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CHAPITRE XIV

Autant que possible, nous avons jujré convenable d'épargner l'effusion du sang chrétien, cl de tenter si, au moyen d'un traitai' on d'un arrangement, nous ne pourrions terminer la qnerellc et régler ce dnel sanglant sons en venir aux coup*.

Butler, Uudlbrcu.

V. pas accéléré des cavaliers mit bientôt nos exaltés hors d'haleine sans leur ôter la bonne envie de continner leurs imprécations.

Depuis i)rès d'une demi-lieue, ils étaient hors des taillis parsemés de clairières qu'ils avaient traversés à leur sortie des bois de Tillietudlem. Çà et là, encore, suspendus an flanc d'un étroit vallon on pressés, dans quelque oudulenx repli de la lande, croissaient des chênes nains et des bouleaux. Puis ce reste de végétation disparut, et, avec sa courte bruyère, ses mamelons et ses ravins, une vaste région s'étendit au loin, sombre et déserte. Des crevasses profondes y contenaient à peine les torrents dans leur course imjjétueuse ; mais elles n'oflfraient plus en été qu'un lit dérisoire à de minces filets d'eau, serpentant péniblement à travers les monceaux de pierres et de graviers charriés par la violence des pluies d'hiver, image de ces dissipateurs réduits à la portion congrue par l'excès de leurs débordements et de leurs folies de jeunesse.

Cette terre désolée embrassait l'horizon à perte de vue ; sans grandeur, sans même la mnjesté des solitudes alpestres, elle étonnait toute-

fois par son étendue hors de proportion avec les rares cantons privilégiés, mis eu culture et appropriés aux besoins humains. C'est par là que l'esprit, pénétré de la toute-puissance de la nature, était forcé de reconnaître que l'homme daus sa lutte contre les obstacles du sol et du climat, n'avait encore à sa disposition que des moyens trop vantés et tout à fait inefficaces.

Un effet remarquable de ces vastes déserts, c'est d'imposer l'idée de l'isolement, même à ceux qui les parcourent en caravanes nombreuses : tant l'imagination est frappée par le contraste d'une troupe en marche avec la solitude qui l'entoure! Aussi le voyageur qui suit seul le chemin d'un pays prospère et cultivé n'est-il poiut accessible à la poignante impression qu'éprouve celui qui, au milieu d"uu millier de ses semblables, traverse les déserts de l'Afrique ou de l'Arabie.

Ce ne fat donc pas sans une singulière émotion qu'Henri Morton aperçut, à une faible distance , le corps de cavalerie auquel appartenait son escorte, qui gagnait, par un chemin montant et tortueux, l'accès des hantes terres. Cette masse d'hommes, alors qu'elle encombrait un étroit jiassage, avait une apparence formidable, et, dispersée de tous côtés parmi les arbres, elle semblait une armée : à présent que l'œil en saisissait l'ensemble, perdue qu'elle était dans une étendue de terrain dont l'énorme cadre rapetissait ses proportions, on eût dit, à la voir se traîner le long de la côte, un troupeau de bétail plutôt qu'un régiment de cavalerie; ce n'était plus qu'une force presque méprisable.

« Certes , » se disait Henri, « il suffirait d'une poignée d'hommes rérésolus, dont le courage égalerait l'enthousiasme, pour défendre un de ces défilés contre un ennemi si peu nombreux. »

Pendant qu'il se livrait à ces réflexions, Bothwell et son détachement franchirent rapidement l'espace qui les séparait de leurs camarades ; et avant que la tète de la colonne eût atteint le sommet de la montagne, ils l'avaient ralliée ou peu s'en fallait. L'extrême difficulté du chemin, tantôt fort raide, tantôt marécageux, retardait les progrès de la marche, surtout à l'arrière-garde ; car le gros du corps avait, en plusieurs endroits, tellement défoncé les ornières sur son passage, que les derniers venus étaient obligés de se frayer oti ils pouvaient une route moins périlleuse.

Jloinents d'angoisse pour IVIadelouet le révérend, qui passèrent là un teiTiI)ie ipKirt d'heure! A tout liasard, la brutale soldatesijue entraîna ces cavaliers novices à sa suite, par-dessus les tranchées ou à travers les marais et fondrières.

« Avec l'aide de Dieu, j'ai franchi le rempart! » s'écriait l'infortunée Madelon.

Elle appelait ainsi le mur en torchis d'une enclos abandonné: et dans cet exploit, sa coiffe s'était envolée,et ses cheveux gris flottaient au vent.

Un moment après, c'était le tour du révérend :

« Me voici tombé dans un bourbier sans fond... » disait-il, a dans un abîme dont les flots m'inondent! »

Sa monture avait plongé jusqu'au ventre dans une de ces flaques d'eau qui alimentent les marais, et, en se démenant, elle éclaboussait d'une vase infecte le visage du pauvre lionime.

Ces exclamations excitaient de bruyants éclats de rire parmi les dragons ; mais il arriva bientôt des événements qui leur donnèrent sujet d'être plus sérieux.

Les premiers rangs de la colonne venaient d'atteindre le sommet de la hauteur dont nous avons parlé, lorsqu'on vit tout à coup quelques cavaliers revenir au galop et tout en désordre : ils faisaient partie de l'avant-garde qu'on avait envoyée eu reconnaissance ; ils avaient l'air de fuyards, et leurs bètes étaient hors d'haleine. Une demi-douzaine d'hommes à cheval, armés d'épées et de pistolets, les serraient de ]iiès; en voyant s'avancer les gardes, ils s'arrêtèrent à l'autre extrémité du plateau. Deux d'entre eux cependant, qui portaient des carabines, mirent pied à terre ; d'un air calme et ajustant à loisir, ils firent feu sur les premiers soldats arrivés et en blessèrent deux, dont un grièvement. Puis, se remettant en selle, ils disparurent le long du versant opposé. La froide assurance avec laquelle ils se retirèrent prouvait deux choses : d'abord, que l'approche d'une troupe considérable ne les intimidait pas; ensuite, qu'ils se savaient soutenus par des forces suffisantes pour les protéger.

Ala suite de cet incident, il y eut une halte générale Tandis que Claverhouse en personne écoutait le rapport de sou avant-garde, ainsi rejetée sur le gros de la colonne, lord E vandale poussa jusqu'au talus

par où reonemi s'était dérobé, et les autres officiers s'occupèrent à tirer le régiment des terrains défoncés, ainsi qu'à le disposer en arrière sur deux lignes, la seconde servant de renfort et de réserve.

L'ordre fut donné de reprendre la marche, un instant suspendue ,la première ligne se rangea sur le plateau, de façon à bientôt en dominer le revers, et la seconde se serra derrière elle, avec les prisonniers et leur escorte. Morton et sou compagnon de captivité purent alors se rendre compte de l'obstacle qui barrait la route.

Le haut de la colline, où les gardes étaient rangés eu bataille, s'abaissait par une longue pente, à l'inverse du côté qu'ils venaient de gravir, durant quatre à cinq cents pas. Ce terrain , un peu inégal , n'était i^oint trop défavorable aux manœuvres de la cavalerie ; mais , vers le bas, il aboutissait à un fond uni et marécageux, traversé dans toute sa longueur par une espèce de canal, ravine naturelle ou large fossé d'écoulement. Les bords en étaient coupés de sources ou de tranchées vaseuses, d'où l'on avait extrait de la tourbe; çà et là des aunes, qui se plaisent aux lieux humides, poussaient leurs souches rabougries, en formant des buissons épars, qu'un sol ingrat et une eau fétide empêchaient de s'élever à la taille des arbres.

Par delà cette vaste fondrière, le terrain s'exhaussait de nouveau, et, au pied d'une arrière-colline couverte de bruyère, les rebelles étaient rassemblés, prêts à soutenir l'attaque et dans l'intention probable de défendre les retranchements qui protégeaient leur front de bataille.

On avait disposé les gens de pied sur trois lignes. La première, assez bien muuie d'armes à feu, était rangée le long du marais : son tir commandait la colline d'eu face, et devait faire beaucoup de mal à la cavalerie royale lorsqu'elle en descendrait à découvert, et lui devenir même fatal si elle tentait de forcer le passage. Un corps de jiiquiers, placé eu arrière, avait pour devoir de l'appuyer dans ce moment critique. A la troisième ligne on avait relégué une foule de paysans, qui portaient des faux emmanchées à des perches , ainsi que des bâtons, des fourches, des bêches, des aiguillons de bouvier, des harpons, et toutes sortes d'outils de travail , transformés par un aveugle courroux en instruments de guerre.

Sur les ailes de cette armée, étaient postés deux détachements de

cavalerie ; ils se tenaient un peu à l'écart sur un fond sec et ferme , afin de jiouvoir attaquer l'ennemi de flanc s'il parvenait à franchir le marais. Les hommes paraissaient équipés à la diable et fort mal montés ; c'étaient pour la plupart de petits propriétaires ou bien des fermiers assez riches pour servir à cheval et d'ailleurs pleins d'ardeur pour la cause. Ceux d'entre eux qui avaient mis en déroute l'avaut-garde du régiment rejoignaient au pas leur escadron : ils étaient parmi cette multitude les seuls qui fussent en mouvement. Tout le reste attendait debout et de pied ferme , ne bougeant pas plus que les roches grisâtres qui perçaient la bruyère de côté et d'antre.

On pouvait évaluer la masse des rebelles à un millier tout au plus , dont une centaine à cheval , et pas même la moitié eu état de combattre. Quoi qu'il eu soit, ils avaient en leur faveur la force de la position, la supériorité du nombre, et par-dessus tout un enthousiasme sans limites, autant de ressources sur lesquelles comptaient les chefs jMiur suppléer à l'insuffisance des armes et du fourniment ainsi qu'an défaut de discipline militaire.

Enfin, sur le revers de la colline qui dominait leur ligne de bataille, ou apercevait des femmes, et jusqu'à des enfants, que la haine des persécutions avait poussés dans le désert. Ils étaient réunis là pour être témoins du combat qui allait décider de leur sort et de celui de leurs pères, de leurs fils et de leurs maris. De même que chez les femmes des anciens Germains, l'apparition de l'ennemi au sommet de la hauteur opposée leur fit pousser des cris sauvages, comme pour exciter leurs parents à défendre jusqn'à la mort ce qu'ils avaient de plus ch«r. L'effet de cette exhortation fut aussi prompt qu'énergique : une immense clameur, qui s'éleva de rang en rang, annonça que chaque insurgé avait fait le sacrifice de sa vie.

Quand le régiment se forma sur le i)latean, les trompettes et les timbales firent entendre une marche guerrière, dont les sons assurés, signe de menace et de défi, retentirent dans cette solitude comme les appels éclatants de l'ange exterminateur. Les fugitifs y répondirent en unissaut leurs voix ])our chanter en chœur, sur un air solennel, les deux jiremiers versets du psaume LXXVI, d'après la tradnction métrique de l'Église d'Ecosse (L) :

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Champ de bataille du mont Loudon.

LES PURITAINS D'EICOSSE. 179

C'est en Judée où proprement Se fait connaître le Seigneur ; C'est en Israël constamment Qu'on voit reluire sa grandeur ; Dans Salem sont ses tabernacles , Dans Sion il rend ses oracles.

C'est là que l'on voit fracassés

Par sa main forte et sans travail

Glaives, ecus, traits entassés,

La guerre et tout son attirail :

Les monts sont moins hauts que la gloire

Qui suit l'éclat de sa victoire.

Un cri, ou plutôt ane sorte d'invocatioû solennelle, accompagna la seconde stroi^lie, et, après un profond silence, la foule entonna la troisième, qui semblait projDliétiser, dans la destruction des Assyriens, le résultat de la lutte prochaine :

On les a frappés endormis , Ces coeurs si fiers et si hautains ; De tous ces vaillants ennemis Un seul n'a pu trouver ses mains.

Dieu, d'un seul mot, dans ces alarmes Endormit chevaux et gens d'armes.

Il y eut encore une acclamation, suivie cette fois d'un silence absolu.

Pendant que ce chant religieux, sortant de mille bouches à la fois, éveillait les derniers échos de la montagne, Claverhouse examinait les lieux avec la plus grande attention, ainsi que l'ordre de bataille adopté par les rebelles et dans lequel ils paraissaient déterminés à soutenir l'assaut.

« Il faut que ces manants aient de vieux soldats parmi eux , » dit-il ; « ce n'est pas un paysan qui a choisi cet endroit-là.

— Ou assure que Burley s'y trouve, » dit E vandale, « et aveclui Hackston de Eathillet, Paton de Meadowhead, Cleland, et plusieurs autres qui ont quelques connaissances militaires.

— Je m'en suis douté, » reprit le colonel, « à la manière dont ces cavaliers détachés ont fait sauter le fossé à leurs bêtes en regagnant

leur position. Il était aisé de rccoDnaitre là des soadards de Cromwell , la vraie engeance du vieux Covenant. Cette affaire veut être conduite avec autant de prudence que d'énergie. Evandale, dites aux officiers de venir me rejoindre. »

Il alla i)rendre place près d'un amas de pierres toutes moussues, qui servait probablement de tombe à uu chef celtique des anciens ûges, el les officiers , appelés à Tordre, se rassemblèrent en demi-cercle autour de lui.

« Messieurs, » dit Claverhouse , « je ne vous convoque pas à un conseil de guerre, car je ne rejetterai jamais sur autrui la responsabilité que m'impose mon grade. J'ai seulement besoin de m'éclairer de vos opinions, me réservant la liberté de suivre la mienne, comme font la ]ilupart des gens qui demandent conseil. Quelle est votre idée, cornette Grahame? Faut-il attaquer ces drôles qui braillent là-bas? Vous êtes le plus jeune et le jjIus vif; c'est donc à vous de parler,' bon gré mal gré.

— Eh bien, » dit le cornette, a tant que j'aurai l'honneur de porter l'étendard des gardes, jamais, de mon chef, il ne reculera devant des rebelles. Ainsi, au nom de Dieu et du roi, en avant!

— Et vous, Allan, que pensez-vous? Car Evandale est si mcdeste que nous ne tirerons pas un mot de lui avant de vous avoir entendu.

— Ces gens-là sont trois ou quatre contre un, » répondit le major, vieux militaire plein d'expérience. « Cela ne m'inquiéterait guère en rase campagne, mais ils sont retranchés dans une position très forte, et n'ont pas l'air de vouloir la quitter. Je crois donc, malgré ma déférence pour l'opinion du cornette Grahame, qu'il conviendrait de retourner à ïillietudlem, d'intercei)ter toute communication entre le haut et le bas pays, et d'envoyer quérir du renfort à lord lioss, qui est à Glasgow avec un régiment d'infanterie. Par ce moyeu, nous leur couperions la retraite par la vallée de la Clyde, en les forçant à sortir de leurs retranchements et à se mesurer avec nous dans des conditions moins inégales ; on bien s'ils persistaient à ne bouger d'ici, nous aurions alors, pour les déloger, de l'infanterie, qui nous serait d'un grand secours dans ce dédale de fossés, de mares et de fondrières.

— Bail ! » s'écria le cornette. « Quelle valeur ont des retranchements défendus jtar un tas de cafards et de chanteurs de psaumes?

— On n'en est pas plus mauvais soldat , » répliqua le major, « pour respecter la Bible et le psautier. Ces gaillards-là se montreront aussi durs que l'acier ; je les connais d'ancienne date.

— Leur psalmodie nasillarde rappelle au major la déroute de Dunbar.

— "Si vous aviez été à cette déroute , jeune homme , vous auriez couru assez vite pour vous en souvenir jusqu'au dernier jour de la plus longue vie. y

Claverliouse intervint.

« Fi! Messieurs, » dit-il, « voilà des propos hors de saison. Je partagerais volontiers votre avis, major, si notre misérable avant-garde, qui recevra 'une punition méritée, nous avait renseignés à temps sur le nombre et la position de l'ennemi. Mais, après s'être avancés eu ligne de bataille, la reculade du régiment des gardes témoignerait d'un excès de pusillanimité, et donnerait le signal d'une insurrection générale dans l'ouest. En pareil cas, au lieu de pouvoir compter sur rassista,nce de lord Ross, il j aurait fort à craindre, je ne vous le cache pas, de voir nos communications interrompues. Une retraite serait aussi fatale à la cause du roi que la perte d'une bataille; et quant à la différence qui en résulterait au point de vue de notre sûreté personnelle, aucun de vous, j'en suis certain, ne s'y est arrêté un seul instant. Il doit y avoir dans le marais quelques endroits abordables par où nous pourrons forcer le passage, et, une fois sur un terrain solide, j'espère qu'il n'est pas aux gardes un homme qui suppose nos escadrons incapables d'écraser, tout faibles qu'ils sont, deux fois autant d'ignares manants qu'en voilà devant nous. Qu'en dites- vous, Evandale?

— A mon humble avis, » répondit ce dernier, « quelle que soit l'issue de la lutte, elle sera sanglante : nous perdrons i)lus d'un brave soldat, et nous serons probablement réduits à massacrer un grand nombre de ces malheureux, qui, somme toute, sont des Ecossais et des sujets du roi comme nous.

— Des rebelles! dites des rebelles! qui ne méritent pas plus le nom d'Écossais que celui de sujets du roi. Mais voyons. Milord, où voulez-vous en venir'i*

— A proposer uu accommodement avec cette foule d'égarés.

— Un uccommodeoient! avec des rebelles qui ont les armes à la main? Jamais tant (jue je vivrai!

— Envoyez-leur an moins un parlementaire, qui les invitera à mettre bas les armes et à se disperser, sons promesse d'un pardon absolu. J'ai toujours ouï dire que si, l'on eût agi de la sorte avant le combat de Pentland Hills, on aurait épargné beaucoup de sang.

— Et qui diantre consentirait, dites-moi, à porter une sommation à des fanatiques aussi têtus qu'enragés? Ils ne reconnaissent aucune loi de la guerre. Leurs chefs out tous pris une part active au massacre de l'archevêque ; ils combattent la corde au cou, ils n'hésiteront pas à tuer le parlementaire, ne serait-ce que pour associer leurs partisans à ce nouveau crime et leur enlever, ainsi qu'à eux, tonte espérance de pardon.

— J'irai moi-même, si vous le permettez, J"ai souvent risqué ma vie pour attenter à celle des autres ; laissez-moi recommencer aujourd'hui dans l'intérêt de l'humanité.

— Non, Milord, une pareille tâche ne vous convient pas; votre rang et votre situation me commandent de ménager une existence trop précieuse au pays dans un temps oîi les bons principes sont si rares. Voici le fils de mon frère, Richard Grahame, qui se soucie autant du fer et des balles que si le diable l'avait gratifié d'une armure à toute épreuve, comme il en a donné une à son oncle, au dire des fanatiques ; il va se rendre en parlementaire, accompagné d'un trompette, jusqu'au bord du marais , et là il les sommera de mettre bas les armes et de se disperser.

. — De tout mon cœur, colonel, » répondit le cornette, a et j'attacherai ma cravate au bout d'une pique en guise de drapeau blanc. De la dentelle de Flandres... Les coquins n'auront jamais vu guidon de cette espèce! »

Tandis que le cornette faisait ses préparatifs , lord Evaudale insista de nouveau auprès du colonel.

d Ce jeune homme, » dit-il, <i est votre neveu et problablement votre héritier. Au nom du ciel, soufi'rez que je parte à sa place! J'ai conseillé ce moyen, c'est à moi d'en courir le risque.

— Quand il serait mon fils unique, » repartit Claverhouse, « il n'y

aurait ni raison ni moment pour le ménager. Mes affections privées n'au' ront, je l'espère , jamais rien à démêler avec mes devoirs d'homme public. Si Richard succombe, la perte n'atteindra que moi ou peu s'en faut; mais vous, Milord, ce serait un deuil pour le roi et le pays. Allons, Messieurs, chacun à sou poste! Si notre message est mal accueilli, l'attaque aura lieu sur le champ, et alors, suivant la vieille devise d'Ecosse, Dieu protège le droit! »

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