‹ Les puys de Palinod de Rouen et de Caen, ouvrage posthume de Eugène de Robillard de Beaurepaire publiéChapitre 13 sur 23 · VOULLANT PRENDRE EN IMPURITÉ · texte numérisé non relu

VOULLANT PRENDRE EN IMPURITÉ

Une pure et blanche licorne Qui se vint rendre a purité.

Le grant veneur qui tout mal nous pourchasse Portant espieux aguz et affilez,

Tant pourchassa par sa mortelle chasse Qu*il print ung cerf en ses lagz et filiez.

Lesquels avoit par grant despit filiez Pour le surprendre au beau parc d’innocence.

Lors la licorne en forme et belle essence Saillant en l’air comme royne des bestes,

Sans craindre abboy ennuyeux et canin,

Monstrer se vint au veneur à sept testes Pure licorne expellant tout venin.

Ce faulx veneur cornant par flere audace Ses chiens mordants sur les champs arengez, L’espersnt prendre en quelque infaicte place Par la fureur de telz chiens enragez;

Mais desconfitz, laz et descouragez Ne luy ont faict morsure ou violence,

Car le Lyon de divine excellence

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La nourissoit d’herbes et fleurs celestes En la gardant par son plaisir bénin Sans endurer leurs abboys et molestes Pure licorne expellant tout venin.

Sus elle estoit prévention de grâce.

Portant les traicts d’innocence empanez Pour repeller la veneneuse trace De ce chasseur et ses chiens obstinez Qui furent tous par elle exterminez Sans luy avoir inféré quelque offence.

Sa dure corne eslevoit pour deffence Donnant support aux bestes trop subjectes A ce veneur cauteleux et maling,

Qui ne print onc par ses dardz et sagettes Pure lycorne expellant tout venin.

Ainsy saillit par dessus la flllace Et dardz poinctus darcher mortel ferrez Se retirant sur haultaine tarrace Sans estre prinse en ses lagz et ses reths.

Lesquels avoit fort tyssus et serrez Pour luy tenir par sa flere insolence.

Mais par doulceur et par benevolence Rendre se vint entre les bras honnestes De purité plaine d’amour divin.

Qui la gardoit sans taches deshonnestes Pure lycorne expellant tout venin.

Pour estre ès champs des belles l’outrepasse Et conforter tous humains desolez Triumphamment seulle eschappe et surpasse Ses lagz infects par icelle adnullez.

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Donc icy bas nous sommes consolez Par la lycome où gyst toute affluence D’immortel bien par celeste influence;

Car par ses faictz et méritoires gestes A couteré tout l’orgueil serpentin.

En se monstrant par vertus manifestes Pure lycome expeliant tout venin.

Envoy.

Veneur mauldict retourne a tes tempestes;

Va te plonger au gouffre sulphurin.

Puis que n’a prins par tes cors et tempestes Pure lycome expellant tout venin.

Le recueil de Pierre Vidoue renferme des spécimens beaucoup plus nombreux. Ce volume, qui est aujourd’hui d’une extrême rareté, est intitulé : « Palinods, Chantz royaux, Ballades Rondeaux, et Epigrammes à l’honneur de l’immaculée Conception de la toute belle mere de Dieu Marie, (Patronne des Normans) présentez au puy à Rouen Composéz par scientifiques personnaiges desclairez par la table ci-dedans contenue ». A la fin se lit la mention suivante : Impri/nebat petrus Vidovœus (1). La date de cet opuscule n’est point indiquée, mais peut être fixée approximativement entre les années

1530 et 1550.

(1) Ce recueil a été publié, en 1897, pour la Société des bibliophiles normands, par l'auteur de ce volume.

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Les poètes dont les œuvres ont été mises à contribution pour le recueil sont : Andry de la Vigne, Guill. Crétin, Jehan Marot, Nicolle Ravenier,Dom Nicolle Lescarre,Pierre Apvril, Nicolle Osmont, Jacques Le Lieur, Jean Alyne, Guillaume Columbe, Richard Bonneannée, Nicolle Aubert, Pierre Le Lieur, N. Turbot, Guillaume Thibault, Jacq. du Parc, Innocent Tourmente, Pierre Le Chevallier, Crygnon de Dieppe, Guygnard, apothicaire, Picot, Guill.

Roger, Clément Marot, Jacq. Fillaster, Busquet, Tasserie, Frère Guill. Alexis, Nicolle Le Vestu, Nicolle du Puys, Guillaume Thibaut, Vivian le Charpentier, Nicolle de Nerval, Arnoul Chapperon, Jean Bertrand. C’est là, à coup sûr, l’élite des poètes palinodiques. Mais la lecture de leurs œuvres ne saurait nous apprendre rien de nouveau. Nous devons cependant remarquer que la poésie latine y est assez largement représentée, mais les épigrammes qui terminent le volume ne le cèdent pas en barbarie aux chants royaux par lesquels il commence :

Holofernes hostis temnlentus Expers diri fati vel ominis Suis jacens cas tris somnolentus Prurituque per ardens ignts Cœso cadit capite insignis

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Judich manu ; éteint» dentibtu.

Manu qaid f Non, sed pede virgini»

Cadtt serpent tristis captttba»

Et macula quam Eva fœtlbus Internerai arutt in ea Hec prophetia: canit plus cantibus Tota pulchra et arnica mea.

Ta et Judich virgo divinitus Figurata tacris in pagtnis Font signatas, nunquam turbulentes Nec obsetsus dœmone machinit Odor dulcit balsaml uirginis Preornata tacris monilibus Tum et[re ] dolent rota sine tpinis Orti clauti nota in vallibut Validati clgpeis milibus Ista refert Salomon antea Contât item et crebris uocibus Tota pulchra es arnica mea.

Ptalle David valet luculentus Archa venit dioini numinis,

Ictus hic est: sed eris contentes Et precium humant germinis Fuge Michol tais cum cachinnis Vert mutis clam susurranlibus Tubicines, clangito Virginia Humana gens buclt pendentlbus Conctnite Salomon cantibus Divis conta plebe cum htbrea Tu es botrus Enguddi vitibus Tota pulchra et arnica mea.

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De libano tanir de montibtu Virgo oeni, tota saphir ea,

De amara pardorum sentibus Triamphalis corona lanrea Confatatis te obtatrantibas Tota putchra es arnica mea.

Les poésies qui s'étalaient dans les placards expédiés, à titre d’annonces, aux diverses villes de Normandie, ne répondaient que trop complètement aux types que nous avons rencontrés jusqu’ici. Compositions latines et françaises étaient de la même force et reproduisaient à satiété les mêmes idées et les mêmes comparaisons. Nous nous bornerons à transcrire, comme spécimen, quelques vers empruntés au placard de 1544. Ils nous paraissent former le digne pendant des vers recueillis par l’imprimeur Vidoue :

Le noir corbeau ainsy que oiseau ramaige S’est arresté sur une morte ymaige En quittant l’arche et Noé son pasteur.

Sus, Colomb, sus, monstre ton blanc plumaige Prend le rameau dont tu as faict hommaige De paix prospéré a ton conservateur:

Etendz le vol par mer soubz l’equateur Jusques au premier et dernier viateur Les invitant faire œuvre d’efficace Pour collauder malgré l’impugnataur

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Celle qui fut mere du rédempteur, Seule conceue entre les bras de grâce.

Envoy.

Mauldict corbeau et damné détracteur,

Ne quicte poinct le corps de puanteur Car Noé mect la colomb en ta place Pour animer tout dévot serviteur De l’humble dame au gré du créateur.

Seule conceue entre les bras de grâce.

Rondeau.

Sur le bureau de la chancellerie Du Roy des Roys pour l’ancelle Marie Fust accordé lectre d’exemption.

Où fust posé pour sa conception Le sceau d’amour portant triple amorie.

Le Salnct esprit de purité florie Signa la lettre, et Foi qui ne varie L’enterina en la Cour de Syon Sur le bureau.

Apollo doncq par champs, monts et praries Jusqu’en ce puy tes neuf muses charrie Pour inspirer les fils d’adoption Le noble Prince y donne l’option Des prix d’honneur que l’honneur apparie Sur le bureau.

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Le petit volume de Pierre Vidoue, dont le placard de 1544 nous a un peu écarté, ne saurait être séparé d’une publication analogue qui parut dans les premières années du XVII e siècle. Elle est intitulée : Œuvres poétiques sur le subject de la Conception de la très Saine te Vierge Marie mère de Dieu composées par divers autheurs recueillies par Adrian Bocage prestre. Cet opuscule, sorti des presses de Robert Feron, porte la date de 1615 et est dédié à Messire François de Harlay, coadjuteur du cardinal de Joyeuse, archevêque de Rouen. Il renferme cent quarante-quatre pièces palinodiques. A vrai dire, Vidoue et Bocage représentent exactement toute la période ancienne des Puys normands.

Comme son prédécesseur, Bocage ne réclame pour lui que l’honneur d’avoir recueilli en faisceau des poésies qui, sans lui, auraient couru grand risque d’être perdues. Aussi, dans des vers assez gracieux, un anonyme jugeat-il à propos de comparer le docte ecclésiastique du diocèse d’Évreux à l’industrieuse abeille :

Sic fascem dispersa ligas hæc carmina in unum Ut mella in texto vimine condit apis.

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Dans des vers français, Michel de la Fosse, autre ami de l’auteur, lui décernait le môme éloge en ayant recours à des images différentes :

Car quoiqu'un diamant soit riche et précieux Par l’admirable effect de la nature auctrice Toutefoys il reluyt d’un front plus radieux Quant le subtil ouvrier y met son artifice.

De môme l’air plaisant des divines chansons Qui charment noz esprits décorant cet ouvrage Avoient dedens l’oubly desacordé leurs tons Si tu n’eusses prevu le mal de ce dommage.

Parmi tous ces vers, glanés un peu de tous les côtés et comme au hasard, peu sont remarquables par le mouvement de la pensée ou la justesse de l’expression; mais, en revanche, que de jeux de mots, que de subtilités et de bizarreries! Un des auteurs favoris de Bocage est incontestablement Auvray, si lestement traité plus tard par Boileau. Nous lui emprunterons quelques passages :

Ouy la Vierge est un lys qui prend son origine Sa neige et son parfum d’un principe infecté C’est d’un rosier poignant le bouton sans epines Qui au desert du vice estalle sa beauté.

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C’est un mignard soucy qui dilate sa chasse A petitz plis dorez aux raiz de son soleil;

C’est un brillant soleil qui nos soucis deschasse A l’abord amoureux des rayons de son œil.

C’est un beau ciel d’amour dont le double hemisphere Influe sa vertu sur nos inflrmitez,

Une estoille immobile en la mouvante sphere Qui roulle sur l’essieu de nos legeretez.

Non, Vierge, un lis n’a pas la fleur encor si blanche,

La rose meurt naissant: vous vivez au tombeau;

Le soucy vers le soir contre la terre panche :

Dans l’obscur de la nuict vostre lustre est plus beau.

Phœbus sur l’orient ses raiz nouveaux desserre: Dedans nostre occident commence vostre cours:

La terre vous comprend, le ciel comprend la terre L’estoille disparoit, et vous luisez tousiours.

Quoy donc: nul de ces noms en rien ne vous ressemble, En vain pour vous louer je les ay recueilliz;

Vierge, pardonnez moy, vous estes tout ensemble Estoille, ciel, soleil, soucy, bouton et lis.

C'est donc au même poète qu'appartiennent des vers assez vifs contre les hérétiques qui rejettent la croyance à l'immaculée Conception, ainsi qu’une invocation au ciel, d’un tour original, par laquelle débute un de ses chants royaux :

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Grand Dieu, Grand Roi, Grand Juge que j’adore Facile aux bons, difficile aux pervers.

De tout mon coeur ores je vous implore.

Que sans brusler j’allume dans ces vers Le feu qui doit brusler tout l’univers.

Faictes, mon Dieu, qu’au discours que j’entonne Sans m’estonner tout le monde j’estonne,

Que le meschant en frémisse d’horreur,

Que tout en pleurs le cœur du juste fonde.

Puys me monstrez aprez tant de terreur L’entier palais dans le brazier du monde.

Citons encore une 6de, dont l’auteur ne se trouve pas indiqué, mais qui, à défaut d’autre mérite, conserve la trace des procédés habituels de l’école de Ronsard :

Dans le sein de la froidure Rentre l’hyver et les vents Dès le jour que la nature Nous faict revoir le printemps Le pré son esmail enfante,

Les monts se parent de fleurs,

L’orme verdit, et la plante De sa verdure naissante Secoue le joug des froideurs.

En ce temps la blonde avette,

Amoureuse du soleil,

Desploye sa doulce aislette Aussitost qu’il ouvre l’œil,

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Par les champs elle moissonne L’esmail des roses et lys,

Et l’arondelle mignonne De son bec ouvrier massonne Sans ayde ses petits nids.

Mais quand la chienne ennemie Et l’automne ont faict leur tour Que le verse-eau dans sa buye Cele à demy nostre jour,

L’hyver aux plaines herbues Ravit leur bien le plus cher Et de traicts lancez des nues Abast les forests feuillues Et faict rouler maint rocher.

Toutesfoys l’aspre furie De ce vieillart ne faict tort A l’amaranthe fleurie Qui brave tout son effort.

Ainsi, Vierge au ciel esleue,

Bien que ta race ait esté Des traicts du péché vaincue Sans péché tu fus conceue Dans l’hyver d’iniquité.

Malgré la bizarrerie de quelques poésies empruntées aux œuvres de ses rivaux, Jacques Auvray reste le roi véritable du recueil de 1613. Les spécimens choisis par Bocage ne suffisent même pas à faire complètement

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apprécier cette nature où les disparates abondent, et qui sollicite l’attention, autant peutêtre par les défauts que par les qualités. Ce serait sortir de notre sujet qu’essayer, même rapidement, de passer en revue les productions diverses échappées de sa plume. Mais, dans une étude sur les poésies palinodiques, comment ne pas au moins mentionner le recueil spécial où son ami David Fonaud jugea à propos de réunir toutes les pièces qui, de près ou de loin, se rattachaient au Puy de Rouen?

Le volume imprimé par ses soins et dédié à Messire Faucon de Ris, premier président du Parlement, parut en 1626 sous ce titre: Les œuvres saine tes du s r Auvray — desquelles la plus grand partie n'ont encor esté veues ny imprimées . Dans une pièce liminaire l’éditeur expliquait qu’il s’acquittait, en les mettant au jour, d’une promesse qu’au moment suprême de la séparation, il avait faite à leur auteur :

Cloton le ravit par envie,

Mais vous faut d’une autre vie Le faire revivre a iamais:

Vous pouvez aux rives estranges (Ores qu’aux cieux il est en paix)

Mieux faire bruire ses louanges.

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Estant près de rendre l’esprit Entre mes mains il vous commit Me disant, pour mes œuvres sainctes Fay que quel qu’un soit leur appuy Qui puisse empescher les atteintes Des censeurs du labeur d’autruy (1).

Le volume renferme, indépendamment d'autres compositions, onze chants royaux, neuf stances, six sonnets, deux odes, une invitation aux poètes pour le Puy de la Conception et deux Grâces à l’occasion de prix qu’il avait remportés.

Son invitation renferme des pensées judicieuses dont il eût dû plus souvent s’inspirer pour ses propres poésies :

Tous ne vont à Corinthe et l’on dit sagement Qu’on ne fait de tous bois l’image de Mercure,

La Musique a trois clefs, la Muse seulement Enferme ses trésors soubs la clef de nature.

Sans nature les vers sont mal assaisonnez:

Ou ils crevent bouffis, ou ils trainent les aisles.

Et l’on juge bien tost que ces monstres sont nez En dépit de Phebus et de ses neuf pucelles (2).

(1) Les œuvres sainctes du sieur Auvrag. — Au sieur Auvrag sur les œuvres sainctes. Ode. Pièces liminaires sans pagination.

(2) Ibid., p. 3.

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Les pièces intitulées Grâces nous reportent aux années 1608 et 1621. La première est datée de la Hollande où Auvray résidait après avoir quitté la France à la suite des dénonciations dont il ne nous fait pas connaître la nature. Par une particularité curieuse à noter, cette poésie est tout à la fois une prière à la mère de Dieu et une imprécation contre les calomniateurs qui le persécutaient :

De mesme, o Saincte Vierge, ores que la tempeste D’un tesmoignage faux s’eslancant sur ma teste Me chasse misérable en ce barbare lieu:

Chanteray-ie ton los au fort de ma misere ?

HelasI pourrois-ie bien louer de Dieu la Mere Entre les ennemis de la Mere de Dieu?

Si ie dy que tu es Vierge perpétuelle.

Ils disent qu’à Joseph tu fus femme chamelle.

Si ie dy que tu fus mere du seul Sauveur,

Ils disent qu’elle avoit d’autres freres de race.

Si ie dy qu’en concept tu es pleine de grâce,

Us s’en moquent disant que ce n’est qu’une erreur.

Ainsi plus ie m’efforce à publier ta gloire,

Plus ils vont s’efforçant d’en ternir la mémoire.

Je veux doncques ma plume au silence vouer:

Que dis-ie? excuse moy, Vierge que je reclame,

Plus te hayt l’heretique et plus t’ayme mon ame,

Plus il te blasmera, plus ie te veux louer.

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Mais ie veux qu’il n’y ait sur le front de mes carmes Que cris, gémissements, soupirs, sanglots et larmes; Larmes, sanglots, souspirs, gémissements et cris, Tesmoins de ma douleur et de mon innocence,

Afin qu’un ver secret ronge la conscience,

De tous les envieux qui liront mes escrits.

Donc, maussades esprits, Ames pasles d’envie, Deschirez mon honneur, mes escrits et ma vie;

Riez vous de mes pleurs et de mon sort fatal,

Gorgez vous de mon sang, harpies inhumaines.

Je n’ay pas tant de mal à supporter mes peines Que vous avez de peine à me faire du mal (1).

Les Grâces pour l'année 1621 n’offrent pas le même intérêt, nous ne voyons à y signaler que l’énumération versifiée de tous les objets qu’il avait choisis comme emblèmes de la pureté de Marie. Au lieu de reproduire ici ces passages nous croyons qu’il vaut mieux citer deux autres pièces, une ode sur la Conception et quelques strophes d’une poésie sur le même sujet intitulée l'Image de la Vierge.

Ode.

Du Pinde belles concierges Faites un bouquet de fleurs A nostre Vierge des Vierges

(1) Les auprès saincte» du sieur Auoray. — Au sieur Auvray sur les auprès sainctes. Ode, p. 85.

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EsmaiUé de cent couleurs Et si autre fois ma lyre A triomphé sur ce puy.

Que le plus sçavant admire Combien le Dieu qui m’inspire M’est favorable aujourdhui.

Dans le parterre où Pindare Cueillit ses mignards discours Pillez d’une main avare L’immortel Passe velours,

Les Lys d’infectes racines La Nymphée au sein des eaux La Roze entre les espines Clytie aux tresses orines Amante au Roy des flambeaux.

Puis ie veux, Reine fameuse, Pour diaprer vos habits Despouiller l’Inde gemmeuse De perles et de rubis Et tistre de main habile L’amianthos excellent Qui se fend, se fond, se file Et dont la toile subtile Résisté au feu violent

Non, Vierge pleine de grâce Plus pure que tous les cieux Tous ces présents que i’amasse Sont indignes de tes yeux.

L’amianthos que ie vante Les rubis, les unions,

v—— OrigtneHrom

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Soucy, Lys, Rose, Amaranthe,

Près ton concept que ie chante Ne sont qu’imperfection.

Image de la Vierge.

Pein donc. Muse, premier son large front d’ivoire Où le vray Dieu d’amour au milieu soit assis ;

Epars modestement sa tresse un petit noire Et à deux arcs d'ebene egalle ses sourcils.

De roses de pudeur et de lys d’innocence Entremesle le tein de la pudique chair.

L’un de ses yeux soit doux, que de l’autre elle élancé Tant d’éclairs foudroyants qu’on n’en oze approcher.

Pein deux coraux vermeils pour ses lèvres pucelles Ou deux rouges charbons que l’on vient d’embrazer. Ses levres (dis-je encor) soyent si chastement belles Qu’il n’y ait que Dieu seul qui les oze baiser.

Pein son col de cristal, sa gorge de porphyre Et que deux monts d’albastre enflent son chaste sein. Puis y pein mon Sauveur qui ses mamelles tire Et caresse en jouant de sa petite main.

Ne compare les bras dont Junon d’ordinaire Embrasse sur Ida son lupin quelquesfois Aux bras dont nostre Vierge embrassoit en calvaire Son fils tout roide mort sur l’arbre de la croix.

Pein luy les doigts rozins de l’Aurore naissante;

Ces deux estoilles sont messagères de jour,

L’Aube enfante Phœbus, l’humble Marie enfante Au tombeau de la mort le flambeau de l’amour.

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Qu’il sorte de sa bouche une aleine musquée Qui embame le Ciel, que les Anges encor Arrengez a l’entour de sa bouche sacrée Recueillent sa priere en riches vases d’or (1).

C’est vers la même époque et sous la même influence littéraire que fut publié le recueil original de Pierre de Marbeuf, sieur d’Imare, intitulé Psalterion chrestien , dédié à la mère de Dieu, l’immaculée Vierge Marie. En faisant paraître son volume, l’auteur agissait dans des vues moins désintéressées que ses prédécesseurs Vidoue et Bocage : il n’éditait en définitive que ses œuvres et se préoccupait exclusivement de sa propre gloire. Mais, bien qu’à cet égard l’intérêt du volume ait un caractère restreint qui le rapproche des Œuvres sainctes d’Auvray , la physionomie de l’écrivain reste assez étrange pour mériter d’arrêter un moment l’attention. Elle se révèle tout entière dès les premières lignes de la dédicace. Après avoir parlé de Ronsard, le prince des poètes, plus harmonieux qu’Amphion, plus doux en ses airs qu’Orphée, plus mélodieux qu’Arion, et lui avoir reproché « d’abastardyr ses divines conceptions par des amours folas-

(1) Les tenons sainctes du sieur Auorag. — Au sieur Auoray sur les œuores sainctes. Ode, p. 62.

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très, Marbeuf s’adresse en ces termes à la Vierge en lui offrant ses productions:

« A vous, dis-je, je consacre ce psalterion decacorde les tons duquel ne resonnent rien que vos louanges. J’y ai gardé le sisteme musical, le distribuant en quatre parties : le bassus vous est dédié, car toute voix qui vous chante descend très bas. La contre basse esclatte à l’honneur du corps sacramentel de vostre fils quoy qu’il vaudroit mieux y faire le tacet veu qu’on ne peut mieux exprimer ce mistere que par le silence. J’entonne la taille à la louenge d’un sainct prélat, le choisissant comme médiateur; et enfin pour pousser les accents d’un superius jusqu’à vous, vous orrez les eslancements d’une ame penitente implorant vostre miséricorde; et ainsy ayant marié l’Apollon clirestien à la Saincte Parthenice, j’ozeray vous offrir cette couronne de laurier

et de . soubz le titre de celuy qui est né

pour vivre et mourir à vostre service » (1).

Il est aisé de voir par cet extrait que toutes

(1) Un instant Pierre de Marbeuf avait pensé à placer son livre sous le patronage de son ancien maître, le jésuite Frédéric Plouet ; mais il y avait renoncé ainsi qu’il nous l’apprend naïvement dans les vers suivants:

Ouy mais pour vous l’offrir l’osteroi-je à Marie.

Vous en seriez raarry, je ne le feray pas.

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les poésies du Psalterion , bien que tendant, d’une manière plus ou moins directe, à la gloire de la Vierge, ne sauraient être toutes considérées comme parthéniques. Parmi celles auxquelles ce caractère appartient indubitablement nous citerons notamment les poésies, si goûtées en leur temps, sur l'Œil, ilris et le Phénix. Voici quelques vers de ces trois pièces :

L’œil est dans un chateau que ceignent les frontières De ce petit vallon clos de deux boulevarts.

Il a pour pont levis les mouvantes paupières,

Les cils pour gardes-corps, les sourcils pour remparts.

Tel est le col doré des chastes colombelles Variant ses couleurs opposites au soleil.

Mais encor de l’Iris les couleurs sont plus belles Que l’esmail colombin qui dclecte nostre œil.

Le Soleil à la nue oppose son visage De ce bel arc en ciel pour former le voutis.

Jésus est le Soleil, le monde le nuage,

La grâce le rayon, et la Vierge l’Iris.

Le Phénix ou, comme le dit le poète, l’oiseau qui prend de la mort sa naissance, peut soutenir la comparaison avec l'anatomie

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de l’œil et la description de l’arc-en-ciel. Nous nous bornerons à en reproduire l’envoy éclatant comme un chant de victoire :

Envoy.

Enfin, enfin, par ma dextre guerriere Mes corrivaux sont portés en arriéré.

Prince, permets puisque je l’ai conquis Couvert encor d’honorable poussière,

Qu’à mon Phénix ton laurier soit acquis.

Pour tous les contemporains le chef-d’œuvre de Pierre de Marbeuf resta la description de l’Œil. Elle fit oublier le chant royal sur YAmaranthe , qu’il avait présenté en 1592, l’ode sur le Narcisse , de 1620, et l’allégorie latine sur une Jeune fille préservée de mort au milieu d'un naufrage, de 1618. La perfection prétendue de ces stances couronnées en 1617 porta même un de ses admirateurs à placer Marbeuf au-dessus d’Homère, par une raison plaisante tirée du titre de la poésie et que nous trouvons ainsi expliquée :

Car Homerb est aveugle et l’autbur a un œil.

Malgré tout nous serions bien tenté de placer sur la même ligne un sonnet sur le bon

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larron , qui débute par ces deux vers caractéristiques :

D’un insigne voleur on va faire justice,

Pour son dernier larcin il volera les cieux.

et surtout des stances sur la Vierge qui méritent d’être intégralement reproduites :

Marie, cependant aymez vos amoureux.

L’air soit, lune d’argent propice à nostre voile, Peignez nostre Horizon, o aurore des Cieux,

Et nous suyvrons toujours pour phare vostre estoille.

Afin que vous serviez à nostre nef d’estoille Nous voulons à jamais, aurore, vous aymer, Servez donc, belle lune, à ceste pauvre voille Marie, lune, aurore, estoille de la mer.

Fleur du monde et des cieux, qui distillés le miel. Rose, estoille, miroir, porte, clef et fontaine, Chaste espouse de Dieu, astre argentin du ciel, Marie vierge, mère, aurore, lune et reyne.

De quelque don de bienveillance qu’on soit pourvu, on éprouve le besoin de respirer après un pareil amphigouri.

Hâtons-nous d’ajouter que le Psalterion n’est pas toujours aussi ridicule et que l’on peut y glaner quelques vers énergiques ou gracieux, notamment dans le Mondain converti ,

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dans les Lamentations sur la destruction de Jérusalem et surtout dans Y Éloge de la Normandie. Le frère de notre auteur, François de Marbeuf, passé sous silence par l'abbé Gouget, s’exerça aussi dans le genre palinodique. Il célébra en 1634 et 1635 Y Enfant sauvé d'une ville abysmèe et Y Inondation de la Catalogne. Mais ces deux pièces n’eurent qu’un médiocre retentissement.

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