‹ Les puys de Palinod de Rouen et de Caen, ouvrage posthume de Eugène de Robillard de Beaurepaire publiéChapitre 9 sur 23 · LA DAME A L'AGNEAU · texte numérisé non relu

LA DAME A L'AGNEAU

Ce donneur Me ordonna Son seigneur.

Eh seigneur Ce don a

Prins pour moy si très agréable Que lieu ord est inhabitable Ils ne l’ont laissé esgaré Donner en latin c’est Dore.

Le jeu de mots contenu dans le dernier vers révèle la pensée du poète et résume tous ces longs développements. La famille de ce grand Donneur ne devait pas déserter ses traditions. Le Palinod compta encore au nombre de ses princes un autre Daré, nommé Louis, qui s'acquitta de cette charge l’an 1500, et qui fut enterré dans l’église Saintr-Jean, paroisse de toute la famille, ainsi que l’atteste le sixain suivant inscrit sur l’un des vitraux de la nef :

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L'an de douleur mil cinq cent vingt et quatre

Au moys d’aoust le vingt huictieme jour

Loys Dare aigre mort vint abattre

Lequel faisant icy bas son séjour

Pour ses bienfaicts et vertus en son jour

Fut du bailly general lieutenant

Or pries Dieu qu’au ciel soit lieutenant.

Louis était d'ailleurs un personnage important: en 1508 il fut chargé de complimenter Louis XII, au moment de son entrée dans la ville de Rouen; et ce fut lui, en 1514, qui, après l'incendie de la cathédrale, accompagna le Chapitre à l’hôtel de ville pour demander les secours qui étaient nécessaires.

En dehors de la famille Daré, le Puy des Palinods devait rencontrer un protecteur non moins influent. Le second prince fut, en effet, Pierre Fabry, curé de Méray, auteur du Grand art de pleine Rhétorique (1) et du Défensoire de la Conception , mort à Paris, vers 1521. Les relations de cet écrivain avec Pierre Daré et ses goûts bien connus permettent d'affirmer qu’il dut prendre une large part

(I) Ce traité de Fabry n été réimprimé par le» soin» de la Société des Bibliophiles normands. L’éditeur, M. Héron, y a joint une notice sur Fabry et des notes savantes qui éclaircissent le texte.

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à la nouvelle fondation. Dans tous les cas, il appela l'attention sur elle, et, en formulant minutieusement dans ses écrits les règles des genres qui y étaient cultivés, il s’en constitua le législateur.

A ce point de vue, son grand traité didactique nous fournit de nombreux et précieux renseignements. Le but du travail est ainsi exposé par l’auteur au titre de son livre :

« En honneur gloire et exultacion de tous amateurs de lettres et signamment de éloquence Cy ensuyt le grant etvray art de pleine Rhétorique. U tille proffi table et necessaire à toutes gens qui désirent a bien élégamment parler et escripre. Compillé et composé par très expert scientifique et vray orateur Maistre Pierre Fabri. En son vivant curé de Meray et natif de Rouen par lequel ung chascun en le lysant pourra facillement et aorneement composer et faire toutes descriptions tant en prose comme en rithme. C’est assavoir en prose comme oraisons, lettres missives, epistres, sermons, recitz et requestes à toutes gens et de touts estatz. Item en rithme, Chants royaulx, Ballades, Rondeaux, Virelays, Chansons et generallement de toutes sortes, tailles et maniérés de composition ». Indépendamment de ce dessein général qui convient à toutes les rhétoriques

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Fabry en poursuivait un autre qui a trait plus directement à notre sujet et qui nous touche davantage.

« Et aussi a celle fin que les dévotz facteurs du champ royal du Puy de l’immaculée Conception de la Vierge ayent plus ardant désir de composer, de tant qu’ilz en congnoissent la maniéré, par laquelle leur dévotion croistra, et affin que nos treshonnorez seigneurs et maistres, les princes et poetes laurez d’iceluy Puy, ayent aulcune recréation, ausquels je présente ce présent livre en leur suppliant très humblement qu’ilz suppléent à mon ignorance en corrigeant mes deffaultes ».

Il est impossible d’être plus net et plus précis; les intentions de l’écrivain sont manifestées de la façon la plus expressive ; et dans la partie consacrée à la poétique l’ouvrage satisfait entièrement à cette sorte de programme. Nous y rencontrons, en effet, avec les détails les plus minutieux, des informations complètes sur tous les genres admis au Puy, et, pour plus de clarté, Fabry a toujours soin de joindre l’exemple au précepte, en citant, à la suite de ses exposés dogmatiques, les poésies qui lui semblaient approcher le plus près de la perfection.

Comme la suite de ce travail nous conduira

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à l’examen et à l’appréciation de l’ensemble des productions palinodiques, il nous paraît essentiel de fixer notre attention sur les règles suivies dans ces compositions et sur la signification des termes employés pour les désigner. A tous les points de vue, il est difficile de rencontrer un guide

Avant tout, qu’était-ce que le Puy, et quelle valeur précise attachait-on à cette dénomination? Fabry ne s’en est pas préoccupé; mais, à son défaut, nous trouvons ailleurs des indications significatives et qui sont de nature à ne laisser subsister aucune incertitude.

Onésime Leroy, traitant cette question à propos des Puys de Valenciennes, s’est exprimé en ces termes :

« On a cherché bien loin l’étymologie de ce mot de Puy que je crois tout simplement dérivé de Puleus, Puits. Quel nom convenait mieux à une société de religion et de savoir? C’est dans un puits qu’on a mis la vérité, et l’on dit encore un puits de science. J’ajoute que j’ai vu, il n’y a pas longtemps encore, en Belgique notamment, dans l’église de Chièvres et sur une des places d’Anvers, deux puits publics consacrés à la Vierge et surmontés de son image ».

plus autorisé.

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Certaines traditions miraculeuses répandues à Valenciennes et à Amiens avaient contribué à accréditer cette explication. La Morlière raconte, en effet, que le Puy d'Amiens devait son origine à la confrérie de Notre-Dame établie au Puy, en Velay, en mémoire de la résurrection d'un enfant qui avait été jeté par un juif dans un puits (i). Une légende semblable se rattachait au Puy de Valenciennes: « Il existait, écrit Hécart, une tradition par laquelle on disait que cette confrérie avait été établie en reconnaissance d’un miracle de la Vierge qui avait retiré une femme d’un puits dans lequel elle était malheureusement tombée » (2).

L’opinion de M. Paulin Pâris est un peu différente. Pour lui, cette appellation de Puy appliquée à des assemblées littéraires s’explique par ce fait que la ville du Puy, en Velay, en a fourni le premier modèle (3).

M. Édelestand du Méril, dans le Journal des savants de Normandie , a démontré de la manière la plus convaincante le côté chiméri-

(1) Antiquité» de la ville d'Amiens, p. 86.

(2) Serventog» et sottes chansons couronnés à Valencienne», par Hécart, 3* éd. Introduction, p. 7.

(3) Histoire littéraire de France, t. XX, p. 643: « Une sorte d’assemblée littéraire à laquelle on donnait le nom de Puy, sans doute parce que la ville du Puy, en Velay, en avait fourni le premier modèle ».

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que de toutes ces interprétations. Puy dérive en effet du latin podium et signifie un lieu élevé, une montagne et par analogie une tribune, un jubé, ce qui s’applique parfaitement à l’échafaud ou au théâtre sur lequel on lisait les pièces couronnées. C’est en ce sens que l’emploient tous les anciens documents et tous les écrivains, prosateurs ou poètes, qui ont traité de cette institution. Pour de Bras, le Puy est un théâtre : « Puy dict podium apedum positione , qui signifie un lieu ferme haut élevé, comme un théâtre » (1). Le poète Jacques Le Lyeur, de Rouen, tient le même langage:

Vray est que bien autant avois d’envie Que tant d’honneur tu feisses aux suppôts Nobles primats, qui tiennent Puy sus pots Pour Nostre Dame, en la maison des Carmes (2).

A côté de ce témoignage des lettrés, celui de David Ferrand, l’interprète du goût populaire, n’est ni moins clair ni moins explicite :

11 y avoit tant de marmaille Qui clabaudest dessus le Puy Et qui ne fezest rien qui vaille Mais y plaisest bien à autruy (3).

(1) Recherche» et antiquitez de la ville de Caen, p. 235.

(2) Manuacrit» Françoi», t. 111, p. 264.

(3) O Luysard : Introduction de VInventaire général de la muse normande.

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Falloit il dresser en ce lieu Ce Puy ou la Mère de Dieu Recevoit dix mille louanges?

Ah non, il ne le falloit pas,

Car ce qu’au Ciel luy font les Anges Les Poetes luy faisoient cy bas (1).

Le mot Puy se prenait quelquefois dans un autre sens, et de même que chambre et cour, après avoir désigné des locaux, s'appliquèrent aux corps qui s’y réunissaient, par une extension analogue, Puy, après avoir été l’équivalent du mot théâtre, indiqua aussi l’assemblée littéraire ou l’académie qui y prenait séance.

Ainsi que l’a remarqué judicieusement M. du Méril, Daniel Huet n’avait pas ignoré cette signification spéciale, car, dans le temps où il soutenait un de ces nombreux procès qui occupèrent tant de place dans sa vie, il finissait une lettre sur les Puys adressée au conseiller d’État Foucault, en disant: « Il est temps que je pense à d’autres juges et que je me prépare à me défendre devant d’autres puis royaux » (2).

(1) Les adieux de la muse normande aux Palinots.

(2) Journal des savants de Normandie. Compte rendu de rétablissement de la fête de la conception Notre-Dame par M. Édelestand du Méril, 258-269 : « On les appelloit puis royaux parce qu’on élisoit un prince pour y présider qui portoit aussi le titre de Roy*

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Dans les avertissements, le mot de Puy est aussi employé en ce sens, et, comme il semblait aux rédacteurs que l'expression pouvait, par suite de son caractère suranné, rester douteuse pour les lecteurs, ils prenaient soin d'expliquer en note que le mot Puy signifiait Tribune (1).

Farin indique aussi que le Puy est un théâtre, Histoire de la ville de Rouen , 3* p.,

Quant à l’expression Palinod ou Palinot, qui tient de si près à celle de Puy, sa valeur grammaticale et sa provenance sont encore plus aisées à fixer. Elle dérive des deux mots grecs UaXtvwBtj, et signifie, à proprement parler, chant répété ou refrain. Le mot Palinod, qui, dans ce sens, ne désignait d’abord que les refrains des poésies, s’est appliqué par extension aux poésies à refrains elles-mêmes, chants royaux, ballades et rondeaux, et surtout aux concours particuliers dans lesquels on les

et c’est de U que les envoya des balades et des chans royaux s’adressent toujours au Prince du Puy ». — Lettre du 17 mars 1706, Dissertations sur diverses matières de religion et de philologie recueillies par l’abbé de Tilladet, t. II, p. 132.

(1) Recueil des pièces de poésies françoises et latines qui ont remporté les prix sur le Puy de l’immaculée Conception de la très sainte Vierge en l’année 1720, 1721, 1722. A Rouen, de l’imprimerie de Ph.-P. Cabut, rue du Bec, p. 4.

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couronnait. C'est ainsi que l'on a dit le Puy de Palinods; plus tard, le Palinod de Rouen, le Palinod de Caen. Voici du reste en quels termes le bon abbé Guiot a résumé toutes ces questions étymologiques : « Ces deux expressions extraordinaires ne se trouvent que dans les lexicographes et n’ont été bien définies, ainsi que les opérations du Puy, que dans le dictionnaire étymologique de Ménage et dans le grand vocabulaire de Moreri. L’une, empruntée du grec IIoôistj, signifie un lieu élevé, une tribune ou jubé d’où étaient lues les pièces qui concouraient aux prix; l'autre, composée de deux autres mots de la même langue, llaXiv ü»5yj, qui veulent dire chant répété, marquait les refrains qui revenaient souvent dans les chante royaux, les ballades et les rondeaux qu’on présentait. Ces deux termes ont cessé d'être en usage à mesure qu'on s'est plus rapproché de la forme des académies actuelles. Le Palinod ou Puy de Rouen a pris, comme elles, ,1a qualité d'Académie, en y ajoutant toujours son caractère distinctif, celui de l’immaculée Conception » (1).

M. Vaultier, dans son Histoire de la ville de Caen , assez net en ce qui concerne la signification du mot Puy, l’est beaucoup moins

(1) Les trois siècles palinodiques .

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lorsqu’il arrive à rechercher le sens du mot Paliuod. « La dénomination de Puy du Palinod, dit-il, est figurée et quelque peu incertaine, Puy, formé du latin Podium, s’explique par sommet ou théâtre. C’est l'arène élevée des concurrents; le mot Palinod peut signifier chant répété, chant à refrain ou chant contraire à un autre, peut-être aussi seulement chant renouvelé » (1). Les hésitations de M. Vaultier auraient disparu s’il avait pu consulter les anciens écrivains, chez lesquels le refrain est désigné sous le nom de Palinod ou de ligne palinodiale. Quant au sens de chant contraire à un autre, l’erreur qu’il s’approprie sur ce point est ancienne et se trouve formulée en termes curieux dans les Recherches du sieur de Bras. Le passage est assez long, mais il mérite, en raison de son originalité, d’être intégralement reproduit:

« Or pour ce que plusieurs parlent de ce terme Pallinot, lesquels ignorent de la signification, je la veux faire entendre à ceux qui ne la sçavent. Palinodia est autant à dire chez les Grecs comme un chant contraire à un autre.

Et pour ce qu'aucuns hérétiques ont esté si

(1) Histoire de la ville de Caen, depuis son origine jusqu’à nos jours, U I, p. MO.

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mal affectez contre l’honneur de la Vierge mère, ainsi que Hélvidius et aucuns protestants de ce temps, lesquels par leurs œuvres ont escrit et chanté qu’elle estoit tachée du péché originel, comme toutes autres, l’on composa à sa louange d’autres chants contraires, pour soustenir par certains exemples qu'elle a esté exempte en sa conception de tout péché du vouloir de Dieu, parce que son fils bien aymé Nostre Seigneur a prins son humanité de son pur sang, lequel n’a souffert corruption comme je l’ay plus amplement déduit à mon tiers livre de l'Église Religion et Justice »(1).

Les noms de Daré et autres que nous avons cités indiquent assez que l’association comptait déjà d’assez puissants protecteurs, recrutés dans le haut clergé, dans la magistrature, dans la noblesse et dans le commerce. Elle avait, en outre, pour elle, et elle continua d’avoir les Prieurs de Saint-Lô. — Elle était bientôt destinée, sans perdre cet appui, à en rencontrer un autre, non moins énergique. En 1515, dans l’assemblée des princes, il fut reconnu que

(1) Lee Recherche$ et antiquitez de la ville de Caen, p. 234.

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l’emplacement occupé jusque-là ne répondait plus aux exigences nouvelles de l’Institution, et on se décida à la transporter ailleurs.

L’établissement des Carmes fut choisi en raison de sa situation et aussi parce que les religieux de cet ordre se faisaient remarquer entre tous par leur adhésion chaleureuse à la croyance en l’immaculée Conception. Les solennités palinodiques se célébrèrent d’abord dans le cloître. C’était un vaisseau d’une grande beauté et d’une étendue convenable.

Plusieurs corps de métiers y tenaient leurs assemblées, et plusieurs personnages notables y avaient été inhumés. On le nommait généralement le cloistre du Palinod ou même tout simplement le Palinod.

Dans les derniers temps, les séances se tenaient dans le réfectoire. Ce dernier appartement est ainsi décrit par l’abbé Guiot : « Le dernier réfectoire étoit bien différent de l’ancien pour la décoration ; d’un côté sont plusieurs vitrages antiques pour l’éclairer ; de l’autre, une suite de peintures représentant les plus célèbres personnages de l’ordre, sans compter un tableau de la Cène, qui occupoit toute la largeur du fonds. Cette salle étoit vaste, mais pas assez élevée à proportion. Elle servoit souvent à d’autres usages qu’à ceux de

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la communauté, et plusieurs sociétés savantes y tenoient leurs séances en différents temps de l'année. Le collège des médecins y soutenoit ordinairement ses thèses. L'Académie royale des sciences, belles-lettres et arts y distribuent quelquefois ses prix, y lisoit ses mémoires et prenoit ses délibérations. L'Institut des palinods y tenoit depuis longtemps ses cérémonies publiques ». Ainsi qu'il était naturel de le penser, c’était aussi dans la chapelle des Carmes que se passaient les exercices religieux de la confrérie, et le Palinod en avait si bien pris possession que les armoiries des princes en ornaient les murs à l'intérieur: « Autour de la nef et du cœur est une magnifique ceinture d’armoiries d’un grand nombre de seigneurs qui ont été princes du Puy fondé en ce monastère. Celle du prince en charge demeuroit sur la porte du chœur sous la cloche jusqu'à ce qu’elle fût remplacée par celle d’un autre prince ».

Une autre mesure, en assurant la prospérité du Puy, vint, quelques années plus tard, en 1520, en compléter la physionomie; nous voulons parler de l’obtention de la bulle papale qui en consacrait d'une manière définitive l’érection et accordait aux associés de nombreuses indulgences. La bulle eut pour résultat

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de mettre l’existence de l’Institution à l’abri de toute espèce de danger: désormais les préventions défavorables d’une partie du clergé importaient peu. Le Puy, autorisé directement par le souverain pontife, avait un refuge assuré dans le couvent des Carmes ; et il échappait jusqu’à un certain point à la surveillance et aux censures possibles de l’autorité ecclésiastique ordinaire. Aussi, à partir de ce moment, il s’organisa d’une manière plus complète, et en lisant la bulle et le statut qui l’accompagnent on saisit le caractère singulier de cette confrérie religieuse et littéraire, si différente de celles que nous voyons exister aujourd'hui. Cette bulle, dont l'obtention coûta 142 livres tournois, somme très considérable pour le temps, approuvait les statuts rédigés au moment de la translation de la confrérie aux Carmes en 1515, et lui accordait, avec la prééminence sur les autres confréries existantes, des avantages nombreux, de nature à exciter la piété et à flatter l’amour-propre des princes et des associés. Cette bulle fut fulminée le 10 mars 1521 par Antoine de la Barre, abbé de Sainte-Catherine; Nicolas Ler, prieur de Saint-Lô, et Jean Letourneur, grand chantre de la cathédrale, à qui elle avait été adressée. Les princes et les associés réunis

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extraordinairement dans l'église des Carmes firent célébrer une messe solennelle d'actions de grâces, et à l’offrande tous jurèrent solennellement de se conformer d’une manière rigoureuse aux statuts qui venaient d’être confirmés.

Les droits dont la bulle consacrait l’existence au profit du Puy des Palinods avaient, en effet, une réelle importance. Pour nous en tenir à quelques indications, le Pape commençait par accorder à la confrérie la prééminence sur toutes les associations, non seulement de Rouen, mais encore de toute la province.

Nous y lisons, en effet, « qu’il veult, entend et ordonne icelle confraternité, comme la plus noble, estre avancée, exaltée et préférée à toutes les autres confraternitez de lad. ville de Rouen et mesmes de toute la province de Normandie ». — Il accorde de plus, aux princes et confrères ainsi qu’à leurs femmes, la permission de se choisir un confesseur pour les absoudre même des cas réservés, de changer leurs vœux, d’avoir un autel dans leurs maisons, d’y faire célébrer la messe et d’y recevoir la communion, et il leur confère la participation des indulgences qui se gagnent aux stations de Rome, par la visite de certaines églises de Rouen ». Enfin, par une dernière faveur, la

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bulle réservait à l'association le droit de réformer et de modifier les statuts, sans avoir besoin d’une nouvelle approbation.

L’étude des statuts eux-mêmes, rédigés avec un soin plus particulier, est plus intéressante encore à connaître. Pour nous guider dans cette étude, nous consulterons indifféremment le livre de VApprobation et celui que publia plus tard Alphonse de Bretteville sous le titre de: Le Puy de la conception Notre Dame.

Les renseignements se reproduisent d’une manière à peu près identique dans les deux ouvrages, avec plus de prolixité toutefois dans le second que dans le premier.

Si on laisse de côté les origines romaines des jeux palinodiques et les détails relatifs au miracle d’Hilsin que nous connaissons déjà, il nous paraît curieux de remarquer le soin avec lequel le narrateur anonyme du second livre rattache le Puy à la confrérie des notables de Rouen en faveur de la Conception, dont les statuts furent rédigés sous Jean II, et surtout aux cérémonies liturgiques en l’honneur de la Vierge qui avaient lieu, de temps immémorial, chaque année, dans l'église métropolitaine :

« Et en est l’ordre gardé avec grand soing dans les églises de la province, mais plus exactement dans la métropolitaine, en laquelle

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les vénérables doyen, chanoines et chapitre de Rouen, outre l’usage du service divin ordinaire aux aultres festes de la Vierge, font en celle-ci une procession solemnelle avec chandelle de cire blanche en la main et faisant allumer en la nef de l’église une estoille de cierges ardans, monstrent à la postérité que la glorieuse Vierge appellée des Peres de l’Église Estoille du nord, guide plus seurement les peuples que les histoires antiennes et modernes nomment normands ».

La fondation de Pierre Daré ne pouvait pas être oubliée, et elle y est l’objet du paragraphe suivant :

« Ainsi continuèrent les exercices pieux de ceste association, et fut rendue louenge de temps en temps à la mère de Dieu par ces bonnes âmes et leurs successeurs jusqu’en l’an mil quatre cent quatre vingt six, que maistre Pierre Daré, ecuyer, s r de Chateauroux, conseiller du roy et lieutenant general audict Rouen, estant esleu prince de ladicte confrairie, eschauffé d’un zèle plus ardant, fit dresser, avec la permission de très reverend Pere en Dieu Messire Robert de Croixmare, archevêque dudit Rouen, certaines loix à tenir et garder par ceux 'qui désireroient présenter des compositions en l’honneur de la pure et non

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souillée conception de la Royne des cieux ».

Les différents articles du règlement, au nombre de 54, peuvent se ranger sous deux chefs différents : les uns concernent la confrérie religieuse, les autres ont trait à l’Institution littéraire proprement dite. Nous allons les passer successivement en revue à ce double point de vue, en indiquant ce qui nous semble caractéristique et en élaguant ce qui, pour nous, n’a plus aujourd’hui qu’une valeur accessoire. Les six premiers articles et les trois derniers sont les seuls qui aient trait au régime de la confrérie proprement dite. Les obligations respectives des Princes et des Religieux Carmes y sont réglées avec cette abondance minutieuse que l'on retrouve dans tous les documents de cette époque :

« Les 7 et 8 décembre et le dimanche ensuivant, l’autel principal du couvent des Carmes doit être paré par les soins des Révérends Pères.

« Sur l'autel, indépendamment du luminaire porté sur le chandelier de fer placé en avant, brûlent quatre cierges de cire blanche. Audessus de chaque chaire du chœur se trouve également un cierge d’une demi-livre. Du reste, le chœur et le pupitre doivent être ornés de tapis.

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« Le 7 et le 8 décembre, le Prince, accompagné des confrères qui seront venus le chercher chez lui, ira entendre les compiles célébrées par les religieux et chantées alternativement en faux-bourdon. A cette fin, il donnera une livre de chandelle de cire jaune au maître de musique. L'office sera terminé par le Salve regina en musique ou autre chant analogue.

Chaque confrère devra, en outre, avoir un cierge de cire blanche d’un demi quaiv teron.

« Le dimanche 14 décembre, à neuf heures du matin, messe solennelle de l’office de la Conception. Les frais en sont ainsi réglés:

18 livres aux religieux, outre 18 livres qu’ils touchent sur le fonds de la confrérie ; 18 livres aux musiciens ; 6 livres à l’organiste.

« Les Princes et les confrères iront à l’offrande dans leur rang respectif. Après la messe, ils se retireront dans la chapelle Notre Dame de la Recouvrance, nommeront le Prince d’après l’ordre de réception, l’avertiront de sa nomination par le chappelain; et aussitôt conduit par le Prince en charge devant l’autel principal, rendra à genoux grâces à Dieu de sa nomination.

« Les jours de la Nativité, de la Purification, de l’Annonciation et de l’Assomption, messe à

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notte payée sur les deniers communs et à laquelle tous les confrères sont tenus d'assister à peine de cinq sols d'amende. Immédiatement après, délibération, dans la chapelle de la Recouvrance, sur toutes les affaires concernant la confrérie.

« Quant au chappelain, il assistera aussi à toutes les messes qui viennent d'être indiquées, et portera le surplis auprès du Prince. Ses gages sont fixés à 15 livres sur les deniers communs et à 10 livres, que doit lui donner le Prince en charge ».

Les convois des Princes ou associés décédés révèlent la trace des mêmes préoccupations. Les Princes et les confrères, prévenus par le chapelain, étaient tenus de s’y trouver.

« Quatre prêtres, revêtus de surplis blancs et portant chacun un cierge de 4 livres avec les écussons de la confrérie, devaient y assister.

« De plus, ces quatre torches devaient encore être portées à l’Élévation du Saint^Sacrement du jour de la Conception par quatre religieux. Pendant les autres messes de l'année, on ne devait en porter que deux ».

La cérémonie mortuaire, lorsqu’il s’agissait d’un confrère qui avait été prince, revêtait un caractère particulier :

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« Si le deffunct a été Prince, le chappelain, revêtu de sa robbe et bonnet carré, portera devant le corps la palme de la confrairie, accompagné d’un prêtre en surplis qui portera un cierge de 4 livres de cire blanche avec l’écusson de la confrairie, lequel cierge sera brûlé et consommé sur la tombe du décédé.

« Et pour donner à congnoistre quand ce seroit des Princes dud. Puy qui seroit décédé, le Prince qui lors sera fera porter par aucun devant le corps un cierge ardant fait de cire blanche, du poids de 4 livres ou environ, qui sera mis sur le lieu où le corps sera inhumé, en quelque lieu que ce soit, pour y brusler jusques à la fin et consummacion d’icelluy. Et en icelluy cierge sera attaché et affixé l’un des pennunceaulx, assez grand et plus que ceux qui seront faits pour led. Puy. Et avec ce sera aud. convoy la palme devant ou entre led.

corps tant que le cierge et service durera au chevet de la représentation dudit corps ».

Le service huitain reproduisait les mêmes particularités, — les quatre torches pour les confrères, le cierge avec panonceau et la palme en plus pour les Princes. Il s’attachait, du reste, à la palme et au cierge une signification allégorique qui mérite d’être signalée.

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La bulle, en effet, s’exprime ainsi : « Ad declarandum defunctum ipsum perpetue fidei lumine investitum sinceritatem Conceplionis kujusmodi usque ad mortem tenuisse ac défendisse ac palmam virginalern in Cades exaltatam, quarn contra omnem etiam originalis culpa labem reportasse ipsatn Virginem vivens contenderat , quasi ante summum Dei tribunal post obiturn représentasse usque ad ejusdem cerei consummationem remanere ».

Pour compléter l’indication de tous les honneurs rendus à la mémoire des Princes, il convient d’ajouter que leurs armes devaient rester peintes à perpétuité sur les murailles de l’église des Carmes et que les poètes couronnés l’année de la principauté de ces Princes étaient tenus « de composer une épitaphe en français et en latin, qu’après avoir obtenu l’agrément de la famille, le Prince en charge faisait placer près de la sépulture du défunt ».

Les règles de l'Institution littéraire contenues dans les autres articles du règlement nous occuperont un peu plus longuement.

Le 14 septembre, la cérémonie de la messe elle-même rappelait déjà les fastes palinodiques. En effet, à côté des Princes et des confrères, on y apercevait les lauréats de

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l'année précédente : « Et avec ce seront tenus assister eteulx présenter à lad. messe les facteurs qui en l'année précédente auront été premiés du prix d’icelluy Puy, suivis des signes qui leur auront esté en icelle année donnés, délivrez et baillez ».

L'autel lui-même recevait une décoration analogue à la solennité. Avant la messe on y déposait « une palme, deux bouquets de cire attachés sur deux vases, l'ung représentant un lys, et l’autre ung rosier, un miroir, une tour, un soleil, un chapeau de laurier, une estoile et un anneau ». Ces différents objets étaient ensuite portés sur le Puy. Le Prince retenait à son profit les bouquets de cire, et, quant aux autres prix, il devait les faire peindre et marquer à ses armes.

Quelque temps après, à une heure, dans le courant du 17, une assemblée avait lieu chez le Prince pour les affaires de la confrérie, après quoi le Puy était ouvert au cloître des Carmes sur un haut théâtre dressé par les ordres du Prince, paré de tapisseries et surmonté d’un dais. Les signes des prix étaient placés sur une grande table, autour de laquelle étaient assis les Princes et les autres confrères à droite et à gauche; à deux autres petites tables se tenaient, d’un côté, le lecteur payé

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6 livres de chandelles de cire jaune, assisté de quelques personnes expertes; et, de l’autre côté, les poètes et les beaux esprits des années précédentes.

La cérémonie débutait par un sermon dont la durée était fixée prudemment à un quart d’heure, « brève collacion faicte par vénérable docteur », disait l’ancien règlement.

Puis venait le rappel des lauréats de l’année précédente, à haute voix et au son des trompettes. A côté d eux on portait les signes des prix ; ils lisaient à haute voix les poésies premiées et rendaient grâce à l’ancien Prince, s’il était présent, et, en cas d'absence, au Prince en charge. A cet égard le règlement primitif s’exprimait de la manière suivante :

« Lesdicts facteurs ainsy premiez comparestront, et l’un aprez l’autre selon leur ordre remettront ès mains du Prince président les prix et signes à eulx baillez l’année précédente en rendant grâces sur le champ, c’est assavoir les premiez du françoys d’un rondeau ou autre dite en françoys, et ceulx du latin par deux ou quatre métrés à leur devocion et plaisir tendant à l’honneur et collaudacion de la très-Saincte et Immaculée Conception ».

Quant à la signification symbolique des prix,

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le passage qui y a trait dans ces mêmes statuts mérite être reproduit intégralement :

« Que celuy, y est-il dit, qui aura faict le meilleur champ royal, en signe de victoire par luy obtenue et aussi que la glorieuse Vierge Marie a obtenu la palme de victoire sur tous pechez tant originel que aultre9 sera premié de la palme, qui luy sera délivrée, rédimable toutesfoys en lui payant cent solz tournois ; et à celuy facteur qui par aprez aura faict le meilleur champ royal que Ton appelle le debatu en signe que vaillamment et vertueusement il a bataillé pour la belle dame comparée au lys blanc de pureté et que, ainsi que le lys croit et flourist entre les espines sans aucunement sentir leur aspérité, aussi la dicte Vierge a esté conceue et procrée par generacion humaine comme les autres femmes sans toutesfoys avoir esté maculée ni touchée de péché originel, sera donné et délivré une fleur de lis, rédimable par la somme de soixante solz tournois. A iceluy qui aura faict le meilleur epygramme en latin, en signe de triumphe et que aussi que les impérateurs et aultres Princes rommains aprez victoire obtenue sur leurs ennemis en triumphant portoient sur leur tête le chappeau de laurier, aussi la Vierge et Mère de Dieu a triumphé par excellente

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victoire sur tous pechez et vices sans aucune exception, sera donné et délivré ung chappeau de laurier rédimable par la somme de quatre livres tournois ; et à celuy qui aura faict reprogramme débattu, en contemplacion de ce que la Vierge est comparée à l’Estoille matutinalle et aussi que par icelle estoille sont chassez les tenebres de la confusion et nous est annoncé la lumière de grâce estre prochaine et par ce moyen parvenir à la grande et joyeuse lumière du soleil de justice, sera donné et délivré une estoille d’or, redimable par la somme de quarante solz tournois. Et à celuy qui aura faict la meilleure ballade en francoys, en contemplacion de ce que la Vierge immaculée est comparée à la roze et que la roze est preferée à toutes les aultres fleurs en ouldeur et suavité, aussi ladite Vierge par la grande ouldeur et exemple de ses nobles vertus console les sens et esperitz vitaulx de nostre ame et entendement, les remplissant de toutes suavitez spirituelles, sera donné et délivré une roze, redimable par la somme de trente cinq solz. Et à celuy facteur qui aura faict le meilleur rondeau en signe de perfection, et que ainssi que selon l'oppinion des philozophes et géometriens la figure ronde et spherique est la plus parfaicte des aultres, aussy en la Vierge et Mère abonde par grâce

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divine pleinitude et perfection de vertus, sera donné et délivré un signet d'or, redimable par la somme de vingt cinq solz tournois ».

Le jugement des poésies françaises se faisait à l’origine avec une extrême simplicité. — Le lecteur lisait trois chants royaux ou trois rondeaux : à la pluralité des voix des poètes et des théologiens, un était écarté. — Le moins bon était dit abattu, et l’on en donnait un autre à lire. Quand tous avaient subi cette épreuve, les deux qui étaient conservés étaient premiés, et le meilleur remportait le prix, tandis que le second avait le débattu.

Les prix étaient du reste immédiatement adjugés. « Le Prince adjugera les prix par l'advis desdits théologiens, poètes, princes et confrères sans faire faveur ». — Au moment de l’adjudication des prix, les trompettes sonnaient, les lauréats lisaient leurs pièces, et l’on portait les signes des prix devant eux. Les trompettes étaient à la charge du Prince. Il y en eut quelques-uns qui, pour se décharger de cette dépense, jugèrent à propos de les supprimer; mais pendant fort longtemps, malgré ces tentatives d’économie, les fanfares furent conservées. L’article 34 du règlement avait, du reste, imposé aux Princes cette dépense et l’avait réglée de la manière sui-

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vante : « A l'adjudication desdits prix se fera une chamade ou applaudissement du son des trompettes que ledict Prince aura faict venir pendant l’ouverture et séance dudict Puy au moyen de 7 livres 10 sols qu’il sera tenu leur donner ».

Les poésies latines n’étaient ni lues ni couronnées en public. Le lendemain mardi, à deux heures de l’après-midi, le Prince faisait venir chez lui les poètes facteurs d’épigramme latine. Leurs œuvres étaient lues par le lecteur en présence du Prince, des théologiens et des juges, et les prix étaient immédiatement adjugés. Les statuts exhortaient le Prince à faire inscrire dans un tableau apposé sur les murs du cloître les poésies qui avaient été couronnées. Cette prescription fut rarement suivie ; cependant il convient de remarquer que c’est véritablement par suite de cette clause du règlement qu’un chant royal de Jean Rouxel fut imprimé en lettres d’or sur les murs de l’église des Carmes, ainsi qu’il nous l’a fait lui-même connaître. Mais il y avait d’autres obligations, plus étroites et plus habituellement suivies, que nous devons encore indiquer:

« Le Prince après son eslection était tenu de faire faire un tableau représentant, d’un côté, la figure d’un des mystères de la Conception et, de l’autre, les armes de sa famille.

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Cette pancarte, pendue sous le grand chandelier devant l'autel principal, y restait depuis le mois de janvier jusqu'à la fin de la principauté. Il devait, en outre, faire les frais de l'affiche palinodique dans laquelle se trouvaient des compositions faites suivant les règles usitées au Puy et de manière à servir de modèle aux concurrents. La façon des deux colonnes qui s’y trouvaient, renfermant chacune 60 vers, lui coûtait 4 livres de cire jaune ».

Ces obligations s'augmentaient d'un nombre d'autres petites dépenses qui ne laissaient pas de rendre la charge de Prince fort onéreuse pour plusieurs des associés. Aussi avait-il été décidé que les héritiers d’un Prince nommé et mort avant l'ouverture du Puy pouvaient s’exonérer de toutes obligations en versant 300 livres. Les confrères avaient le même droit, en versant entre les mains du chapelain, et trois ans avant leur tour de principauté, une somme de 400 francs. L’exécution de ces clauses donna lieu, dans plusieurs circonstances, à de graves difficultés.

Peu de temps après la fulmination de la bulle la tiédeur s’empara des esprits, et l’Institution palinodique eut à traverser une crise que les malheurs du temps rendaient encore plus périlleuse. L'auteur anonyme du livret

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publié par M. de Bretteville a décrit la situation en ces termes :

« Mais aussitôt que la chaleur de leurs affections s'est alentie et que le souffle sacré du Saincl Esprit n’a rencontré leurs poitrines disposées à ses inspirations, peu ou point de personnes sont restées qui ne se soient relaschées de leur debvoir et démenties de leur première entreprise. Le grand esclat de dévocion que l’aage passé admiroit a cessé à traict de temps ; la beauté des assemblées spirituelles en peu de jours s’est ternie ; et semble que pour n’avoir pris assez de soin de conserver la première créance, des chrestiens, au lieu d’embrasser les actions de piété surabondantes, se rendre plus agréable à Dieu par service de surérogation, ont hazardé le principal et mis en risque tout ce que la religion obligeoitde chérir plus tendrement pour se sauver. Les mouvements de la piété se sont trouvez si refroidis, et la charité tant esloignée des grandes et libérales profusions que l'antiquité faict remarquer avoir été exercées sainctement dans les premiers siècles, soit à la célébration et pompeuse majesté des mistères sacrez, soit au secours et assistance des pauvres et affligez que ce Puy, autrefois rempli d’une presse infinie de confrères qui constamment vantoient les

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vertus de la Royne des cieulx, s’est senty sur les dernières années comme abandonné 'et reduict à telle extrémité qu’il ne se trouva personne qui volontairement acceptast la conduite et prît le soin des exercices pieux de cette confrairie, ayant presque cessé l’ouverture dud. Puy en l’année mil cinq cents quatre vingt quinze, si MM. du Parlement de la province, par leur authorité, n’y eussent promptement pourveu et à la faveur de leur arrest faict rendre à la Vierge sacrée ce qui lui estoit honteusement dénié ».

Cette difficulté à laquelle fait allusion le texte que nous venons de transcrire n’était que trop réelle. Le 27 octobre 1599, les héritiers du feu s r d’Incarville, qui avait été avant son décès nommé Prince du Puy de la Conception, furent condamnés à tenir le Puy, faire célébrer le service divin et subvenir aux frais ; par suite, la confrérie fut autorisée à prélever, sur les sommes dues à la succession, 300 livres. Un arrêt analogue, en date du 4 décembre 1600, intervint encore entre la confrérie représentée, comme précédemment, par Jean Marc, son receveur, et les héritiers du sieur de Gobbey, seigneur de Suresnes.

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