‹ Les puys de Palinod de Rouen et de Caen, ouvrage posthume de Eugène de Robillard de Beaurepaire publiéChapitre 16 sur 23 · L’ARRIERE GARDE · texte numérisé non relu

L’ARRIERE GARDE

Josué, preux et prompt, Menez l’arriere garde Sus vostre cheval rond Fourny de bonne barde; Deffendez le vray came De la langue lézardé Le choys de toute femme.

La droictb abllb

Conduysez la droicte aelle, Roullant et Olivier, Albanoys et leur zele Menez sans lovyer,

Abbatez boys et rame;

Si vous donra loyer Le choys de toute femme.

La SENEStre aelle

Régnault de Montauban Et Oger le Danois,

Menez l’aelle et hauban Des Tradiots de choys Pour celle qu’on reclame, En tout arriéré ban.

Le choys de toute femme.

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Au premier abord, ce qui frappe dans cette longue et monotone énumération, c'est la bizarrerie de la conception, à laquelle le poète s’est arrêté; mais, en y réfléchissant, il est impossible de ne pas reconnaître les relations étroites qui la rattachent aux triomphes , aux entrées et aux mômeries, dont nous avons parlé :

Eglise

Assemblez vous et faictez comparence Au champ royal l’en vous baille iournée Pour combatre à toulte diligence Contre la secte mauldicte et forsenée ;

Vous, l’esglise, faictes cette menée;

Pour le premier vous ferez l’auant garde;

Entrez dedens, que nul de vous ne tarde.

Ouurez liures de la saincte escripture Et gardez bien qu’il n’y ait créature Qui desdye vos souuerains edicts;

Faictes crier & humaine nature :

Viue la fleur, royne de Paradis.

Noblesse

Nobles, venez en grant magnificence.

En bataille vous conduirez l’ai mée,

Monstrez vous fortz à toulte corpulence, Deffendez vous, combatez main armée Contre la gent qui est mal informée Et n’espargnez cheual, escu ne barde.

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Soyt d’espee ou lance qu’on les larde,

Et qu’ilz soyent mys tous en desconfiture.

Et que iamais n’y en ait geniture Qu’ilz ne soyent de ce monde interdictz.

Faictes dire sus paine de torture:

Viue la fleur, royne de Paradis.

Peuple

Après, peuple, venez en affluence,

De toultes pars acquerés renommée,

Passez oultre, faictes faire silence,

Que celle gent soyt de vous enfermée Et qu’elle soyt si bien reconfermée Que iamez nul dessus vous ne reguarde,

Faictez passer toulte l'arriéré guarde Par dessus eulx et toulte leur closture.

Rompez, brisez et faictes ouuerture,

Tuez, bruslez heriticques mauldictz Qui n’ont voulu dire par orature:

Viue la fleur, royne de Paradis (1).

Jean Lombard est bien de son temps, et les vers septains dont il est l’auteur auraient pu servir de programme pour l’une de ces curieuses cérémonies. A côté de ces pièces qui sollicitent l’attention par leur étrangeté, il en est quelques autres qui auraient droit, au moins, à

(1) Chants royaux du Palinod de Rouen, XVI e siècle. Ms. sur papier de l’Académie de Rouen.

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une mention rapide, parce que, à divers titres, elles sortent du genre habituel des poésies palinodiques. Nous devons à cet égard donner le premier rang aux stances sur la mère du genre humain, Ève, présentées en l’an 16...

La mere des mortels jusques au cœur atteinte.

Que nulle autre en douleur ne pourroit égaler.

Ainsi pour ses enfants faisoit à Dieu sa plainte.

Car Dieu tout seulement la pouvoit consoler.

Le péché sur la Femme ayant eu la victoire Tient de ses durs liens tout le monde attaché. Seigneur, devez-vous pas reparer nostre gloire Et faire triumpher la femme du péché.

Mais desià tant de fois, sans m’etre secourable,

Le ciel dessus mon chef recommence son cours,

Et i'apprends, à mon mal, combien est véritable Que les siècles entiers ne vous sont que des jours.

Puisque ma chere race, à l’enfer asservie.

N’attend plus que son Dieu la veuille secourir,

Cessez, ô Tout puissant, de prolonger ma vie;

Rien n’est aux languissants plus doulx que le mourir.

Ces plaintes mélancoliques d’five contemplant avec une tristesse profonde le sort de ses enfants et n’aspirant dans son désespoir qu’au repos de la mort, forment le contraste

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le plus frappant avec les poésies que nous avons pu apprécier jusqu’ici. La tristesse disparaît, mais la différence ne s’accuse pas avec moins de relief dans une ballade et un rondeau en manière de vaudevires, que nous croyons devoir citer parce que, à défaut de visées tlféologiques, ils conservent l’empreinte d’une certaine bonhomie frondeuse et narquoise :

Au temps de la Conception Faicte par les œuvres divines 11 n'estoit point de mention De longs habits ne tant de mynes.

Aux grands bancquets ne aux gésines Aussy acqueroyent-ils bon bruyt;

Les femmes n'estoyent pas si fines Au temps de Jacob genuit

llz alloyent en deuocion Auec leurs voysins et voysines,

Et n’estoit point de question De s’habiller comme poupines, llz estoyent doulces et bénignes Sans prendre aux dominots deduyct Les femmes n’estoyent pas si fines Au temps de Jacob genuit

Désormais voisent aux sermons Et au matin ouyr matines,

Qu’ilz ne portent plus les momons Et qu’ilz soyent à servir enclines

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Leurs maris, honnestes et dignes,

Sans prendre ailleurs leur fol deduicL Les femmes n’estoyent pas si Anes Au temps de Jacob genuit

Envoy.

Prince, en moins d’un tour de main Us crestellent comme gellines Ou bien souvent parlent latin,

Ce me semble très mauvais signes,

Car vous sçavez que péché nuyst.

Les femmes n’estoyent pas si Anes Au temps de Jacob genuit

R nwnp a t f itu n uijA l •

Je leur pry qu’au temps aduenir llz prengnent à la Vierge exemple Qui fust de Jhesus le sainct temple Pour en grâce nous maintenir.

Sachez que mal ne peult venir A celle qui bien la contemple.

Je leur pry qu’au temps aduenir llz prengnent à la Vierge exemple.

Qu’ilz n’ayent plus en souvenir Volupté qui de mal les remple Affin qu’au royaume très ample Jhesus les face paruenir.

Je leur pry. (Répétition de la première strophe.)

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