‹ Les pygméesChapitre 17 sur 139 · PAPOUAS · texte numérisé non relu

PAPOUAS

a rapporté de ses voyages et donné au Muséum un crâne extrait par lui d'une ancienne tombe de l’île de Pâques, probablement contemporaine des étranges statues qu'ont signalées tous les voyageurs'. M. Hamy a démontré que ce crâne, par l’ensemble de ses caractères, se rattache essentiellement à ceux des Papouas les plus authentiques. Enfin M. Ten Kate a rapporté un crâne mélanésien recueilli chez lui dans la petite île de Spiritu Santo, située sur la côte orientale de la presqu'île de Californie.

Ainsi la race papoua a rayonné dans toutes les directions et a eu ses jours de conquête. D'autre part, elle a été pénétrée sur divers points, surtout par les races malaise et polynésienne*; mais en

les crânes maoris, ainsi que deux têtes momifiées dont les tatouages a eux seuls seraient un certificat d’origine et qui ont la chevelure laineuse des nègres océaniens. J'ajouterai que le crâne le plus dolichocéphale connu a été rapporté de la Nouvelle-Zélande et donné à M. Huxley, qui l’a décrit. (Ou two widely contrasted forms of the Fuman cranium ; Journal of anatomy and physiology, vol. [, p. 60, 1867.) L'indice horizontal de ce crâne est 63,54; son indice vertical 113,11. Il est donc à la fois extrêmement dolichocéphale et hypsisténocéphale.

1 À, de Quatrefages et E. Hamy, Cramia etbmca, p. 292. Le lecteur curieux de connaître le détail des faits dont j'indique ici à peine les principaux, trouvera toutes les indications nécessaires dans les notes bibliographiques qui accompagnent l'excellente monographie des crânes papouas insérée dans l'ouvrage .que je viens de citer, monographie qui appartient en entier à M. Hamy.

? A, de Quatrefages, Les Polynesiens et leurs Migrations (Revue des Deux Mondes, 1864). Ces articles ont été développés et réunis en un volume accompagné de cartes. — Populations de la Melanéste et de la Polynésie occidentale in Hommes fossiles et Hommes sauvages, p. 222.

somme elle a conservé son aire d'habitat tout entière et constitue un ensemble relativement compacte. Des immigrations, pacifiques ou guerrières, ne l'ont nulle part entamée d’une manière bien sensible, si ce n’est aux Fidji et à l'extrémité orientale de la Nouvelle-Guinée. En revanche, par ses émigrations elle a mêlé son sang à celui de quelques populations fort diverses et fort éloignées.

Il en est tout autrement des Négritos. L'’aire occupée par cette race et presque aussi étendue que celle des Papouas. Elle l’est même davantage si l'on retranche de l’aire papoua l'archipel des Sandwich, l’île de Pâques et la Nouvelle-Zélande; elle est à la fois insulaire et continentale. Mais, sur la terre ferme aussi bien que dans les archipels, les tribus négritos sont à peu près toujours isolées les unes des autres et comme noyées au milieu de populations d’origine ethnique fort différente.

En outre, partout où ce contact existe, 0h trouve les petits Nègres cantonnés dans les localités les moins hospitalières de la contrée où ils vivent. Je reviendrai plus loin sur ce fait et sur les conclusions que l’on doit en tirer.

1 A l'exposition qui accompagna le Congrès des sciences géographiques de Paris (1875), M. Hamy avait exposé une carte représentant la distribution actuelle des races humaines dans l'archipel indien. Il résuma le résultat de ses études dans une communication faite à la sous-section d'anthropologie. Les limites des races papoua et négrito y sont indiquées. (Congrès international des sciences géographiques, tenu a Paris du 1er au 11 août 1875, t. I, p. 278, 1878.)

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D'après ce que je viens de dire de leur habitat, les Négritos se partagent naturellement en deux groupes géographiques, l’un continental, l’autre insulaire. Occupons-nous d’abord de ce dernier.

Lorsque les Espagnols commencèrent à coloniser les Philippines, ils rencontrèrent à l’intérieur de Luçon, à côté des Tagals, d’origine malaise, des hommes noirs dont les uns avaient les cheveux lisses, tandis que les autres possédaient la chevelure laineuse des Nègres africains”. Ces derniers seuls étaient de vrais Nègres, que les vainqueurs appelèrent Negritos del monte (petits Nègres de la montagne), à raison de leur taille remarquablement peu élevée et de leur habitat (fig. 6 et 9). Le nom local était Aigtas ou Inagtas, qui paraît signifier Noirs?, et d’où l’on atiré celui d’Aëfas généralement adopté. On ne tarda pas à reconnaître que cette même race humaine se retrouvait sur d’autres points de l'archipel, et qu'elle peuplait en entier quelques petites îles, entre autres l’île Bougas que l’on appelle aussi pour cette raison /s/a de los Negros. Dans ces diverses localités les Aëtas

1 L'abbé Bernardo de la Fuente, cité par Prichard. (Researches into the physical history of mankind, t. V, p. 210.)

2 On trouvera dans mes Études sur les Mincopies et sur la race négrito en general (Revu: d'anthropologie, t. l), dans les Crania ethnica et dans Hommes fossiles et Hommes sauvages, de nombreuses indications bibliographiques. Ici, je reproduis seulement les plus importantes et signale les travaux qui ont paru depuis lors.

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Fic. 6. — Portrait d’un chef aëta des montagnes de Marivelès, Luçon. L’apris une photographie de MM. Montano et Rey.

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