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TRIBUS

Toutes les tribus de l'ancienne Grande-Andaman et du petit archipel qui s'y rattache ont les mêmes mœurs et les mêmes industries et se reconnaissent pour sœurs. Les habitants de la Petite-Andaman, encore mal connus, paraissent présenter quelques différences, dues peut-être, pense M. Man, à l'influence des Nicobariens. J'ai signalé ailleurs un fait d’où il résulte que cette extrémité méridionale de l'archipel avait subi quelques-uns de ces mélanges accidentels presque impossibles à éviter, mais auxquels la Grande-Andaman semble avoir pourtant échappé.

On a maintes fois affirmé que l'intérieur des Andaman était inhabité et inhabitable à raison de l'épaisseur des jungles et de l'absence d'arbres à fruit. Ces assertions ne sont rien moins que fondées.

C'est un fait que M. Man a mis hors de doute. Comme je l'ai dit plus haut, chaque tribu comprend des habitants des côtes (aryoto) et des habitants de l’intérieur (eremlaga), formant deux grandes divisions ayant chacune son grand chef indépendant (maïaigla). À leur tour ces deux populations se subdivisent en un nombre indéterminé de petits groupes ou communautés, comptant de vingt à cinquante individus, et possédant toutes leur chef secondaire (/naïola) qui reconnaît l'autorité du chef principal. Mais cette autorité est en somme peu de chose. Elle se borne à peu près à règler les mouvements de la tribu ou du groupe, à organiser les

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assemblées et les fêtes. Du reste, ni le grand ni le petit chef ne peuvent punir ou récompenser. Leur influence est donc toute morale. Elle n’en est pas moins très réelle et considérable, principalement sur les jeunes gens non mariés, qui servent les chefs avec zèle et leur évitent les travaux les plus pénibles. La dignité de chef est élective, mais passe le plus souvent au fils, si celui-ci remplit les conditions voulues. |

La femme du chef a parmi ses compagnes un rang analogue à celui qu'occupe son mari parmi les hommes. Devenue veuve, elle garde ses privilèges, si elle a des enfants. Dans le cas contraire, elle perd sa haute position.

Mariage, famille. — Quelque simple et rudimentaire que soit cette organisation sociale, elle suffit évidemment à tous les besoins de ces petites societés. Elle répond aussi à certaines exagérations trop facilement acceptées au sujet des Mincopies. Ce que M. Man nous apprend relativement à la constitution de la famille montre encore mieux combien ces insulaires avaient été calomniés par ceux qui avaient accueilli sans y regarder de près les dires de quelques voyageurs. Duradawan prétendait qu'on lui avait donné en mariage la mère et la fille; M. Brown, sir Edouard Belcher, ont affirmé que l'union des époux cesse au sevrage de l'enfant et que les deux conjoints redeviennent libres. On ajoutait que le mariage tel que nous l’entendons leur est inconnu et qu’il existait chez

eux une véritable promiscuite. Tenant compte de quelques détails recueillis par M. Day!, j'avais fait depuis longtemps les réserves les plus expresses au sujet de ces assertions et des conséquences qu'on en avait tirées. On va voir jusqu à quel point j'ai eu raison.

Chez les Mincopies comme chez bien d’autres populations sauvages, les jeunes gens des deux sexes jouissent, avant le mariage, d'une liberté égale. Mais, ajoute M. Man, en dépit de cette facilité de mœurs, les jeunes filles conservent dans leurs manières la plus stricte modestie. Diverses précautions sont prises d'ailleurs pour rendre difficiles les rapprochements trop intimes ou pour arrêter ces relations passagères. Mais, lorsqu'une jeune fille devient enceinte, le gardien de la jeunesse fait une sorte d'enquête pour découvrir le père de l'enfant; celui-ci ne se refuse jamais à accorder la réparation qu'on lui demande, et le mariage régularise la position des amants.

Les Mincopies sont strictement monogames. La bigamie, la polygamie, leur sont inconnues, et le mariage est pour eux chose sérieuse. Souvent les parents fiancent des enfants en bas âge; et, quoi qu il arrive, ce contrat doit avoir son effet, peu après que les jeunes gens ont atteint l’âge voulu. La jeune fille fiancée est considérée comme étant

1 Day, Observation on the Andamanese, p. 160.

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déjà femme, et une faiblesse de sa part serait regardée comme un crime.

Tout mariage entre parents est absolument interdit jusqu'au dernier degré reconnu par ces insulaires. Cette règle s'étend à la parenté par adoption, mais non à la parenté par alliance. Nos unions entre cousins germains sont, aux yeux des Mincopies, hautement immorales, et ils nous en font un reproche. Ils justifient ainsi une fois de plus l'observation générale faite par un auteur anglais, savoir, que « c'est chez les peuples les moins civilisés que l’on trouve la plus grande horreur des mariages incestueux ».

Quand il s'agit d'un mariage ce ne sont pas les intéressés qui font les premières démarches. Ce soin incombe au gardien de la jeunesse, dont le devoir est de surveiller les liaisons existant entre ses subordonnés, et de reconnaître celles qui peuvent faire prévoir un attachement durable. Si un jeune homme ou un veuf est surpris dormant dans la hutte d'une jeune fille, le mariage s'ensuit nécessairement. Mais cette union est considérée comme irrégulière et porte un nom particulier {Aigwanga). Elle ne donne lieu à aucune cérémonie et entraîne une certaine déconsidération. ve

Le mariage est purement civil. Le jour venu, on se rassemble dans la hutte du chef. La fiancée reste assise, assistée de quelques matrones; le fiancé est debout, au milieu des jeunes gens. Le chef. s'approche de lui et l’entraîne vers la jeune fille

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