LA DAM K
Aussi nous devons sans cesser Pour la saincte foy exaulcer De la conception très-digne :
Pour tant tous de cueur vous supplye Que chacun selon son povoir De la servir face devoir,
Affin que, au pas de la mort,
La vierge nous face confort.
(Ancien théâtre français, p. 478). — Bibliothèque du théâtre français, p. 79.
(1) Ibid., p. 432.
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Toujours et partout nous pouvons saisir cette lutte systématique de la Vierge et du Diable que Bartole devait exploiter dans un sens ironique en y introduisant tous les errements de la procédure de son temps dans le poème de Y Advocacie Nostre-Dame, attribuée par MM. Pezet et Alphonse Chassant au chanoine de Bayeux, Jean de Justice (1).
Nous n’avons pas à rechercher ici jusqu’à quel point les faits que nous venons de rappeler pourraient soutenir le regard de la critique; mais quelle qu'ait été leur influence sur le développement de la croyance à l’immaculée Conception, il nous paraît constant que la fête solennelle dans laquelle elle était affirmée, s'établit, en Normandie, dans le courant du XI e siècle, à une époque contemporaine de son introduction dans l’église de Lyon. Le poème de Wace est précis à ce sujet, et les Bénédictins se sont certainement trompés lorsqu’ils ont daté seulement son admission dans le diocèse de Bayeux, de l’année 1616. Louis de Canosse, à cette époque, ne fit que régulariser
(1) « Proceuut Salanar contra Virginem corani JudiceJetu — ou De Virgine Maria quœ uoluit eue advocata humano generi coram Domino nottro Jesu Christo » (Œuvres de Bartole). L'Advocacie Notlre-Dame ou la Vierge Marie plaidant contre le diable, poème du XV* siècle en langue franco-normande (Extrait d’un manuscrit de la bibliothèque d'Évreux, par Alphonse Chassant).
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et autoriser officiellement un état de choses consacré par le temps et par les traditions les plus respectables. Il est même remarquable que la forme de l’office propre à cette fête répondait d’une manière exacte, dans les anciens bréviaires de la province, aux indications formulées dans la relation latine du miracle d’Helsin et dans la version amplifiée du grand poète normand :
Quel servise dist il en feron?
Li angle respondi l’abé Tout cel de sa nativité.
Qui est vu jors dedens septembre Cel meisme di en décembre Tout le servise sans muance Fors seul le non de sa naissance La ou nativité dit Ion iluec diras concepcion Conceptio iluec diras La ou l’en dit Nativitas.
Les nombreuses associations qui s’établirent successivement à Rouen, en l’honneur de la Vierge, durent singulièrement favoriser la propagation des opinions nouvelles qui se produisaient sur sa conception. La confrérie de Notre-Dame, fondée dans l’église métropolitaine, se distinguait entre toutes par son zèle et par son importance. Les membres qui en
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faisaient partie 9 ’obligeaient à une vénération particulière envers la Mère de Dieu et observaient certaines règles de vie, sous la direction de l’un d'eux qu'ils élisaient chaque année et qui prenait*le titre de maître. Dès l’an 1329, le jeudi après la nativité de saint Jean-Baptiste, l’official de Rouen en avait approuvé les statuts. Le début de cet acte, qui nous a été conservé par le R. P. Pommeraye, est ainsi conçu :
« Comme ainsy soit qu’à la louange et honneur de Notre Seigneur Jésus Christ et de la glorieuse vierge Marie sa mère et. de tous les saints et saintes du Paradis, longtemps il y a, comme nous avons appris, que les marchands et briseurs de sel eussent commencé fait et etably certaine confrairie de laquelle ilsavoient élu pour patrone spéciale la B. V. Marie l’ayant nommée la Confrairie de Notre-Dame fondée dans la grande eglise » (1).
Ces statuts furent confirmés de nouveau par lettres de l’archevêque Aimery Guenaud, datées du manoir de Dé ville du 10 mars 1341. « Le prévost, l’échevin et les servants firent serment sur l’évangile de les observer fidèlement ». La procession tenait rang dans les processions des rogations où elle accompagnait
(1) Histoire de l'église cathédrale de Rouen, métropolitaine et primatiale de Normandie, p. 684.
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la châsse Notre-Dame. « Le maître en charge, nous dit le P. Pommeraye, est conduit par le chapelain de la confrairie qui porte sur son bras une image de la sainte vermeil doré. Ils sont précédéz de plusieurs joueurs d’instruments, comme de trompettes, de cornets et autres et de la représentation d’un serpent placé sous les pieds d’une image de la sainte Vierge qui est une figure de la teste du dragon infernal qu’elle a brisée » (1).
Ce fut aussi aux frais de l’association que fut exécuté par Philippe de Champagne le magnifique tableau de l'adoration des bergers que l’on admire encore dans l’église cathédrale.
Sur la foi d'assez vagues indications, M. Ballin avait pensé que c’était dans cette confrérie qu'il fallait aller chercher le point de départ du Puy des Palinods (2). C’est là une erreur complète que la plupart des anciens auteurs qui ont traité ce sujet ont évitée, et dans laquelle le R. P. Pommeraye notamment s’est bien gardé de tomber. S’il est en effet admissible
(1) Histoire de l’église cathédrale de Rouen , métropolitaine et primatiale de Normandie, p. 685.
(2) « La confrairie avait donc déjà pris depuis prés de cent cinquante ans le titre de Puy de la Conception, et il est étonnant que le P. Pommeraye, qui écrivait en 1686, n'en fasse pas mention s. Notice historique sur VAcadémie des Palinods 9 par M. A.-S. Ballin, p. 8.
Vierge d’argent
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que la dévotion envers la conception de la sainte Vierge ait pu être excitée par l’érection de cette Charité, il est constant que les concours palinodiques constituèrent une institution spéciale, complètement indépendante de la première et sans aucun lien avec elle.
Il existait, en revanche, une autre confrérie, beaucoup plus modeste, ayant aussi sa chapelle dans la cathédrale, dont personne ne s’est guère occupé jusqu’ici et qui pourtant tenta, la première peut-être, de joindre à Rouen les représentations scéniques et la récitation de productions versifiées aux exercices religieux. Les efforts qu’elle essaya en ce sens eurent peu de résultat, mais ils présentent un caractère trop curieux pour ne pas être mentionnés dans notre travail.
En 1484, en effet, la Charité des ciriers, confiseurs, épiciers, fondée sous le titre de la bienheureuse Marie du Jardin, Caritas Beatæ Mariœ de Orto, nous apparaît comme tenant une sorte de concours, couronnant des pièces de vers et notamment des ballades composées pour la solennité en l’honneur de la très sainte Vierge. C’était là, sauf le nom, un véritable Puy, avec son public, ses juges et ses lauréats. Le Chapitre, malheureusement, obéissant à l'esprit d’excessive prudence qui paraît l’avoir
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toujours dirigé, se montra peu favorable à ces nouveautés et refusa formellement de prêter aux confrères la salle qui lui était demandée « en considération du tumulte qui s’élève dans de semblables occasions et pour éviter les contestations et les discussions qui s’y produisent trop souvent ».
Malgré la barbarie de sa rédaction, nous reproduisons intégralement le texte de la conclusion capitulaire du jeudi 24 mars 1484:
Ad supplie atio ne m nuigis tri et confratrurn Caritatis Beatæ Mariæ de Orto, depermissione apertionis capituli ipsius, hora prima post prandium , pro congregatione et convocation# nonnullorum dictamina, balladas seu palinodia ad laudem beatæ Virginis et prœmia laudis et alia juxta compositionem reportantium, attento tumultu in similibus adveniente, et ad evitandum lites et dissensiones que sepius emergunt ex similibus, Domini denegarunt consensum suum.
« A la supplication du maître et des confrères de la Charité de la bienheureuse Marie du Jardin, touchant la permission de l’ouverture de la salle du Chapitre une heure après midi à raison de la réunion et de la convocation de certaines personnes apportant des compositions
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versifiées, des ballades ou palinods à la louange de la bienheureuse Vierge et remportant les prix et autres gratifications établies, eu égard au tumulte qui se produit en pareilles circonstances et pour éviter les contestations et discussions qui naissent trop souvent de semblables concours, Messieurs du Chapitre ont refusé leur consentement».
Nous ne saurions dire à quelle date remontait cet usage de la confrérie, d’ouvrir un Puy, et s’il était suivi par plusieurs associations du même genre à Rouen. Nous serions porté à induire des termes mêmes de l’acte que nous venons de transcrire, que la confrérie du Jardin n’en était pas à son coup d’essai et que les concours poétiques, placés sous la protection de la Vierge, étaient déjà entrés dans les habitudes. Nous n’en avons pas toutefois pu découvrir d’autres traces, et il est certain que ces essais ne durent plus se renouveler après l’établissement régulier du Puy de la Conception dans l’église Saint-Jean.
Cette petite confrérie mérite toutefois, à un autre point de vue, d’attirer notre attention. De tout temps, l’association, pendant la messe qu’elle faisait célébrer le jour de l’Assomption, donnait à la foule un spectacle machiné, ana-
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logue à celui que l’on peut signaler dans une infinité d’églises sous le nom de Monlement de la Vierge. On y voyait apparaître la bienheureuse Marie revêtue d’un magnifique costume, au milieu d’un beau jardin fleuri. C’est même à cette particularité de la représentation que la Charité devait la désignation de Notre-Dame du Jardin, sous laquelle elle était généralement connue.
En 1521, l’affluence du peuple qui envahit la cathédrale pour jouir de ce spectacle fut tellement considérable qu’il en advint un véritable tumulte. Ce fut pour le Chapitre l’occasion, qu’il cherchait depuis longtemps, d’abolir et de supprimer une exhibition surannée et plus propre, à son avis, à exciter une vaine curiosité qu’une sérieuse dévotion. Aussi, à la date du 17 août 1521, s’empressa-t^il, en s’appuyant sur les désordres de l’année précédente, d’interdire aux confrères la répétition du spectacle accoutumé. Voici en quels termes était formulée cette grave décision :
Facta advertencia de scandalo quolibet anno vigenti in ecclesia, die festiva Assumpcionis B. M. Virginis, propter maximum po puli congregationem ad videndum represen tacionem B. M. quam confratres confratrie fundate in Capella B. M. de Orto nuncupata,
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durante rnissa ejusdem confratrie consueverunt, super quo, habita deliberacione. Do mini concluserunt dictos confratres inhiberi ne de cetero talia faciant et quod amoveant ortum et omnia ex quibus scandala oriuntur, et ibidem fiat vitrina ho nés ta ad décor em capelle; et ad exequendum dictant commissionem fuerunt commissi Domini Thesaurarius et Fillon.
« Sur l’avis d’un certain scandale arrivé dans le cours de la présente année à l’église, le jour de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, à cause d’un très grand concours de peuple pour voir la représentation de la Sainte Vierge que les confrères de la Charité, établis dans la chapelle nommée de la Sainte Vierge du Jardin ont commencé de donner pendant la messe de ladite confrérie. — Sur quoi, après délibération, Messieurs du Chapitre ont décidé qu’il serait fait défense aux dits confrères de reproduire à l’avenir cette exhibition, qu’il leur serait enjoint de détruire le jardin et tout ce qui est de nature à faire naître du scandale, et d’établir une bonne verrière, propre à la décoration de la chapelle, — et pour surveiller l’exécution de ces mesures ont été commis Messieurs le Trésorier et Fillon ».
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Les dernières lignes de cette délibération nous montrent jusqu’où le Chapitre poussait ses exigences : non seulement le spectacle machiné était proscrit, mais encore le jardin placé au-dessus du tabernacle devait disparaître et être remplacé par une verrière convenable.
Malgré des injonctions si nettement exprimées, les confrères ne se décidèrent qu’avec une peine extrême au sacrifice qu’on leur demandait. En 1523, le jardin existait encore, et le chanoine Nagerel fut député par le Chapitre pour s’entendre avec la confrérie à l’effet d’en presser l’enlèvement.
19 février.
Facta advertencia quod in capella Beate Marie de Orto nuncupata restant aliqua tabernacula in quibus confratres confratrie in ipsa capella fundate nuper faciebant ortum , fuit dominus Nagerel cornmissus et requisitus de monendo et exhortando dictos confratres ut ipsa tabernacula re/noveant et in eadeni capella fieri faciant unam vitrinam ad décorent ipsius cappelli.
« Sur l’avis qu’il reste dans la chapelle de la Vierge, nommée du Jardin, quelques tabernacles dans lesquels les confrères de la confrérie
fondée dans cette chapelle faisaient récemment un jardin, Monsieur Nagerel fut commis et requis à l’effet d’avertir et d’exhorter lesdits confrères pour qu’ils enlèvent enfin ces tabernacles et fassent faire dans cette chapelle une vitre qui serve à sa décoration ».
Enfin en 1526, le Chapitre arrive au but de ses efforts persévérants ; les dernières traces de l’ancienne disposition étaient effacées sans retour, et une verrière placée dans la chapelle rendait à tout jamais impossible l’érection des échafaudages nécessaires à la représentation. Pour lever les dernières difficultés, le Chapitre s’était montré généreux et avait consenti à payer les frais assez considérables de la maçonnerie de la verrière.
Ad expositionem prefati do mini archidia coni asserentis a nonnullis magistris et confratribus confratrie Beate Marie de Orto accepisse quod ipsi inlendunt fie ri facere unam vitrinam sumptuosam in dicta capella dumrnodo fabrica fieri faciat lathomiam predicte vitrine requisitam , placuit prefatis dominis ipsam lathomiam fieri expensis Fabrice.
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« Sur le rapport dudit sieur Archidiacre, faisant connaître que plusieurs des maîtres et confrères de la confrérie de la bienheureuse Marie du Jardin avaient consenti à faire faire un splendide vitrail dans ladite chapelle, pourvu que la fabrique fît faire à ses frais la maçonnerie dudit vitrail, il a plu à mesdits sieurs que la maçonnerie fut faite aux frais de la fabrique ».
Mardi 11 septembre 15*26.
Les détails que nous avons donnés mettent dans tout son jour l’hostilité flagrante du Chapitre pour tous ces accessoires profanes qui lui semblaient compromettre la simplicité et la majesté du culte. Ses sentiments à cet égard n’avaient pas varié et s'étaient trouvés même plus d’une fois en opposition avec ceux des titulaires du siège archiépiscopal. — Avec le temps, les chanoines devinrent de plus en plus sévères et ne respectèrent pas toujours les restes de l’ancienne liturgie lorsqu’ils leur parurent trop expressifs ou de nature à prêter à de malignes observations. C’est ainsi qu’une conclusion du 20 janvier 1519 supprima dans la procession de l’Épiphanie la représentation des Trois Rois Mages, sous le prétexte que la
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foule accourait dans l’église pour tourner en ridicule les ecclésiastiques porteurs de couronnes et de bâtons et chargés de figurer les saints personnages. On conçoit parfaitement que ce n’était pas sous les yeux de surveillants d’une telle susceptibilité qu’un Puy de Palinods pouvait jamais s’établir d’une manière fixe et régulière.
Aussi pas plus que la confrérie de Notre- Dame des négociants et briseurs de sel, celle de Notre-Dame du Jardin des épiciers, confiseurs et apothicaires ne se rattache directement à l’institution palinodique. La dernière eut
seulement le mérite, par des essais plus ou moins heureux, plus ou moins suivis, d’ouvrir, pour ainsi dire, la lice et d’inaugurer l’ère des concours poétiques. A ce titre, elle méritait une mention particulière.
C’est d’une Charité entièrement distincte des précédentes et qui avait son siège dans une autre église, en dehors du regard et de la surveillance du Chapitre, que devait sortir le Puy des Palinods.
Elle fut instituée à Rouen, d’après Farin, du temps de l’archevêque Jean de Bayeux, en l’an 1072, « par les plus notables habitants de la ville qui s’obligèrent à porter toute leur vie un respect particulier à la Sainte Vierge et
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en dressèrent même quelques statuts » (1).
La chapelle où l’association faisait ses exercices dépendait de l’église Saint-Jean-des-Prés : quelques auteurs ont pensé que la confrérie fut plus tard transférée de là à l’église Saint-Jeansur-Renelle (2). Mais cette allégation est le résultat d’une confusion facile à comprendre. En fait, il n’y a jamais eu de translation du Puy de la première de ces deux églises dans la seconde, par cette excellente raison que les deux appellations de Saint-Jean-des-Prés et de Saint-Jean-sur-Renelle s’appliquaient au même édifice, ainsi qu’a pris soin de le faire connaître l’historien que nous avons précédemment cité. « L’église de Saint-JeHn n’étoit au commencement qu’une chapelle aussi bien que les paroisses voisines ; on l'apelloit Saint-Jean-des- Prez à cause des prairies qui étoient de ce coté là, ou Saint-Jean-sur-Renelle à cause du petit ruisseau qui coule proche celte église » (3).
Cette manière de voir a été adoptée successivement par Étienne Guéroult, docteur en
(1) Histoire de Rouen, t. III, p. 168.
(2) Approbation et confirmation par le pape Lion X des statuts et prioiliges de la confrérie de l'immaculée Conception dite Académie des Palinods, instituée à Rouen. Publié d'après une édition gothique du XVI* siècle avec une notice historique et bibliographique par Édouard Frère. Notice, p. 3.
(3) Farin, t. IH. p. 249.
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théologie et religieux profès au couvent des Carmes, et par le savant abbé Guiot (1). Dans sa consciencieuse et intéressante notice sur les Palinods, M. Frère s’est aussi rangé à la même opinion que nous trouvons d'ailleurs formellement énoncée dans le précis historique des pièces couronnées en 1732.
« Ce fut donc à l’occasion de la célébration de cette fête en Normandie que plusieurs personnes de distinction de la ville de Rouen érigèrent quelque temps après, dans l'église paroissiale de Saint-Jean, une association sous le titre de l’immaculée Conception de la Sainte Vierge et firent quelques statuts, dont ils donnèrent la direction à l’un d’eux, qu’ils élisaient tous les ans pour présider leurs assemblées et que l'on nommait Prince de l’association. Elle fut confirmée et autorisée par Jean de Bayeux, archevêque de Rouen, sous le pontificat d’Alexandre second. Elle
(1) € I.’ac«démie de l'immaculée Conception n'était avant le XII e siècle dans la paroisse de Saint-Jean que ce qu’ont été en celui-ci les associations qui y étaient établies sous la même invocation. Cette société, depuis littéraire, n’eut durant quatre cents ans d'autres exercices que ceux d’une piété soutenue. Elle n'y en joignit de nouveaux qu’en i486 s.
/.es trois siècles palinodiques ou histoire générale des Palinods de Rouen, Dieppe, etc., par Joseph-André Guiot, publiés par M. l’abbé Tougard pour la Société de l’Histoire de Normandie.
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subsista en cet état jusqu’en l’année 1486 que Messire Pierre Daré, écuyer, sieur de Chateauroux, en ayant été élu prince, lui voulut donner un nouveau lustre et l’ériger en académie » (1).
Les documents relatifs à la confrérie depuis sa fondation jusqu’à sa transformation font complètement défaut (2). Mais c'est à partir de cette date de 1486 que commence son importance, non seulement au point de vue littéraire, mais encore au point de vue religieux, aux yeux de tous les écrivains locaux.
La confrérie de l’immaculée Conception avec son Puy complète désormais la physionomie de la ville de Rouen et accuse d’une
(1) Les trois siècles palinodiques.
(2) c Car depuis son commencement par une apparition miraculeuse à l'abbé de Ramèzé d’un saint prélat qui lui promettait délivrance d’un naufrage en retournant de son ambassade en Danemarck où l’nvoit envoyé Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, roy d’Angleterre, s’il vouloit promettre de faire feste de la conception de la mère de Dieu, il y a toujours eu grande solennité en cette ville par cette confrairie en l’honneur de la Conception Immaculée, mais on ne scait pas bien dans le détail ce qui s’est passé de plus considérable pendant trois siècles, les registres ayant été perdus par les malheurs des guerres qui ont ravagé plusieurs fois cette ville ».
Recueil des autres qui ont remporté les prix sur le Puy de l’immaculée Conception de la Vierge en l’an M DCXC VIII. Harangue du révérend père prieur des Carmes, 1-7.
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façon suréminente sa dévotion envers la reine des Anges: « Cette belle ville de Thrace que nos historiens ont nommée Parthenople, doit aujourd’hui céder ce beau titre à la ville de Rouen, que je puis appeler la ville de la Vierge ; puisque ses habitants semblent avoir plus de zèle et de dévotion envers cette Emperière des cieux que n’ont tous les autres peuples de la France. Pour preuve de cette vérité la principale église et la plupart des autres, tant paroissiales que conventuelles, lui sont consacrées. Ses fêtes y sont célébrées avec une dévotion exemplaire: il n’y a porte de la ville, il n’y a rue, ni carrefour, ni presque aucune maison de remarque où la figure de cette divine Avocate ne soit représentée avec tous les ornements que les plus habiles sculpteurs y ont pu adjouter. Je ne dis rien des dévotes confrairies que l’on a érigées en son honneur, ny de la visite des prisonniers, de l'assistance des malades et des autres charitez que l’on fait à son nom. Je passe encore sous silence les congrégations toutes saintes qui sont établies en plusieurs églises, mais principalement en celle des Révérends Pères Jésuites, afin de m’arrester quelque peu sur la noble confrairie de son Immaculée Conception, qui, ayant été premièrement célébrée en
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la ville de Rouen, a été pour cette raison apellée la Feste aux Normands » (1).
Si, par suite des malheurs des temps ou des guerres qui désolèrent la ville de Rouen, les origines de la confrérie restent assez obscures, la lumière la plus complète est faite sur l’établissement du Puy proprement dit. En présence des témoignages nombreux qui se sont produits, il n’existe aucune incertitude ni sur la date de l’érection ni sur le rôle important que joua en cette circonstance le lieutenant général Pierre Daré, écuyer, sieur de Chateauroux et prince, en l’année 1486, de la confrérie de l’immaculée Conception. Il vit son zèle soutenu par l’appui chaleureux d’Aymery Rousselin, curé de Saint-Jean. Ce représentant de l’autorité ecclésiastique, plus confiant que les chanoines, ne se contenta pas d’admettre la célébration de ces fêtes littéraires dans son église paroissiale, il consentit à figurer au nombre des juges. Plusieurs de ses confrères, notamment le prieur de Saint^Lô, marchèrent sur ses traces et se signalèrent par la protection qu’ils accordèrent à l’institution nouvelle. Aussi la séance du
(1) Farin, Histoire de la ville de Rouen, t. III, p. 164.
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8 décembre i486 obtint-elle un véritable succès et eut-elle un long retentissement. Un seul poète, Louis Chapperon, y fut pourtant couronné, et son œuvre n'avait certainement pas une haute valeur, mais la nouveauté du spectacle et l’ardeur des croyances lui communiquaient une saveur que le temps devait singulièrement affaiblir:
Noble Vierge, sur toutes la Princesse,
Origine de sceptre Reginal,
Sur tous anges sublimée en haultesse, Métropole sur l’etat virginal.
En ton concept n’eut tache original.
Ne autresi de te souiller capable;
Car ton cher flls, sur tous irréfragable,
Ten veut garder par don particulier,
Pourtant est dit de toi ce mot louable:
Vierge et mère pour titre singulier.
L’immensité de la haute sagesse.
Toi prévoyant par don especial.
Ton corps garda d’originelle opresse Et misère de l’etat feminal,
Car, au devant qu’au ventre maternel Conçeué fussiez de grâce charitable.
Infuse estiez, prééleue, acceptable Pour ooncevoir cil qui, pour délier,
Venoit humains dont t’est deub ce notable :
Vierge et mère pour titre singulier.
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-ttNIVERSITY OF CKHCAGO
Par tels moyens tu estois en l'adresse De la grâce de Dieu Célestiel Et en grâce de si haute noblesse Qu’elle ne peut avec le criminel :
S’ensuit donc bien conclusion Anale Que de péché ne fus onques culpablc Originel, ne autre par semblable Par quoy devons tous nous humilier Vers ta face disans, de cœur estable:
Vierge et mère pour titre singulier.
Si des Normands es tour et forteresse En leur besoin secours médecinal Pourtant doivent en triomphe et liesse Solemniser par tous en général Ton sainct Concept, car qui de cœur loyal Feste en fera, luy seras secourable,
Et a toûjours champion défensable Pour l’ennemi combattre et prelier.
Si dy de toy ce mot tant agréable :
Vierge et mère pour titre singulier.
Farin qui rapporte ce chant royal en entier le fait précéder d’un bizarre avertissement de l’auteur qui est ainsi conçu: « Ce présent a esté parfait obstant les négoces familières et empeschements domestiques urgents et interpellans nostre Poétique estude quotidianne, qui
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requérant un esprit libre et tranquille a été de turbine du vent de fascherie tempeste de ménagé et ravine de mariage détourné, diverti et empêché ». Malgré ces obstacles multipliés, Chapperon concourut et fut encore couronné l’année suivante. Sa seconde production ne présente pas plus d’intérêt que la première.
Le souvenir de Pierre Daré resta toujours cher aux membres de l’association. Il est rappelé avec honneur dans une infinité de discours et de poésies couronnées. L’auteur de la moralité de la Dame à Uaigneau, ne pouvait pas le passer sous silence et il a mentionné son initiative généreuse dans des vers aussi obscurs que singuliers :