NOS EAM DEBKMUS HABERE ET MER1TO QUUM IN NOSTRIS OPERIBUS CAPTUS EST
La Légende dorée n’entre pas dans tous ces détails, mais elle a retenu au moins la substance du récit primitif : « Et Noustre Dame fîst cisser l’aive de la rivière de Seine à destre et à senestre et mena le prestre à rive lequel lui chaist aus pieds et dist : « Chere et doulce « vierge Marie mere de Dieu, quel guerredon « vous pourroi-je rendre pour la grand bonté « que vous m’avez faite » ; et Noustre Dame lui dist qu’il se gardast de fornicacion et lui commanda qu’il feist chèrement celebrer la feste de sa concepcion et qu’il la preschat a celebrer. Ce prestre s’en alla en un hermitage et prescha cette feste tant comme il vesquit ».
Simon Vostre ne pouvait omettre la représentation de ce fait dans ses illustrations : elle y figure avec le quatrain suivant :
Ung clerc par peche desvoié
Allant en fornicacion
Fut par plusieurs dyables noyé,
Par la vierge fut ravoié Qu’il servoit par dévocion.
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Gaguin s’est aussi emparé de ce récit, et c’est d’après lui qu’il fut reproduit par les auteurs du Traité intitulé Pie tas Lugdunensis : — Sacerdotem nequam in Normannia, cum in cubilibus et impudicitiis egissct animant essetque idcirco æternis ignibus mancipandus, Virginis immaculate conceptæ favore a prima et secunda morte ereptum vitaque restilutum, eo imposito ab ipsa Deipara grato onere ut gradus sui dehonestatione deinceps abstineret et festum immaculatæ Conceptionis octavo decembris religiose exiger et, gravis auctor, Robertus Gaguinus, in metrica Baudelli exagitatione gestum tune recens consignavit ( 1 ).
Nous retrouvons, sinon la même légende, au moins la trace d’idées et de sentiments analogues, dans un mystère à dix personnages qui fut imprimé à plusieurs reprises dans le courant du XVI e siècle et dont le titre est : « Le chevalier qui donna sa femme au dyable » (2).
(1) Pietas Lugdunensit erga Deiparam immaculate conceptam. Lugduni,apudGuilielmum Barbier, typographam regium,p. 41 el 42.
(2) « Le chevalier qui donna sa femme au dyable. C’est assavoir: Dieu le père, Nostre Dame, Gabriel, Raphaël, le chevalier, sa femme, Amaury, escuyer, Anthenor, escuyer, le pipeur et le dyable. Imprimé à Lyon à la maison de feu Barnabé Chauffard près Nostre Dame de confort mdxuiii le xvi jour de juillet ». Ancien théâtre français, édit. Jannet, t. III, p. 425.
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Dans cette moralité, fortement empreinte du cachet de l’époque, on voit le chevalier flanqué des deux escuyers Amaury et Anthénor et du pipeur, perdre aux dés toute sa fortune, s’adresser au malin esprit dans sa détresse et s’obliger, par cédule écrite, en échange de nouveaux trésors, à lui livrer sa femme légitime. Pendant que se passent tous les incidents qui amènent un si triste engagement, l’épouse délaissée gémit à l’écart : le retour de prospérité de son mari l’effraie, et quand il veut l’entraîner dans un bois écarté, une partie de la vérité apparaît tout à coup à ses yeux et elle se précipite aux pieds de la Vierge Marie:
Vierge que chacun doibt prier Et honnorer,
Veuille entendre ma priere.
Pleurer gémir et lamenter Je dois bien et me dementer,
Sans déporter;
Assez y a cause et matière :
Mon mary, Vierge trésorière,
M’ameine en ce boys là derrière,
Mais la manière Ne me veult jamais declairer.
Si te prie, estens ta lumière ;
En toy est ma fiance entière,
Soys ma bannière.
Viens moy, s’il te plaist, conforter.
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Par ta Saincte Conception Soye garantie Vierge digne En toy est ma protection Sans fiction.
Humblement vers toy je m’incline (1).
Ces effusions désespérées ne restent pas sans résultat, et au moment où le mari complaisant conduit sa femme au lieu convenu, la Mère de Dieu descend du ciel et se substitue à celle qui l'avait si ardemment invoquée :
LE DYABLE
Je t’ay longtemps attendu Faulx traître tu m’as bien trahy Que m’as tu amené icy.