‹ Les puys de Palinod de Rouen et de Caen, ouvrage posthume de Eugène de Robillard de Beaurepaire publiéChapitre 12 sur 23 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Poésies palinodlques (Époque ancienne).

e serait un labeur interminable et dont les résultats pourraient sembler médiocres, qu’essayer de passer en revue les poésies innombrables qui furent couronnées ou présentées au Puy à partir de l’année i486. La patience et l’activité de l’abbé Guiot n’y ont pas suffi ; et nous n’avons pas le dessein de reprendre pour notre compte un projet que cet infatigable transcripteur n’a pas réussi à mener à fin. Nous avons, du reste, la ferme conviction que des emprunts trop abondants décourageraient bientôt les lecteurs les plus intrépides. La fatigue que nous avons ressentie en dépouillant les manuscrits de la Bibliothèque Impériale de Paris et de la Bibliothèque de Rouen nous a paru un avertissement significatif et qu’il était juste de prendre en considération. Cependant,

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s’il*y a rarement à admirer dans ces innombrables productions, il est intéressant d’en déterminer la valeur et d’en préciser la portée.

Les poésies destinées au Puy, et désignées sous le nom de poésies palinodiques ou de poésies partheniques (du mot grec nopOtipc, Vierge), se sont modifiées, suivant les époques, non seulement quant à la forme, mais encore quant au fond des idées. Les auteurs couronnés du XVIII e siècle ressemblent bien peu à leurs devanciers, et ce que nous avons à dire des uns ne s’applique pas toujours aux autres. C’est vers le milieu du XVII e siècle que la scission s’opère et sépare, pour ainsi dire, en deux groupes assez nettement tranchés, cet ensemble de productions plus ou moins littéraires. Avec ses apparences barbares et incorrectes, la poésie palinodique du XVI e siècle, et même du commencement du XVII 0 , conserve pour nous plus de saveur et d’originalité; elle nous apparaît avec un caractère identique qui se soutient, sans variation notable, pendant toute cette période. Tandis que le langage se modifie de tous les côtés et que les moules de la pensée versifiée subissent des changements analogues, les formes arrêtées, en vertu d’usages anciens au Puy des Palinods, se perpétuent et présentent dès les premières années quelque

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chose de fixe, de vieilli et d’insolite. Au moment de la publication de son livre des Recherches de la France , André Pasquier, juge si bienveillant de toutes les curiosités littéraires, ayant à dresser le formulaire des chants royaux, des ballades et des rondeaux, ne pouvait s’empêcher de clore son exposé par les lignes suivantes : « Si ces trois espèces de poésie estoient encore en usage je ne les vous eusse icy représentées, comme sur un tableau ; vous les recevrez de moy comme d’un antiquaille » (1).

Au point de vue des idées, les exigences théologiques conduisent à un résultat tout aussi significatif. C’est en vain que de tous côtés les formules de la philosophie scholastique tombent en discrédit, elles continuent à régner souverainement au Puy, et ce mélange de raisonnements subtils et d'expressions barbares tue l’inspiration et fait le plus souvent, des pièces couronnées, les compositions les plus prétentieuses, les plus bizarres et les plus ridicules. La poésie, dans le sens vrai du mot, n’a rien à y voir : l’horreur de la simplicité et du naturel, l’observation rigoureuse

(1) Le* Recherche* de la France, d'Estienne Pasquier, conseiller et advocat général du Boy en la Chambre des Comptes de Paris, p. 606.

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de lois prosodiques compliquées à plaisir, la recherche à outrance, dans les faits naturels, civils ou politiques, de vaines similitudes, adaptées tant bien que mal à servir de symboles à l'immaculée Conception, voilà ce que l’on y rencontre le plus habituellement. Ce ne sont donc pas des types, plus ou moins réussis, de perfection littéraire que nous devons aller y chercher, mais bien des indications propres à nous faire connaître à quel courant d'idées et de sentiments ces manifestations répondaient et quelle en était, dans les traits essentiels, la véritable physionomie.

Lorsque l'on veut aller au fond des choses, il est aisé de voir que la signification principale qui se dégage de toutes ces œuvres envoyées au concours palinodique est celle d’une protestation énergique en faveur de l'immaculée Conception. Nous l’avons déjà dit, et nous devons le répéter. Toujours et partout, la théologie reste sur le premier plan ; la littérature n'apparaît qu’au second. Cette remarque est d'autant plus vraie que l’on se rapproche davantage de la fondation du Puy. Qu’importent à ce point de vue les questions de style, d’images et d’harmonie? Leur rôle ne peut être qu'accessoire. Ce qu’il faut avant tout, en présence de sentiments religieux surexcités dans les masses par

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les entreprises du protestantisme, c'est la formule' nette, précise et rigoureuse de la croyance. C’est son affirmation, naïve souvent jusqu'à l’indiscrétion, et presque toujours ardente jusqu’à la violence. Pour les contemporains, ce n’était pas une question d’art, c’était une question de foi et de dévotion, faisant appel, pour se graver dans les esprits, aux ressources de la versification. Sans qu’il nous soit nécessaire d’insister autrement, la revue des poètes palinodistes que nous allons poursuivre mettra en pleine lumière l’exactitude de cet aperçu.

Dans la première période, dont nous nous occuperons tout d’abord, les poètes qui se recommandent encore aujourd’hui par quelque notoriété ne firent pas défaut à l’Institution. Lorsque l’on franchit les tâtonnements des débuts, Andry de la Vigne nous y apparaît d’abord comme lauréat vers 1511. Indépendamment d’une histoire de Charles VIII, du Vergier d’honneur, et d'Héroïdes, il avait publié, dès 1508, des ballades, rondeaux et chants royaux en l’honneur de la Vierge, et des pièces du même genre avaient été insérées à la suite du Vergier (I). Près de lui se place

(1) Bibliothèque française de labbi Gouget, I. X 9 p. 291.

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Alexis Guillaume, dit le bon moine de Lyre, dont les essais palinodiques ne sont pas de nature à faire oublier Le Grant Blason des faulses amours (1). L'auteur anonyme du Contre blason devait aussi s’engager dans la même voie, car, à la suite de son ouvrage, on rencontre une ballade dont la destination est suffisamment révélée par son titre : Ballade joyeuse faitte et composée en Vhonneur de la très sacrée intémerie et inviolée mère de Dieu (2). Pierre Apvril ou Avril, de la ville d’Eu, obtint des succès plus éclatants. Son premier chant royal était un plaidoyer régulier en vers. Voici le début du prononcé du jugement :

Sur quoy les cas approfonditz Desclarames par très meure sentence Que ce concept par souverains editz Fust sans pesché et sans quelque insolence;

En 1516, il triompha de Crétin pour un chant royal sur le Grand Gerfaut par l'Aigle Défendu . En 1524, il. obtint pareil succès en chantant la Noble Cour rendant à tous Justice. Voici une strophe de cette composition:

De ceste Court Grâce est grande chanceliere Vertus ont lieu de présidents prudents.

(1) Bibliothèque française de l’abbé Gouget, t. X, p. 103.

(2) Ibid., p. 134.

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Vérité est première conseillère Et Puritê huyssiere la dedans.

La Grefftère est Virginité féconde Et la Concierge humilité profonde Pithté procure a vuider les discords Comme advocat Amour ayde aux accords De geôlière vacque le seul office Aussi on voyt par officiers concors La Noble Court rendant à tous justice.

La vogue de cette pièce, où le symbolisme est si bizarre et si compliqué, n'égala cependant pas celle du chant royal du Beau Dauphin, regardé généralement par les contemporains comme le chef-d’œuvre d’Apvril :

Ung fin pescheur gectant jadis ses rethz

Dedans la mer pour les gros poissons prendre

A son plaisir et les tenir serrets

Sans eschapper, ne sceut jamais comprendre

Comme il pourroit le beau Daulphin surprendre.

Car en nageant il est veu si agile

Et si fort prompt que aultre poisson fragile

En le suyvant demeure vain et las

Tant que du fin pescheur il est surprins,

Mais on ne voit tomber dedans ses lacqs Le beau Daulphin qui ne fut jamais prins.

Cestuy pescheur de ses gros dardz ferrez Sur ce Daulphin a voulu entreprendre:

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Mais ses herpons dont il a enferrez Les marsouyns n’ont peu de poincte prendre Sur son escaille on n’y a que reprendre, Parquoy voyant son art estre inutile A decepvoir ce Daulphin tant utile.

C’est retiré avec gens contumatz Faulx envieux plains de mauvais esperitz Qui vont blasmant malgré roys et primatz Le beau Daulphin qui ne fut jamais prins.

Le beau Daulphin sur ses costez dorez Et sur son chef porte le beau liz tendre A trois fleurons que Nature a dorez De tel splendeur qu’on voit le poisson tendre A le suyvir : et se aucun veult prétendre A l’engloutir, sa clarté qui rutile Ne peult souffrir que aucun accès mutile Sa grant beau lté qui reluyt hault et bas Dont tous poissons sont de plaisir esprins Ainsi voyans en prenant ses esbatz Le beau Daulphin qui ne fut jamais prins.

La grand baillaine a ses gros yeulx virez Vers ce Daulphin pour ses dens sus estandre, Mais les rayons de lui ont desvirez Ses fiers regards, et si ont fait descendre Ses grans fanons sans plus tel proye attendre, Parce qu’il est, sans condition vile Poisson royal franc de debte servile Courbé en bas: tout humble et sans debatz Sur tous poissons ayant le los et pris.

Dit à bon droit, sans prendre aucuns combas Le beau Daulphin qui ne fut jamais prins.

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— il! —

Du Daulphin sont les doulx chans desirez De tous humains: et veult leur voix entendre En rendant son, contre les cueurs irez Sans de rigueur voulant vers eulx contendre Quant Arion voulut sa harpe tendre 11 le porte par la mer en mainte isle Dont évada la grant rigueur hostille Des mariniers desirans son trespas Lçsquelz du roy de Corinthe reprins Congneurent bien passans le mortel pas Le beau Daulphin qui ne fut jamais prins.

Ekvoy.

Le pescheur est Sathan qui perd ses pas:

Ses reths ses dardz sont bien ditz par compas Mauldit péché qui ne touche au pourpris De l’humble Vierge appelée en ce pas Le beau Daulphin qui ne fut jamais pris.

Avril représente si bien les tendances générales des poètes palinodistes que nous croyons devoir rapprocher du chant royal sur le Beau Dauphin la ballade sur le Grenier exempt de Gabelle :

Le grenetier de Sapience Feist un grenier pour les humains Grenier du sel de la science Exempt des imposts inhumains Ou Adam submist ses germains

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Fors Marie 1a tonte belle Preveue pour maintes et maints Le grenier exempt de gabelle

Le Roy par sa benivolence Y commect officiers certains,

Honneur le clost par excellence Aux envyeux d’erreur attains,

Pouvoir divin en rend loingtains Péché et le serpent rebelle ;

En gardant par effects haultains Le grenier exempt de gabelle.

Pitié supplye l’indigence

Des povres rendons pleurs et plaincts.

Par ce grenier en dilligence Rend de sel pur les sacs plains;

Et d’aucuns a tort se sont plaints Vérité rend leur faulx libelle Leur monstrant par pleurs et par plaints Le grenier exempt de gabelle.

Envoy.

Prince, par edicts souverains La Vierge qui Sathan debelle Est, malgré tous fermiers forains,

Le grenier exempt de gabelle.

Son fils, Jean Avril, qui devint recteur de l’Université de Paris, ne déserta pas les errements paternels. On a de lui plusieurs chants

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royaux et plusieurs ballades destinés au Puy de Rouen. Voici quelques vers qui forment le titre d’une de ces pièces et qui suffisent à en donner une idée :

Sur l’entreprinse de la victoire de Venise

Selon le sens mythologique

Pour mieux fluer en rhetoricque

Prétendant en sens litéral

Élucider en général

La très-saincte Concepcion

De l’humble fille de Syon.

Le nom de Tasserie eut encore plus d’éclat que celui des deux Avril. Surtout après le succès qui accueillit la moralité de la Dame à l'Aspic et de la Dame à l’Aigneau. Nous ne voudrions pas affirmer toutefois que sa poésie fût beaucoup meilleure que celle des autres lauréats. On pourra d’ailleurs en juger par le chant royal du Lys virginal que nous reproduisons en son entier :

Le grand péché très pervers et inique Laict et villain tout plain d’enormité Commis d’Adam par œuvre draconique Du faulx Sathan remply d’iniquité.

Car quant il veit qu’il fut déshérité Des lieux celestes par son péché infâme Tantost pecher fit Adam et sa femme

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Nommée Eve qui nous meist en ruyne Mais Marie en fut reparatoire Car des ce temps fut csleue la racine Liz virginal : de Dieu reclinatoire.

Pour reparer doncques le maléfice Que feist Adam par sa fragilité Dieu congnoissant que ce serpent antique Par son engin l’avoit suppedité.

Devant luy vindrent Justice et Equité Raison et Paix, aussi la Noble Dame Miséricorde, qui pour oster la flame De ce péché et donner medecine A touz humains si fust l'impetratoire Que appellée fut Marie la tresbenigne Liz virginal: de Dieu reclinatoire.

Adonc es cieux en la court deiflque

Appelle Dieu par grand suavité

Sainct Gabriel, luy disant, tost t’applique

De t’en aller à la noble cité

De Nazareth: et là soit récité

Devant la Vierge, laquelle est sans nul blasme

Nomme Marie, dicte de corps et dame

Que l*ay esleue la chambre et la courtine

Ou mon seul fllz sera repositoire

Car elle est seulle d’estre appellé benigne

Liz virginal : de Dieu reclinatoire.

Comme raconte le texte evangelique Le messager tout de joye incité Vint à Marie, du salut angélique La saluer, disant d’auctorité:

Je te salue, de par la trinité

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Plaine de grâce, flairant comme le basme Car le seigneur du celeste royaulme Est avec toy et pource je termine Sur toutes femmes en la vie transitoire Tu es benoiste: et pource a toy m’encline Liz virginal : de Dieu reclinatoire.

Troublée elle fut, par son sens magnifique;

Mais Gabriel lui dit en vérité

Ne doubte point : car le doulx roy celique

Dedans ton ventre prendra humanité.

Comment peut ce estre, car ma virginité Luy ay vouée, comme a celluy que je ame;

L’ange luy dit, sans que ton corps entame Le Sainct esprit, par la vertu divine T’obrumbrera, la chose est très notoire.

Comme soleil qui luit par la verrine Liz virginal: de Dieu reclinatoire.

Renvoy.

Prince du Puy, la renommée et famé En tous lieux que dit la noble gemme A Gabriel dedans son oratoire:

Je suis l'ancelle et telle je me clame De mon seigneur: qui m’a esleue la palme Liz virginal: de Dieu reclinatoire.

Guillaume Crétin, que Marot appelle quelque part le bon crétin au vers équivoque , devait être attiré d'une manière toute spéciale par les concours rouennais. C’était, en effet, un milieu

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qui convenait à merveille à la tournure de son esprit et au genre habituel de ses poésies. Il y fut couronné deux fois, en 1516 et en 1520, et le recueil qu'il a publié renferme plusieurs autres pièces, chants royaux, ballades et rondeaux, qui avaient évidemment la même destination. Dans l’une d’elles, après avoir énuméré les genres ;littéraires exclus de la lice palinodique, il nous fait connaître que l’envoi d’une des compositions recommandées était considéré comme une œuvre pie, particulièrement méritoire :

Là n’est permis par nul chant qu’on mesdie,

Ne Tragédie on face ou Comedie,

Cry lamentable oncques n’y eut accès En ce saint Mont

Tout languissant qui sa santé mendie Si aujourd’huy va devers Normandie,

Porte oraisons, requestes et placetz,

Guery sera tant ait maulx par excès;

La medecine au péril remedie En ce saint Mont (1).

Un peu plus tard, nous voyons surgir des noms plus retentissants. En 1521, Jean Marot se mit sur les rangs et obtint un prix sous la

(1) Gouget: Bibliothèque français, t. X f p. 24 et 25.

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principauté de Guillebert Le Fèvre pour un chant royal dont la ligne palinodiale était :

Vhumanité joincte à Divinité.

Le renvoy résumait très nettement l’idée m ère de toute la composition :

Prince du Puy, cette histoire dechasse

La grand erreur qui faulx semblant pourchasse

Contre Marie où n’eust impurité;

Ne craignez donc des mesdisants l’audace

Qui vont disant qu’en ung vil corps s’enchasse

L’humanité joincte à Divinité.

La même année, à la demande de son père, Clément Marot avait aussi envoyé au concours un chant royal ayant pour refrain :

La digne couche où le Roy reposa.

Cette composition, qui fit grand bruit, bien qu’elle n’eût pas été couronnée, est reproduite, illustrée d’une splendide miniature, dans un des manuscrits de la Bibliothèque nationale de Paris. Elle avait été inspirée à son auteur par une allégorie latine de Vincent De la Balle prémire en 1515 ou 1517. L’importance que lui donne le nom de Marot nous détermine à la reproduire intégralement :

Lorsque le Roy par haut désir et cure

Délibéra aller vaincre ennemis

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Et retirer de leur prison obscure Ceux de son ost à grans tourmens submis Il envoya ses fourriers en Judée Prendre logis sur place bien fondée.

Puis commanda tendre en forme facile Un pavillon pour exquis domicile Dedans lequel dresser il proposa Son Uct de camp, nommé en plain concilie La digne couche où le Roy reposa.

Un paviUon fut la riche painture Monstrant par qui nos péchés sont remis:

C’estoit s’amie, ayant en sa closture Le jardin clos à tous humains promis :

La grand cité des hauts cieux regardée Le lis royal, l’olive collaudée Avec la tour de David immobile.

Parquoy l’ouvrier sur tous le plus habile En lieu si noble assist et apposa (Mettant à fin le dit de la SybiUe)

La digne couche où le Roy reposa.

D’antique ouvrage ha composé nature Le bois du lict où n’a un poinct obmis:

Mais au coyssin, plume très blanche et pure D’un blanc coulomb le grand ouvrier ha mis.

Puis charité tant qui se et demandée Le Uct préparé avec Paix accordée:

Linge trespur Dame Innocence file.

Divinité les trois rideaux enfile : '

Puis à l’entour le tendit et posa Pour préserver du vent froid et mobile La digne couche où le Roy reposa.

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Aucuns ont dit noire la couverture,

Ce qui n’est pas, car du ciel fut transmis Son lustre blanc, sans autre art de taincture: Un grand pasteur l’avoit ainsi permis Lequel jadis par grâce concordée De ses aigneaulx la toyson bien gardée Transmit au cloz de nature subtille Qui une en feit la plus blanche et utile Qu’onques sa main tissut on composa Dont elle orna (outre son commun style)

La digne couche où le Roy reposa.

Pas n’eut un ciet fait a frange et figure De fins damas, sargettes ou samis Car le haut ciel que tout rond on figure Pour telle couche illustrer fut commis.

D’un tour estoit si précieux bordée Que onques ne fut de vermine abordée.

N’est-ce donc pas d’humanité fertile Œuvre bien fait, veu que l’aspic hostile Pour y dormir approcher n’en osa?

Certes si est, et n’est à luy servile La digne couche où le Roy reposa.

Envoy.

Prince, je pren en mon sens puerile Le Pavillon pour Sainte Anne stérile Le Roy pour Dieu qui aux cieux reposa Et Marie est, vray comme l’evangile,

La digne couche où le Roy reposa.

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La théologie porta toujours malheur à Marot: de son genre malicieux, si net et si avisé, il ne reste ici aucune trace ; l'inspiration habituelle du poète Ta visiblement abandonné, et le symbolisme minutieux et incompréhensible dans lequel il se complaît le place, dans le genre palinodique, à bien peu de chose près sur la ligne de son ennemi personnel François Sagon. Il paraîtrait même que, tout bien considéré, les raffinés donnaient pour l’argument la préférence au dernier :

Lecteur entens ce présent jugement Que je te fais des poetes francois.

Mellin escript ce qu’il veult proprement En vers facile et langage courtois.

Salel fait vivre encor’ une autrefois Hector de Troye et Achilles de Grece Par son vers grave et Marot l’un des trois A le vers doux coullant de soy sans presse.

Mais l’argument auquel Sagon s’adresse

Fait que sa muse au plus hault des cieulx monte

Qui l’a rendu, pour renommée expresse.

Égal aux trois, si luy ne les surmonte.

Quoi qu’il en soit de cette appréciation, il est incontestable que Sagon fut dans son temps un des concurrents les plus heureux non seulement du Puy de Palinod de Rouen, mais encore de ceux de Caen et de Dieppe.

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Sous la date de 1531 nous trouvons de lui un chant royal, qui remporta la palme, sur

La perle ronde orientale et fine.

Deux ans après, autre chant royal prémié du lys. Le sujet, fort étrange, était ainsi expliqué dans un rondeau préliminaire :

En chant royal pour la Vierge tant belle,

Je prends la fleur où la mousche pasture:

La Mousche est Dieu qui nous donne pasture De Miel doulx que sa Grâce j’appelle.

De cette composition batelée par tout, c’està-dire dont la rime finissant un vers se retrouve à l’hémistiche du suivant, nous nous contenterons de citer une seule strophe :

Vent d’aquilon, violent et pervers Couchoit envers de Flora l’omature Qui pour vesture en laissant habitz verds La nuyt des vers estendoit sur nature:

Mais sans fracture, ung soleil gracieux Solacieux et nommé l’œil des cieulx En ces bas lieux eut regard tant bening Qu’en ung jardin préserva de venin Et d’aer marin, germe et fleur d’une souche Qu’on dit et couche en francoys et latin La fleur du thym préparée à la mouche.

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Nous ne citerons rien ni de la ballade qui obtint la rose en 1535, ni du rondeau qui mérita l'anneau en 1533, ni des autres pièces du même auteur couronnées à Dieppe et à Caen. Nous laisserons également de côté les compositions offertes, en témoignage de reconnaissance, aux juges de ces différents concours. Cependant une mention moins sommaire est due aux productions mises au jour par Sagon en 1537. A cette date il publia, avec un recueil dont nous dirons plus tard quelques mots, un rondeau et un chant royal.

Le rondeau était ainsi annoncé :

Ce rondeau mect l’aliyance et l’accord Faict pour la Vierge avecques Dieu et l’homme Dieu sa pensée ouverte au ciel la nomme Et à l’homme est soucy clos en comfort.

Voici maintenant, avec le préambule, une des strophes du chant royal :

Sens naturel et raison apparente Saincte escripture avec sens moral :

Ces quatre points monstrent en général Que Grâce est du hault Dieu la parente.

Saincte escripture à cest effect rapporte Comparaison de Soleil Orient Lune en beauté, si la lune n’emporte

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Source et clarté d’estoile en Orient :

D’ung beau mirouer lustre convenient,

La toute belle à l’amant supérieure Qui l’aime autant qu’Amour est spacieure.

A joindre avec Saincte Eglise de Romme Qui par concilie en Basle a satisfaict De démontrer qu’entre infects par la pomme Sans vice infect Veffecl parfaict est faict.

A ce galimatias alambiqué et incompréhensible on reconnaît aisément l'auteur supérieur pour l’argument à Hugues Salel, à Mellin de Saint-Gelais et au gentil et profane Marot. Mais, où Sagon déploie véritablement tous ses moyens, c’est dans le recueil auquel nous avons déjà fait allusion et qui est intitulé :

Recueil moral d'au cuns chantz Royaux balades et Ron deaulx de Sagon présentez et premiez à Rouen à Dieppe et à Caen par luy adressée a venerable reli gieux Domp Richard.

Ango prieur de Beaumont en Auge son oncle

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Indépendamment des poésies couronnées, on y rencontre douze autres chants royaux réunis en chapelet en l’honneur de la Vierge,

Rose que Lune et Soleil environne Bref c’est la rose ayant au ciel oouronne,

un chant royal à la louange de François I er ; un autre à la louange de France triomphante sur l’empereur, enfin la fable de Faux Cuyder , contenant l’histoire des nymphes de Diane.

Tous ces succès palinodiques, répétés pendant cinq ou six années, avaient, paraîUil, suscité à Sagon de nombreux envieux. C’est au moins ce qu’il a jugé à propos de nous apprendre en faisant figurer parmi eux et au premier rang son confrère Clément Marot.

Celui-ci, de son côté, dansl'épître fort connue de son valet Fripelipes, à la suite d’autres griefs, n’a pas oublié de reprocher à Sagon, dans les termes les plus durs, d’avoir oublié, avec une révoltante ingratitude, le service insigne qu’il lui avait autrefois rendu en corrigeant un chant royal couronné précisément au Puy de Rouen. C’est là un détail bien insignifiant dans l’histoire de la querelle des deux écrivains, mais il se rattachait trop intimement à notre sujet pour ne pas mériter une mention particulière :

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Vrayment, dit Fripelipes, il me vient souvenir Qu’un jour vers luy te vey venir Pour un chant royal lui monstrer Et le prias de l’accoustrer,

Car il ne valloit pas un œuf;

Quand il l’eut refait tout de neuf A Rouen en gaignat (povre homme)

D’argent quelque petite somme Qui bien a propos te survint Pour la V..... qui te vint.

Si des prédécesseurs de Ronsard nous passons à ses contemporains et à ses successeurs, la singularité ne diminue guère, et nous retrouvons toujours la même subtilité obscure et prétentieuse. Mentionnons seulement pour mémoire le plus grand poète normand de cette époque, Jean Vauquelin de la Fresnaye, palinodiste par occasion, et arrivons à des écrivains qui ont cultivé le genre avec plus d’ardeur et de persévérance.

Guy Le Fèvre de la Boderie, le savant polyglotte, l’auteur des poèmes de la Galiade et de YEncyclie, fut à diverses reprises couronné au Puy de Rouen. Il existe dans ses œuvres poétiques deux pièces qui l’attestent de la façon la plus positive. La première est intitulée : « Grâces de l’auteur pour la palme obtenue au Puy à M. de Croismare, prince

dudit Puy à Rouen » ; la seconde : « Grâces au Seigneur Papillon, Prince du Puy à Rouen, en l’an 1576 pour les prix de la palme et du lys obtenus par l'autheur ». Dans le concours de 1576 la Boderie avait chanté la Sphère et le Papillon, et le dernier sujet lui avait semblé d'autant mieux choisi, qu'il rappelait délicatement le nom du personnage qui présidait la cérémonie :

L’un chantera d’une voix non obscure La gente abeille et son art merveilleux Ses mœurs, ses loix, sa providence et cure Sa cire vierge et son nectar mielleux.

L’autre dira du fourmy la praticque Son bon ménage et son grenier publicque.

Quelqu’autre encore recitera dans ses vers Le fil d’araigne en longs cercles ouvers;

Mais moy je veux faire voler au monde Du ver à soie esclos en œufs couvers Le Papillon qui fait sa tente ronde.

Indépendamment de plusieurs autres chants royaux, nous voyons encore dans ce volume un sonnet sur la Conception. La destination n'en est pas indiquée, mais il est conçu dans le genre habituel des poésies palinodiques :

L’aisle Pégaze un jour fendant le ciel Frappa du pied une roche haultaine

Qui produisit la plus claire fontaine Sur qui jamais esclayra ce grand œil.

Son eau qui est plus doulce que le miel Ne prist son cours dedans la terre plaine D’un air espais d’une vapeur vilaine Mais simplement ce grand caillou issit (?).

Ni chaud ni froid ne la tarit ni glace Son pur crystal roule en sa pure trace.

Prince du Puy, Anne est la Roche esleue Le Beau Pegaze est le très Sainct Esprit Qui mist au jour la mere de Jhesus-Christ Source sacrée en pureté conceue.

Les vers de la Boderie ne sont assurément pas excellents, mais l'intention religieuse dans laquelle ils avaient été écrits leur communiquait, à ses yeux, une valeur particulière. Aussi ne faut-il pas s'étonner de l'animation chaleureuse avec laquelle il invite les poètes de son pays à suivre son exemple et à rehausser par leur présence l'éclat de ces pieuses solennités :

Sus donc gentils esprits chantez à qui mieux mieux Celle qui enfanta le fils du Dieu des Dieux Celebrez son concept qui par divine grâce Ne fust jamais souillé du venin de sa race.

Les dons de l’etemel en elle reluysant

Faictes hault retentir contre les mesdisans

Et gaignez en chantant la gloire solemnelle

La grâce de son fils et la palme etemelle.

Dans un autre sonnet eucharistique, emporté par le patriotisme local, l'auteur n'avait pas hésité à faire honneur à Guillaume le Conquérant de la fondation des Puys de la Conception :

Le grand dnc conquérant de l’isle d’Angleterre

Qui doit à ce chateau et ce pourpris de terre

Son bers et sa naissance a donné fondement

Au palinod normand et pourtant mon Orfée

Et la palme et le lys lui append pour trofée

Aux lieux d’où sa grandeur print son commencement.

C’est encore au même genre qu'appartiennent les poésies de J.-B. Tanquerel. Pendant plus de douze ans cet écrivain, absolument oublié aujourd'hui, fut le lauréat habituel des concours palinodiques. Les stances qu’il présenta, et qui obtinrent le prix en 1620, méritent d’être recueillies à raison des comparaisons bizarres et multipliées qui s’y rencontrent :

Comme un divin Pollux, Immortelle princesse,

Tu sors de l’œuf fatal d’ou sortent les mortels Tous deux pareils, n’etoit que cet astre sans cesse Vit et meurt; et tes jours demeurent immortels.

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Quoi donc ? Aurore ? Non. Car ses lys et ses roses Se fanent aux chaleurs d’un prophane Tithon;

Et tes fleurs dans les feux de nos fautes escloses N’y prophanerent onc l’honneur de leur bouton.

Plus belle que la lune, à qui le front d’yvoire Sale estant demeuré pour ses sales amours Deux fois six fois l’année en devint toute noire,

Mais ton front est sans tache et ton jour sans descours.

Tu es donc un soleil, seul œil de ce bas monde Qui nous ouvre le jour, mais divers en ce point Que le soleil levant s’en va coucher dans l’onde,

Et ton bel œil se leve et ne se couche point

Arriéré donc Olympe ou bien adore celle Qui faict d’un corps terrestre un celeste séjour,

Dont l’œil si vivement ici bas estincelle

Qu’il donne à ceux la nuit qui lui donnoient le jour.

Laisse donc tes Pollux tes Aurores au More,

Tes lunes au Soleil, et t’en viens recherchant Le Pollux sans mourir — la toute pure Aurore La lune sans descours — le Soleil sans couchant

Ce que nous savons déjà de l’esprit qui régnait dans ces sortes de compositions et des excès de naïveté qui s’y produisaient explique comment, à la suite de Tanquerel, de graves religieux et des esprits habituellement sensés purent aller chercher des figures et, pour ainsi dire, des symboles de la pureté de la Vierge

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jusque dans les faits ou les personnages les plus étrangers à cet ordre d’idées. En 1633, Thomas Molliere, en même temps qu’il obtenait le miroir d’argent pour une ode française sur le Miroir ardent, méritait le soleil, prix des stances, pour une poésie « sur la déesse Gypris, à laquelle il compare celle que l’Écriture appelle la mère de la belle dilection » :

Vierge dont la beauté te rend plus admirable Que celle que l’on vante en la mère d’amour.

Permets qu’en ton concept de l’ombre d’une fable Je tire par mes vers un véritable jour.

De l’eacume des flots si Jupiter exprime Un chef-d’œuvre si beau qu’on l’a creu sans pareil, Dieu faict dedans la nuit de nostre premier crime Ton concept si beau qu’il fait honte au soleil.

Venus pour sa beauté devient une déesse,

Et voit beaucoup d’autels érigés à son nom;

Et Dieu veut que ton los retentisse sans cesse Aux temples consacrés à ta Conception.

Que si le Dieu d’Amour conceu de Cytherée Captive sous ses loix les hommes et les Dieux,

Tu produiras un fils dont la flesche dorée Embrasera d’amour et la terre et les cieux.

Digne émule des précédents, François de Fléoelles, chanoine régulier de la congrégation

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de France, remporta, en 1645, le prix du sonnet pour des vers où le souvenir de Vénus revient d’une manière non moins extraordinaire :

Belle mère d'amour, superbe Cytherée,

Faictes briller ailleurs l'esclat de vos beaux yeux; Ils ne trouveront plus d’autels dedans ces lieux,

Et vous allez enfin cesser d'être adorée.

Bien ne vous servira cette pomme dorée Que le noble berger, d’un choix judicieux Arbitre qu’il étoit de la beauté des cieux,

Seule vous déclara digne d’etre adorée.

Sur Minerve et Junon en vain vous l'emportez:

Et le beau fruict fatal enflant vos vanités,

Vous faictes gloire en vain du jugement d'un homme.

Une divinité dont mon coeur est espris

Sur toutes les beautés doit remporter le pris

Pour n'avoir pas de part au péché de la pomme.

Quelle que fût du reste la simplicité révélée par de pareilles habitudes, elle n’empêchait pas, de temps en temps, la manifestation de sentiments d’une moralité équivoque et d’une orthodoxie plus que suspecte. Pour nous borner aux époques anciennes, dès avant 1537, de nombreuses poésies entachées d’hérésie avaient été présentées au Puy de Rouen. J.-B. Chan-

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delier semble y faire allusion dans son épître à Jean Boucher intitulée : Louenge d'éloquence et des abuz quon y faicl au temps présent :

Tant a gaigné le fonds et si avant

Que soubs rondeaux, ballades et chants royaux

Ne sont trouvés que songes desloyaux,

Que mieux valoit n’avoir esté ouverte Cette science entre nous descouverte.

Un peu plus tard, nous trouvons dans le Compte des amendes du vicariat de Pontoise, du 13 octobre 1545 au 1 er octobre 1546, rendu par le receveur Blancbaston (1), une mention explicite qui a trait à un palinod de ce genre présenté au concours de 1545.

Item pro pluribus viagiis per dictum computantem Parisiis factis insequendo litteras D. D. (Arckiepiscopi) et do mini Thesaitrarii pro visitatione unius Dicti, d'ung Palinot gallice, in festo Concepcionis novissime fluxo presentati et pro sollicitatione condemnationis dicti Palinot.

xxiii 11.

(1) Archives de la Seine-Inférieure, série G, 405.

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Nous ne connaissons pas la poésie qui motiva cette dépense, mais elle méritait évidemment d’être comprise au nombre de celles que stigmatisait, avec tant d’amertume, le pieux conseiller du Parlement, Chandelier.

Quels que fussent la barbarie et le défaut d’intérêt de la plupart de ces pièces, il est impossible de ne pas reconnaître qu’elles obtinrent, au moment où elles parurent, un véritable succès. Il y a plus, pendant de nombreuses années, elles furent l’objet de la faveur du public, non seulement à Rouen, mais dans tout le reste de la province. Nous ne voudrions pas d’autres preuves de cette vérité que la publication successive de divers choix de poésies empruntées toutes au genre palinodique.

Aux premières années du XVI e siècle, Pierre Fabry leur accordait droit de cité dans son Grand art de pleine Rhétorique. Nous y rencontrons, en effet, présentées aux lecteurs comme des types accomplis, diverses pièces empruntées aux productions de Lescarre et de Senyguehen. Le chant royal de la Fontaine (Taménité par ce dernier auteur et la ballade de son rival : Sur la rose en Jherico plantée auraient bien peu d’intérêt pour nous; une autre composition de Lescarre a conservé plus de saveur et d'originalité. Elle rappelle, par

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— incertains détails, La chasse du cerf privé , qu’un manuscrit de la Bibliothèque nationale nous montre illustrée de si curieuses miniatures, et elle suffira k nous donner une idée des poésies auxquelles Pierre Fabry a réservé son admiration :

Champ royal d’on vbneur qui corne

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