‹ Les puritains d'ÉcosseChapitre 8 sur 41 · CHAPITRE VIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIL

Je suU un enfant de Man, et j'ai td bien deg guerrcfi. Partout où je Tais, je montra mes blcswuTt». Tenez, ccUc-ci m'est Tenue pour une fille, et cclle-l dans une truooh^, en saluant lea Français tambour battant.

Bcœta.

nEMiN faisant, Bothwell s'entretenait avec son prisonnier. K Ne prenez pas ainsi les choses au tragique, » lui dit-il. n Un joli garçon comme vous, et de bonne famille, le pire qui puisse lui arriver est d'être pendu, et plus d'un galant homme a fini par là. Votre vie est à la merci de la loi, je ne vous le cache pas. Mais, eu faisant votre soumission, vous eu serez quitte pour une amende salée, payable sur les domaines do votre oncle. Cela ne le gênera guère.

— Eh! cela me chagrine plus que le reste, » répondit Henri. « Une telle perte lui serait un coup terrible. Comme il n'était absolument pour rien dans l'hospitalité que j'ai donnée à cet homme, je demande au ciel qu'à part la peine de mort, le châtiment soit de nature à n'atteindre que moi.

— Peut-être bien vous pioposera-t-on d'entrer dans un des régiments écossais qui servent sur le continent. Le métier n"y est pas mauvais; avec l'aide de vos amis, et si l'on bataille quelque part, vous n'attendrez pas longtemps uu brevet d'officier.

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— A tout prendre, la peine me semblerait encore un dénouement heureux.

— Ah ! bah ? Vous n'êtes donc pas un vrai républicain ?

— Jusqu'à présent je ne me suis attaché à aucun parti ; j'ai vécu tranquillement à Milmvood. Mais quelquefois l'idée m'est venue d'aller servir à l'étranger, dans un de nos régiments.

— Tant mieux ! Vous avez mon estime. J'ai servi moi-même assez longtemps eu France dans la garde écossaise , une rude école pour la tliscijîline. En dehors da service, on est libre comme l'air ; manquezvous à l'appel, on vous arrange de la belle façon. Un joxir, Dieu me damne! le vieux Montgomery, mon capitaine, m'a fait monter la garde à l'Arsenal, six heures d'horloge, avec mon corselet, mon casque et mes brassards, sous un soleil si brûlant que je sortis de là rôti comme une tortue h la Jamaïque. Ah! je jurai bien de ne plus oublier dorénavant de répondre au nom de Francis Stuart, dussé-je abandonner quinte et quatorze sur la caisse dti tambour! La discipline, voyez-vous, c'est sacré.

— Et, à part cela, le service vous plaisait-il?

— Infiniment. Les femmes, le vin, la bonne chère, tout, quoi ! et ça ne coûte que la peine de le demander ; et si votre conscience ne s'oppose point à laisser croire à un gros abbé qu'il a la chance de vous convertir, il sera le premier à vous procurer ces consolations pour s'insinuer tant soit peu dans vos bonnes grâces. Oh trouverez-vous chez vos tondus de predicants la même complaisance?

— Oh! nulle part, j'en conviens. Mais qu'aviez-vous à faire?

— A monter la garde au palais, mon garçon, à veiller sur la personne du grand roi, et de temps à autre à faire un tour chez les huguenots, comme on nomme en France les protestants. Là, nous avions beau jeu; c'est ce qui m'a rompu la main à la besogne pour exercer par ici. Ma foi, puisque vous m'avez l'air d'un bon camarade, je veux que vous ayez votre part des angelots de votre respectable parent. C'est la règle de la confrérie : on ne doit pas laisser un bon diable la poche vide quand la nôtre est pleine. »

Joignant l'exemple au précepte, Bothwell tira sa bourse, y puisa quelques pièces d'or, et les offrit au jeune homme sans les compter.

Celui-ci refusa; saus juger à propos toutefois de faire savoir au trop généreux sergent qu'il n'était pas dénué de ressources, il l'assura de la bonue volonté de sou oncle pour subvenir à ses besoins.

a A votre aise, » reprit Bothwell. « Eu ce cas ces coquins de jaunets serviront à lester ma bourse un peu plus longtemps. Je me suis fait une loi de ne point quitter la taverne, — sauf pour le service, — ■ tant que ma bourse est assez pesante pour être lancée par dessus l'enseigne; devient-elle trop légère et le vent la repousse-t-il, alors ii cheval! il faut trouver moyeu de la renfler... Tiens, quelle est donc cette tour qui s'élève eu Itxcc de nous, sur ce mamelon, au-dessus des arbres qui l'environnent?

— C'est la tour do Tillietudlem, » dit un des cavaliers. « La vieillelady Belleudeu y demeure, une des meilleures royalistes du pays et l'amie du soldat. Lorsque je fus blessé par un de ces chiens de républicains qui m'ajusta derrière une haie, on me porta là, et j'y passai un mois entier. Tudieul quel gîte! Je n'eu demande pas d'autre, au risque d'une nouvelle blessure.

— La charitable personne ! » dit le sergent. « Elle a droit à mes respects, et je lui demanderai, en passant, de nous faire tous rafraîchir, hommes et bêtes. J'ai déjà aussi soif que si je n'avais rien bu à Milnwood. Dans les temps où nous sommes, il est bon qu'un soldat du roi ne passe pas devant une maison sans s"y restaurer. II y en a comme ce Tillie... — quel diable de nom! — où l'on vous sert par amitié, et d'autres, comme chez les fanatiques, oil il faut user de force; enfin, les modérés et les suspects vous traitent assez bien par peur. Ainsi, de quelque faf;ou qu'on s')'' prenne, le soldat y trouve son comjite.

— Et pour un tel motif vous allez faire halte à la Tour? » dit Henri saisi d'inquiétude.

« Oui certes. Comment pourrais-je rendre à mes supérieurs un rapport favorable des bons principes de la digue cliâtelaine, si je n"ai goûté de son vin d'Espagne? Car nous n'eu aurons pas d'autre, j'en suis certain ; ce vin-là est le consolateur favori des douairières de qualité, tout comme le petit bordeau.\ est la boisson du hobereau de campagne.

— Au nom du ciel, puisque vous l'avez ainsi résolu, ne prononcez pas mon nom et ne me montrez pas à une famille que je connais. Laissez-moi me couvrir du manteau d'un de vos dragons, et parlez de moi seulement ctimme d'uu prisonnier placé sous votre garde.

— Très volontiers. J'ai promis de vous traiter civilement, et je rou-

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girais de manquer à ma parole. Holà! André, jette ton manteau sur les épaules du prisonnier. Et quaucun de vous ne s'avise de dire son nom ni l'eudroit où nous l'avons pris, ou gare au cheval de bois (H)! »

Ils arrivaient en ce moment devant la porte avancée du cliâtcau. C'était un porche assez haut, voûté, couronné de créneaux et flanqué de deux tourelles , dont l'une en ruine jusqu'à l'étage inférieur qui servait d'étable, et l'autre, encore entière, et habitée par une famille de paysans. La porte extérieure, détruite par les soldats de ilonk à l'époque des guerres civiles, n'avait jamais été remplacée. Le passage était libre, et les dragons entrèrent sans difficulté dans une avenue étroite et raide, pavée de grosses pierres rondes, montant, par de brusques détours, le long d'une colline escarpée, et dont les arbres masquaient ou découvraient tour à tour le donjon , qui, vu en contre-bas, semblait suspendu dans les airs.

Les restes de cette demeure féodale formaient encore une masse imposante, qui arracha à Bothwell un cri d'admiration.

« Il est heureux, » dit-il, « que cette jilace soit en des mains honnêtes et loyales. Si elle appartenait à l'ennemi, il suffirait d'une douzaine de vieilles gueuses comme celle que nous avons laissée à Milnwood, moitié moins enragées même, pour la défendre avec leurs quenouilles contre un régiment de dragons. »

En approchant du château et à la vue des défenses extérieures, il ajouta ;

« Sur mon honneur, c'est une superbe forteresse! Et, si je n'ai pas perdu les bribes de mon latin, d'après l'inscription à demi rongée qui surmonte la porte, elle a été bâtie en 13.50 par messire Ealph Belleuden. Antiquité respectable! Je vois qu'il faudra présenter à la vieille dame les hommages qui lui sont dus. Tâchons de me rappeler <[uelquos-uns des compliments qui me venaient à foison quand je fréquentais avec la belle compagnie. r>

Sur ces entrefaites, le sommelier Eouviu, qui avait aperçu les soldats par une meurtrière, alla prévenir sa maîtresse qu'un peloton de dragons, faisant partie, à ce qu'il croyait, de la garde royale, attendait à la porte avec un prisonnier.

c( Le sixième u"est pas libre, j'en suis sûr, » coatinua-t-il ; « tar on tient son cheval par la bride, et les deux hommes qui l'escortent ont la carabine hors du fourreau et appuyée sur la cuisse. C'était toujours aiusi que nous conduisions les prisonniers au temps du grand marquis.

— Des soldats du roi? » s'écria lady Marguerite. « Ils vienueut se ravitailler saus doute. Allez, Bonviu, faites-leur accueil, et mettez à leur service tout ce qu'il y a de provisions et de fourrage au château. Un instant! Dites à la femme de charge de m'apporter mon écharpe noire et ma mante. J'irai les recevoir moi-même ; on ne saurait témoigner trop d'égards à de braves gens qui font rnerveilles pour l'autorité royale. Et puis entendez-vous, Bonvin? que Jenny s'attife au plus vite : elle marchera devant moi et ma nièce, et les trois femmes nous suivront. Priez ma nièce de venir me rejoindre immédiatement. »

Suivant Tordre qu'elle avait fixé, lady Marguerite, en toilette décente, s'avança courtoisement jusqu'au milieu de la cour avec un grand air de condescendance et de majesté. Le sergent Bothwell, en saluant la grave et rgspectable châtelaine, déploya une aisance qui rappelait de loin les manières frivoles et nonchalantes des courtisans débauchés de Charles IL Rien ne trahissait dans sa personne la gaucherie ou la rudesse d'un sous-officier de cavalerie; son langage, comme sa tenue, semblait s'épurer à la hauteur des circonstances. La vérité est qu'à travers les vicissitudes d'une existence aventureuse et dissolue, il avait eu l'occasion de voir une compagnie mieux assortie à sa naissance qu'à son rang dans le monde.

Lady Marguerite lui ayant demandé quel genre de service elle pourrait lui rendre, il répondit, en s'inclinant, que « ayant une marche do quelques lieues à faire avant la nuit, sa troupe lui serait fort obligée d'avoir la permission de se reposer une heure au château. »

t( De grand cœur, » dit la vieille dame ; ce et je vous promets que mes gens veilleront à ce qu'il ne manque rien aux hommes ni aux chevaux.

— Telle a toujours été l'hospitalité qui attend les serviteurs du roi dans les mura de Tillietudlem, nous ne l'ignorons pas. Madame.

— Remphr nos devoirs en sujette loyale, » répondit-elle, flattée

T.ES PCTniTAlNS D'ECOSSE.

du compliment, <( u été, Monsieur, notre constante étude, tant envers nos princes qu'envers leurs servir.curs, et surtout leurs fidèles soldats. Il n'y a pas longtemps que Sa Majesté, — et cela n'est sans doute pas sorti de sa niénioire, — daigna honorer ma pauvre maison de sa

présence, et déjeuner dans une salle, que vous fera voir ma dame de compagnie, Monsieur le sergent; nous l'appelons encore la Salle du roi. »

Cependant, Bothwell avait fait mettre pied à terre à ses hommes, et commis deux d'entre eux à la garde des chevaux et du prisonnier. Il était (loue entièrement libre de poorsuivre l'eutretien que la douairière avait entamé si volontiers.

et Puisque le roi mon maître a eu Thonneur de goûter votre hospitalité, »

dit-il , « je n'ai pas lieu d"ètre surpris qu'elle s'étende à ceux qui le servent, et dont la fidélité fiiit le plus grand mérite.

Au surplus, Madame, je tiens de plus près à Sa Majesté que ne semblerait l'indiquer ce simple uniforme.

— Vraiment, Monsieur? » dit lady Marguerite, « Auriez-vous apj)artenu à sa maison ?

— A sa maison, 2^as précisément. Madame, mais à sa famille, pnreuté qui me permet de prétendre à l'alliance des plus illustres

Lady Marguerite JBeUendea.

ini

noms do TÉcosse, saus eu excepter même celui de Tillietudlem. » Offusquée d'un aveu qu'elle prenait ponr une plaisanterie déplacée,

la noble dame se redressa fièrement.

« Monsieur, » fit-elle, « je ne vous comprends pas.

— C'est une folie saus doute, à la place où je suis, de rappeler ces clioses-là. Cependant, Madame, Thistoire et les malheurs de Francis Stuart ne doivent pas vous être inconnus : c'était mou aïeul, et il reçut du roi Jacques P"", son coiisiu germain, le titre de comte de Bothwell, qu'à mon tour j'ai reçu, par sobriquet, de mes camarades. Il ne lui a pas à la longue plus profité qu'à moi-même.

— Est-ce possible! » dit lady Marguerite tonte surprise, et cette fois d'un ton d'intérêt. « J'avais ouï dire., en effet, que le petitfils du dernier comte était tombé dans la gêne, mais je ne m'attendais jias à le retrouver aux derniers rangs de l'armée. Avec une telle origine, ]iar quels coups du sort êtes-vous réduit...

— Oh! Madame, il n'y a là, croyez-moi, rien que de fort ordinaire, » interrompit Bothwell en allant au-devant de la question. « J'ai eu mes jours de veine comme les autres : j'ai bu ma bouteille avec Eochester. gagné à Buckingham plus d'un beau coup de dés, combattu à Tanger à côté de Sheffield. Malheurensemeut la veine ne durait pas ; c'étaient des amis pour passer le temps, non pour m'être utiles. Peut-être, » ajontat-il avec un peu d'amertume, « ne me suis-je pas montré assez sensible à l'extrême honneur qu'ils faisaient à nu descendant des Stuarts d'Ecosse en lui laissant partager leurs plaisirs!

— ■ Mais vos amis d'Ecosse, Monsieur Stuart, vos nombreux parents, si puissants par ici?

— Penh! Madame, de ces parents-là les uns m'auraient accepté ponr garde-chasse parce qne je tire assez bien, et les autres ponr coupe-jarret, parce que je sais manier l'épée ; et de temps en temps, il s'en serait rencontré un qui, faute de meilleure compagnie, m'aurait admis à sa table, parce que trois flacons de vin ne me font pas peur. Enfin, je ne sais pourquoi, service pour service dans ma famille, je préfère celui de mon cousin Charles ; c'est le plus honorable, bien qne la solde soit mesquine et la livrée peu brillante.

— Quelle infamie! Cela crie vengeance. Pourquoi ne pas s'adresser

à notre gracieux souverain ? Il ne peut qu'être surpris d'apprendre qu'un rejeton de son auguste famille...

— Pardonnez, Madame, à la rude franchise d'un militaire; mais, sachez-le, notre gracieux souverain est plus preSsé de grefl'er ses propres rejetons que de noui-rir ceux qu'a plantés l'aïeul de sou giaud-père.

— Eh Lien, Monsieur Stuart, vous allez me promettre une chose, c'est de passer la nuit à Tillietudlem. J'attends demain votre colonel , le valeureux Claverhouse, à qui le roi et le pays ont tant d'obligations pour l'énergie qu'il déploie contre les artisans de désordre. Je lui parlerai de votre avancemeut; et, j'en suis sûre, il aura les égards dûs au saug qui coule dans vos veines 'et à la requête d'une dame que Sa Miijesté a distinguée d'une façon particulière. Vous aurez enfin justice selon vos mérites.

— Mille grâces soient rendues à Votre Seigneurie! Je resterai, puisque tel est votre désir. Ce sera d'ailleurs un moyen de présenter plutôt mon prisonnier au colonel Grahame, et de savoir définitivement ce qu'il faut faire du damoiseau.

— Quel est donc ce prisouuier. Monsieur?

— Un jeune homme d'une assez bonne famille des environs, qui a commis l'imprudence de venir en aide à l'un des assassins de l'archevêque et de favoriser sa fuite.

— Oh ! quelle indignité ! Je suis jiar caractère trop portée à pardonner les insultes que j'ai reçues de ces coquins, et j'en ai souffert. Monsieur Stuart, qui n'étaient pas de nature à être aisément oubliées ; mais soutenir les auteurs d'un meurtre si cruel , si atrocement combiné , sur un homme seul, un vieillard, une personne sacrée comme l'archevêque, oui. c'est une indignité!... Si vous voulez qu'il soit en lieu de sûreté sans causer d'embarras h vos gens, je dirai à Harrison ou à Bonvin de chercher la clef de la basse fosse, notre grand cachot. On ne l'a pas ouvert depuis la semaine d'après la victoire de Kilsythe ; sir Arthur Bellenden, mon pauvre mari, y avait enfermé une vingtaine de républicains. Comme il n'est qu'à deux étages sous terre, l'endroit n'est pas malsain, et puis il doit y avoir quehjue part, je crois, une ouverture pour donner de l'air.

— Je ne doute pas que l'endroit ne soit des jilns admirables; mais,

pardonnez-moi, j'ai promis de traiter le garçon honnêtement. Air reste je le ferai garder de manière à rendre toute évasion impossible ; ceux qui auront l'œil sur lui le tiendront d'aussi près que s'il avait des brodequins aux pieds et des poucettes aux mains.

— Comme il vous plaira ; vous savez mieux que moi ce que vous

devez faire. Je vous souhaite cordialement le bonsoir. Harrison , mon majordome, aura soin de vous. Je vous aurais prié de nous tenir compagnie, si...

— Oh ! Madame , il n'est pas besoin d'excuses. Eouge est l'habit que je porte au nom du roi Charles II, rouge est le sang que m'a transmis le roi Jacques V; mais que l'un annule les privilèges de l'autre, cela doit être, je le sais.

— Non pas à mes yeux, Monsieur Stuart, je vous l'assure; ce serait

me faire ÎDJare que de le croire. Demain je parlerai à votre colonel , et j'ai bon espoir qae vous aurez bientôt une place où il n'y aura plus de discordances à concilier.

— Votre bonté se prépare une déception, j'en ai peur. Je ne vous en suis pas moins reconnaissant de l'intention, et, dans tous les cas, je passerai une agréable soirée avec votre majordome. »

Lady Marguerite, toujours cérémonieuse, fit ses adieux avec les égards qu'elle croyait devoir au sang royal, même alors qu'il coulait sous l'babit d'un sergent aux gardes , et se retira en l'assurant de nouveau que tout ce qu'il y avait à Tillietudlem était sincèrement h son service et à celui de ses soldats.

Bothwell ne manqua i)as de prendre la douairière au mot. Il oublia vite le rang élevé d'où était descendue sa famille dans un joyeux festin, pendant lequel Harrison prit à tâche d'ofi'rir le meilleur vin du château et d'exciter la bonne humeur de son hôte en prêchant d'exemple, ce qui, en fait de ripaille, va bien plus loin que le iirécepte. Cette franche lippée était trop dans les goûts du vieux Bon vin pour qu'il n'en rechercliût point sa part. Il dégringola l'escalier de la cave, au risque de se rompre les os, afin de puiser t\ certaine cachette, connue de lui seul, comme il s'en vantait, et qui, sous sa maîtrise, n'avait jamais livré et ne livrerait jamais ses trésors qu'en l'honneur d'un véritable ami du roi.

A son retour, le sommelier, un jk'u intimidé par la généalogie de Bothwell, s'assit dans un coin de la salle, et entama une de ses histoires, en avançant sa chaise à la fin de chaque phrase :

a Lorsque le duc d'IIamilton dîna au château, » commenea-t-il , « madame insista ^lour avoir un flacon de ce bourgogne. Mais il ne me disait rien de bon, ce seigneur. Pourquoi? Je n'en sais rien. Je le soupçonnais. Monsieur, de n'aimer pas le gouvernement aussi fort qu'il le prétendait. Peut-on compter sur cette famille- là? Le duc Jacques n'avait jilus de cœur quand on lui coupa la tète; et quant au duc Guillaume, celui de "Worcester, il n'était ni chair ni poisson. »

Après cette observation saugrenue, notre narrateur acheva sa première parallèle, et, à l'exemple des ingénieurs habiles, il ouvrit une série de zigzags qui le rapprocliaient de plus eu plus de la table.

ce Bref, Monsieur, plus madame criait : a Du bourgogne à Sa Grâce!... a du vieux bourgogne... Ce bourgogne qu'on a fait venir en 39 ! » plus je marmottais en mon par-dedans : «c Du diable s'il eu passe une goutte «: dans son gosier avant que je sache mieux la couleur de ses principes. (C Jusque là le vin d'Espagne et le bordeaux lui suffisent. y> Non , Messieurs, non, tant que je tiendrai les clefs du cellier de Tillietudlem, nulle personne suspecte ou déloyale n'en goûtera la fleur ; j'en fais mou affaire. Parlez-moi d'un sincère ami du roi , de la bonne cause et d'un prélatisme convenable ; parlez-moi d'un brave, dis-je, prêt à combattre pour le trône et l'Église, comme je l'ai fait moi-même sous les ordres de feu mou maître, et du temps de Montrose, à la bonne heure! il n'y a rien de trop bon pour lui dans la cave. »

Insensiblement le sommelier avait fini par se loger dans le corps de la jîlace ; en d'autres termes, il s'était installé à table.

«Et maintenant. Monsieur Francis Stuart de Bothwell, » ajoutat-il, «j'ai l'honneur de boire à votre santé et à votre prochain avancement. Puissiez-vous réussir à nettoyer le pays des républicains et des tètes rondes , des fanatiques et des covenantaires ! »

Bothwell, on le croira sans peine, avait depuis longtemps cessé d'avoir des scrupules sur le choix de ses compagnons, qu'il réglait du reste à sa convenance , et plutôt suivant son état que d'après son origine. Il répondit avec empressement à la santé du sommelier, sans oublier de faire Téloge de ses provisions secrètes. Quant à M. Bonvin, une fois admis en tiers dans l'honorable société, il continua jusqu'à une heure avancée de la nuit à lui fournir les moyens d'arroser gaiement la conversation.

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