, et la prédominance économique presque exclusive dans ces contrées.

Grâce à eux et à leur action, la partie sud de la Perse, le golfe Persique, l’est de l’Arabie et l’Oman, l’Hadramaut et le Yémen sont entièrement dans la sphère d’influence anglaise.

La Ligue de la Tréve, association créée sous les auspices du résident du Bushire, a groupé tous les chefs arabes et persans du golfe. Tous les petits conflits sont réglés grâce à elle. Elle permet en outre l’immixtion constante du consul général anglais dans toutes les affaires, pour la garde et la police du golfe. Amendes, prison, admonestations, sont prononcées par lui.

L'action britannique s’exerce également par des

sous-agents, les consuls de Mohammerah, Mascate, Busrah, Bagdad, îles Barrhein, Sharka, Lingah, Bunder-Abbas. Elle se développe chaque jour davantage grâce aux lignes télégraphiques terrestres et sous-marines, aux services réguliers postaux, au mouvement commercial intense des cargo-boats anglais, ce qui a permis au Rév.

Zwemer, dans son livre L’'Arabie, le berceau de l'Islam, d'écrire sans crainte d’être contredit :

« Le contrôle commercial anglais ne s'exerce pas seulement sur les marchés des deux côtés du golfe, mais encore sur la partie nord-ouest de l'Arabie, au loin près de Bagdad, où des colis et des articles de fer peuvent être transportés par des chameaux. .

« Il n’y a pas une bobine de fil dans le Nedjed, ou un canif dans les montagnes du Schomer qui ne soient venus dans le golfe Persique par un navire anglais.

« Tout ce qui se consomme de riz dans l’Hassa vient de Rangoon, et des milliers de sacs sont amenés aux Barrhein par des bâtiments anglais, puis transportés dans l’intérieur par des caravanes.

« La navigation n’est pas seulement en entier dans la main des Anglais, mais un grand nombre

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de bâtiments indigènes naviguent sous son pavillon et les principaux marchands sont Anglais ou sujets britanniques des Indes.

« La roupie est la valeur officielle tout le long des côtes de l’Arabie, d’Aden à Busrah ».

Dans le golfe Persique, sillonné constamment par des croiseurs, l'Angleterre possède Koweyt dont elle a occupé le port en mai dernier à la suite de la visite de Guillaume IT à Tanger. Menacée par l’empereur d'Allemagne, elle lui fermait le débouché du chemin de fer d’Anatolie à Bagdad.

Elle a sous son protectorat les îles Barrhein dont le chef, Sheikh-[ssa, a été installé par elle en 1867.

Dans l’île de Kishim elle a une station navale et militaire.

Dans l’île Malcon, près du cap Musendrum, elle a établi dès 1864 un poste pour le câble télégraphique de Kerachi au golfe Persique. Cinq années plus tard elle transportait l'installation à Jask.

« Quant à l’Oman, déclarait il y a quelques années Lord Curzon, alors vice-roi des Indes, il peut, à juste titre, être regardé comme une dépendance anglaise. Nous donnons des subsides

à son gouvernement, nous dictons sa politique, nous ne voulons tolérer aucune intervention étrangère. Je ne doute pas qu’un jour viendra où nous verrons flotter notre pavillon sur le château de Mascate.

« Je regarde la concession d’un port sur le golfe Persique à la Russie, ou à n'importe quelle puissance, comme une insulte délibérée envers la Grande-Bretagne, comme une folle rupture du statu quo et une provocation internationale à la guerre. Je saurais combattre le ministère anglais qui serait coupable d’un tel abandon et le regarderais comme un traître à son pays. »

Plus loin, rattachées au résident général d’Aden, sont les îles Rura Muria, cédées par le Sultan de Mascate (elles contiennent du guano), et Socotora dont le Sultan a accepté la protection anglaise en 1886.

Toutes les tribus indépendantes des côtes d’Aden à Mascate ont passé des traités exclusifs avec la Grande-Bretagne qui leur donne des subsides annuels ou des présents. Le gouvernement de Makalla a un traité spécial.

Le territoire d’Aden a sous sa dépendance près de 130000 habitants et s'étend presque jusqu’à

Cheik-Saïd. Les tribus des Abdali, des Fadhli, des Akrabi, des Sabachi, des Hanshabi, des Alawi, des Amir, des Yaffai touchent des subventions annuelles.

Dans la mer Rouge, en dehors de Périm occupée depuis 1799, l'Angleterre a encore sous son contrôle l’île de Kamaran à quelques milles au nord de Hodeïidah, possédant un bon mouillage.

Enfin elle détient par l'Égypte la presqu'’tle de Sinaï et le golfe d’Akaba.

Elle a des agents consulaires à Djeddah, Hodeidah, Kamaran, Sanaa, Makalla.

Le résident d’Aden n’est pas moins actif que celui de Bushire. Il cherche chaque jour à pénétrer plus profondément dans l’intérieur du pays et ses navires ont pour mission de surveiller tous les mouvements qui concernent le Yémen et le Hedjaz.

Sanaa, le trône du Yémen, (Koursi el-Yémen) avec son climat fin et chaud, au centre d’une riche contrée montagneuse, est la cité visée, car « depuis longtemps les militaires à Aden sentent le besoin d’une station boisée, au lieu d’être comme sur un cratère éteint où en fin de compte la vie est misérable ».

Dès que les Turcs auront quitté le pays, un chemin de fer devra être construit antre Aden et Sanaa. |

En Asie Mineure l’Angleterre, possède quelques intérêts particuliers :

1° La Compagnie des eaux de Beyrouth.

2° La Compagnie de navigation sur le Tigre, entre Bassorah et Bagdad.

Et, pour mémoire, la ligne de chemin de fer, aujourd’hui rachetée par la Turquie, de Caiffa à Damas.

Forte de sa position spéciale, la Grande-Bretagne a suivi une politique constante vis-à-vis des Arabes. Elle a compris depuis longtemps que laisser les Turcs prendre possession de l’Arabie, c'était perdre, pour son commerce et son industrie, son influence sur une région immense et permettre à la Turquie de devenir une puissance militaire formidable. C'était aussi donner à l'Allemagne, protectrice de la Turquie, le moyen d’accaparer l’Arabie et de menacer les autres nations européennes dans la Méditerranée et dans l’océan Indien.

La lutte pour la vie est la raison d’agir d’un peuple. En favorisant la création d’un empire

arabe, l’Angleterre arrêtait tout danger ; elle se ménageait en outre une clientèle considérable. Grâce à cette tactique elle a réussi dans son entreprise et on peut dire que, indirectement, elle a permis l’alliance du Sultan de Koweyt et de l’émir du Nedjed, et en même temps donné le moyen aux Arabes du Nedjed et du Yémen de se constituer un armement moderne qui en fait de redoutables adversaires. Les maxims de Séoud ont été cause de la déroute de Feizi-pacha en Mésopotamie.

Parmi les projets les plus intéressants préparés en Angleterre pour la pénétration de l'Arabie, il importe de citer celui du chemin de fer de Port- Saïd à Bassorah, le long du trentième degré de latitude, avec une branche vers Koweyt. De Bassorah la ligne traversera le Chatt-el-Arab sur des ponts tournants et suivra la côte du golfe Persique jusqu’à Kerachi. Cette ligne raccourcirait de huit jours le transit entre Londres et ce dernier point. Ce sera une entreprise entièrement anglaise.

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