FAUSSE THÉORIE
admettre l'existence d’un peuple ne connaissant que des esprits mauvais”. Or, en admettant que cette exception unique existe bien réellement, elle serait loin de témoigner en faveur des idées de M. Hahn. En effet, les Bongos, dont parle Schweinfurth, ne figurent nullement au plus bas dans l'échelle de la civilisation ; ils sont bien au-dessus, non seulement des Boschismans, mais encore des Hottentots. Ce n'est pas un peuple qui commence; «<est au contraire un peuple « qui S'en va* ». Ils ont traversé les deux phases inférieures de l’état social; 1ls sont essentiellement agriculteurs. Quand ils défrichent un bois pour leurs cultures, ils épargnent avec soin les arbres fruitiers. [Is sèment en tranchées et repiquent le jeune plant. Ce sont d’habiles forgerons, et leur haut fourneau est à la fois très ingénieux et très rationnel. Leur outillage est, il est vrai, fort rudimentaire; mais ils s’en servent si bien que plusieurs de leurs produits soutiendraient la comparaison avec ceux d'un ouvrier anglais. Ils travaillent le bois aussi bien que le fer, construisent des huttes très solides soutenues par des troncs d'arbres et ornent les tombeaux de figures sculptées représentant les défunts. Ils sont
1 George Schweinfurth, Au cœur de l'Afrique (1868-1871), t. 1, p. 290. Paris, 1875. Burchell avait dit quelque chose d'analogue en parlant des Bachapins, fraction des Béchuanas. Mais Livingston et Gazalis ont montré qu'il avait été induit en erreur, et n'avait connu qu’une partie des croyances religieuses de ces tribus cafres.
2 Expression de G. Schweinfurth.
328 HOTTENTOTS ET BOSCHISMANS
donc bien loin de cet état d'enfance intellectuelle pendant lequel, selon M. Hahn, l'homme adorait déjà un Diable, et ne serait pas encore arrivé à la notion d'un Dieu. S'il est vrai qu'ils ne sachent rien aujourd'hui de ce dernier, c’est bien probablement parce que, entraiînes par une idée que l'on a rencontrée chez quelques tribus africaines, ils ont fini par l'oublier *. |
Gama-gorib. — Gama-gorib, dit M. Hahn, est presque le même que Gaunab. Mais, à en juger par les légendes, il en est bien distinct, et semble occuper le second rang dans l'aimée du mal. Il est l'adversaire de Heitsi-eibib, comme Gaunab est celui de Tsûi-goa. J'ai reproduit plus haut le récit d'une de ces luttes, et il est inutile d'entrer dans
d'autres détails qui n'apprendraient rien de nou-
veau.
A ces deux démons supérieurs paraît se rattacher la foule des spectres et des mauvais génies (Haïnun, Saubo-hhoin) extrêmement redoutés des Hottentots,
Le premier homme. — J'ai déjà dit que M. Hahn donne à celui qu'il appelle l'Adam khoi-khoi le nom de Æiyalkhanabiseb, qui signifie l’homme dont
1 Quelques populations nègres de l'Afrique occidentale, tout en admettant l'existence du Dieu bon, disent qu'il est inutile de lui offrir des sacrifices, puisqu'il fait toujours du bien, et réservent leurs hommages pour les dieux méchants qu'ils espèrent fléchir. On comprend que cette préoccupation exclusive ait pu à la longue faire perdre la notion de la divinité bienfaisante.