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CHAPITRE XXII

Kom n'aronâ pos en grand'pcine à l'avoir. AUonSi gai, à cheval l

SauurEAiiE, MenrI H', \" partie.

3|ENRi s'éveilla aux premières lueurs de l'aurore, et aperçut le fidèle Cuddie, qui se tenait auprès de lui, nue valise à la main.

« Pendant que vous dormiez, j> dit celui-ci, <i j'ai mis vos allaircs en ordre; c'était mon devoir, puisque vous avez eu la bonté de me prendre à votre service.

— Moi, Cuddie? Tu as rêvé, » répondit Henri.

— Nenni, Monsieur. Hier, quand j'étais à cheval les bras attachés, ne vous ai-je pas dit que, si nous nous tirions de là, je serais votre domestique ? et vous ne m'avez jias dit non. Si ce n'est pas un bel et bon louage, je ne m'y connais pas. Il j' manquait les arrhes, c'est vrai, mais vous m'aviez donné un fier acompte à Milnwood.

— Puisque ta veux absolument t'associer à ma mauvaise fortune...

— Ouais! je vous garantis qu'elle est en bonne voie, et pourvu que la mère soit bien caséequelque part... J'ai commencé le métier de la guerre par un bout qui n'est pas trop difficile.

— Tu as été à la maraude, heiu ? Autrement, d'où te viendrait cette valise ?

— Maraude ou non, je n'eu sais rien. Ça vient tout seul , et le raé-

tier a du bon. De là-liant où nous étions prisonniers, j'avais vu nos gens déshabiller les soldats morts et les laisser nus comme des vers. Alors, sitôt qu'ils ont été tout oreilles aux sermons de Prêche-à-mort et de l'autre jeune homme, je dévale à toutes jambes dans mon intérêt et celui de Votre Honneur. En remontant le fossé un peu sur la droite, j'arrive à ixn endroit piétiné par les chevaux et où Ton s'était, pour sta; rudement chamaillé. Les pauvres dragons étaient là couchés en tas, avec leurs habits comme ils les avaient mis le matin... On n'avait pas dérangé le tas... Et qu'est-ce que je vois au milieu dudit, comme dirait la mère ? Notre ancienne connaissance, le sergent Bothwell.

— Quoi ! cet homme est mort?

— Et bien mort. II avait les j'eux ouverts, les sourcils froncés, et les dents serrées aussi dur que celles d'nu traque-putois quand le ressort est lâché. Rien qu'à le regarder, j'en étais tout chose. L'idée me vint pourtant que j'avais une revanche à prendre, et me voilà à retourner ses poches comme il l'a fait tant de fois avec des gens plus honnêtes que lui. Tenez, Monsieur, c'estbien votre argent, ou celui de votre oncle, ce qui revient au même, l'argçnt qu'il a reçu à Milnwood, le jour maudit qui a fait de nous des soldats.

— Il n'y a point de mal à s'en servir puisque nous savons d'où il Tient ; mais nous allons partager.

— Un instant, un instant !.. Voici une bague quïl avait sur la poitrine, attachée à un ruban noir, ça m'a tout l'air d'un gage d'amour. Pauvre homme ! Il n'y a pas de si méchant diable qui n'ait le cœur tendre aux fillettes... Et puis voilà un livre avec des papiers dedans. Il y a encore deux ou trois brimborions, que je garderai pour moi.

— Ma foi, pour un commençant, ton expédition a été des plus heureuses.

— N'est-ce pas ? » s'écria Cuddie d'nu air triomphant. « Je vous l'avais bien dit que, si l'on venait aux expédients, je n'aurai pas les mains gourdes. De plus, je me suis pro'curé deux bons chevaux. Un tisserand de Strathaven, qui a planté là sa navette et sa chaude maison pour venir brailler des cantiques sur cette froide montagne, avait rattrapé deux bidets de dragon, et comme il ne savait les faire aller ni à hue ni à dia, il me les a cédés pour un angelot d'or. J'aurais pu

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les avoir à moitié prix, mais il fallait changer la pièce, et l'eiulroit n'est pas commode. Vous trouverez ça eu moins dans la bourse de Bothwell.

— C'est uu excellent marché. ïu as encore une valise?

— Ah! oui, la valise... Hier elle était à lord Evaudale, et aujourd'hui elle est à vous. Je l'ai ramassée là-bas, derrière le buisson de genêts. A chacun sou jour. Comme dit la chanson :

Allons, c'est votre tour, la nn're!

Et, à ce propos, je ferais bien d'aller voir ce qu'elle est devenue, ma bonne femme de mère, si vous n'avez rien à m'ordonner de pressé.

— Mais, Cudilie, je ne puis réellement pus m'approprier tout cela sans te dédommager.

— Par exemple! Prenez toujours. Monsieur: quant au reste, nous aurons le temps d'en parler. J'ai mis la main sur ce qui me convenait. Que ferais-je des beaux habits de lord Evaudale? Ceux du sergent, voilà mon affaire. »

Le serviteur improvisé s'étant obstiné dans son refus d'accepter pour lui une jjart de ces dépouilles de guerre, Morton résolut de mettre à profit la première occasion pour restituer au jeune seigneur ce qui lui appartenait, s'il vivait encore. En attendant, il n'hésita point à faire usage de la prise de Cuddie, sans aller plus loin qu'un emjjrunt de linge et des moindres articles de la riche toilette que contenait la valise.

Ensuite il jeta nu coup d'œil sur le jiortefeuille de Bothwell. Il y avait des papiers de plus d'une sorte. Les premiers (ju'il trouva étaient le rôle de la compagnie, avec note des soldats en congé ; des mémoires de dépenses faites au cabaret, nue liste de suspects à poursuivre et à frapper d'ameude, ainsi que la copie d'un ordre du conseil privé pour arrêter certaines personnes de marque nommément désignées. Une autre poche renfermait les brevets des grades que Bothwell avait eus à différentes époques, et plusieurs certificats oii l'on faisait un grand éloge de sa bravoure et de ses aptitudes militaires. La pièce la plus remarquable était tm tableau de sa généalogie, dressé avec soin et ac-

compagne de renvois aux nombreux documents qui en justifiaient l'authenticité. Puis venait la liste des vastes domaines confisqués sur les comtes de Bothwell, avec l'état exact du partage que le roi Jacques VI en avait fait entre ses favoris, et les uoms de ceux de leurs descendants qui en étaient encore détenteurs. Au bas de cette liste, on lisait, écrite à l'encre rouge de la main du défunt, cette observation eu latin : Haud immemor (A n'oublier jamais), F.S.C.B, c'est-à-dire Francis Stuart, comte de Bothwell.

Avec ces papiers qui jjeiguaient an vif le caractère et les habitudes du sergent , il y en avait d'autres où il se montrait sous un jour inattendu.

D'uQ secret du portefeuille, que Morton n'aperçut pas tout d'abord, il tira deux on trois lettres, d'une jolie écriture de femme. La date en remontait à une vingtaine d'années ; elles ue portaient point d'adresse et n'avaient que des initiales pour signature. Sans avoir le temps de les lire attentivement, Henri en reconnut l'objet : en termes choisis et tendres à la fois, l'inconnue multi^diait les assurances d'affection pour calmer un amant jaloux, dont l'humeur ombrageuse et les emportements lui arrachaient plus d'une plainte discrète. Le temps avait presque effacé le caractère de ces lettres, et malgré le soin apporté à leur conservation, elles étaient devenues presque illisibles. Sur I'enveloj^pe de celle qui avait le plus souffert, il y avait ces mots : « N'importe, je les sais par cœur. »

A cette correspondance était jointe une boucle de cheveux enveloppée dans une pièce de vers, dont le sentiment racheta, aux yeux d'Henri, le style rocailleux et rempli de ce faux brillant qui tenait au goût de l'époque.

Après avoir fini la lecture de ces vers, Henri ne put s'empêcher d'en plaindre l'auteur. Quelle bizarre et fâcheuse destinée que celle de ce jouet de la fortune! Tombé au dernier degré de l'abaissement et presque du mépris, il ue cessait de fixer obstinément les yeux sur le rangélevé auquel semblait l'appeler sa naissance, et, plongé dans l'abîme du vice, il trouvait d'amères jouissances à nourrir l'illusion du chaste amour qui avait enchanté sa jeunesse.

« Ce que c'est que de nousl » pensait notre jeune homme. « Quoi!

les sentiments les plus purs, les plus dignes de louanges, avilis et dépravés; une fierté liouorable, ravalée jusqu'au présomptueux dédain de l'estime publique; le culte d'un amour flétri, pieusement entretenu dans uue âme que se disputent la débancbe, la violence et la raiùne? Est-ce là qu'on eu arrive? Navrant spectacle, et partout le même :1e cliainpion de la liberté devient la proie d'une froide indifférence, et celui de la religion, du fanatisme le plus aveugle. Nos passions, nos vo-

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lontés ressemblent aux flots de la mer, et, sans le secours de celui qui créa le cœur humain , il est impossible de leur dire : Vous n'irez pas l)lus loin! »

La ])résence de Burley le tira de sa rêverie philosophique.

« Déjà debout? » lui dit-il. « C'est bieu, cela montre du zèle à suivre la voie où vous vous êtes engagé. Quels papiers tenez-vous là? »

Morton lui fit part, en quelques mots, de l'heureuse trouvaille de Cuddie, et remit entre ses mains le portefeuille de Both^\:ell, avec ce qu'il contenait. L'attention du puritain ne s'arrêta qu'aux choses qui

concernaieut les affaires publiques ; quant à la pièce de vers, il la rejeta avec mépris.

<r Quand Dieu m'a fait la grâce, » dit-il, « de passer trois fois mon épée au travers du corps de ce cruel artisan de la persécution, je n'imaginais guère qu'un maudit de son espèce se fût abaissé jusqu'à uu passe-temps aussi frivole que profane. Mais voilà la preuve du contraire. Chez ceux qu'il aime et qu'il distingue Satan peut associer les talents les plus divers ; et qui brandit une arme contre les élus dans la vallée de destruction peut aussi jouer de la viole jîour séduire les oreilles des jeunes j^écheresses dans la grande foire aux vanités.

— Votre idée du devoir, » dit Henri, « exclut-elle donc l'amour des beaux-arts, qu'on suppose en général capable d'élever et de purifier l'âme ?

■ — Pour moi, jeune homme, et pour tous ceux qui pensent comme moi, les plaisirs de ce monde, quel qu'en soit le masque , ne sont que vanité, comme ses grandeurs ne sont qu'un piège. Notre unique objet sur la terre est de bâtir le temple du Seigneur.

— Le nom du ciel sert souvent de prétexte à s'emparer du pouvoir, et ceux qui agissent ainsi, à ce que disait mon i^ère, l'exercent avec autant de rigueur et aussi peu d'abnégation que si une ambition mondaine les y eût poussés. Laissons cela... Etes-vous parvenu à faire nommer par le conseil uu comité de direction?

— Oui. Les membres sont réduits à six, et vous êtes du nombre. Venez, nous allons délibérer. »

Il se dirigèrent ensemble vers un herbage isolé, où leurs collègues les attendaient.

Dans cette délégation de l'autorité, les deux principales factions qui divisaient l'armée avaient eu soin d'envoyer trois de leurs partisans. Du côté des caméroniens étaient Burley, Macbriar et Prêclie-à-mort ; les modérés avaient choisi Pèseparole, Henri Morton et un petit propriétaire nommé le laird de Langcale. Ainsi chacun des partis était représenté en nombre égal dans le comité ; mais il paraissait probable que les ])lus ardents resteraient, comme il arrive eu pareille occurrence, les maîtres du terrain à force d'éuereie et d'audace.

La discassioa^fat coudaite entre les chefs avec plus de raison qu'on n'aurait pn J'attendre d'aj^rès les extravagances de la veille.

Ajjrôs avoir mûrement examiné leur situation et leurs ressources, et calculé dans quelle mesure leurs forces pourraient s'accroître, ils couvinreut de camper tonte la journée sur le champ de bataille, afin de laisser reposer leurs hommes et de donner aiLv renforts le temps de venir les joindre. Il fut décidé ensuite que le lendemain, de Ijonne heure, on marcherait droit sur Tillietudlem et que sommation serait faite de se rendre à cette forteresse des réprouvés, comme ils l'appelaient. Si elle n'ouvrait pas ses portes, on tenterait de la forccrd'assaut ;et, eu cas d'insuccès, ou laisserait :'i ime partie des troupes le soin de bloquer la place et de la réduire par la famine taudis que le principal corps s'avancerait sur Glasgow pour en chasser Claverhouse et lord Ross.

Tel fut le plan arrêté par le comité supérieur.

Pauvre Henri ! Son premier pas dans la carrière d'action allait être d'attaquer un château appartenant à l'aïeule de celle qu'il aimait et défendu ])ar un autre de ses parents, le major Bellenden, à qui il devait tant de reconnaissance. Situation délicate dout les difficultés lui sautaient aux yeux! Et pourtant nue réflexion le consola : son autorité de fraîche date lui fournirait, à tout événement, les moyens d'étendre sur les Ilotes de Tillietudlem une protection qui leur eût manqué s'il se fût tenu à l'écart. Et qui sait? peut-être aurait-il la chance de ménager aux assiégés un arrangement qui leur garantirait les bénéfices de la neutralité durant le cours de la iruerre.

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