‹ Les pygméesChapitre 119 sur 139 · ROLE ATTRIBUÉ À L'ARC-EN-CIEL · texte numérisé non relu

ROLE ATTRIBUÉ À L'ARC-EN-CIEL

temps il a appris avec surprise que cet insecte, accueilli avec tant de démonstrations joyeuses, et qu'il est absolument défendu de tuer, porte chez les Khoiï-Khoï le nom du mauvais principe et s'appelle Gaunab. Ces contradictions apparentes s'expliquent très aisément en admettant que la Mante est, aux yeux de ces peuples, une sorte d’incarnation du Dieu. La crainte seule rendrait compte des manifestations qui accueillent sa venue ; mais peut-être s'imaginent-ils aussi que sa présence est la preuve que l'esprit du mal est momentanément apaisé *.

Quoi qu'il en soit, les Khoï-Khoï croient encore que Gaunab se montre parfois, tantôt sous la forme d'un petit homme à la taille votée, tantôt sous celle d'un monstre difforme couvert de poils et vêtu de blanc.

On a vu plus haut que l’arc-en-ciel (Zsavrirub ou Aïb) est le beau-père de l'éclair. Un vieux Namaquois a donné à M. Hahn une autre version relative à ce météore. Selon lui l'arc-en-ciel est un feu allumé par Gaunab et dans lequel ce dieu du mal précipite et fait perir quiconque se laisse tromper par lui. Les individus supposés morts de cette manière sont appelés Gauna-0-hhoïn (le peuple des

1 Les détails donnés par Kolbe (Description du Cap, p. 212) sur le véritable désespoir dont quelques Hottentots furent saisis en voyant un jeune enfant faire mine de tuer un de ces insectes sacrés me semblent de nature à justifier cette interprétation.

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morts de Gaunab}), Saubo-hhoïn et Haï-nin (peuple de l'ombre, pieds de faon, etc.). Les vieillards qu’on laissait autrefois mourir de faim dans une hutte fermée, soit parce qu'il ne pouvaient plus se suffire, soit parce qu ils étaient soupçonnés de sorcellerie, prenaient place parmi ces sujets de Gaunab.

Si l'on se rappelle ce que j'ai dit, dans le premier article, au sujet des Boschismans, on voit que nous retrouvons, chez les Khoï-Khoï, sous des noms identiques ou presque identiques, les deux divinités du bien et du mal reconnues par les San. C'est un témoignage, après tant d'autres, de la très proche parenté des deux populations. M. Hahn, ne parlant ici que de Gaunab, voit dans ce fait une preuve que le culte de ce dieu malfaisant est antérieur à la division de la race. Il va plus loin et admet que Gaunab était seul adoré dans ces temps reculés. et que l'existence de Tsûüi-goa a été admise seulement plus tard. Puis il généralise cette idée. Selon lui, l'homme n'aurait d'abord vu dans la nature que l'œuvre de puissances infernales. La notion d’un Être bienfaisant serait le produit d’une culture intellectuelle plus avancée.

Je ne saurais accepter cette théorie. Elle est par trop en contradiction avec les faits constatés chez une foule de populations sauvages. Jusque chez les derniers Australiens on a reconnu la croyance dualistique qui se cache au fond de toutes les religions.Schweinfurth est, je crois, le seul voyageur, qui, après une enquête sérieuse, ait cru pouvoir

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