‹ Les puys de Palinod de Rouen et de Caen, ouvrage posthume de Eugène de Robillard de Beaurepaire publiéChapitre 10 sur 23 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Transformations successives de la

Société du Puy*

L ’époque de la fulmination de la bulle est un des grands moments de l’histoire du Puy des Palinods. Les difficultés du temps, la diminution de la ferveur et la crainte de s’engager dans des dépenses trop considérables amenèrent un temps d’arrêt très notable qu’il est facile de constater en feuilletant le registre sur lequel s’inscrivaient les nouveaux affiliés.

En 1548 un zèle remarquable s’empara tout à coup des esprits et se manifesta par une subite augmentation du personnel. Mais cet éclat ne dut être que passager. En vain, en 1578, le 14 décembre, une assemblée solennelle des Princes s’était-elle occupée des moyens les plus propres à assurer la prospérité de l’Institution : les troubles religieux qui

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agitèrent la province, les sièges meurtriers que Rouen eut alors à soutenir, et l’entrée successive dans la ville des calvinistes, des troupes de Charles IX, en 1591, et de celles de Henri IV, en 1592, précipitèrent la décadence et tournèrent d’un autre côté l’attention.

Une restauration partielle ne se fit cependant pas longtemps attendre. Elle eut lieu en 1595: ce fut l’œuvre du premier président Groulart. La nomination seule d’un personnage aussi important était de nature à rehausser le lustre de la compagnie; mais il fit plus, et sa principauté, en 1596, fut pour lui l’occasion de réviser les règles suivies pour l’organisation des concours.

« Lequel, nous dit Alphonse de Bretteville, volontairement se rangea sous la protection de la Vierge, releva ledict Puy abattu, en rendit le théâtre plus magnifique, régla la dépense qui s’y faisoit, et augmenta le nombre des compositions de deux stances en l’honneur de la Vierge, duquel il fonda les prix à perpétuité, donnant une Tour pour la plus parfaicte stance et un Soleil pour la meilleure d’après, qu’il désira pouvoir estre rachaptées par le prix de six livres, la première et la deuxième par soixante sols. Ledict seigneur présida lui-même au jugement des compositions sur ledict Puy

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en Tannée 1596 » (1). Une autre amélioration devait bientôt suivre celle que nous venons de rappeler. Au milieu de la confusion, résultat naturel des troubles et des guerres civiles, la confrérie avait perdu tous ses titres. L’original de la bulle du pape Léon X et de l’acte de fulmination avaient disparu. On ne put même découvrir qu’un seul exemplaire d'un petit livre contenant ces documents et provenant de la bibliothèque de feu M. Pierre de Monfault, président en la Cour, et l’un des Princes de la dite confrérie. Pour suppléer à la perte des titres primitifs, l’association présenta une requête au Parlement, et, après qu’elle eut été communiquée à l’autorité archiépiscopale, elle fut répondue d’un arrêt autorisant la réimpression du volume pour valoir en lieu de l’original de la bulle de lad. approbation et fondation. L’expédition de cet arrêt, en date du 18 janvier 1597, existe dans les archives de l’Académie de Rouen et est ainsi conçu :

« Extraict des registres de la Cour de Parlement:

« Sur la requeste présentée par les Princes et confrères de la confrarie de la Conception Notre Dame fondée au couvent des Carmes de

(1) Alphonse de Bretteville: Le Puy de la Conception , p. 26.

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ceste ville de Rouen, tendante à ce que, pour raison de la perte de leurs livres et Chartres de la fondation et auctorisation d’icelle confrarie, faicte par le feu Pappe Léon par sa bulle du raoys d’avril mil cinq centz vingt, et ayant retrouvé ung petit livre imprimé de l’approbation de lad. confrarie provenu de la bibliotèque de feu M r Pierre Monfault, vivant président en la Court et l’un des Princes de lad. confrarie, marqué, au commencement, de l’escripture et seing dudict feu sieur Président, et, en la fin, de feu M. Geoffroy Marie, advocat en lad. Court et lecteur dicelle confrarie, il leur soit permis de faire de rechef imprimer ledit livre et ordonné que suivant icelluy lesd. Princes et confrères jouyront des privilèges concédez à lad. confrarie par lad. bulle, — Veu par la Court ladicte requeste, ledict livre imprimé, response et consentement des grands vicaires de l’archevesque de Rouen, ausquels, par ordonnance de lad. Court, lad. requeste a esté communiquée, avec la conclusion du procureur général du Roy. Tout considéré la dicte Cour a permis et permet ausd. Princes et confrères faire imprimer led. livre intitulé Approbation et confirmation apostolique de la confrarie association et statutz de la noble et dévote Conception Notre Dame, pour leur

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valoir en lieu de l’original de la bulle de ladicte approbation et fondation, jouyr et user des privilèges y contenus comme ils ont ci devant faict et eussent pu faire en vertu dud. original. Faict à Rouen en lad. Court de Parlement, le dix huictieme jour de janvier l’an mil cinq cents quatre vingt dix-sept (1).

Signé de Boislevesque ».

Ce livre des statuts, présenté à la Cour en 1597, fait aujourd’hui partie de la collection de M. Édouard Frère, membre de la Société des bibliophiles normands. Ce rarissime volume n’est toutefois pas unique « puisqu’il s’en trouve un second dans la bibliothèque de l’Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, provenant de la vente de Th. Licquet en 4833, et un troisième entre les mains de M. Mancel, ancien libraire à Caen, acquis par lui, en 1829, à la vente Riaux ».

Ajoutons qu’il a été reproduit avec un soin tout particulier par la Société des bibliophiles normands (2).

(1) Cette pièce est reproduite in-extenso dans la Notice historique sur l’Académie des Palinods.

Cf. Le Puy de la Conception de Nostre Dame, 1615, in-8°, p. 34 et 125.

(2) Approbation et confirmation par le pape Lion X des statuts

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La confrérie ne se hâta pas de profiter de la permission du Parlement. Les anciens statuts ne répondaient plus aux besoins du jour. Le 17 août 1614, dans une assemblée convoquée à cet effet, on procéda à leur révision. Le 21 septembre, le projet recevait l’approbation du duc de Joyeuse, cardinal-archevêque de Rouen, et était soumis à l’homologation du Parlement (25 septembre 1614).

Ces règles nouvelles furent ensuite arrêtées dans une assemblée générale tenue le dimanche 14décembre 1614, où les princes elles confrères se trouvèrent réunis au nombre de vingt-cinq ; et après une nouvelle approbation de l’archevêque et un permis d’imprimer octroyé par un nouvel arrêt du Parlement, en date du 11 mars 1615, elles parurent enfin dans le petit volume intitulé : « Le Puy de la conception Notre Dame fondé au couvent des Carmes à Rouen. Son origine, érection, statuts et confirmation ». L’éditeur du recueil et le promoteur de la réforme n’était autre que Alphonse de Bretteville, protonotaire du Saint-Siège apostolique, conseiller et aumônier ordinaire du Roi,

et privilèges de la confrérie de l'immaculée Conception dite Académie des Palinods, instituée à Rouen . Publié d’après une impression gothique du XVI e siècle avec une notice historique et bibliographique par Édouard Frère. Rouen, Henry Boissel, 1864.

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official de Rouen, chanoine et chancelier en l'église cathédrale de cette ville et syndic général du clergé de Normandie. Après avoir rempli les fonctions de juge au Palinod, il en était devenu Prince en 1614; et non content d’avoir fondé un prix pour l’épigramme ou l’allégorie latine, il avait contribué de tous ses efforts au mouvement qui avait eu pour résultat la révision des statuts de la confrérie. La poésie ne lui était pas non plus étrangère ; et il en donna une preuve en composant l’Invitation aux poètes pour le concours ouvert sous sa principauté.

Cette publication a une réelle importance.

D’une part, en exécutant l’arrêt de la Cour de Rouen, elle assurait la conservation de documents précieux au point de vue de l’existence et de la garantie de l’Institution palinodique, et, d’un autre côté, par les nouveaux statuts qu’elle joignait à cette reproduction, elle marquait une période nouvelle qui se différenciait déjà de celle qui l’avait précédée.

Cette régénération du Palinod par suite de l’arrêt du Parlement de Normandie autorisant la réimpression du livre des statuts a surtout frappé l’auteur d’un poème latin intitulé: De podii tiluiis et statutis senatus consulto restitutis carmen. On y retrouve, avec des allusions

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visibles aux origines du Puy, aux épreuves qu’il avait traversées, au pillage de ses archives par les protestants, le témoignage d’une véritable gratitude envers le président Monfault, dans la bibliothèque duquel s’était conservé le précieux volume et envers l’avocat Geoffroy Marie, par les mains duquel il était aussi passé :

Excidat ilia dits podil quœ scripla librosque Abstulit ac litulos auctorum el nomina legesque, Hœretici, tnfanduml lot pabula furoris!

Hœc, Baptista ( 1 ), dole, gtmt nobiscum aima patrona ( 2 ), Cum poilus noslros mise rat us uterque tabores Lentte; Ella simul injlammante Maglslros ( 3 )

Talibus auspiciis facto jam adierc senatum A g mine, et ante pedes inopem exposuere llbellum.

Qui solus podii leges prœceptaque serval,

Solus et excidium fuglt commune latendo.

Scillcet hic veterls chartas antlstitis ( 4 ) inter Innumerosque libros, oculam, dextramque fefellit Hostiles, servatrlci securus in ambra.

Codice lœtatur, fruiturque superstite plaudens Curia pertractatque manu jam quisque paterna Statque patrum in genibus, ceu filins orbus, amicis.

0 ubi ( 5 ) cujus erat quondam liber iste supellex 0 ubi ( 6 ) cujus erat nomen sub fine Maria.

(1) Allusion A l’église Saint-Jean.

(2) Allusion A la Vierge patronne du Palinod.

(3) Allusion au patriarche des Carmes.

(4) Le Président de Monfault.

(5) Je ne sais A qui l’auteur fait allusion.

(6) L’avocat Geoffroy Marie.

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Quant bene pro libro orarent decus unde revioit Omne suum, nouas unde et honos accederit isti,

Pondus et œternum oentura in secula ueniret.

Justa peto et melius pro codice corda pérorant Omnia, conscriptique patres jussere ( 1 ). Reuixit. ünas erat, prœlo genitori plurimus exit Vatlbus et doctis euolvitur usque terendus Quos doceat priscas scrlbendo in carminé leges.

Mole quidem paruus, sensu et pietate refertus Ibit in externas quo tu venerabere terras O Virgo nomenque tuum nomenque tuorum Sparget et inde tuas multos addacet ad aras.

Le petit volume de Bretteville, si bien loué dans les vers que nous venons de transcrire, forme un frappant contraste avec celui qui l’avait précédé, les idées symboliques qui dominaient dans le premier ne se retrouvent plus dans le second, et il est sensible que l’académie a désormais pris le pas sur la confrérie. Les nouveaux règlements, bien que reproduisant sur certains points les anciens, demandent par conséquent à être étudiés avec soin. Comme cela avait toujours eu lieu jusque-là, les 7 et 8 décembre, à l’occasion de la fête de la Conception, le Prince devait faire décorer l’autel principal de l’église des Carmes. Le dimanche suivant, il devait en outre faire décorer le

(1) Allusion à l'arrêt autorisant l'impression.

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chœur et assister avec les confrères à une messe chantée par les religieux, les musiciens et l’organiste.

On procédait ensuite à l’élection du Prince pour l’année suivante.

Les signes des prix étaient ensuite exposés sur l’autel, plus tard on les portait sur le théâtre du Puy, orné de tapisseries et recouvert d’un dais, où ils étaient sur la table du fond, devant laquelle étaient assis les Princes et les confrères. A deux tables latérales siégeaient les poètes et autres personnages notables invités à la cérémonie.

Un sermon en l’honneurdela Vierge faitpar un docteur du choix du Prince, l'appel des lauréats de l’année précédente qui devaient adresser un compliment ou remerciement à l'assemblée, la lecture des pièces envoyées au concours et le jugement dont elles étaient l’objet terminaient la cérémonie. Ces indications rapides nous paraissent fixer avec assez de précision le caractère du nouveau règlement.

Quant aux compositions pour lesquelles des prix étaient proposés elles étaient au nombre de cinq, dont les règles se trouvent longuement énumérées, avec exemples à l'appui, savoir:

le chant royal, la ballade, la stance, l’ode et le sonnet. Les signes des récompenses étaient de

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deux pour chaque ordre de poésies, à l’exception toutefois de la ballade et du rondeau ; ils consistaient dans une palme, un lys, un rosier, un miroir, une tour, un soleil, un chapeau ou couronne de laurier, une étoile et un anneau.

Les statutsainsi modifiés reste renten vigueur, sauf certaines modifications de détail, jusqu’en l’année 1732, époque de la principauté de M. de Pontcarré. A ce moment un remaniement général fut opéré, les traces d'anciens usages disparurent sans retour, et les genres de poésies qui ne répondaient plus au goût moderne furent définitivement supprimés. Le mode de juger les pièces avait été depuis longtemps modifié, et l’aspect extérieur du concours avait, en perdant son originalité, pris peu à peu celui des autres concours académiques en usage dans les autres villes de France. Ce renouvellement des statuts dans lequel un second prix d’odes et de stances fut substitué aux prix du chant royal et de la ballade ne fut pas encore le dernier. En 1769, une révision minutieuse des règlements de la compagnie eut encore lieu. Elle fut suivie d'une nouvelle rédaction consacrant toutes les réformes que l’esprit de l’époque semblait réclamer

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et libellée en sept titres différents comprenant soixante-deux articles.

La rose affectée à la ballade tombée en désuétude était attribuée à l’idylle, et on vit paraître le prix d’éloquence française essayé déjà à plusieurs reprises. A ce moment l’association des Palinods était donc devenue, et pour toujours, moins une confrérie qu’une académie proprement dite dans le sens moderne du mot.

Elle se rattachait encore, il est vrai, par certaines prescriptions, par le désir d’honorer la Vierge, à l’ancienne institution, mais elle ressemblait, à s’y méprendre, par l'ensemble de son organisation, à toutes les compagnies de lettrés qui tendaient à s’ériger dans plusieurs des villes de la province; aussi son dernier règlement, malgré la sagesse de la plupart de ses dispositions, ne nous offre-t-il rien de saillant, et ne saurait-il nous présenter le même intérêt que les règlements de 1614 et de

L'examen des variations du règlement auquel la Société fut soumise nous conduit naturellement à rechercher quels furent, aux diverses époques de son existence, les prix qui y étaient distribués et les ressources au moyen desquelles on pouvait faire face aux dépenses.

Au début, il ne paraît pas qu’il y ait eu

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d'autres prix proposés aux poètes que deux prix de chant royal. Mais, en 1515, on voit apparaître les épigrammes latines, et, dès 1510 et 1514, Jehan Le Lieur et Jacques Deshommets avaient fondé, l’un le prix du rondeau, l’autre celui de la ballade.

En général, les prix n’étaient garantis par aucune fondation, et ce n'est qu’en 1520 qu’un ancien Prince, Guillaume Le Roux, s r du Bourgtheroulde, établit une rente de 25 livres pour aider à la récompense des poètes couronnés et à la célébration du service divin. Mais bientôt des donations, plus ou moins importantes, permirent d’assurer pour l’avenir les distributions de prix et de modifier les emblèmes décernés aux poètes couronnés.

Par suite d’une fondation de M. de la Rocque, abbé de la Noe, la valeur du premier prix de chant royal fut portée à 12 livres, et celle du second à 8; la palme et le lis furent changés en deux targes d’argent portant en relief, à côté de la palme et d’une tige de lis, les armes du fondateur (1613). En 1614 un don de M. de Bretteville éleva à 9 livres le premier prix de l’épigramme, à 2 livres celui du second prix. Les emblèmes étaient deux branches de laurier en argent aux armes de M. de Bretteville, et une bague en or. Le rosier

échangé contre une bague, portant l'empreinte d'une rose, restait avec une valeur de 2 livres, la récompense de la ballade; et l'anneau le prix du rondeau, avec une valeur de 4 livres, grâce à la générosité de Marin Le Pigny (1642). Mais quelques autres genres de poésies prirent bientôt place dans ces concours. L’idylle vint remplacer la ballade, le sonnet se substitua au rondeau, et les stances, l’ode latine et française, l’hymne et le discours réclamèrent successivement une place dans les concours palinodiques. Les deux prix de stances avaient été fondés par le premier président Groulart. Ils étaient d’une valeur, l'un de 6 livres, l’autre de 3 livres, et avaient pour emblèmes une tour, allusion aux armes de la famille Groulart, et un soleil. Plus tard, on offrit des bagues sur lesquelles on avait gravé l’empreinte d’une tour ou d’un soleil. Le prix de l’ode pindarique latine était une ruche d’argent offerte par François de Harlay, archevêque de Rouen, en 1624. A cause de la dignité de son fondateur on désigna souvent cette composition sous le nom d’ode pontificale. Les deux prix de l’ode française, représentés tous les deux par un miroir d’argent, étaient dus, l’un à M. Hallé d’Orgeville, l’autre à Louis Le Gendre, sous-chantre de l’église de Paris.

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L’hymne recevait un relief ovale en argent, figurant la Vierge, par suite d’une fondation de M. de l’Ouraille, prince en 1731. Le sujet de la composition, aux termes des dispositions du donateur, était l’un des mystères de la vie de la Vierge, qui devaient être traités successivement chaque année dans l’ordre suivant:

la Conception, la Nativité, la Présentation, l’Annonciation, la Visitation, la Purification et l’Assomption. Ces huit sujets formaient un cycle complet qui devait être repris les années suivantes dans le même ordre. Quant au prix d’éloquence, il avait été fondé par M. de Bonnetot. Dans l’origine, tous les ouvrages devaient se rapporter au culte de la Vierge; mais, plus tard, on mit au concours, pour ce prix, des sujets de morale générale et d’histoire. Dans les derniers temps, l’état de choses que nous nous sommes efforcé d’indiquer était bien profondément modifié, et l’un des secrétaires de l’association, l’abbé Cotton des Houssayes, l’a parfaitement caractérisé dans un passage du discours d’ouverture du 19 décembre 1771 :

« L’Académie, dit-il, après un long et mûr examen, encouragée par la bienfaisance d’une personne qui a voulu rester inconnue, s’est déterminée pendant le cours de cette année à réduire le nombre des prix qu’elle avait cou-

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tume de distribuer pour en augmenter la valeur et pour leur donner une forme plus relative à l’usage des autres académies. L’exécution de ce projet utile aux auteurs et à la gloire des lettres a été annoncée dans les différents papiers publics et enlr’autres dans les Affiches de cette province (17 mai 1771, n° 10). Les prix ordinaires ont été réduits cette année et le seront de même dans la suite au nombre

de quatre : ce sont et ce seront dorénavant des médailles d’argent, chacune de trois pouces de diamètre environ et d’une épaisseur convenable : d’un côté, est l’image de la Sainte Vierge, avec cette légende Immacul. Concep.

B. V. Acad. Roth. Sur le bord du revers, on voit la représentation des anciens prix, tels que la Croix, l’Anneau, le Miroir, la Ruche, la Tour, le Lys, la Palme, la Rose, le Soleil, le Laurier, l’Étoile : le milieu du revers est uni pour qu’on puisse y graver le genre du prix, l’année où il aura été remporté, les noms des fondateurs. Ces quatre prix seront donnés, l’un au meilleur discours français sur un sujet de religion proposé chaque année, deux autres à deux pièces de poésie française alternativement entre l’ode et l’idylle, les stances et le poème héroïque ; un quatrième à une pièce de poésie latine alternativement entre l’ode et

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l'allégorie, anciennement appelée épigramme.

Elle distribuera aussi quelquefois des prix extraordinaires et particulièrement celui du Prince quand il y en a un. C’est la situation où elle se trouve cette année où elle est présidée par M. de Crosne ».

Ces dernières lignes indiquent, à côté des prix réglementaires, pour ainsi parler, l’existence de certains prix spéciaux dits des Princes, et sur lesquels les historiographes du Puy nous ont conservé d’amples renseignements. Ils exercèrent, en effet, une grande influence, et, à ce titre, ils ne sauraient être passés sous silence. Dès les premiers jours de l’Institution nous rencontrons d’ailleurs la trace de libéralités de ce genre. En 1497, Symon de Blaru, commandeur de Saint-Antoine à Rouen et Prince de la confrérie, donna, en sus des prix, les marques distinctives du patron de son ordre, c’est-à-dire le T des Antonins et la clochette du cochon, son inséparable compagnon.

Le premier de ces insignes échut à Nicolas Ravernier et le second à Richard Bonneannée, auteurs l’un et l’autre d’un chant royal couronné en 1499 (1). Guillaume Tasserie récom-

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